1. Développement de la libido de la naissance à la vieillesse

Gestation

Pour commencer, il eût été nécessaire de faire une étude des relations humaines préobjectales de la fille « dans le sein » et « au sein de sa mère ». Cependant cette étude du narcissisme en stade de structuration eût fortement allongé ce travail. J’ai fait néanmoins, à de nombreuses reprises, allusion à ce soubassement imaginaire, dû aux fondations préverbales de la personne, ainsi qu’aux fondations pré-sadiques, orales et anales, de la relation à soi-même et à l’autre.

À l’observation, la libido se montre à l’œuvre dès l’origine de lajviede l’être humain, dans la dialectique narcissique. Dès la période dite passive de la libido prégénitale (lorsque la zone érogène génitale n’est pas encore prédominante), la libido paraît animer la fonction symbolique ; ceci apparaît clairement pour ce qui est de l’individu adulte et de la trame dialectique narcissique et interrelationnelle dans ce qu’elle a d’intersubjectif.

C’est sans doute cette indissociabilité de la vie consciente et inconsciente qui bouleverse les lois de ce que nous avons cru être la science — observation par un témoin neutre, qui n’influe pas sur l’observé ; ce bouleversement du statut scientifique s’est produit à l’intérieur d’une technique, par ailleurs rigoureuse, de non-intervention — la technique psychanalytique. C’est également la libido génitale qui est à l’œuvre dans les processus de l’intelligence humaine moiïque, dont l’immense domaine demeure cependant dans le registre narcissique, c’est-à-dire personnel.

La libido génitale observable dans ce registre conduit le chercheur à l’intelligence de l’impersonnel. Là, la symbolique, délestée du poids de l’imaginaire, semble encore jouer son rôle créateur (appréciable dans ses conséquences phalliques seulement), preuve incontestable de la libido échappant au contrôle limitatif imposé par l’observation des existences personnelles. Au-delà des contacts corporels, la libido est créative, par les fruits symboliques de ses manifestations émanant de l’intelligence humaine. En deçà des contacts perceptibles, elle est créative par l’observation directe et par la conscience des personnes qui en sont les médiatrices, à travers des immanences symboliques structurantes ou déstructurantes.

Après sa conception qui, pour la première fois, a fait participer le sujet en germe au sens symbolique du couple libidinal de ses parents, l’enfant — en l’occurrence, le fœtus féminin —, grossit et se forme à l’insu de tous et pourtant déjà très marqué par l’influence, sécurisante ou anxiogène, des affects libidinaux de la mère. Ses affects peuvent concerner, d’une part, la gestation et le futur humain qui s’y prépare, d’autre part, le géniteur qu’il soit ou non celui qui, dans sa vie émotionnelle, occupe la place d’objet élu de son désir. Dans le cas où le géniteur n’est pas cet objet du désir, les émois correspondant au phallisme symbolique de la mère sont dichoto-misés.

Les psychanalystes d’adultes ont souventes fois remarqué que cette étape fœtale de la vie est toujours agissante, car on aperçoit ses traces vitalisantes ou dévitalisantes lors des épreuves vécues ultérieurement dans le corps-à-corps des humains. Les psychanalystes d’enfants voient constamment des enfants psychotiques dont la maladie mentale semble due à un handicap, vital ou sexuel, causé par un traumatisme émotionnel et symbolique très grave, durant leur vie intra-utérine.

On peut dire que les vrais traumatismes psychogènes sont ceux qui atteignent la mère du fait de l’objet de son désir : soit un désir dérobé, soit le rejet de sa personne consécutivement à sa gestation. Il ne s’agit toutefois pas toujours de traumatismes venant du géniteur de l’enfant ; ils peuvent résulter aussi de tout autre objet du désir sexuel de la mère : passionnel, œdipien, rémanent ou transféré. Il faut souligner toutefois que les traumatismes qui viennent du géniteur, ou des représentants des deux lignées ascendantes, désavouant la fertilité de la mère, sont particulièrement blessants pour l’enfant en gestation. Le refus le plus grave étant sans conteste celui du géniteur qui ne veut pas reconnaître, symboliquement et légalement, l’enfant ; c’est là un refus symbolique de son humanisation sociale.

Un enfant non reconnu par son père devient symbole d’inceste clandestin de sa mère ; un enfant non reconnu par sa mère — symbole de l’inceste clandestin de son père. Quant à l’enfant abandonné par pur rejet de sa valeur émotionnelle, considérée insuffisante pour retenir l’intérêt affectif de sa mère, il peut se sentir symbole d’excrément pour ses deux géniteurs.

Il est d’autre part des enfants qui sont légitimés à l’état civil, mais qui ne sont pas désirés consciemment et ne sont pas acceptés avec amour. Ce type d’amour est cliniquement décelable par les fantasmes des parents, pendant la période de gestation ; un amour anticipé pour sa future personne pour laquelle, ils projettent, quel que soit son sexe, une réussite organique et sociale à venir, comme prolongation de la double lignée, maternelle et paternelle, dont il est issu. Quand cet amour manque, sa vitalité, subie sans joie, fait de l’enfant un symbole d’intrus toléré comme une animalité parasite. Les investissements ultérieurs, destinés à le domestiquer, pourront ensuite masquer ce trait, qui ne sera retrouvé que par l’analyse.

Le processus d’identification, en tant que dialectique structurante, ne s’effectue pas selon les critères de valeur de l’individu humain. La clinique psychanalytique concernant les névroses précocissimes d’enfants d’apparence organique saine à la naissance nous enseigne qu’il s’agit presque toujours de troubles dans leur structuration de l’image du mrps^ symbolique^îu~]é7 à l'épOque Bu TîàrcHsîsmèpfi ma ire en cours d'organisation ïœtale, et donc - juXtahatale. Il s’agit là d'üné" libido" préobjëctale et cependant déjâ d’une libido au sens freudien, sexuel, du terme. C’est, en effet, une fonction symbolique de fertilité des rapports inter-émotionnels et organiques, fonction encore exclusivement autochtone, mais préparant déjà les sources subjectives de la libido objectale, orale, anale, génitale. Ses traces de fixation rémanentes sont décelables dans toutes les psychanalyses suffisamment profondes.

C’est à la suite de traumatismes libidinaux de cette époque, où l’organisme de l’enfant est symbiotique à celui de la mère, que des épreuves narcissiques survenant au cours de l’évolution aux stades ultérieurs (avec refoulement consécutif à la perte de l’objet élu ou à l’atteinte organique de la zone de primauté érogène) peuvent entraîner des psychoses émotionnelles, des aliénations mentales ou des psychoses d’organes, véritables aliénations physiques accompagnées de blessures narcissiques profondes.

Tout se passe comme si les échanges corporels organiques du fœtus, corollaires de manifestations vitales émotionnelles dites instinctuelles, modelaient les tendances du Ça. Tout se passe comme si la gestation était une incarnation affective autant qu’organique, comme si le fœtus se construisait suivant un registre organo-émotif, allant du bien-être de la tumescence, à la souffrance archaïque, au mal-être. Ce mal-être préforme le style des angoisses de viol ou de castration, selon la prégnance des deux perceptions extrêmes.

Dans les cas qui laissent des traces vulnérantes, présentifiées organiquement, il ne s’agit pas de perturbations banales ; pour le père et la mère, ces perturbations sont dues à une contestation éthique avec résonance de culpabilité. Cette culpabilité concerne le fait de leur fertilité symbolique, présente à leur conscience grâce à l’existence du fœtus. Il semble y avoir plusieurs occurrences : soit leurs désirs ont été d’un niveau d’organisation libidinal œdipien ou préœdipien (culpabilité endogène narcissique) ; soit les circonstances de leur réalité sont telles que la légitimité de leur fertilité est contestée par leur incapacité d’en assumer la responsabilité matérielle et morale (culpabilité moiïque, pragamatico-sociale) ; soit leurs lignées ascendantes ou descendantes s’opposent symboliquement à leur fertilité, fantas-mée comme étant en opposition éthique avec elles (culpabilité surmoiïque génétique).

Tout nous porte à comprendre l’investissement narcissique de la sexualité de l’enfant, en l’occurrence de la fille promue à devenir phallique passive, comme un héritage de la surabondance énergétique et émotionnelle (l’amour en tant que jaillissement de don réciproque) de la rencontre symbolique de deux personnes qui, oublieuses de leurs investissements narcissiques, échangent une libido dans la conjugaison génitale, à la conception de l’enfant. La surabondance ou le manque de don émotionnel du côté d’un des partenaires ou des deux procrée symboliquement un être capable ou non de mener son destin, dont le germe se trouve dans sa prépersonne archaïque : avènement phallique du fœtus à la naissance, organiquement et libidinalement entier et riche, ou mutilé et appauvri, du capital instinctuel nécessaire à supporter la moyenne des épreuves incombant à l'espèce humaine.

La naissance

Dès l’abord, il faut dire que les angoisses de mort de l’être humain sont associées aux risques encourus par chacun, pour la première fois, au moment de sa naissance — cette mutation de la vie de symbiose interne avec le corps de la mère, à la vie aérienne, de relation et de dépendance externe, dans la dyade mère-enfant.

Cette mutation, avec l’ensemble de ses sensations de surtension, puis de délivrance, est la préfiguration de toutes les angoisses qui naîtront lors des processus critiques de développement. Mais si la naissance est le triomphe certain d’un risque organique plus ou moins prégnant, elle est aussi l’avènement du risque émotionnel ; supposons, par exemple, que l’enfant, au sortir d’un milieu aquatique amniotique, trouve un monde qui lui refuse ou « oublie » de lui donner la chaleur d’un berceau préparé, la sécurité de deux têtes penchées sur lui, unies dans la joie de le regarder et de prendre connaissance de sa première apparition au monde. La coupure sera alors trop brutale, traumatisante.

Tout nous porte à croire que le nourrisson sain, du point de vue libidinal et organique, ressent son mode d’être au monde en parfaite résonance avec les affects de ses deux parents à sa naissance, avec leur réaction émotionnelle à sa première différence, son sexe, masculin ou féminin. On peut dire que le nourrisson fille, reconnue bonne, belle et plaisante, triomphe déjà d’un risque, si elle trouve une mère comblée par sa maternité, aimée par son conjoint, heureuse de retrouver dans son enfant les traits de son union avec celui-ci ’.

La petite fille qui vient de naître encourt aussi le risque du jeu des convoitises archaïques, rémanentes ou régressives-sexuelles, des adultes et de leur entourage. Il s’agit là surtout de sa propre mère qui, plus que tout autre personne, du fait de sensations corporelles de satisfaction et de frustration, infirmera ou non son pouvoir libidinal de développement, par le pouvoir de ses pulsions érogènes, liées à des variations de ses sensations cœnesthésiques et sensori-motrices. Ainsi, à l’âge de l’organisation du stade oral, les mères dévorantes ont plus besoin de leur enfant .que celui-ci n’a.besoin,d’elles. Elles ont plus besoin de la masse phallique de leur enfant dans leurs bras, prétextant des soins à lui donner, que de leur conjoint adulte, dans les bras de qui elles éprouvent des joies ' moins intenses. Ces femmes n’éprouvent pas d’orgasme dans le commerce sexuel, alors que le contact du corps de leur nourrisson le leur procure parfois : mères pédérastes, conscientes ou inconscientes.

Première enfance orale-anale

Admettons pour l’heure qu’un nourrisson-fille, né en bon état physique, d’une mère en bon état physique aussi, et au moins œdipienne précoce, c’est-à-dire positive dans les relations de transfert objectai, est un nourrisson sain et capable d’une relation libidinale structurante à la mère. La relation nourris-sonne à la mère marquera l’enfant d’une façon indélébile dans ses modalités émotionnelles et sexuelles ultérieures.

