Ce qu’en pense Freud

 

« Je ne peux m’empêcher de penser (quoique j’hésite à le dire) que, pour les femmes, le niveau de la norme morale est différent de ce qu’il est pour les hommes. Leur surmoi n’est jamais aussi inexorable, aussi impersonnel, aussi indépendant de ses origines émotionnelles que nous le voyons être chez les hommes. Leurs traits de caractère tels qu’ils ont été critiqués de tous temps, sont leur sens de la justice moins aigu que chez les hommes, leur difficulté à se soumettre aux grandes nécessités de la vie, leur facilité d’être plus souvent influencées dans leurs jugements, par leurs sentiments d’affection ou d’hostilité. Tout ceci serait à mettre au compte de la modification dans la formation de leur surmoi. »

Collected Papers, vol. V, p. 196.

« La psychanalyse nous apprend que le choix de l’objet sexuel se fait de deux manières différentes. Il peut s’inspirer de certains modèles dont les origines remontent à la première enfance ou bien présenter les caractères inhérents au narcissisme où l’individu recherche son moi et le retrouve dans une autre personne. Ce dernier mode prend une importance toute particulière dans les cas pathologiques. »

Trois Essais, p. 217.

« Mon exposé est certes incomplet, fragmentaire et parfois peu réjouissant. N’oubliez pas cependant que nous n’avons étudié la femme qu’en tant qu’être déterminé par sa fonction sexuelle. Le rôle de cette fonction est vraiment considérable, mais, individuellement, la femme peut être considérée comme une créature humaine.

Si vous voulez apprendre davantage sur la féminité, interrogez votre propre expérience, adressez-vous aux poètes ou bien attendez que la science soit en état de vous donner des renseignements plus approfondis et plus coordonnés. »

Nouvelles Conférences.

« Nous nous sommes arrêtés à une notion de la libido qui la considère comme une force quantitativement variable nous permettant de mesurer les processus et les transformations dans le domaine de l’excitation sexuelle... Quand nous distinguons l’énergie de la libido de toute autre énergie psychique, nous supposons que les processus sexuels de l’organisme se distinguent des fonctions de nutrition par un chimisme particulier...

Sa représentation psychique serait la libido du moi. Toutefois, la libido du moi ne devient accessible à l’analyse que lorsqu’elle s’est emparée d’objets sexuels, c’est-à-dire quand elle est devenue libido objective.

C’est alors que nous la voyons se concentrer sur des objets, s’y fixer ou les abandonner, les quitter pour se tourner vers d’autres objets et, des positions dont elle s’est emparée, commander l’activité sexuelle des individus, mener enfin à la satisfaction ; nous arrivons à une extinction partielle et temporaire de la libido.

En ce qui concerne la libido objective, nous voyons que, détachée de ses objets, elle reste en suspens dans des conditions particulières de tension et que, finalement, elle rentre dans le moi, de sorte qu’elle

redevient la libido subjective, en opposition à la libido objective.

La libido du moi ou narcissique nous apparaît comme formant la grande réserve d’où partent les déterminants objectifs et vers laquelle ils sont ensuite ramenés. Le narcissisme qui marque le retour vers le moi nous apparaît comme l’état originel réalisé dans l’enfance, état qui s’est trouvé masqué par les tentatives de conquêtes ultérieures mais qui, au fond, s’est conservé...

Les transformations de la libido du moi sont d’une importance majeure surtout là où il s’agit d’expliciter les troubles profonds de nature psychopathique.

Si, jusqu’à présent, la psychanalyse nous renseigne d’une manière certaine sur les transformations de la libido objective, par contre, elle n’est pas encore à même de distinguer de manière nette la libido subjective des autres énergies qui agissent dans le moi. C’est pourquoi on ne peut actuellement poursuivre une théorie de la libido que par la méthode spéculative. »

(Freud insiste ensuite sur la nécessité de conserver à la notion de libido une origine énergétique strictement sexuelle, et non d’énergie psychique en général, et il s’appuie pour cela sur l’hypothèse d’un chimisme particulier de la fonction sexuelle.)

Trois Essais, p. 143.

« La disposition mâle et femelle se manifeste déjà durant l’âge infantile.

