1. Notes sur la frigidité

 

Situations de frigidité

La frigidité est l’insensibilité génitale de la femme au cours du coït ; elle ne supprime cependant pas la possibilité des rapports sexuels, mais se caractérise par une absence de désir de la femme pour le coït, l’absence des sécrétions vulvo-vaginales, l’absence de plaisir sexuel et d’orgasme. Si l’on reprend tous ces points, on s’aperçoit que la frigidité totale, au sens de l’anesthésie génitale chronique, est cliniquement rare. Certains auteurs pensent même que cette dernière forme n’exîste pas et que ce n’est qu’un dire de femmes ou d’hommes déçus et décidés de trancher de la sorte la question, pour des raisons psychologiques.

Un degré de plus dans la description clinique est le dégoût intense de la femme pour les rapports sexuels, dégoût souvent compensé par des orgasmes nocturnes, liés ou non à l’évocation d’un partenaire absent ou imaginaire. Enfin, le vaginisme, obturation spasmée des muscles périvulvaires, parfois très douloureuse et qui peut survenir même à la simple évocation des rapports sexuels ; le vaginisme rend l’intromission pénienne mécaniquement impossible.

On a longtemps pensé que le refus du coït était lié aux mariages forcés en honneur dans les mœurs à divers niveaux de la société, on a pensé aussi qu’il était lié aux interdits religieux. Il faut avouer que les vieux médecins de famille, les vieux avocats, qui ont eu des confidences d’intimité conjugale depuis des lustres pensent que la frigidité est plus fréquente de nos jours, l’impuissance masculine de même, ainsi que l’éjaculation précoce, qui était chose rare, paraît-il autrefois. Ces dires vont dans le sens d’une compréhension des troubles de la sexualité génitale non pas au niveau des lois régissant les échanges amoureux des adultes, certainement plus libérales de nos jours qu’autrefois, au moins légalement, même au niveau de l’éducation morale religieuse moins rigide qu’autrefois, mais plutôt dans les soubassements de la structure de la personne et dans la relation narcissique du sujet à sa propre personne, relation contradictoire à l’acceptation de ses pulsions sexuelles.

Il n’est pas exagéré de dire que près de la moitié des femmes dans nos sociétés civilisées sont totalement ou partiellement frigides ; de même, presque toutes les femmes connaissent des périodes transitoires de frigidité relative ou totale, avec leur partenaire. Ce dernier type de frigidité, lorsqu’il survient au cours d'une psychanalyse engagée pour d’autres raisons, ou au cours d’observations psycho-sociales systématiques (comme celle que l’on peut faire du déroulement de la vie génitale des parents dans l'anamnèse des psychothérapies d’enfants), apporte des renseignements très intéressants à propos de la genèse de ce phénomène anaphrodisiaque transitoire.

Il arrive aux psychanalystes d’enfants de diagnostiquer ces situations conjugales des parents, secondaires ou primitives, et d’aider par l’anamnèse verbalisée la déception mutuelle de chacun des deux conjoints (séparément ou ensemble), à leur permettre de repenser, déculpabilisés et renarcissisés, leur problème conjugal érotique.

Il existe cependant des frigidités absolument bien supportées par des femmes, pour lesquelles leur appartenance, comme amante ou épouse, à un homme socialement envié, est une parure narcissique qu’elles préfèrent à un amour sexuel véritable. Il s’agit presque toujours de femmes homosexuelles passives, inconscientes ou conscientes, et à qui l’investissement narcissique de leur sexe impose la masturbation clitoridienne, liée à des fantasmes masochistes et humiliants, où joue surtout le désir de viol (et non l’angoisse) qui leur permettrait d’échapper à leur dépendance conjugale sans encourir de représailles, mais en mettant après coup le violeur en danger de castration par leur conjoint, qu’elles se chargeraient d’exciter à la revanche ; la nocivité de ces femmes pour leurs filles est grande, surtout si celles-ci sont élevées au foyer, car elles seront brimées et infantilisées par leur mère, elle-même infantile.

Il existe une catégorie de femmes hystériques, à la frigidité plus ou moins totale, liée à une revendication passionnelle d’autant plus manifeste qu’elle est feinte. Elles font souffrir mais ne souffrent pas, et les psychanalystes les voient rarement en personne ; ils voient surtout leurs enfants.