À ce stade, toutes ses satisfactions dérivent des satisfactions auditives, olfactives, visuelles, puis orales, qui ont trait à la présence de la mère. La mère est le premier objet ressenti phallique et invigorant d’amour et de volupté, non seulement orale, mais se rapportant au corps entier et à tous ses rythmes biologiques.

Ceci étant dit, si la mère est ressentie comme dévigorante, alors sa présence provoque chez le nourrisson des comportements et des réactions péristatilques inversées ou perturbées : anorexie, troubles digestifs et végétatifs, toxicoses.

Les voluptés orales, de succion, des niordillements, les bruitages, s’accompagnent de sensations érotiques de préhension ; celles-ci sont du type passif ou actif, orales ou généralisées, parmi lesquelles des sensations utéro-vulvaires et mammaires ne sont pas exclues. La relation mère-enfant est un rapport de dépendance réciproque, plus indispensable vitalement du côté de l’enfant que du côté de la mère. C’est pourquoi toute souffrance, à cette époque, est ressentie comme séparante de la mère, ou comme menace d’éclatement de la dyade.

On n’a pas assez dit que, si le rôle de la mère est absolument dominant, et pendant longtemps, dans le développement de la fille, ce rôle ne peut être entièrement joué que par une mère dont la personne physique et symbolique est valorisée par le père. Dans le cas contraire, l’enfant sera engagée dans une situation duelle, de corps et de cœur, qui l’empêchera de s’identifier à sa mère, en introjectant son sexe, après avoir, avant la phase phallique, introjecté son corps.

Au stade oral et anal passif, toute la surface cutanée du corps est érogène et sensible à toute variation de sensation douce, caressante. Les caresses, accompagnées de perceptions sensorielles harmonieuses aux issues du corps qui sont réceptrices à distances (les yeux, les oreilles, les narines) présentifient à l’enfant un bien-iêtre associé à la satisfaction euphorisante de ses besoins. Les sensations brusques et disharmoniques, en revanche, heurtent son bien-être et réveillent sans doute des souvenirs de sensations trop violemment bruitantes, dans la solitude du post-partum. Un lieu sécurisant est alors recherché, auprès de la mère-provende et pourvoyeuse de bien, son sein, ses bras nidants, toujours associés, chez l’enfant sain, à la paix retrouvée.

Les zones d’échange nutritionnel sont des régions de type additif et expulsif. Additif : la bouche orbiculairement fermée, attractive, tétante, avec la langue capable de préhension et de profusion expulsive du mamelon. La vulve et l’anus sont des zones d’échanges nutritifs expulsifs. Ces zones d’échange nutritionnel donnent le style du mode symbolique de relation émotionnelle : de l’incorporation découle l’introjection ; de la décorporation découle le rejet — don primaire à la mère, alternativement additive et soustractive, en complémentarité aux fonctionnements de l’enfant. La libido relationnelle mère-enfant, dans la phase digestive passive (orale et anale), lie dans la masse phallique passive du corps de la petite fille — douée de

pouvoirs lytiques et absorbats muqueux dans son tube digestif, érotiquement multiorbiculé —, des associations représentatives avec l’objet libidinal élu à cette époque digestive. La mère nourrice est ressentie formellement comme étant multipalpée, protusive et jaillissante de liquide chaud, bon à absorber, image formelle, visuelle et olfactive.    ^

C’est cette mère mamellaire qui est la représentation sonorç et. tactile de son désir. La petite fille, comme le garçon,'a poiir premier objet sa mère.    / "

Premières attractions hétérosexuelles

Cependant, et cela très précocement, dès les premières tétées, I une fois les soins corporels reçus et la tétée (la mère liquide) en voie de digestion, le nourrisson-fille détourne son visage de la mère, à l’approche du père ou d’un autre homme, pour orienter son attention vers celui-ci. Elle est frappée, semble-t-il, par un attrait d’ordre olfactif ou auditif, car celui-ci précède l’accès à la vision et peut être remarqué même chez les fillettes aveugles ou sourdes. L’attraction de la petite fille pour les hommes, dans la situation où elle n’a plus besoin, momentanément, des soins et de nourriture, peut nous faire penser que la « féminité » est 1 diffuse dans tout le corps de la fillette, réagissant à la i masculinité complémentaire qui se dégage du corps des \ hommes.

Plus tard, dès qu’elle pourra tendre les bras, vers 4-5 mois, nous assisterons au même spectacle : si le père, vu comme attribut de la mère, se présente à un moment où la petite fille a besoin de nourriture ou de soin — ou bien de régression, si elle est déprimée —, celui-ci est négligé, car, à ce moment-là, c’est la mère qui est l’objet électif du désir de l’enfant. Mais, dès que les soins sont donnés, dès que la faim et le besoin d’expulsion bien satisfaits, si un homme se présente dans le champ

d’attention de la fillette, celle-ci se détourne de sa mère pour lui tendre les bras, même si elle ne le connaît pas. Si une femme autre que sa mère se livre à une semblable invite, l’enfant la regarde négligemment et se détourne d’elle, pour tendre les bras à sa mère qu’elle connaît.

La même expérience de la négligence vis-à-vis des représentants de leur propre sexe et d’accueil positif fait aux représentants de l’autre sexe est observable chez les petits garçons. Pour ceux-ci, la mère est non seulement l’objet de la libido passive et active, orale et anale, comme pour la fille, mais elle est encore

— et surtout à défaut d’autres femmes dans leur entourage —, objet d’attraction sexuelle diffuse. Lors des rares observations où la fille, au stade de dépendance corporelle à la mère, de soins et de provende, n’accueille pas avec enthousiasme les avances amicales d’un représentant du sexe masculin de son entourage, c’est que la mère est affectivement fermée à cet homme. Lorsque la mère y est positive, alors la fille sera immanquablement attirée par celui-ci. Tandis que, même si la mère est positive à l’égard d’un certain homme, son fils est toujours au moins réticent à son endroit ; cependant, il l’est moins vis-à-vis de son père, ressenti comme attribut de la mère. En même temps, il sera toujours positif, enthousiaste à l’égard d’une femme, à moins que sa mère ne soit en état flagrant d’hostilité avec celle-ci.

Cette positivité sexuelle provoque, chez le petit garçon, des érections visibles, suivies d’un jet heureux d’urine ; chez le petit garçon, l’émission d’urine en érection dure jusqu’à 14 ou 18 mois. Il est probable que la petite fille, au contact ou en présence des hommes, perçoit sa turgescence orbiculaire vaginale et son érectilité clitoridienne. Le plaisir la fait aussi se tortiller axialement, en mouvent de rooting (enracinement), avant qu’il ne provoque des excitations reptantes attractives de tout son corps, tête en avant, hors des bras de sa mère, en déflexion, comme lors de la naissance ; ce mouvement est un processus connu de dégagement d’une entrave et, sans doute, est

associé au rooting de la tête du nouvêàtf-né au sein, décrit par Spitz.    - •.....• : T    —*----

Ce mode de comportement corporel, accompagnant les pulsions d’attraction de la fille pour les hommes, a certainement des relations associatives avec les attitudes de déflexion fréquentes dans les émois de jouissance sexuelle, et surtout dans l’opistothonos1 des crises hystériques. Toutes les pulsions génitales sont de type phallique et, dans la mesure où elles investissent le corps de la petite fille, elles se traduisent par des mimiques de turgescence et de rotation, lors du simple passage hors de l’utérus centrifuge ; ceci en prolongation de l’époque où le corps, masse tout entière phallique dans sa forme émergeant de l’utérus, fonctionnait aussi phalliquement, par rapport à un passage passif, à la recherche d’un dégagement de la cavité qui l’emprisonnait.

De ces attractions hétérosexuelles précoces, certains auteurs ont conclu à l’apparition très précoce de l’Œdipe. Ce' n’est pas mon opinion, car je réserve, pour ma part,Ta notion de situation œdipienne au moment conflictuel critique de désir consciemment sexuel, verbalisé même comme tel : l’envie de la. fille d’être l’objet sexuel du père, d’en recevoirr un' enfant et de supplanter là hièré au prix de sa disgrâce ou de son meurtre / projeté.    • • —^

''L’CËdipe, pour être ce qu’il est — le carrefour structurant décisif de la personne sociale —, est vécu par l’enfant qui, non encore mûre physiologiquement, mais se sachant future femme, veut déjà jouir des pouvoirs d’une femme reconnue socialement telle, possessive d’un enfant vivant, dojtx.de son. père^ dont elle \ désire porter un fruit symbolique visible de.r< sa , féminité reconnue par lui, et par lui rendueTemlë ?

Les pulsions précocêï~$ôüFle père, non conflictuelles avec l’attraction émotionnelle pour la mère, ne sont que les premiers jalons d’une des composantes représentatives du complexe d’Œdipe, en cours d’organisation, de la petite fille. >' i

Si l’on retrouve ensemble, chez l’adulte en analyse, des émois hétérosexuels conflictuels et des émois de la période œdipienne, c’est à cause de la résonance de toutes les frustrations réelles auxquelles sont soumises, par la situation analytique, les individus en analyse ; également parce que la régression à un stade archaïque est une régression à une relation duelle apparente, comme l’est la situation de transfert. La mère, qui apparemment est une seule personne, est, en fait, élément indissoluble du couple qu’elle forme avec le monde social, dont le père est un échantillon spécifique. C’est cette régression en situation duelle qui permet la reviviscence d’émois de la période orale, émois qui plaident en la faveur de l’Œdipe précoce. Mais en déduire l’apparition précoce de l’Œdipe, ce serait commettre une erreur d’appréciation semblable à celle d'archéologues qui, trouvant un objet de date récente dans un terrain ancien, le considéreraient comme ancien.

Revenons au développement de la fillette. Elle est le siège des pulsions liBidin^e*s~pré-t)bjéHàlës~^én^TOie d’organisation, et surtout des pulsions narcissiques primaires qui paraissent érotiquement centrées sur les zones de profusion et d’ouvertures muqueuses, se manifestent par la turgescence phallique des mamelons et du clitoris, ainsi que par la turgescence orbiculaire de la bouche et de la vulve.

La sthénie musculaire active permet des préhensions. Elles sont modalement associées à l’articulé maxillaire, une partie mobile sur une partie fixe ; la main du petit enfant referme les quatre doigts, mais ne se sert pas de l’opposant. Ceci se reproduit dans la relation motrice de l’enfant à sa mère, la masse fixe par rapport à sa propre masse mobile, qui va et vient. C’est à partir du jeu d’appel par des cris, associés à la manifestation de ses besoins, que l’enfant découvre la médiation active de son désir par des mimiques — origine du langage, où l’un des pôles de la dyade est actif et l’autre passif, tout en étant tous deux phalliques — mettre en bouche, prendre, déféquer et jeter avec les mains, promues au rôle d’issue de relation substantielle.

Le jeu « Coucou — Ah, le voilà ! », impliquant disparition

et réapparition maîtrisées, signe l’accès à la maîtrise allégorique de la relation objectale, émanant de la phase orale et anale. Le geste bien connu des bébés, dont la main mime la préhension et le lâchage, haussé au rang de langage socialisé de bonjour et d’au revoir, en est un autre.

L’absence ressentie de la personne maternelle provoque une tension qui peut être calmée par des sensations aux zones érogènes, associées imaginairement à sa présence : bercement, sonorités vocales, succion de tétine ou d’un objet protusif, de main ou de doigt.