—    Le développement des digues sexuelles : pudeur, dégoût, pitié, s’accomplit de bonne heure chez les petites filles et rencontre moins de résistance que chez les jeunes garçons.

—    Le penchant au refoulement sexuel paraît jouer un plus grand rôle (que chez les garçons) et lorsque les tendances '' sexuelles de la puberté se manifestent, elles' prennent de préférence la forme passive. Toutefois l’activité érotique des zones érogènes est la même pour les deux sexes et ceci empêche que, dans l’âge infantile, la différence sexuelle soit aussi

manifeste qu’elle le sera après la puberté. Maintenant, si on prend en considération les manifestations auto-érotiques et masturbatoires, on peut émettre la thèse que la sexualité des petites filles a un caractère foncièrement mâle. Bien plus, en attachant aux conceptions mâle et femelle des notions plus précises, on peut affirmer que la libido est, de façon constante et régulière d’essence mâle, qu’elle apparaisse chez l'homme ou chez la femme et abstraction faite de son objet homme ou femme. »

Trois Essais, p. 147.

« Depuis que j’ai eu connaissance de la théorie de la bisexualité, j’ai attaché une importance décisive à ces faits et je crois qu’on ne saurait interpréter les manifestations sexuelles de l’homme et de la femme sans en tenir compte ...

Tout être humain présente, au point de vue biologique, un mélange des caractères génitaux propres à son sexe et des caractères propres au sexe opposé, de même qu’un mélange d’éléments actifs et passifs, que ces éléments d’ordre psychique dépendent ou non des caractères biologiques. »

Trois Essais, p. 148.

« Nous ne serions pas surpris qu’à toute sexualité correspondît une libido particulière de telle sorte que l’un des genres de libido visât les buts de la sexualité virile et l’autre les buts de la sexualité féminine. Cependant, tel n’est pas le cas. Il n’est qu’une seule libido, laquelle se trouve au service de la fonction sexuelle tant mâle que femelle. Si, en nous fondant sur les rapprochements conventionnels faits entre virilité et activité, nous la qualifions de virile, nous nous garderons d’oublier qu’elle représente également des tendances à buts passifs. Quoi qu’il en soit, l’accolement de ces deux mots libido féminine ne peut se justifier. »

Nouvelles Conférences, p. 180.

En note, les concepts « masculin » et « féminin ».

Trois sens :

1.    équivalent à actif et passif,

2.    biologique,

3.    sociologique.

« La psychanalyse ne peut tenir compte que du premier de ces sens. C’est ainsi que nous avons caractérisé tout à l’heure la libido comme masculine. En effet, la tendance est toujours active même quand son but est passif.

C’est pris dans le sens biologique que les termes masculin et féminin se prêtent mieux à des définitions claires et précises, indiquant la présence chez un individu de glandes spermatiques ou ovulaires avec les fonctions différentes qui en dérivent. L’élément actif et ses manifestations secondaires : développement musculaire accentué, attitude d’agression, libido plus intense sont d’ordinaire liés à l’élément masculin pris dans le sens biologique. »

Trois Essais, p. 216.

À propos des zones érogènes en tant qu’organes de transmission, Freud pense :

« ... que le clitoris a une importance si exclusive spontanément, que la petite fille, même avec l’intervention d’un séducteur, n’arrive pas à autre chose qu’à la masturbation clitoridienne. »

Il parle ensuite de la puberté qui amène chez le jeune garçon la grande poussée de la libido et, chez la fille, une nouvelle vague de refoulement qui atteint la sexualité clitoridienne. Ce qui est alors refoulé, c’est un élément de sexualité mâle. Le renforcement des obstacles opposés à la sexualité qui apparaît lors du refoulement caractéristique de la puberté procure un élément excitant à la libido de l’homme et l’incite à une activité plus intense, proportionnée à l’augmentation de la libido qui atteint son plein épanouissement en face de la femme qui se refuse et renie son caractère sexuel.

Trois Essais, p. 148.

Freud dit qu’à la puberté il se produit chez la femme une « espèce de régression ».