Il y a aussi un type de femmes frigides qui, peu à peu, entrent dans la catégorie des dépressives chroniques, flattées dans leur narcissisme d’être des insatisfaites vertueuses et sacrifiées, redoutables mères pour former leurs fillettes, responsables de la transmission en chaîne des frigidités de mère en fille.

Enfin, le lot innombrable des frigides ou demi-frigides psychosomatiques, pour qui le corps propre est devenu le substitut pénien, le lieu de soins érotisés et socialisés actifs et passifs continuels. Ce sont les mères les moins corrosives pour leurs filles, trop occupées qu’elles sont de jouer à la poupée et au docteur avec elles-mêmes, courant de surcroît les médecins. Mais, véritables enfants abandonniques, elles peuvent s’attacher à leur fille comme à une mère ou à une infirmière, et l’obliger, par chantage, à renoncer à leur vie sexuelle, pour se consacrer à elles ou à des besognes domestiques.

La lucidité psychanalytique d’un médecin généraliste peut stopper le mécanisme morbide, en disjoignant (par son autorité, parfois agissante au début, à travers le masochisme moral vis-à-vis de l’instance parentale transférée sur lui) le couple morbide mère-fille, où la mère n’était que passivement consentante, en soutenant le père à jouer son vrai rôle par rapport à sa fille. La déculpabilisation de la fille permet à la mère d’exprimer émotionnellement sa haine de femme frustrée et aigrie, contre la jouissance égoïste et sans charges de sa fille : l’expression de cette haine, déculpabilisée à son tour, rétablit à la fois la mère et délivre la fille.

De telles situations de frigidité (qu’on pourrait appeler « maternelles possessives ») se dénouent, parfois du moins, pour la mère, à la suite du mariage de sa fille : la mère repart dans une évolution œdipienne imaginaire sur le jeune couple, et son conjoint légal lui sert de substitut œdipien, homosexuel ou hétérosexuel. L’enfant qui naîtra dans le cadre de ce scénario mythomaniaque — le petit-fils ou la petite-fille — est en danger d’être investi fétichiquement (et non génétiquement) par de pareilles grand-mères.

Les frigidités primaires sont méconnues ou ignorées, bien supportées par les femmes et par leurs partenaires masculins, qui y trouvent, semble-t-il, des avantages secondaires, narcissiques ou sécurisants.

Une femme me raconta, pour que je lui en donne une explication ( !), que lorsqu’elle était frigide — ce qui avait duré de nombreuses années après son mariage —, elle jouait à son mari pendant le coït une comédie de jouissance spectaculaire dont, paraît-il, il était dupe ; après une interruption des rapports sexuels avec son mari, due à la séparation à cause de la guerre, elle eut la surprise bouleversante, au retour de son époux, d’éprouver avec lui un orgasme complet. Cet orgasme authentique étant beaucoup moins bruyant et moins spectaculaire que la comédie qu’elle lui jouait auparavant, son mari ne pouvait pas la croire satisfaite et s’en montrait déçu ; si bien qu’elle se disait tiraillée entre la nécessité de faire semblant d’éprouver du plaisir tout en ne l’ayant pas et celle d’en éprouver, tout en déprimant son mari par l’impossibilité où elle se trouvait de lui en prouver l’authenticité.

Frigidité 293

Ce sont les frigidités secondaires qui sont les plus connues des médecins et des gynécologues. Malgré les recherches portant sur les causes organiques, et même dans les cas où ces recherches débouchent sur des « découvertes », il est presque toujours clair que la cause psychique, émotionnelle, est le seul mécanisme qui déclenche le symptôme sexuel, quoique la cause organique peut servir de justification pour la conscience qu’en a le sujet et son entourage.