D’autre part, les jeux de toucher aux zones érogènes sexuelles sont très précoces chez le nourrisson, plus affirmés chez le garçon, qui trouve un pénis à agripper, que chez la fille, qui mettra un certain temps pour trouver une « prise » possible à sa vulve.    - -, -

Toute séparation trop longue de la mère est ressentie comme un rejet castrateur et oblige l’enfant à se consommer ou à se rejeter lui-même oralement, pour se réunifier imaginairement ; (comme avec sa mère) : cris expulsifs, suçage de pouce, jets de j choses, morcellement d’objets.

Dès cet âge, les échanges médiatisés par des objets pris, j tripotés, déchirés, puis emboîtés selon le style manducant-incorporant, permettent à l’enfant un transfert au vrai sens du \ terme, de son corps sur le monde. Chez tous les enfants, les J activités ludiques sont accompagnées de sons expulsifs sthéni-ques du larynx, scandés par des mouvements de bouche syllabisants ; ces sons seront modulés chez les entendants seulement — ce qui témoigne de l’esthétique intrarelationnelle des sons activement émis et passivement reçus —, imités des sons que sa mère émft et module à son intention.

La phase anale, par l’intérêt qu’elle éveille pour la zone excrémentielle, amène l’enfant à valoriser ses mouvements péristaltiques, ses émissions soustractives fécales et urinaires, selon les affects maternels et les gratifications qui en découlent ou non pour son climat émotionnel. La satisfaction endogène de

ses tensions est valorisé ou non, libidinalement, par l’acquiescement de sa mère.

La phase anale est celle de la prédominance des sensations émissives-soustractives, voluptueusement libératoires, surtout par l’expérimentation ludique de l’expulsion. La phase active — qui est sadiquement orale (dentale) et anale —, avec la motricité à quatre pattes, après la phase de propulsion du siège, elle-même après celle de reptation, laissent des traces dans de nombreux comportements de jeux érogènes adultes, associés au coït.

Au moment où l’enfant prend plaisir à faire ou ne pas faire, il est à même d’apprendre de sa mère ou de son éducatrice (substitut de la mère), des séquences de gestes pragmatiques, qui médiatisent son début d’organisation et d’idéation. Qui plus est, l’intérêt porté par sa mère à son accès à ces performances décuple pour lui la joie de les atteindre. Chez l’enfant dans cette phase, il y a le sens de l’accord de deux sujets par rapport à un troisième terme indépendant d’eux, un intérêt commun qui les unit émotionnellement. Il s’agit d’un début d’une situation à \ ;, trois, dont il est un des pôles : pôle actif libidinal, en / identification phallique à un second, la mère, et tous deux unis relativement à un troisième (la chose), qui est passif, lorsque l’enfant est actif.

Le développement, à cette époque, musculaire de l’enfant et la sthénie de sa colonne vertébrale lui permettent la station assise, ressentie comme phallique et autonome, par rapport à la région du bassin, plus passif que le tronc et la tête. La dialectique de la phallisation de l’image corporelle du sujet se poursuit, amenant visiblement, au moment de son obtention, une exaltation émotionnelle expansive, synonyme d’identification valorisante. Un jour, sa réussite dans la station debout va définitivement signer pour lui la maîtrise de la passivité de relation à l’autre, la mère ou le plancher (le sol), qui étaient jusque-là son lot, lorsqu’il n’était pas porté.

De même que tout mouvement péristaltique de son tube digestif transporte d’un pôle à l’autre un contenu nutritif, de

même l’enfant qui commence à marcher ne peut le faire qu’en transportant un objet matériel, promu au rôle de fétiche de sa puissance. Ainsi, il apporte ou il emmène, en tout cas, il « déplace » des choses qu’il valorise libidinalement, de la même façon que, lui, il a été convoyé par l’adulte ; il découvre le sens de ses mouvements et déplacements d’après les réactions de son entourage.

L’enfant obéissant s’identifie aux comportements attendus par l'adulte qui, par le langage, est son maître, ainsi que celui de tout l’environnement. Tout déplacement de son corps non motivé par un acte concerté avec lui-même n’a pas, pour l’enfant, de sens humanisant. À la même époque où il atteint à la liberté de ses déplacements par rapport à la mère, il rétablit son rôle de dyade fissurée et constamment changeante avec n’importe quel objet qu’il s’attribue afin de se sentir exister. Il découvre ainsi la possibilité, pour lui, du déplacement dans l’espace plan et dans l’espace dénivellé (grimper, descendre). C’est avec cette maîtrise qu’il accède également à la possibilité interne de maîtrise sphinctérienne, ainsi qu’à celle de l’acquisition et de l’usage du langage véhiculaire ; ce dernier semble, au début, magique, parce que certains groupes de sons s’associent à la maîtrise de l’apparition des objets ; ou à leur obéissance, s’il s’agit des animaux ou des humains.

Pour qu’un acte soit effectivement concerté pleinement avec lui-même, il faut qu’il ne soit pas concerté avec la mère. C’est par un « non » dit au moi contaminé du moi de la mère que l’enfant se crée un « oui ». Lorsqu’il sait qu’il peut refuser d’obéir en dépendance absolue, comme un objet passif à un objet actif, qu’il se sent plus libre en obéissant, par articulation concertée, aux mouvements de sa mère, puis aux mouvements d’autrui. Ce mode d’obéissance correspond à une dialectique pragmatique. C’est par les déboires qui lui arrivent, en se conduisant comme il voit l’adulte se conduire, sans en avoir cependant encore acquis les transitions d’adaptation pragmatique, qu’il accède à une conduite d’identification à l’adulte. , » -t ?*’ f ' • j Tout ce qu’il a expérimenté sans déboires le fait s’égaler à

l’adulte et se situer par rapport à lui ; ce qui est associé pour lui à un souvenir d’échec douloureux le met en position de soumission dépendante de l’adulte : sujet, au sens où le serf l’est face au seigneur, morceau possédé ou rejeté de l’environnement-roi, morceau associé au passif oral ou au passif anal. L’environnement de l’enfant étant pour lui attribut de la puissance parentale, toute épreuve qui lui vient du contact au monde est, pour lui, voulue par la mère et le sépare d’elle castrativement, de façon anale. Le besoin qu’il a de sa mère, afin de ne pas se sentir objet d’élimination fécale, est si grand en cas de douleur ,/ corporelle, que l’absence de la mère, concomitante de l’épreuve r\ du sentiment de rejet, lui fait espérer le retour d’une mère orale,

1 qui le réinvestisse de sa bouche et de ses caresses, pour lui rendre la sensation rénovante d’être oralement « bon pour elle ». De la sorte, il se sentira à nouveau participant à sa puissance fonctionnelle régnante sur les éléments : mère, tour à tour, sorcière, fée et reine.

Tout le langage de la tendresse et de la haine humaines est fait de ces modes de rapport nés dans les mois de la vie enfantine, allant de la marche à la perception de la différence sexuelle.

À l’époque de la libido digestive, orale et anale, l’enfant découvre la dialectique interrelationnelle de la valeur d’objet oral beau et bon, de l’objet anal, bien fait mais pas beau, ni bon à manger ou à convoiter par autrui. Donner additivement, contenir conservativement, si l’objet est associé à la mère connue, c’est l’aimer ; et s’il est aimé, il se sent aimé, il aime lui-même celui qui l’aime.

En cas d’une épreuve dévitalisante de détumescence, de faim ou de soif, ou d’absence prolongée de sa mère-provende, la perte est, pour son psychisme, l’image de sa souffrance superposable à « non-mère là », l’abandon mutilant associé à « quand-elle-part-de-lui », et la mère dévorante associée à « quand-quelque-j chose-de-consommé-a-disparu ». Quelles que soient les épreu-X^ves somatiques de cet âge, elles sont, pour l’enfant, la preuve \magique d’une puissance dévorante de sa mère. L’image de la

puissance magique gavante date aussi de cette époque, accompa-gnéë~3ës fantasmes de viol — lorsque le fantasme se déplace de Torifice oral, qui l’a expérimenté, à l’orifice vaginal, qui est là, dans son corps, mais ne demandant encore rien de substantiel.

C’est de cette dialectique orale et anale, passive et active, que naîtront, associés aux épreuves somato-psychiques, les fantasmes de mère phallique dévorante orale, castratrice dentale ou rejetante par dégoût, expulsante (boudant) ou gavante violeuse ; fantasme qui sont tous, mais de façons différentes, dénarcissi-sants, Les fantasmes de père phallique obéissent aux mêmes caractéristiques, similaires à celles que l’enfant-fille prête à la mère avec, en plus, la fonction reptrice, qui lui vient de sa séduction génitale ; la petite fille le ressent comme olfactive-ment attractif, depuis l’âge oral, quand ses besoins sont satisfaits. Une fonction gavante violeuse peut lui être octroyée, si la fillette assiste précocément à des coïts entre adultes, qu’elle interprète selon sa propre expérience vécue avec la mère.

À cette époque de la discrimination de l’objet valorisé subtilement — d’après des fonctionnements interrelationnels de moi, de corps intègre ou non, réintégrable ou non, dans sa valeur primitive par le toucher, le regard, le dire — se constitue l’éthique de la libido du désir de l’objet valorisant ressenti centralisé au cœur (lieu d’aimance et tendresse) et l’éthique de la libido du désir centralisé aux zones érogènes (tentation érotique).

Deuxième enfance

Avec le développement musculaire et neurologique, l’enfant se redresse, se tient debout et marche, c’est-à-dire déplace sa masse qu’il peut identifier à son nom, sonorité qui signifie sa personne dans sa relation à autrui, pour autrui, par autrui ; par l’observation de plus en plus exercée, surtout en ce qui concerne

les fonctionnements de son corps et du corps des autres, il s’aperçoit de la différence de la caractéristique pénienne reliée, à ses yeux, d’abord au fonctionnement urinaire.

Il l'a, si c’est un garçon, il ne l’a pas si c’est une fille. Cette j découverte amène une déconvenue narcissique indiscutable chez la fille, ainsi que l’envie de posséder un pénis centrifuge comme les garçons ; cela accompagné de recherches, de fouilles investigatrices, seule ou aidée par des garçons, motivées par son inquiétude par rapport à ce manque apparent, manque qui les réunit dans la recherche de ce morceau pénien, peut-être caché, peut-être détaché. La fille tire sur ses lèvres et sur son « bouton », le clitoris ; par l’excitation de celui-ci, elle en découvre la voluptueuse érectilité qui, pendant un temps, lui laisse espérer que c’est là un pénis centrifuge en devenir.

À cette époque, la mère est tout à fait introjectée, en tant que mère .phallique, dans la masse principale neutre de l’enfant, supposé toujours turgescent et rythmique : mère perfusante orale, par ses paroles apaisantes, réparatrices, suggestives d’aventures (les histoires qu’elle raconte du monde dont elle livre les secrets), sorte de lait culturel associé à celui qu’ella donnait à sa bouche avant le sevrage, avec sa poitrine gémelle, tour à tour pleine et vide (mamelonnée), pendant que l’enfant, lui, de vide devient plein.

La fille se fait d’elle-même une image de forme phallique pleine et turgescente, selon le ressenti qu’elle éprouve du contact communicatif envigorant qu’est sa mère pour elle. La mère émotionnelle est ressentie nidante et enveloppante, protec-\/ tri ce. Le père est ressenti formellement commela. mère > xuais^en f\ plus haut'et en plus fort ; parfois, émotionnellement, il esc-ressenti comme utilitaire, plus phallique et pragmatique vis-à-vis des objets que la mère. Là gfôsSe voix du jpëre, ses relations de corps plus brusques, la peau de ses joues plus rugueuse aux caresses et baisers, jouent un rôle évident dans les représentations de force.