« Le clitoris lorsqu’il est excité lors de l’acte sexuel, garde son rôle qui consiste à transmettre l’excitation aux parties génitales contiguës un peu à la façon du bois d’allumage qui sert à faire brûler du bois plus dur. Il se passe parfois un certain temps avant que cette transmission ait lieu, temps pendant lequel la jeune femme n’est pas sensibilisée au plaisir. Une telle insensibilité peut s’établir de façon durable, lorsque la zone du clitoris se refuse à transmettre son excitation ce qui peut être dû principalement à son activité excessive pendant la période infantile. »

Trois Essais, p. 128.

Pour les zones érogènes sexuelles, la sexualité de la fille passe par deux phases, la première clitoridienne, la seconde vaginale. « Nous pensons que, pendant de nombreuses années, le vagin est virtuellement non existant et reste sans donner de sensation jusqu’à la puberté », malgré l’opinion récente contraire de nombreux auteurs.

1)    Chez la fille « elle admet sa castration, dit Freud, son infériorité relativement à celle des mâles mais, en même temps, elle se rebelle devant ces faits ». Elle peut tourner le dos à toute sexualité et abandonner toute idée de sa virilité et par là même la majeure partie de ses activités.

2)    Si elle persiste à espérer, elle reste dans l’envie du pénis avec périodes de fantasmes où elle est réellement un homme. Ce

complexe de virilité peut aller vers homosexualité et choix d’objet homosexuel.

3) Troisième éventualité, elle va vers le père, objet d’amour, et arrive au processus oedipien beaucoup plus lentement que le garçon.

Les relations de la femme vis-à-vis du mari sont sur le modèle de ses relations avec sa mère et non avec son père.

Avec de nombreuses femmes, on a l’impression qu’à leur période de maturité, elles ne sont occupées que de leurs relations conflictuelles avec leur mari, exactement comme elles avaient passé leur jeunesse en disputes avec leur mère.

L’hostilité avec la mère ne viendrait donc pas de la période de rivalité œdipienne mais proviendrait des phases antérieures et ne trouverait avec l’Œdipe qu’une occasion de renforcement.

Les raisons de déception provenant de la mère sont nombreuses : jalousie des autres enfants et même du père.

Découverte de la masturbation phallique avec ou sans séduction par les nurses et la mère qui veulent rendre les filles dépendantes, ou l’interdiction de la masturbation — la surveillance trop étroite.

La surprotection de la chasteté par la mère.

« Naturellement, dit Freud, la mère en fait autant pour le garçon. » La mère qui est privée du pénis envié est, à cause de cela aussi, discréditée.

Revendication :

—    de l’avoir mal faite corporellement,

—    de l’avoir insuffisamment nourrie au sein ou

—    de lait.

Ambivalence caractérielle de la sexualité infantile, très forte chez la fille vis-à-vis de la mère.

Le rôle des lavements suivi de crises de haine.

La croyance des filles que leur mère les a séduites.

Collected Papers, vol. V, p. 252.

« On sait que l’insensibilité des femmes est le plus souvent apparente et simplement locale. Insensibles aux excitations de la région vaginale, elles ne le sont pas à une excitation partant du clitoris, ou même d’une autre zone. À ces causes érogènes d’insensibilité s’ajoutent d’autres causes, de caractère psychique qui, comme les premières, sont conditionnées par un refoulement.

Quand la transmission de l'excitation érogène s’est faite du clitoris à l’orifice du vagin, un changement de zone conductrice s’est opéré chez la femme dont dépendra, à l’avenir, sa vie sexuelle, tandis que l’homme, lui, a connu la même zone depuis l’enfance et s’y tient. Avec ce changement des zones érogènes comme organes de transmission, avec la poussée de refoulement dans la période de puberté qui semble, pour ainsi dire, vouloir supprimer le caractère de virilité sexuelle chez la petite fille, nous trouvons les conditions qui prédisposent la femme aux névroses et particulièrement à l’hystérie. Ces conditions dépendent étroitement de la nature féminine. »

Trois Essais, p. 149.

« L’homme seul représente une vie érotique accessible aux recherches, tandis que la vie érotique de la femme, en raison d’une atrophie provenant de la civilisation, en partie aussi à cause de réserves conventionnelles et d’un certain manque de sincérité, est encore entourée d’un voile épais. »

Trois Essais, p. 40.