Il en est ainsi des frigidités qui apparaissent au cours d’une grossesse ou après un accouchement, à l’occasion de troubles endocriniens ou gynécologiques. Alors que tous les médecins voient un nombre considérable de femmes frigides, satisfaites ou insatisfaites de leur sort, les psychanalystes voient un nombre infime de patientes venues pour ce seul symptôme ; cependant les psychanalystes d’enfants ne voient que très rarement un enfant à soigner dont la mère n’avoue une absence habituelle d’orgasme. Il est rare, à notre surprise, qu’au cours des entretiens avec les parents, la mère cache longtemps au médecin de son enfant sa frigidité, son dégoût, ses désirs obsédants de n’être pas satisfaite. Il est rare aussi qu’elle attribue cette épreuve à la sexualité impuissante ou insuffisante de son conjoint, mais très habituel qu’elle en situe la cause dans des interdits moraux, dans sa propre éducation ou dans les principes semblables ou contradictoires à ceux de ses parents ou de son mari.

Elles acceptent la persistance de cette situation soit au nom de l’inutilité (donc de peine superflue apportée par un traitement thérapeutique), soit par passivité caractérielle — la peur des complications qu’apporterait dans leur vie la réalisation de fantasmes adultérins, seule solution pratique envisagée, à la fois comme moyen de guérison et comme but probable d’un traitement psychologique, solution bien plus dangereuse à leurs yeux que la vertu.

En effet, il semble bien que la frigidité, même si elle rend certaines obligations ennuyeuses est, pour nombre de femmes, un gardien de leur vertu. L’une d’entre elles, hystérique, me disait ceci : «  À la façon dont j’aime ce que j’aime, si j’aimais

faire l’amour, on n’en aurait pas fini ! Non, non, non, je suis bien plus tranquille comme ça ! ».

Donc, plutôt qu’à un recours à la psychothérapie, après ou sans même avoir consulté un confrère de médecine générale ou un gynécologue, après ou même sans quelques essais décevants d’infidélité à leur mari ou à leur partenaire officiel, les femmes frigides se résignent à leur sort pendant toute leur vie ou, au moins, pendant la majeure partie de leur vie d’adulte. Les maternités répétées, les soucis sociaux et de travail servent d’exutoire à leurs tensions ; seules quelques petites manifestations somatiques discrètes, compatibles avec une santé générale satisfaisante, marquent le cours de leur vie sexuelle anesthésiée. D’autres trouvent des satisfactions érotiques corporelles solitaires, masturbations avec fantasme de viol ou travaux obsédants, camouflés en sublimations : la cuisine, le linge, le ménage les dévorent, quand ce ne sont pas les magasins, surtout dans les 'grandes villes. Des satisfactions venues de relations interpersonnelles intra-familiales ou non occupent une libido plus ou moins consciemment homosexuelle ou pédérastique. On ne dira jamais , assez le danger que représentent les mères ou les femmes i perverses passives, que l’entourage ignore, mais qui, elles,

1 n’ignorent pas leurs sensations génitales au cours de relations | passionnelles homosexuelles ou d’activité pédagogique pédéras- ; tique, se déroulant sans explication verbale. L’enfant, lui, les ' perçoit et en est perturbé.

\ Les femmes qui ne trouvent d’exutoire ni à leur ardeur passionnelle corporelle, ni à leur vie sentimentale, dans leur besoin de prendre et de donner, de se dévouer à autrui, font alors d’authentiques refoulements, avec des réactions en chaîne dans leur propre existence ou dans celle de leur entourage. Elles forment la base de la clientèle des médecins, des chirurgiens et des ministres des cultes. Leurs transferts émotionnels sont virulents, généralement instables et ambivalents. Parmi elles, les psychanalystes voient souvent celles que leurs confrères qualifient d’obsédées et d’hystériques. Et surtout, sachons-le, les psychanalystes voient le plus souvent leurs enfants.

Je pense aux femmes frigides, uniquement préoccupées de rivalités mesquines, de ruminations érotiques à thème majeur de jalousie obsédante, de soucis morbides concernant leurs enfants (de l’éducation desquels elles ne s’occupent pas, ou très mal), concernant leur maison, leurs subalternes, leurs amis, leurs parents, qui, tous, souffrent plus ou moins de leur mauvaise humeur et de leurs plaintes revendicatives. On peut dire que, pour le psychanalyste, la frigidité est un symptôme accessoire de nombreuses névroses de femmes qu’il soigne pour d’autres symptômes ; la frigidité est aussi le symptôme déclencheur des difficultés œdipiennes chez leurs enfants.