L’enfant bien portant se veut, à l’envie des formes parentales à l’image desquelles il se construit, devenir grand, fort, agile,

comme le parent de son sexe : « grand et fort » comme papa, « grande et belle » comme maman, comme les grands, comme une dame — mots magiques, constitutifs de fierté, équivalant à « bien fait », au stade phallique anal et urétral ; de même que « beau » et « bon » sont, au stade oral, constitutifs de plénitude agréable à voir.

L’enfant, s’articulant de façon mobile au groupe familial, découvre dans les caractéristiques de son corps les membres qu’il ne semblait pas se représenter jusque-là ; un enfant de moins de trente mois, à qui on met des gants, ne sent plus ses doigts et croit en fait qu’il n’en a plus, s’il ne les palpe pas avec son autre main ou si sa mère ne les lui fait pas sentir par son propre toucher. Lorsqu’il est caché dans son lit, il semble évident qu’il n’est pas conscient des foriries de son corps, car il ne le devient que de façon endogène, sensori-motrice. Le contenant l’assumait, le portait ; à présent, il sait qu’il a des membres articulés et il les dénombre : les membres squeletto-musculaires articulés et érectiles, et ce troisième membre, pelvien, à éclipsé d’érecti-lité, dépourvu pour l’enfant de tout autre attribution que l’expulsion urinaire. Et c’est cette fonction qui donne son premier nom au pénis, à moins que, par identification animale, de l’enfant ce prolongement porte le nom de « petite queue », ou par identification animale du pénis seul, il porte le nom de ï.<< bébête », « petite bête » ; dans ce dernier cas, l’enfant se voit comme une petite personne qui possède cet animal.

La déconvenue narcissique due à cette découverte est toujours manifeste ; la fillette y réagit en réclamant à sa mère, à son père ou à leurs substituts un membre pénien comme celui que possèdent les garçons. Le comportement maternel ou paternel, ou celui de leurs substituts plus valorisés qu’eux-mêmes, à ce stade, peut changer complètement le sens narcissique de cette surprise pénible, si elle est transformée en pure occasion pour un éclaircissement sur la sexualité, et non d’un rejet émotionnel de la part de l’adulte appelé en expert.

 ; La fille, en effet, désire un pénis centrifuge à ce lieu érogène électif, parce qu’elle ressent, depuis qu’elle existe et éprouve des sensations, qu’elle a une sensibilité localisée à l’endroit du sexe. Et voilà que tel garçon la signalise, cette sensibilité qu’elle sent exister et qui, chez elle, n’a pas de signalisation extérieure. De nombreuses observation attestent que, pour peu que la fille, qui se sait porter le nom du père accolé à son prénom, reçoive une certitude qu’elle a été désirée fille par son père, et, comme telle, à l’image de sa mère, sans pénis, alors elle accepte très rapidement sa caractéristique sexuelle : sa forme vulvaire de « bouton avec un trou », comme une gratification paternelle et une promotion maternelle.

Ce qu’il faut dire, cependant, c’est que ce sont plutôt les petits garçons qui sont parfois plus traumatisés que les filles par le manque de pénis chez celles-ci ; et, par conséquent, ils réagissent souvent selon la description de Freud, en méprisant le sexe féminin, par crainte d’une identification dangereuse. La rencontre, à l’école et au jeu, de tels garçons, peut augmenter la déconvenue des fillettes. Il arrive aussi que le garçon, promu au rôle d’aide explorateur, tente une exploration manuelle à la recherche de l’organe enfoui ; ces jeux font découvrir aux deux partenaires les émois contagieux du plaisir, étape nécessaire à l’acquisition plus tard des sublimations. Il est fréquent de nos jours, dans les écoles mixtes, que les garçons de 3 à 6 ans (à la maternelle), déclarent aux filles que c’est parce qu’elles sont ainsi faites qu’ils les aiment et leur octroient même le privilège de les regarder uriner, en guise de consolation ; en échange de quoi, elles seront nommées leur amie élue ou leur fiancée.

Parfois ce type d’offres généreuses est décliné, et la fillette évite pendant quelque temps les contacts, parfois même émotionnels, avec les garçons trop gratifiés : elles intériorisent leur déconvenue, leur « non-pénis » d’aujourd’hui, et espèrent en secret qu’un miracle viendra et que la possession d’un pénis centrifuge leur sera donnée en grandissant. Avec cet espoir, elles entourent de soins palpeurs leur clitoris et leurs lèvres vulvaires. Elles peuvent ainsi s’adonner à la masturbation clitoridienne, la masturbation étant le fait non seulement de manipulations physiques, mais aussi d’attitudes auto-amoureuses, et dévelop-

per même un type de complexe de virilité, décrit par Freud comme un refus d’accéder à la réalité de leur sexe vaginal. Il s’agit presque toujours de fillettes que les parents surinfantilisent, en les obligeant à rester des objets passifs, cantonnées dans la nursery.

Contrairement à ce que pensait Freud, les observations extrêmement nombreuses que j’ai pu faire me font dire que, dans tous les cas où la mère n’a pas refusé des réponses conformes à la vérité aux questions de la fillette, le dépit du pénis centrifuge est vite dépassé. L’existence, expérimentée par la fillette, des sensations vulvaires voluptueuses et d’un trou qu’elle confond parfois, au début, avec le méat urinaire, demande à être confirmée par les dires de la mère ; mais surtout demande à être écoutée sans blâme, ainsi que les propos que l’enfant relate de ses échanges d’expériences sociales avec autrui, surtout avec les enfants de son âge, propos dont on cherche confirmation par le savoir expérimenté de la mère. Dans tous les cas de santé affective, l’honneur d’avoir une vulve, avec au sexe « un trou et un bouton », est pour les fillettes indiscutable. La~l petite fille se dit qu’elle est faite comme les femmes, comme est faite sa mère ; donc, elle deviendra, elle aussi, mère, et sa mère sera sa fille, alors que son père de maintenant sera son mari à elle. À ce stade nous n’en sommes pas encore à l’Œdipe : le mari_ “est un attribut phallisarit valorisant pour la femme, l’enfant est un autre attribut signalisant la puissance, donc valorisant.

La découverte qu’elle fait de son sexe particulier valorise d’autant plus à ses yeux sa forme corporelle, turgescente et phallique, et rend encore plus intéressants les seins enviés des. femmes, que l’enfant associe au pénis qu’elle a pu observer chez les hommes. Une petite fille me disait : « Il faut pas y toucher au(x) bouton(s). On nous les coupe non... si on y touche y seront pas comme les garçons... on n’aura pas de poitrines. » Il arrive même que des filles instruites par les garçons pensent que leur mère a trois seins ou trois pénis ; j’ai pu voir cela en modelage, chez une enfant de 4 ans qui disait : « Mon père, lui, il en a qu’un pour faire pipi. » Et une autre fois, la même fille : « Mais, lui aussi, il gagne l’argent ! maman, elle a de beaux soutiens-gorge, mais il faut pas y toucher. » Une autre petite fille, en conversation entendue au jardin public, avec une camarade de son âge, toutes deux d’environ de 4 à 5 ans : « Et pis, si la maman meurt quand il y a un bébé, c’est le papa qui lui donne à têter... pas avec un biberon, mais de vrai avec son truc qui fait aussi du lait... je l’ai vu et pis il me l’a dit. » Il ne s’agissait là que des fantasmes et pas de voyeurisme d’éjacula-tion ; mais le « il », dont l’autre petite fille n’a pas demandé qui c’était, car elle le savait bien et acquiesçait — ce « il » était Je.,, père substitutif de la mère phallique. /

À partir de cette seconde étape” vulvo-clitoridienne, qui survient après l’acquisition de la propreté sphinctérienne et de la parole (de 25 à 30 mois), le rôle du valorisé implicite ou explicite dans les initiatives verbales, sensorielles, corporelles et sensuelles actives et passives, le rôle de ce qui est permis par la mère phallique, symbole de tout pouvoir et de tout savoir, et | par le père, symbole, lui, de toute autorité, est absolument capital pour l’avenir de la sexualité et de la personnalité de la future femme. Si l’enfant est éduquée par une femme qui n’est pas frigide, qui est maternelle et satisfaite sexuellement par un homme au comportement paternel avec l’enfant (même s’il n’est pas le père génétique), alors tout est en place pour la constitution chez la fillette d’un comportement émotionnel féminin puissant et d’un comportement sexuel futur non frigide.

Chez la fillette de 27 mois ou plus, son corps entier, ressenti par elle comme phallique, polypalpé et polyorificé, est érogène aux caresses sur toute la surface cutanée externe ; il est plus apte encore à la volupté des caresses à l’endroit des muqueuses, aux limites qui séparent le corps externe, visible par autrui, palpable par elle-même, et le corps interne, inconnu d’autrui et d’elle-même, lieu de sensations importantes, mais qui restent confuses et diffuses.

La curiosité et les découvertes de sensations autonomes, que la fillette se donne à elle-même, ne doivent, lorsqu’elles sont

verbalisées à la mère ou à son substitut, être ni blâmées ni stimulées avec concupiscence.

L’apprentissage de son corps ne se fera jamais uniquement du fait des caresses exogènes ; la fillette doit continuer son entreprise d’apprentissage de vie autonome, apprentissage qui, à chaque conquête, la rend, selon l’éthique de son âge, plus humanisée, parce que « plus comme les femmes ».

C’est de la sorte que — et nombre d’observations le confirment — les zones érogènes se précisent en son corps en tant que telles, comme lieu de plaisir, en rapport avec les pensées de contact avec l’être choisi et aimé. Cet être-là sera de plus en plus le père^yi.ser^bienjtôt nettement différencié de la '-^mèFê^ainsi que des .autres hommes, au fur et à mesure que l'acquisition de son autonomie corporelle lui permet de pourvoir seule à son entretien et à son habillement, à ses contacts sociaux quotidiens : école, magasins, voisins, famille.

L’exploration du corps, qui amène la masturbation, ne concerne pas uniquement la zone clitorido-vulvaire ; il existe une masturbation nasale, orale, anale et ombilicale, cette dernière étant moins connue par les adultes, et qui éveille des sensations ventrales internes en liaison au méat urinaire et à la vulve ; enfin, la masturbation, plus rare, du mamelon, qui calme les très grandes épreuves douloureuses, ressenties comme castrantes.

La situation à deux : dialectique sublimée de la dyade

Il ne faut pas oublier, à cet âge, au pôle oral, le rôle de la langue — qui permet de parler dans l’organe creux de la bouche avec son articulé dentaire —, aussi bien chez le garçon que chez la fille. Cependant, les filles se mettent à parler plus tôt et mieux que les garçons. Elles ont la langue « bien pendue », en compensation du pénis « atrophié ». Les petites filles tirent

aussi beaucoup plus souvent la langue, mimique qui affirme qu'elles ont le droit de taire ce qu’elles pensent, sans pour cela avoir la bouche châtrée, donc d’assumer librement leur sexe. Ce n’est pas un jeu de pénis centrifuge personnel, comme on pourrait le croire, par le seul fait associatif de la forme de la langue

Il faut insister ici sur l’importance du dire et du faire, deux activités culturelles transférées de l’oral et de l’anal. Pour le « dire », la zone érogène émissive est la bouche, grâce au souffle maîtrisé, à la langue et à l’articulé dentaire (sthénique différencié). Pour le « faire », ce sont les extrémités des membres à doigts multiples, les deux activités, le dire et le faire, sont phalliques, et les paroles dites et entendues, comme les actes posés et regardés, peuvent être, hors du sujet, des représentants phalliques de sa personne non morcelée. Si ces dires et ces faires sont puissants au point de provoquer des réactions chez les adultes, l’enfant éprouve le sentiment de confiance en son être, en ses options : elle est reçue, reconnue, donc justifiée, en son pouvoir, d’autant plus valable que les réactions de l’adulte prouvent que ses dires sont des réalités tangibles, puisqu’elles ont, par le truchement du subjectif de l’autre, des effets visibles et parfois tangibles : récompenses — punitions.

La mythomanie et le caractère intrigant sont directement articulés à une fixation érotique se rapportant à la dialectique orale et au narcissisme découlant des rapports interhumains qui s’établissent à ce stade. L’enfant développe une éthique culturelle orale spécifique de son sexe, c’est-à-dire mêlée de l’identification au comportement de sa mère vis-à-vis d’elle-même et de son père (naturel ou électif). L’enfant, la fille comme le garçon,

1. La langue est un organe médiateur de la puissance symbolique orale sublimée et des options sexuelles dérivées des pulsions actives et passives de la libido orale, anale, clitoridienne et vulvo-vaginale. Les taire c’est encore triompher d’elles par dénégation. C’est la liberté du non-parler signifiant l’intégrité de sa personne narcissique que signifie la langue tirée, en guise de toute réponse à l’autre ou de parole provoquant la réponse de l’autre.

se ressent lui-même dans un rôle d’axe fixe central, par rapport au mouvant périphérique constitué par les parents.

Ce qui est à l’œuvre, c’est aussi l’éthique du « beau à voir », donnant désir de toucher et de prendre. Le défendu de regarder et le défendu de toucher est, pour l’enfant de cet âge, le « pas touche » mis entre l’envié et le désirant, c’est-à-dire entre le sein, la mère qui s’éloigne de lui contre son gré, et lui-même. Il se ressent comme une masse fixe, existence esseulée, du fait de ce « pas avoir ce voir », désiré et intouchable, deuxième terme, grâce à la vue et au désir insatisfait duquel il s'a, réduit à ça, cette masse centrée par son désir.

Le lieu où commence le ressenti du désir non satisfait est la zone érogène ; le lieu d’où procède la satisfaction est la zone érogène complémentaire. Il n’apparaît de zone érogène chez Fenfant que par la création de l’èspace, du hiatus qui sépare les deux masses corporelles du nourrisson et de la mère, dont le pôle fixe enfant est passif par rapport au pôle mobile mère. La mère a^ant le monde entier comme attribut, allant et revenant à lui, le nourrisson, l’enfant (fille comme garçon) se sent le centre du monde,, dont la périphérie va pour lui aussi loin qu’il entend sa mère vçnir, aussi, loin qu’il voit sa mère s'éloigner,    —-

Tout son « avoir » est le lieu où veille en lui le désir de sa mère, son « pouvoir passif » est mesuré par la durée de sa présence sthénique en lui. Son pouvoir actif est mesuré par la distance où sa demande, avec ou sans expression du cri, maîtrise sa mère, en la faisant apparaître. Cependant, il ne reconnaît son pouvoir passif qu’à la souffrance de son insuffisance de pouvoir actif : elle, que son odeur et les modulations de voix présenti-fient à lui, elle dont les appels et les mots font apparaître à ses côtés tous ses attributs et, en particulier, les autres personnes et son père ; elle, sa mère, la « grande personne », détient toute la puissance. La perdre, c’est pour l’enfant perdre le monde. Parler comme elle, c’est participer à sa puissance.

À ce stade, par les limitations sévères au dire et au faire de l’enfant, l’adulte peut atteindre à la fois la personne et le sexe de celui-ci, bien avant le stade œdipien. Ceci peut avoir comme effet de mutiler ou de guider ses options et ses expériences, par le biais du plaisir lié à la contamination imagière contenue dans un dire de lui à l’interlocuteur, atteinte aussi par les paroles de l’adulte se rapportant à la justification et à la validité des dires de l’enfant.

Avant l’âge de cinq ans, la plus grande joie des enfants, quand ils se retrouvent entre eux, est de jargonner pour leur plaisir des propos excrémentiels ou, plus rarement, alimentaires ; ces derniers sont toujours liés à des jeux sociaux, comme celui de « la marchande ».

Quant aux propos excrémentiels, ils sont tenus toujours avec sérieux, comme des propos mimés de conversations de gens importants. Les propos excrémentiels sont considérablement plus étendus et plus fréquents chez les garçons que chez les filles. Ce fait plaide en faveur de l’idée de la valeur de substitut représentatif d’excrément, qu’ont pour les filles les poupées ; celles-ci servent de médiation imagière dans le jargonnage des relations érotiques duelles phalliques, auxquelles, différentes en cela des garçons, elles aiment s’amuser.

Les poupées

Le jeu de poupée, si important dans l’espèce humaine, est plus réservé aux filles qu’aux garçons, surtout lorsqu’il s’agit de poupées en tant qu’objets passifs de leurs soins et de leur intérêt soutenu. La poupée animale cependant, substitut de l’enfant lui-même en tant qu’objet passif, joue le rôle d’enfant vis-à-vis de lui-même qui se pose ainsi dans le rôle actif, materno-paternant. Pour les garçons, comme pour les filles, la masse symbolique ou la dyade jumelle est représentée par des poupées animales — fétiches subjectivement humanisés.

Les poupées substituts d’objet oral ou anal, qui contentent l’enfant dans le rôle de soins et de corrections qu’il joue à leur égard, servent aux transferts d’émois interrelationnels, phalli-ques-narcissiques. Ces jeux sont fortement érogènes ; ils sont donc transfert de fonction masturbatoire, puisqu’il n’y a pas, en l’occurrence, de rencontre émotionnelle expérimentée, mais seulement subjective. Tout comme la masturbation, ces jeux se déroulent à l’abri du regard des adultes. La présence d’un observateur en diminue toujours la valeur érogène narcissique.

S’il se trouve que, lors de notre observation, la fille se comporte en identification à sa mère, c’est parce qu’elle suppose que sa mère jouit à son égard de satisfactions érogènes orales, anales et clitorido-vulvaires, sur le mode masturbatoire. Il ne s’agit là nullement de sublimations après refoulement, mais de satisfactions érotiques (libidinales) fétichistes. La preuve en est que si un malheur ou un bonheur est fabulé comme survenant à ces choses, l’enfant en éprouvera une émotion castrante ou invigorante. Mais n’y a-t-il pas encore de traces de ce mode narcissique d’amour chez beaucoup de parents vis-à-vis de leur progéniture fétichique ? !

Pour ce qui est de la masturbation vulvo-vaginale chez la fille

— fière de se sentir fille, donc manquant de pénis centrifuge —, elle est accompagnée de fantasmes d’attraction à distance d’un pénis centripète, celui du père ; elle verbalise des fantasmes comme celui « d’avoir tiré dessus », expression fabulée (narcissisante) de préhension manuelle, pour « jouer tous les deux » et « après, il me donnera une poupée ». Or, en français, « tirer dessus » est un jeu de mots, car les garçons « tirent dessus » les filles avec leur fusil centrifuge, alors que les filles parlent de « tirer dessus » de façon centripète.

De toute façon, si les garçons, à l’âge de trois ans, fantasment et fabulent qu’ils tirent dessus les femmes (et surtout leur mère), c’est pour se rendre maîtres de la vie et de la personne de l’autre. « Tu es morte ! », qui est souvent dit « mour » : « je t’as mour ». Quant à la fille, c’est pour être maîtresse du sexe : « donne-moi une poupée rien qu*à moi ». Autrement dit : prouve-môfqüë je t’aî pris, que tu es épris, ampjureux.'”

C’est bien" cette poupée fétiche du « laisser prendre » ou d’ « avoir maîtrise » ludique sur le pénis du pèrejjui, pour la fille, prend la grande place émotionnelle que nous savons, et vis-à-vis de laquelle elle'se comporte en petite mère. C'est elle la poupée du fantasme sexuel de contact au père, poupée pour elle « sacrée », sa « fille » élue telle ? "

Les deux exemples suivants prouvent bien que les poupées sont bien signifiantes de zones érogènes.

Premier exemple.

Une fillette, enfant unique de deux ans et demi, voit pour la première fois un garçon uriner. Elle s’éloigne en courant, va vers sa marraine, non loin de là (ni la mère ni le père n’étaient présents) : « Marraine, je veux que tu me donnes un robinet pour faire pipi comme Paul. » La marraine, gênée, lui dit : « Mais je n’en ai pas. » « Tu es méchante, tout le monde est méchant, et nous les filles on n’a rien... » Le petit garçon, qui l’a suivie, la console en l’entourant de son bras : « Pleure pas, tu pourras le regarder et le toucher quand tu voudras, je te permets. »

Deuxième exemple.

Une fillette, seconde de deux filles, qui n’a pas encore remarqué la différence sexuelle (bien qu’ayant des cousins d’âge voisin, avec lesquels elle ne vit pas), à l’occasion des vacances, à cinq ans et demi, est baignée en même temps que ses cousins. Elle s’écrie brusquement : « C’est à moi, ça », et se saisit en même temps, d’un mouvement rapace, du pénis d’un des garçons au bain qui en étouffe de rire. Ces rires irritent et déçoivent la fille, qui lâche le pénis du garçon et hurle : « je veux plus rien, je veux plus me laver, pas m’habiller, pas dîner, pas me coucher » et s'effondre en larmes. « Je suis malheureuse et tout le monde se moque de nous. Pourquoi on est fille ?... » Et, de nouveau, grande désolation, que sa maman console. Les jours suivants, elle serre le plus possible contre elle ses poupées fétiches et déclare sans cesse à ce cousin, qui n’y fait même pas attention : « Je te les donnerai pas, elles sont à moi toute seule ; et si tu les veux je les cacherai. » Il répond : « Mais je ne les

veux pas, garde-les, tes poupées ! » Elle n’écoute pas et continue, dépitée, d’éviter le contact avec les garçons ; le lendemain, elle refuse le bain avec les cousins ; le surlendemain aussi, alors que sa sœur aînée continue à prendre son bain avec eux. Au bout de trois jours cependant, tout semble'^m^'' les bons échanges émotionnels et les jeux de concert.r^comrfiénctnfj

Structuration de la personne

C’est au cours de la période de l’acquisition de.Tau^çnomiJ/ corporelle'pôür tout ce qui concerne l’entretien de sorfcorpsque lia fillette construit sa personne. Et c’est également à cette époque de leur vie, que ies mères castratrices, ô combien souvent, les en empêchent, par leurs soucis hypermaternels, surprotecteurs !

La structuration se fait par le processus d’identification phallique aux comportements actifs ou passifs de la mère ou de ses jubstituts et par le processus connexe d’introjection de la mère ; ce dernier permet que les désirs ressentis par la mère ou “ par” les femmes éducatrices deviennent aussi les désirs de la fillette.

Ces deux processus sont fonctions de la rencontre dialectique complémentaire de la vitalité de l’enfant et de celle du milieu, rencontre souvent compliquée par les interférences des circonstances extérieures. L’enfant interprète toujours les événements selon qu’ils sont pour elle des additifs ou des soustractifs de vitalité. L’harmonie émotionnelle imaginaire de sa personne avec celles des deux parents est ressentie comme provoquée par une magie faste ou néfaste ; cette magie joue à son égard le rôle d’un « pseudo-fruit » imaginaire de ses sensations de plaisir érotique masturbatoire ou de ses émois érogènes.