Freud écrivait, dans une lettre à Fliess : « L’anesthésie sexuelle féminine est-elle autre chose qu’une conséquence de l’impuissance masculine ? »

En effet, il semble que la plupart des femmes frigides — hormis les cas de traumatismes infantiles — le sont devenues pour des raisons d’adaptation conjugale. La frigidité de sa femme est pour l’homme un gage d’innocence. « La chaste épouse » est toujours bien vue : « elle est plus mère que femme ». Plus étonnant encore, la chaste maîtresse est elle aussi très appréciée, car moins fatigante pour celui qui est en manque d’imagination érotique ! Le bon amour bourgeois, comme la cuisine bourgeoise, repousse les rencontres trop pimentées.

Une maîtresse frigide est beaucoup plus sûre, une fois admise sa situation, et son attachement à l’homme est motivé par des raisons de corps, de confort, de dépendance, plus que de plaisir sexuel. Du moins, c’est ce que pensent beaucoup d’hommes, et pas spécialement ceux que l’on qualifie d’égoïstes. Que dire d’une femme ou d’un homme qui, dans son enfance, n’a jamais connu la tendresse et qui la découvre dans son compagnon de lit, d'autant plus généreux qu’il est moins exigeant sexuellement ?

Mais il n’y a pas que l’impuissance, il y a aussi la monotonie ! Je pense au cas d’une femme qui, au début de son mariage, avait été choisie pour son « tempérament » robuste. Depuis 16 ans de mariage, ils travaillent dans la même boutique de confection et, depuis 16 ans, tous les jours ouvrables, avec ou sans règles, il lui faut ses trois coïts par jour, comme un médicament, matin, midi et soir. Certains jours de « presse », le mot n’est pas de moi, deux fois à midi, avant et après le repas. L’admirable femme, à l’occasion d’une consultation de son fils apathique et aboulique, demandait la recette pour éprouver plus souvent du plaisir, qui se faisait rare chez elle, quoique toujours pareil chez son mari. Quant à lui, présent aussi dans mon cabinet pendant cette confidence, il était visiblement fier de ce que je devais penser de lui. « Je m’en lasse à mon âge, dit la femme, mais mon mari croit que c’est parce que j’en cherche un autre. Croyez-moi, docteur, je n’en aurais envie qu’une fois par jour, mais il ne comprend pas cela », ajouta-t-elle en minaudant.

Je pense qu’un tel rite coïtal est aussi frigidisant que l’impuissance. Le devoir de plaisir n’est pas dans le style féminin parce que les prouesses spectaculaires sexuelles ne sont pas valorisées par la femme ; au contraire, les hommes valorisent les sensations intenses, depuis les mimiques bruyantes de jouissance feinte jusqu’aux douleurs intenses, et parfois menteuses, que personne ne peut contredire.

Esquisse de la conduite d’une psychothérapie dans le cas d’une femme venue consulter le psychanalyste pour le symptôme dominant de frigidité

Questions

—    Les raisons qui l’ont amenéçà cette consultation.

—    La motivation personnelle, ou celle d’un autre : conjoint effectif ou espéré.

—    La présentation dépressive devant la conscience d’une « infirmité » réelle.

—    La présentation revendicante :contre le conjoint

contre ses parents et, plus

spécialement, contre sa mère.

—    La présentation persécutée, par le conjoint ou par l’un des enfants.

—    Lorsque la névrose est la motivation consciente, ces attitudes sont des attitudes de personne phallique à l’égard de la personne de l’autre ou du sexe de l’autre.

—    Quand c’est la frigidité qui est la motivation, de quelle façon ces attitudes sont parlées, en terme de région sensible réceptrice, que l’on étudiera en abordant les questions concernant les événements suivants :

Périodes prégénitales :

Rôle de la mère plus apparent que celui du père, mais le comprenant toujours, dans le cadre d’un doublé avec la mère, malgré les dénégations de la consultante, même si elle soutient son indifférence totale vis-à-vis du père, pendant sa première enfance.

—    Souvenirs personnels (ou qu’on lui a racontés), à propos de :

•    son sevrage,

•    son éducation sphinctérienne,

•    la suppression brutale de la masturbation,

•    les souvenirs de culpabilité masturbatoire ou sexuelle interpersonnelle, avec des enfants ou des adultes,

•    le refus de l’acquisition dans l’enfance des sublimations phalliques corporelles narcissiques, industrieuses, kynétiques, scolaires,

•    les sublimations passives,

•    le soutien du sens esthétique personnel de son âge ou son interdiction ; le « goût »,

•    les responsabilités féminines au foyer : la mère, les parentes, les bonnes (agression, complexe de viol) l’obligeant, lui montrant comment travailler à la maison, ou, au contraire, le lui interdisant.

—    Souvenirs à propos du contact avec l’entourage et le milieu extra-familial :

•    sur les traumatismes narcissiques reçus : des filles, des garçons, des professeurs, des hommes et des femmes,

•    sur la culpabilisation de l’agressivité castratrice.

—    Autres souvenirs :

•    sur la culpabilisation de la jalousie,

•    sur la culpabilisation de la dissimulation (intériorisation féminine),

•    sur la culpabilisation de larcins d’objets de valorisation féminine.

—    Souvenirs sur la curiosité.

—    Souvenirs sur le caractère observé de la mère anxieuse, à l’époque pré-génitale, frigide elle-même ou jalouse devant l’intérêt sexuel pénien ou devant l’attachement de la fille pour son père.

—    Souvenirs du sentiment d’infériorité sexuelle : il n’a pas été supprimé par le père ni par la mère, par suggestion séductrice et violente ; par le travail et l’éthique, permettre sa compensation, sinon possibilité d’hystérie et de non-intériorité.

—    Souvenirs sur son apparence de garçon, en se rappelant que celle-ci est une compensation nécessaire chez une fille abandonnée par son père, surtout si elle se croit lâchée parce qu'elle est née fille et non garçon.

À la période œdipienne, terminée par une pose réelle de l’Œdipe :

Y a-t-il notion de :

•    discrédit de la mère : subjectif, social, par rapport au couple des parents,

•    discrédit du père,

•    discrédit des frères et sœurs.

Y    a-t-il :

•    perdurabilité actuelle par les relations existant aux parents de l’un ou l’autre conjoint, de la fixation œdipienne de troisième terme un lien fétiche représentant nécessairement la personne phallique parentale — par exemple lit conjugal des parents de la femme — ou par l’intermédiaire d’une dépendance financière du ménage, entretenu par le père de la jeune fille ;

•    insuffisance de liberté de la personne, présence au foyer de la mère de la jeune fille, ce qui ne permet pas le refus de l’attraction génitale, donc pas son acceptation libre ;

® valorisation phallique anale perturbante : soins-soucis, preuve par la présence de l’enfant ; l’enfant, s’il y en a, peut-il être soupçonné de représenter le fétiche du pénis maternel fabulé ou le fétiche du pénis paternel ?

Y    a-t-il eu, dans le vécu de la grande enfance :

9 gauchissement de la situation œdipienne par le gauchissement de ses composantes ; fixation à une sœur ou une tante, au lieu de la mère ; fixation à un oncle utérin ou paternel, ou à un étranger non couplé avec la mère, au lieu du père ; fixation à un jeune frère ou jeune sœur, pseudo-paternant ou pseudo-maternante à l’âge œdipien ; blessures ou gratifications narcissiques à ce propos.

Y    a-t-il eu carence :

•    maternelle, par décès ou séparation, et à quel âge ; mort ou grave maladie de sœurs aînées,

9 paternelle, par décès ou séparation, et à quel âge.

—    Quels ont été les comportements sociaux et affectifs implicitement et explicitement valorisés par la mère et par le père ?

—    Quelles images hétérosexuelles valables les parents ou les grands aînés, du même ou de l’autre sexe, ont-ils valorisées ou données comme valeurs exemplaires ?

—    Quelles ont été les activités passives et actives de la région génitale depuis l’enfance ? Désirs localisés, masturbations.

—    L’âge de la conscience réflexive concernant les lois de la conception.

—    L’âge de la conscience réflexive concernant le fonctionnement sexuel menstruel et la maternité.

—    L’âge de la conscience réflexive concernant le coït, l’appareil sexuel masculin, l’érectilité fonctionnelle.

—    L'instruction et les convictions religieuses implicites ou vécues actuellement par la consultante.