Tout « porte », au sens où les arbres portent des feuilles, des fleurs et des fruits, tout porte le bonheur ou le malheur. Ce

mode d’intelligence magique des relations pseudogénitales de l’être humain au monde peut demeurer (et demeure, en effet) proportionnel à la non-recherche de relations de contact personnel et de leurs effets corporels. L’impression subjective émotionnelle anticipée porte magiquement des fruits homolo-gues.

I L’intensité sexuelle érogène est tellement riche de présentifi-j cation imagière de la personne élue, que tout acte érogène subjectif est un acte créateur imaginaire. Son corrolaire veut que tout acte créateur de son image subjective, reliée à son père, identifiée à la mère ou l’introjectant, apporte une délivrance de tension. C’est cette même magie, encore en activité dans leur mode de fertilité recherchée, qui remplace, chez les obsédés, la notion de complémentarité corporelle fonctionnelle ; grâce à elle

— et c’est pourquoi ils y restent fixés — leur moi demeure au stade de non-renonciation oedipienne, sans que jamais soit posée l’imminence de la distinction entre sujet et objet. « Ne parle pas de la mort » — c’est Je vestige de ce mode de penser.oral, par lequel on nous fait redouter la mort oü lé vœu de la mort \x (affect de séparation et de rejet), sous prétexte que la mort est -^désagréable et que le désagrément infligé à l’objet rejoint le / mythe. Alors que nous ne savons rien expérimentalement de la j mort et que nous avons l’habitude de nous réjouir d’une j naissance, bien que le nouveau-né, lui, n’ait presque jamais l’air ; heureux. Ce sont les émois magiques de l’additif et du

I' soustractif qui sont subjectivement en jeu pour les êtres vivants : dans cette logique, souhaiter la mort à quelqu’un, c’est lui faire du mal, pour se sentir soi-même libre de l’avoir rejeté, à \ cause de l’état de possession aliénante ou de dépossession ^ mutilante que nous éprouvons de ce fait : il s’agit de rompre avec lui le pacte d’identification, de le réduire à l’état / d’excrément.

Dans la dialectique du. processus d’identification, d’introjec-tion et de rejet, joueront^ les élément^ûuyants,. que l’on retrouvera tbiijpvirs. dans la psychanalyse : la nature de l’enfant ; ses possibilités spontanées typologiques de réussir cette identification et cette introjection des conduites, des attractions et des rejets de la personne élue ; les possibilités qui'lui sont laissées par la personne éducatrice. loueront aussi les options authenti-querrieniT maternelles ou non de l’éducatrice et les caractéristi-ques cultureHes du milieu social dont leD^reest leréprésentant —■ dansJes -directLvËS- implicites ou .explicites qu’il fournit, et dans le style de complémentarité émotionnelle, culturelle et sexuelle qu’il impose à sa femme et à ses enfants, explicitement ou implicitement,'par la. modâIitê'^ïriarcale induite par son nom, donné aux membres de la famille.

.....Tout ce qui est dangereux dans ses initiatives ou ses désirs,

tout ce qui est indésirable ou nuisible pour un ou plusieurs membres du groupe, doit être rejeté et est ressenti comme devant séparer l’enfant des adultes dont il est dépendant, par une sorte de canal symbolique exprimant des émotions verbalisées. Le langage" est représentatif dë'té^ign'émotionnel de “communication.

Ce lien symbolique est porteur de sens d’aimance ou de dés a i mdfjce.ent re les personnes ; si les propos entendus de la personne aimée, en réactions au dire et au faire de la fillette, sont blâmants ou rejetants, l’enfant dépendante sent ce lien symbolique se rétrécir. Le courant émotionnel peut également s’arrêter (angoisse de castration)complètement’ pu partiellement^ dân's ce dernier cas, il y a séparation entre la masse émotionnelle de son corps investi et une partie distale trop érogène et soumise à une trop grande tension ; cette séparation s’effectue selon le mode de la striction dentale, sphinctérienne ou d’extirpation manuelle, de type sadique oral rapace.

' Cette rupture traumatique précoce, à l’inverse du complexe de'Tastrâtion,'-mutile Tirttage du'corps et fend impossible la structuration du moi." Il s’eflsüit^les'plus graves perturbations ^ câHctênelles ou mentalès et fonctionnelles dé la grande énfariCè, CHêz des sujets qui avaient pourtant sàinement ^assé lé cap de troir ansT^Tês ' perturbations "ne peuvent pas s’amender en l’absence d’un traitement psychanalytique, en l’absence du transfert, puis d’un travail d’autonomie, par l’analyse des

 

/ souffrances dues à la frustration de l’amour attendu ; sans traitement, on_ verra apparaître les anomalies ~dë~^* relation \ d’objet^au plus tard au moment de la génitalisàuonlisiïïmee^ : à savoir au moment de la légalisation des rapports interhumains, pour l'homme, et au moment de l’épreuve que représente une gestation en situation de légalité, pour la femme.

En cas d’évolution libidinale favorable, le comportement structurant de l’enfant continue son image du corps kynétique, au service de son corps végétatif, et se fortifie à la suite de ses expériences effectives de corps et de cœur (émotionnelles), à la rencontre des objets sexuels de son entourage et principalement de ses deux parents.

absorbé, aspiré ; de là aussi l’angoisse de viol, devant des émois attractifs et absorptifs, oraux et vaginaux, dans le cas où l’objet est très volumineux en masse ou en intensité valorielle. C’est probablement à cause de cette dialectique du « corps à corps »

 : additif et soustractif, dans le rapport entre masse corporelle et

1 issues digestives, que les enfants, après l’âge de trois ans, se | sentent menacés par trop de tension sexuelle ; celle-ci est éprouvée lors de la castration (symbolique) ou de l’expulsion par la mère, du viol par le père ou, parfois, par la mère, lors de soins corporels et de manifestations de tendresse intempestive.

À cause de cette logique des formes, apprise lors du fonctionnement digestif, l’enfant craint le contact du corps à corps avec l’adulte, en quelque partie que ce soit, lorsque son propre corps est le lieu d’émois érogènes attractifs génitaux : émois centrifuges phalliques (la verge érigée), pour le garçon, et centripètes phalliques (sa vulve et son vagin orbiculairement turgescents), pour la fille. Il est nécessaire (et toute les observations d’enfants entre trois ans et six ans, filles et garçons, en font foi) que l’enfant médiatise ses pulsions accompagnées de mimiques séductrices à distance, par des truchements symboliques, par un langage ou à travers une autre personne médiatrice, réelle ou imaginaire, « messagère d’amour ».

Il est cependant fort curieux qu’à six ans, les filles comme les garçons aient oublié ou refoulé l’intuition primitive de la

correspondance de la partie génitale de leur corps à la partie complémentaire du sexe opposé2. Les filles n’ont pas renoncé pour autant au mécanisme de défense et d’évitement de l’inconnu tentateur. Toutes les filles, de 18 mois à 3 ans, ayant acquis la notion de personne humaine et en dehors de la situation trinitaire de la famille, ont la notion de leur sexe creux, avec un trou, « pour que » les garçons y mettent leur sexe en relief, dans un but qu’elles admettent comme celui d’un plaisir ludique partagé par les garçons, sans notion aucune de procréation. C’est là une preuve de confiance qu’elles donnent à ceux des garçons qui, au lieu de les fuir comme castrantes, les surinvestissent en les choisissant comme « camarades de jeu et fiancées ».

Certains enfants verbalisent cela et c’est sans doute de cette intuition que découlent d’une part leur jeu d’évitement du corps à corps avec les adultes sexuellement émouvants, et d’autre part la recherche du corps à corps entre enfants, qui aboutit souvent

— dès avant 3 ans et jusqu’à 5-6 ans —, à des jeux ressentis naturels, sans tabou spontané, sans fantasme aucun de culpabilité endogène et verbalisable. Ces jeux ne sont d’ailleurs pas électifs, simulant forcément le coït, bien qu’il puisse y en avoir occasionnellement. Ils peuvent prendre des formes très variées, et sont socialisés plus tard sous le terme ambigu de « jouer au docteur », et pas du tout de « jouer au papa et à la maman ».

Les jeux « au papa et à la maman », « à la maîtresse » de classe, correspondant pour les filles au jeu des soldats chez les garçons, restent, en général, des jeux de relations entre personnes phalliques à rôle social, masculin ou féminin, déterminé. Ils mettent en place des comportements par rapport à la progéniture, au foyer, à l’Etat — tout ceci étant imité du comportement des adultes. On y trouve aussi des activités anales et orales sadiques, exercées sur les soi-disant enfants, ou les soi-disant ennemis faits prisonniers, mais elles sont toujours rationalisées, comme n’étant qu’éducatives ou militaires.

Le « jeu au docteur » est, au contraire, érotique, concernant la région génitale, et plus particulièrement lorsqu’il s’agit du jeu d’auscultation, d’investigation corporelle, de pelotage, de pénétration par des objets dits « thermomètres ». Ces jeux sont souvent sentis comme culpabilisants après l’âge de 6 ans — les enfants s’en cachent pour en éprouver du plaisir — et ils ne sont pas qu’imitatifs.

Entrée dans l’Œdipe : fin de la troisième année

Supposons qu’il s’agit d’une petite fille dont le développement n’a pas connu d’arrêt quant à l’assomption de sa féminité : elle désire les hommes et assume ce désir ; on observe de même qu’elle reproche souvent à sa mère de ne pas l’avoir faite garçon ; parfois, elle se plaint d’avoir « mal » au sexe. Il s’agit là d’une pantomime de séduction. Elle a mal « là où on sent le besoin de pénétration ». Ça viendra là et ce ne sera « pas toi, vilaine, qui n’en a pas, et que je ne désire pas », dirait-elle à sa mère. Comme elle est coupable à cause de ce sentiment de dés-amour qui risque de désintéresser d’elle sa mère, elle voudrait la « consoler », en lui donnant la possibilité de lui prodiguer (« faire ») des soins, pour se vivre encore une fois en objet passif, objet à palper maternellement, comme lors des mictions et défécations de la petite enfance.

Ce comportement fait montre d’une homosexualité latente, qui se constitue comme une assurance pour la sécurité de l'image du corps génital de base ; l’hétérosexualité est liée, elle, à la sécurité de l’image du corps kynétique phallique, dans son fonctionnement en contact avec un autre corps phallique, et de l’image du corps digestif (additif. et soustractif), dans ses

Développement de la libido 81

x”

échanges fantasmés avec le corps érogène d’un représentant de l’autre sexe. Il faut dire que l’homosexualité relative à la personnejdç. Ja'mèrë est nécessaire ; par son biais, la fillette Tntrofecte l’image d’une femme violée eti“peutTêtre, castrée symboliquement, mais restee vivante et tout de meme phalli-'^uéTaùx côtés’dü ^ëïê^ïïtMÿèsti à la fois dansja personne et “Hâns sa j^é^itaiité.

Le contexte,œdipien met en évidence, pour la petite fille, un certain nombre de choses : d’abord s ^différence quant au sexe, et sa fierté pour cette différence, fierté qu’elle exprime souvent par le simulacre de couper ses jambes ; ensuite, le fait qu’elle est prête pour la réception de formes pointues, maniées par les hommes, même si cela devait faire mal, ou maniées par la mère ; elle attend la pénétration au pôle cloacal et ne sait pas encore le sens de cette attente, ni de qui précisément elle doit venir pour qu’elle soit valable. La fillette doit jouer verbalement et en fantasmes tout ce qui est vécu de son sexe.