—    Souvenirs perceptifs et sentimentaux concernant ses premières fixations amoureuses, sa défloration et les suites physiologiques, affectives et sociales.

—    Le sens actuel conscient de l’existence de la consultante : rechercher si le désir d’entrer en psychanalyse n’est pas placé dans un contexte pervers oral (prendre) ou anal (triompher de), en compensation d’une aliénation de plus de la part de la consultante, par rapport à son sexe, afin de se supporter sans se donner ; ou s’il s'agit authentiquement d’un désir de guérir, en acceptant les risques de perdre les actuelles fixations et bénéfices secondaires de sa névrose, dont fait partie parfois le mariage ou le concubinage :

•    soit que le conjoint ait été subi ou choisi par obéissance aux entités surmoïsantes parentales, ou choisi pour des raisons totalement étrangères à son sexe, celui-ci n’étant qu’un objet de masturbation inefficace et dérisoire, ou pour des raisons étrangères à sa personne, celle-ci n’étant pas appréciée dans ses réalisations sociales ;

•    soit encore que ce conjoint ait été conquis par mensonge et que les sentiments d’infériorité soient tels que l’éventuel accès à la vérité de cette infériorité ne puisse être supporté par le sujet.

Autrement dit, une psychanalyse que veut entreprendre une femme mariée sans amour, et qui veut garder le statu quo par raisons d’intérêt, ne doit pas être acceptée.

Le déroulement, aussi peu systématique que possible, d’un tel questionnement, pour qu’il soit complet, demande, on le conçoit aisément, plusieurs entretiens de 3-4 heures, assis face à face ; il est préférable que ces entretiens soient espacés d’une ou deux semaines, afin de permettre le travail onirique, ainsi que le travail des résistances, que l’on n’analysera pas, mais qui sont nécessaires à la persévération saine de l’équilibre de la personne, tant psychique que somatique, et au non-ébranlement trop rapide de ses relations sociales émotionnelles.

Le danger latent chez les femmes qui consultent un psychanalyste pour leur frigidité est de plusieurs sortes, si elles sont embrigadées trop vite dans une analyse ou dans un rythme rapproché de séances. D’abord, l’énorme dépendance de ces femmes disponibles ; puis, liée à cette dépendance, la survalorisation émotionnelle du transfert, qui peut remplacer toute vie inter-relationnelle, si les rendez-vous sont fréquents ; survalorisation à style positif ou négatif d’ailleurs, mais caractéristique de situations passionnelles. Lorsque la frustration de présence n’est pas ressentie suffisamment, elle ne provoque pas la prise de conscience et la verbalisation de cette frustration, laquelle pourtant est l’amorce de l’analyse du sentiment de vide et d’insuffisance narcissique, concernant les désirs présents et non reconnus, qui mènent la consultante à repenser ses désirs passifs sous cet angle de frustration — castration phallique imaginaire.

Lorsque les séances sont à un rythme fréquent, la consultante n’a pas, non plus, la sensation prégnante du temps limité et qui ne se retrouve pas le lendemain, temps pendant lequel, quoique frustrée et donc agressive, elle doit s’ouvrir à son psychanalyste sur des sujets ressentis aussi intimes que ceux que le questionnement, discrètement mené, oblige à aborder.

Cette attitude du psychothérapeute, qui, au lieu de donner des conseils ou des explications, oblige à se raconter, est ressenti comme un viol et permet, quand ce sentiment est agressivement ou dépressivement verbalisé, d’aborder l’angoisse analogue ressentie au cours de la vie de la femme pour les désirs et les jeux érotiques, et d’ainsi réhabiliter l’angoisse de viol comme signifiante de la sensibilité sexuelle intériorisée. Les fantasmes hétéro ou homosexuels avec le psychanalyste sont rapportés de façon onirique, témoignant du transfert qui agit entre les séances.