Ce qu’elle cherche d’abord, c’est visiblement la permission donnée par son corps pour tout ce qu’elle connaît expérimentalement de sa forme corporelle turgescente, émissive et réceptrice, forme qu’elle doit conserver narcissivement — devenant ainsi pour son corps une sorte de mère, à l’image de la mère qui lui a donné naissance, qu’il l’a faite, aimée, entretenue et maintenue ; ensuite, la permission donnée par la mère réelle, modèle de ce soin conservateur et moi idéal pour sa libido orale, anale et, à présent, génitale. Çe comportement d’introjection et d’identifi- v cation limite les imagëT ?nês affècts que lé narcissisme du sujet Tofére dans sa côrisciëhce (q^iL-utilise~ëL ^exprime),. et qui J donnent le style 3e ses fantasmes.

La structuration du moi au service de la libido génitale dépendra du comportement culturel imaginaire — gestuel, expressif ou verbal — autorisé, au jour le jour, par la mère et le père réels, implicitement ou explicitement ; ceTüTnpôrtèlïïënt7 accepti.,,ouiTÎ3S^^nînë^le^ë^ ?3ë'’‘‘rë*iS'féïï<iéj''. reconnue, Valorisée oU'ïï5ff^dè ; tout ce qui concerne là région génitale du '"corps, ainsi que le sens^deceseni>^ ;lè : désir vunn'' T V

La structure du moi, relativement à la libido, se constituera aussi par ce qui est permis par le corps propre, suivant les lois de sa conservation et de son développement sur la base du fonctionnement oral, anal et corporel ; puis, par ce qui est permis par la mère, première responsable, conseillère expérimentée, et même doublement expérimentée pour la fillette, car elle a un corps semblable au sien. En effet, la mère, depuis l’effraction et la transgression des limites fœtales, à la naissance de l’enfant, celle qui — nidante, porteuse, pourvoyeuse, palpante, mamelonnaire —, est la forme dressée (phallisme corporel), symbole du contenu et du savoir de toutes les recettes d’entretien et de réparation du corps, de la conservation de son intégrité, retrouvée en tant que forme et comme fonctionnement oral, anal érotique et corporel, selon l’alternance de turgescence et déturgescence, de vie éveillée (animale) et endormie (végétale), de la maîtrise des éléments morcellés, de la soumission à ses ordres des éléments cosmiques.

La mère, la nourrice ou la femme qui, petit à petit, a pris sa suite, sont donc pour l’enfant, fille ou garçon, ressenties comme possédant les secrets de la vie dans ses mutations et ses épreuves. Son humeur — joyeuse, rassurée, triste ou inquiète —, marque les limites de ce qui est bien vu par elle, signifie le « tu peux y aller » ou, sinon, ce qui est mal vu par elle : « attention, n’y va pas, danger ! ». Donc, ce qui n’est pas permis par la mère équivaut à une castration probable pour le corps de la fille (et quant au garçon, pour son corps et son sexe), comme un viol imminent et destructeur pour la sexualité de la fille. Le danger excitant et positivement structurant, ressenti dans l’attente et l’attraction sexuelle, deviendra anxiogène au lieu d’érogène.

La rencontre, dans le même temps, d’émois pulsionnels de l’enfant et de l’insécurité émotionnelle de la mère inhibe les premiers et les dénarcissise, désinvestit soit l’image du corps du sujet, soit l’image de la direction de la pulsion (vecteur pulsionnel).

La rencontre, dans le même lieu, géographique, spatial ou corporel, d’émois pulsionnels liés à la mémorisation de l’insécu-

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rité ou de la sécurité maternelle, narcissise ou non, soutient ou \ non, l’éthique de l’accomplissement du désir.

Tous les fantasmes ou initiatives servant à exprimer les pulsions sexuelles de la fillette, arrivée au stade de la prise en considération des trois volontés, indépendantes mais articulées, des personnes du triangle familial, seront classés en bien ou en mal, selon plusieurs critères :

—    ce qui est permis expérimentalement sur le corps, aux zones érogènes déjà socialisées, donc, ce qui est permis comme conforme, fonctionnellement, à la retrouvaille d’une sécurité de base : le corps pré-génital, dans son image complète, que l’on peut appeler ici le schéma corporel sensori-moteur, avec ses pôles érogènes de fonctionnement, à l’exception tout de même du pôle génital, dont on ne sait pas encore s’il doit vraiment être déconsidéré à cause de la contamination excrémentielle, ou mis à part, à cause de la prégnance des émois dynamogènes qui s’y localisent, en société mixte ou dans la vie imaginaire.

—    ce qui est permis ou non de faire et d’imaginer par la mère d’abord, puis par les autres personnes (phalliques) de sexe féminin, valorisées par le père.

—    ce qui est permis ou non de faire et d’imaginer par le père et, en résonance avec lui, par les autres représentants du sexe masculin valorisés par la mère.

Les observations confirment le fait que, au moment où l’enfant arrive à la pose de l’Œdipe, le rapprochement libidinal par rapport au père 's’accompagne d’une efflorescence de fantasmes masochiques ; la fillette a, envers lui, des mouvements tendres inhibés ; elle a des mouvements positifs actifs envers lui, s’il est passif et s’installe, à son égard, en posture de possession passive. En revanche, si c’est lui qui la recherche, elle le fuit, « elle ne veut pas le voir », dit-elle en se cachant les yeux.

Ce comportement, à l’âge de 4-5 ans, est typique des enfants de deux sexes, vis-à-vis de tout adulte, parental ou non, du sexe complémentaire. Il ne s’agit donc pas de masochisme féminin ; il s’agit d’une prudence relationnelle face à toute personne très valorisée phallique (de par sa position verticale), puissante (de par son adaptation au monde des forts) et désirée (c’est-à-dire attractive). L’adulte de l’autre sexe est inquiétant, parce qu’il est trop tentant. Pourquoi trop ? La prudence orale et anale, déjà acquise, commande la circonspection devant une tendance à désirer un contact érotique imaginé destructif, avec ce qui est trop fort, trop grand.

Toute attraction dont la personne de l’enfant, dans son corps propre, ne reste pas absolument maîtresse, est une attraction « chosifiante » : qu’est-ce que l’autre fera de lui, de son sexe qu’il sent attiré, s’il l’approche de trop près ? C’est d’ailleurs par ce jeu de cache-cache, de « je te regarde, et tu ne regardes pas », qui est corporellement et éthiquement le même jeu que le « coucou, ah, le voilà ! » d’antan, qu’il affirme, par une négation proclamée de son intérêt, cet intérêt lui-même. Il n’y a, en tout cas, rien de particulier à la fille, dans ce comportement.

Du point de vue des jeux symboliques de comportement de contact corporel sexuel, chez la fille, l’attitude de sécurité dans le jeu va de pair avec un comportement d’attirance de l’homme à distance. Chez le garçon, son comportement de « percussion » du corps de la femme se joue aussi à distance : il enfonce un coup à quelques centimètres du corps de la femme, qui doit jouer à le craindre et à le fuir ; il ne touche pas ses jupes avec le bâton, mais poursuit ludiquement celle qui se sauve et, si elle s’arrête et l’attend, il reste à distance et verbalise ce qu’il fait imaginairement, sans contact de corps à corps. Dès qu’il y a contact, il devient anxieux,Te jeu cesse d’être narcissisant, sa joie de mâle conquérant touche le problème des corps phallique-ment disproportionnés : de là, angoisse de castration, s’il imagine la femme comme femme dentale, ou angoisse de viol,

s’il projette sur elle la pénétration sexuelle qu’il avait fantasmée, allant de son sexe à lui en direction de son sexe à elle.

Cet infléchissement, inhibiteur plus que masochique, n’est pas particulier à un des sexes, mais est dû à la différence de développement corporel entre l’enfant et l’adulte désiré hétéro-sexuellement. Il s’agit d’ailleurs de la composante hétérosexuelle de renfanLà^l’âgEœHiplen'^d.àns sOelânon duelle a l’autre sexe. ■“Cette inhibition de l’agressivité active ou passive ne" provoque chez lui aucune douleur. Il n’y a pas donc de masochisme. Au contraire, elle permet la continence de la tension érotique, tout en étant narcissisante si elle est réussie. Rien n’est plus amusant que ce jeu. C’est déjà le premier « flirt ».

Une observation récente, à l’hôtel, de plusieurs filles et garçons à cet âge, m’a permis de voir que le garçon qui était en jeu d’aguichement avec les femmes, une seule à la fois, se cachait de la femme en se rapprochant de son père, et, si sa mère était présente, se cachait derrière son père mais jamais derrière sa mère ; cependant, si son père n’était pas là, il se cachait derrière sa mère. La fillette, lorsqu’elle joue des jeux provocants avec des hommes, trouve refuge dans le rapprochement du corps de sa I ml^^nwis. aussi, bien du corps dè son père, qui peut fort bien j netre pour elle qu’un substitut dë lâ rtière quand elle n’est pas j présente ; 1 homme qui 1 attire est tout simplement un autre j homme que le père, ce qui vers 3-4 ans, est très fréquent et sans notion aucune de rivalité par rapport à un des deux parents.

Autrement dit, l’enfant se rapproche de tout adulte qui n’est pas actuellement investi d’attrait érotique ;• s’il est sans expérience de son entourage et si ses parents sont absents, il se rapproche de l’adulte qui lui semble le plus associé à sa mère ou à son père, par sa masse, son sexe ou par un air de familiarité.

Il ne s’agit donc pas tout le temps, bien que ce soit le début de l’organisation œdipienne, d’une dialectique sexuelle entre trois personnes‘ ~ffîais”de"iéux à deux,'entre Itli et l’autre, deux personnes kynetiqües orales et anales ; dans ce jeu, un sexe, celui dë'rënïant, l^t'Ie'troisièmé, 'entraîné à s’exercer sur le mode xpéfîêtrant ou attractif de pénétration, jeu de type narcissique à

libido orale ou anale, bien que s’accompagnant de la découverte de sensations excitantes de la région génitale, érectile chez les enfants de deux sexes. Le garçon ne veut pas « décharger » en corps à corps, tout au plus à distance de jet, par lancement d’objet ou arrosage urétral. La fille ne veut pas une pénétration dans un corps à corps, mais l’attention élective focalisée sur elle, de la part d’un représentant du sexe masculin : elle veut focaliser les vecteurs pulsionnels du mâle, mais à une distance corporelle qui leur interdit l’accomplissement.

Et c’est à ce point vrai que la fillette acceptera des bonbons de main à main de toute personne, fût-elle masculine, qui ne l’intéresse pas érotiquement, mais ne pourra accepter le bonbon, de celui qui l’intéresse, que par un parcours médiatisé, par exemple posé sur une table ou passé par une main neutre. Il faut souligner qu’il ne s'agit nullement là de l’effet d’une mère jalouse présente dans le jeu. Par le truchement de ce jeu, la fillette acquiert la maîtrise de la pulsion sexuelle narcissique, si elle ne se heurte pas à la réalité sensorielle du corps de l’autre, corps dangereux d’abord pour le corps, ensuite pour le sexe de l’enfant.

Pour les enfants des deux sexes, c’est à partir de ce moment que pourra ou non se structurer une personne capable d’assumer la conscience de ses désirs focalisés sur la région génitale. Et cela, à travers une croissance personnelle et émotionnelle difficile en soi, et rendue encore plus ardue par les échanges culturels avec des adultes névrosés de l’entourage de l’enfant.