Après le nombre nécessaire de séances à remplir l’interrogatoire implicite, et afin d’étudier et de revivre dans le moment présent les émois liés à la relaxation permise ou non de la personne, puis la possibilité des associations libres, la posture couchée du divan psychanalytique est alors imposée, apportant une rémanence de l’angoisse de castration anale et phallique du désir ou de l’angoisse de viol, par le regard ou la pensée critique du psychanalyste. L'étude de ces projections, ainsi que des personnes introjectées peut alors se faire à l'occasion de cette posture du divan, qui donne une toute autre sensation narcissique de soi que la station assise, dans le même cabinet de l’analyste et avec la même personne qu’on ne voit plus. Ce changement de la position est riche de réactivations émotionnelles infantiles et permet l’analyse du transfert.

On arrive enfin à des séances de silence dominant et relaxé, qui sont concomitantes de la disparition, d’abord fugace, de la frigidité avec le conjoint, laquelle s’annonce par des rêves où l’orgasme oniriquement vécu avec un partenaire imaginaire (et souvent non représenté nettement dans le rêve) bouleverse la sensation de sensibilité interne, jusque-là absente.

D’autres rêves arrivent, de consommation teintée de masochisme émotionnel ou des rêves de mort de substituts parentaux, ou de soi-même, tels que ceux des enfants en phase oedipienne. Des rêves de consommation orale avec les voies génitales, des rêves de scène primitive terminant le travail psychothérapique ; pendant ce travail, la personne du psychothérapeute a joué transférentiellement le substitut du moi qui acquiesce à l’investissement oral et anal des voies génitales et reste optimiste devant les angoisses nécessaires de viol, et les désirs valables de castration exprimés sur les mâles désirés.

Les moments délicats du traitement et qui risqueraient de soulever des résistances inutiles, si le psychothérapeute y donne appui au lieu de les laisser s’exprimer en y acquiesçant, sont les résistances justifiées par l'avidité de désir, brusquement découverte en lui-même par le sujet, et qui peut lui faire peur. Elle redoute de se découvrir une Messaline perverse (après avoir été une chaste perverse qui s’ignorait), elle fait des menaces de dévergondage dont le psychanalyste est rendu responsable aux yeux de son entourage (c’est l'ennui du mari payant), et c’est autour du paiement que l’analyse doit alors s’articuler. Ou bien, elle se sert d’impératifs religieux, qu’elle veut discuter avec l’analyste, soi-disant pour qu’il l’éclaire ou pour qu'elle les contourne. Là encore, il s’agit de fantasmes rationalisés dans le réel, fantasmes qu’il est bon de ne pas analyser directement, mais de rapporter au troisième personnage amené dans la situation duelle à l’analyste : duquel des deux, la religion-surmoi ou le sexe-ça, y a-t-il à attendre le plus d’avantages narcissisants ?

La dialectique du don, seul but visé éthiquement dans l’analyse, en contradiction avec la recherche des pouvoirs et d’avoirs pour soi dans ces deux modes de résistance de type libidinal oral, anal et phallique (la période gourgandine) est le guide de l’attitude analytique, implicite ou explicite, du thérapeute.

La verbalisation du psychothérapeute, qui explicite le droit de cesser le traitement, est aussi un adjuvant de poids pour décider la consultante à continuer son travail par-delà les crises œdipiennes vécues, transférées sur l’analyste et sur l'analyse narcissiquement éprouvante.

Il reste, bien entendu, qu’une psychanalyse classique n’est pas contre-indiquée, même pour une frigidité simple. Elle peut — si l’indication en était donnée par un médecin et un gynécologue, et souvent par des psychiatres — être entreprise d’emblée, sans la nécessité de cet interrogatoire, parce que le cas n’étant pas neuf, les questions explicites ou implicites de cet interrogatoire ont déjà été pensées par la consultante et donc n’ont pas porté leur fruit de déculpabilisation.

Lorsqu’il s’agit de vaginisme, il me semble qu’une psychanalyse est indiquée à rythme de séances assez rapprochées, car le vaginisme implique une grande intensité pulsionnelle, donc des variations émotionnelles à seuil liminaire d’angoisse très précis et qu’il importe d’étudier de près, dans leurs manifestations de sens attratif et répulsif transférentiel.

Le rôle du désir de rapt castrateur sur l’analyste et de fuite de ce désir, est ce qu’il importe de mettre en évidence et de déculpabiliser chez la patiente, pour en analyser les racines orales ou génitales ; de même que le désir de mystifier et de provoquer l’analyste à la démystifier afin, s’il y cède, de sombrer dans un masochisme dépressif. La vaginique ment à tout le monde et à son analyste, explicitement et implicitement ; elle cherche à être violée à mort, elle voudrait castrer à mort, alors que la frigide ne sait comment dire ce qu’elle a à dire, pour ne pas faire de peine ou parce que c’est sans valeur, ou parce qu’elle pense à deux choses à la fois ; elle ne pense pas mériter l’attention, elle n’ose pas la souhaiter, elle n’est rien. Si l’analyste a l’air de vouloir qu’elle parle, donc qu’elle soit phallique à son égard, elle cherche ce qu’il faut lui dire et il la détourne de son travail qui est la recherche de ses sensations valables en elle-même, indépendamment de leur expression formelle.

Quelques cas cliniques

 Frigidité :

1. Une mère de famille nombreuse, frigide depuis que sa fille aînée avait atteint l’âge de 9 ans. Guérie après le mariage de cette fille, après des années de troubles psychosomatiques de la mère : alors qu’elle était apparemment en ménopause, réapparition des règles et éclosion d’une vie sexuelle normale.

2. Frigidité totale apparue chez une femme non frigide, mariée à un homme stérile, « auquel elle voulait rester fidèle » après la naissance par fécondation adultère, d’un enfant garçon. Guérie par le traitement psychanalytique de ce fils, à l’âge de 14 ans, traitement rendu nécessaire par des troubles sociaux et organiques diagnostiqués comme « maladie des tics », compliqués d’un délire démoniaque verbalisé. Ce délire justifiait pour le sujet ce que l’on croyait être des tics et qui étaient des rites propitiatoires destinés à lui préserver une structure éthique humaine, alors qu’il était engagé à son insu dans un vécu incestueux auquel il se dérobait, en niant sa participation mentale aux fonctionnements locomoteurs de sa personne, dans tout ce en quoi elle servait de soutien, d’entretien de son image corporelle phallique.

3- Frigidité absolue, guérie totalement par la découverte bouleversante d’une liaison actuelle et passionnelle de nature homosexuelle de son mari ; guérison concomitante de l’apathie-aboulie corporelle du fils aîné et de la fixation puérile à la mère, liée à une timidité maladive du second fils (11 ans), tous les deux intellectuellement supérieurs. (Age de l’aîné : 14 ans.)

4. Frigidité apparue chez une jeune femme, après son mariage qui légitimait son union avec un amant, devenu fiancé, avec qui, depuis 18 mois, les rapports sexuels et les orgasmes vaginaux étaient très satisfaisants. La frigidité, relative après le mariage, est devenue totale avec la conscience de la première grossesse subie ; l'enfant fut mis en nourrice par absence de sentiment maternel. La frigidité a disparu avec la naissance du troisième enfant, à la suite d’une maternité qui avait été pour cette femme une découverte émotionnelle positive.

Vaginisme :

1.    Cas de vaginisme transitoire, précédé émotionnellement de phobie à l’approche corporelle du mari, en période de fécondabilité de son cycle ; cette femme était désireuse d’avoir des enfants et avait été psychanalysée antérieurement. Guérie par une reprise de psychanalyse qui s’est passée presque entièrement en silence. Une première grossesse avec maternité heureuse a été suivie de deux ans de vie sexuelle normale avec orgasmes satisfaisants, acceptation à priori d'une grossesse éventuelle, acceptée, non évitée mais pas spécialement désirée. Le désir de grossesse, réapparu quand l’aîné avait deux ans, apporte une grossesse nerveuse diagnostiquée au 4e mois, diagnostic suivi de vaginisme le mois qui a suivi la réapparition des règles, au moment de la fécondabilité maximum du cycle menstruel. Une seule visite rendue à la psychanalyste : disparition de toute angoisse. Une seconde maternité heureuse depuis, disparition du symptôme de vaginisme et une troisième et quatrième maternité normales. La vie génitale est restée normale.

2.    Cas de frigidité suivie de vaginisme chez une jeune mariée. La guérison fit disparaître d’abord le vaginisme, puis la frigidité et ensuite fit réapparaître le désir d’un enfant. Les rêves qui ont précédé la guérison clinique étaient des rêves de repas carnivores du vagin dévorant.