Cette loi qui, déjà au moment de la résolution œdipienne à 7-8 ans, et plus encore au moment de la poussée pubertaire, régit la libido génitale, est celle d’une libido objectale à option phallique ; ceci n’est pas nouveau, mais ce qu’il faut souligner c’est que l’objet peut être tout humain des deux sexes, à l’exclusion des personnes parentales et familiales proches. Voilà pour ce qui est de son aspect objectif. Pour ce qui est du côté subjectif, la satisfaction de l’objet est ressentie comme étant plus importante que celle du sujet, et cette satisfaction implique un don de soi à la création à deux. La mutation génitale

implique en plus le fait que la libido narcissique du sujet change de centre, se déplaçant vers la subsistance de l’être, grâce à sa fertilité et non pas uniquement grâce à la substance immobile de sa personne présente.

Cette nouvelle loi libidinale, dite à tort d’oblativité, qui caractérise la libido génitale de son éclosion jusqu’à l’affirmation de sa primauté, s’avère compatible ou non avec le corps voluptueux des personnes de sexe complémentaire. La volupté est une gratification que la plupart attendent et qui est refusée à la plupart, en tout cas pour ce qui est du côté féminin. Plus tard, ce refus de la volupté conduit à la frigidité.

Au début de la pose du complexe d’Œdipe, de 3 ans révolus jusqu’à 4 ans, nombre de maîtrises sont acquises : l’autonomie du corps, le pronom personnel « je » dans l’articulé verbal, le nom de famille en tant que nom du père, le rapport social à telle maison'"dont l’enfant connaît l’adresse, son âge qu’il aime maintenant dire, une ‘dialectique subjective, enfin, de l'enfant au corps autonome, vis-à-vis de son sexe et des sensations qu’il en éprouve, sans savoir encore si ces sensations voluptueuses sont connues également aux autres personnes . à, corps phallique vertical comme le sien -— représentants masculins ou féminins de l’espèce humaine dont la fillette sent confusément'encore quelle fait partie.

L’enfant parle souvent aux animaux, moins souvent aux plantes, mais seuls les humains répondent : il y a, avec ces derniers, réciprocité d’actes et d’émois maîtrisés par la parole, tant en soi-même que dans l’autre. La parole maîtrise l’autre, ou permet à l’autre de maîtriser l’enfantT'de maîtriser aussi sous ses yeux des humains et des animaux.

L’enfant expérimente ainsi le fait que le désir est sans lieu, bien qu’il soit signifié, illustré, représenté par le lieu corporel où il se manifeste à la perception du sujet témoin. Il éprouve aussi rintuition...que c’est du non-accomplissement de cette tension qu’il se narcissise, se complaît lui-même en tant que, maître, autrement dit s’identifie au pouvoir de dénégation à l’égard des pulsions désordonnées de son corps. Or, s’il a des

parents qui se placent dans une hiérarchie des valeurs éthiques, son expérience des sensations subjectives, éprouvées lors de leurs directives explicites ou implicites, le conduira à désirer de maîtriser son corps, à lui imposer la loi.

Ce corps sien est le lieu de référence pour l’autre ; il découvre que ce corps peut aussi le trahir, l’exhiber au danger de dépossession : alors, il se cache, cache son corps ou cache le corps de l’autre, pour jouir de son désir à l’état non violé, non châtré. Son corps sera alors lieu d’une permanence de désir, grâce à cette continence volontaire. Pour l’enfant, l’accomplissement de ses tensions est synonyme de leur disparition pure et simple, ainsi que de la disparition du lieu où elles étaient ressenties : le non-désir de l’objet s’accompagne de sa non-perception.

Le lieu à dissimuler à l’autre, pour ressentir librement des tensions non soumises au danger d’un accomplissement de consommation (rapteur), qui peut être mortifère, est l’espace où le désir de l’être humain coïncide narcissiquement avec l’identité de sa personne.

Retenons ce fait, car il se trouve à l’origine de l’éthique des pulsions de vie, c’est-à-dire de l’éthique phallique de la libido : la non-perceptibilité devient facilement signe de non-existence et, par conséquent, de non-valeur. Il n’y a pas si longtemps, « le grand désert du Sahara » était considéré comme un vaste rien géographique, non convoité, un rien que, sur nos cartes, un grand blanc indiquait comme mortifère, méchant et décourageant les visiteurs, à l’exception peut-être de quelques mystiques.

Le sentiment de pudeur se développe au contact des adultes. Les adultes pudiques ne sont pas plus ceux qui cachent leur vie émotionnelle et sexuelle, que ceux qui l’exhibent, mais ceux qui respectent la liberté de dissimulation que l’enfant manifeste pour des activités, des émois et des désirs souvent diffus et éloignés, pour l’adulte, de toute connotation génitale. Mais, pour l’enfant, la dissimulation est toujours sexuelle et pare à la menace de viol ou de castration. L’adulte qui respecte chez

l’enfant ces conduites de dissimulation et qui admet de verbaliser, en répondant à toute demande formelle de l’enfant concernant le sexe (le sien ou celui de ses parents), autorise ainsi l’adaptation génitale de l’enfant à son propre sexe et à ses désirs.

Les réponses de l’adulte seront d’autant plus positives, en ce sens, si elles sont faites de manière médiatisée, en juste correspondance symbolique avec le ressenti émotionnel qui est celui de l’enfant. C’est là un style de la pudeur qui permet la dissimulation culturelle, tout en laissant une liberté symbolique aux questions concernant la sexualité. De cette façon, la pudeur sera ressentie comme une modalité émotionnelle tout à fait justifiée.

Ce n’est que^ par l'échange de symboles que peut se poser la situation œdipienne structurante. La verbalisation de ces fantasmes et la réponse par des verbalisations fantasmatiques, cultürëllës~ët sociales, forment la personne de l’enfant, fille ou garçon. C’est la verbalisation des problèmes sexuels, sensoriels,, et affectifs, si elle entraîne non pas des blâmes, ni des initiations perverses et séductrices, mais des réponses conformes aux réalités génitales, c’est cette verbalisation, chaste dans son s, intentionnalité, qüP'ïormera un narcissFsm<r^ëxüër~sain, y conforme au génie de la sexualité de la fille ou du garçon ; cela / développera un comportement génital, en formation à cet âge, compatible avec le plaisir, la fertilité et l’entente interpersonnelle avec les membres du groupe familial.

La demande d’accès à la libido génitale s’exprime par une question verbalisée, concernant la naissance des enfants en général et,,v,.plus.w.particulièrement, sa propre apparition au monde ou Celle de sa future descendance. Saris une réponse de'

1 adulte, ou celui-ci assume sa propre participation corporelle, partagée avec celle de l’autre géniteur — à savoir la notion de complémentarité indispensable des sexes parentaux qui sont à l’origine de sa vie —, l’enfant, fille ou garçon, ressentira une interdiction implicite dè~lfépasser Je^,mode^d.e,.j ;da Ctoq duel le

connu de lui jusque-là, ressentira un danger de perte de sa

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Le danger de la situation à deux prolongée Le complexe de virilité

Il y a, cliniquement, deux types de complexe de virilité. Le plus spectaculaire est celui de la fillette qui nie toutes les identifications avec le comportement des filles ou des femmes : elle se fantasme en garçon, aime se mettre en travesti masculin. Gavroche et la langue bien pendue, elle est parfois très travailleuse, corporellement et intellectuellement, sportive et garçonnière dans ses échanges affectifs avec les enfants. Dans ce cas de figure, la masturbation est peu présente ; ce qui prévaut étant plutôt la recherche de bagarres. L’évolution de ces filles vers une adaptation sociale pragmatique est affaire d’éducation par quelqu’un de libéral, qui soit capable de tolérer leurs revendications narcissiques, ainsi que leurs réactions affectives bruyantes, surtout en internat, où elles font l’effet d’homo-. sexuelles, ce qu’elles ne sont que fort rarement. Elles peuvent i toutefois le devenir, par déception de leur père ou par son j absence réelle (décès, abandon), par dépit motivé, acquis sur les hommes, ou par séduction de femmes lesbiennes, qui fouettent leur narcissisme, dans le style dominant, passionnel, déclaratif ou ascétique.

Dans ce dernier cas, il y a surtension provoquée au lieu sexuel que le désir de l’autre convoite, ou contamination de continence tensive au lieu génital, alors que le désir vise un objet sans matérialité corporelle atteignable. L’autre, le moins repérable pour l’entourage, est entièrement fantasmé. La fille vit dans un rêve masturbatoire et éprouve des sensations cœnesthésiques, en rapport avec son imagination de puissance orale, anale ou phallique (les contes de fées). Elle développe peu de sublimations du phallisme oral ou anal, dans la médiation entre son corps et l’environnement pragmatique. Tout est imaginaire : elle parle à peine aux personnes réelles, mais raconte beaucoup de choses à sa poupée, vit en compagnie de personnages de roman ou de leur vie imaginaire. Il y a là un danger réel de névrose narcissique car, inintéressées par la vie pragmatique, ces filles ne peuvent au mieux que développer un phallisme intellectuel, réussissant des études qui en font, ensuite, des prisonnières. Pour elles, aucun jalon de la pose complète de la résolution œdipienne ne se prépare. Tout est vécu dans la vie imaginaire non communiquée, et de moins en moins communi-cable.

La situation à trois pré-œdipienne

Les femmes, mise à part la mère, ne sont valorisées en tant qu’objet d’identification que si elles sont couplées, et qu’elles s’intéressent également à la fillette, afin de lui permettre d’accéder à son pouvoir. Ce couplage exigé par l’enfant, n’est pas toujours le couplage à une personne, mais ce peut être celui avec une activité pragmatique qu’elle aime et où elle pourrait bien réussir. C’est pour la fillette un couplage narcissique envié de puissance phallique active qui, à travers l’imitation des adultes, lui apporte des sensations érotiques ; alors que, pour les adultes, il ne s’agit que d’un travail, d’une médiation culturelle qui, sauf cas pathologique obsessionnel, est en lui-même dés-érotisé. Ce pouvoir acquis par les femmes adultes, par l’apprentissage dont la fillette bénéficie en leur compagnie, est pour l’enfant un gage de pouvoir sur autrui ; l’enfant est séduite par leur pouvoir, par le fait que la société, « les messieurs et les dames », lui donne même de l’argent en échange de ses actions.

Les femmes qui, de par leur position dans les rapports interpersonnels, sont de mauvaises maîtresses à vivre pour la fillette, sont celles qui ont pour fonction sociale de s’occuper d’elle ; celles-là sont censées ne pas avoir d’autre intérêt que les soins se rapportant à elles-mêmes et à l’enfant, et nullement un quelconque intérêt sexuel. Du fait que cette personne reçoit de l’argent de ses parents pour ses soins mercenaires, le couple nurse-enfant devient un objet érotique biphallique pour les parents, objet passif et donc fétichique, hormis les échanges verbaux.

À partir de ce moment, tout ce qui concerne les intérêts érotiques, formels ou interrelationnels, de la région sexuelle du corps ne sera valorisé que par l’attention permissive et guidante d’une personne adulte (ou plus âgée qu’elle). Il s’agit surtout de personnes de son sexe, que l’enfant valorise par contamination à partir de la valeur, reconnue phallique et sociale, dévolue à ses parents et aux adultes.

Pour toutes les filles dont nous avons observé les cas en famille, la mère, l’adulte éducatrice, « les grandes » avaient été, directement ou indirectement, questionnées sur les problèmes que posait à l’enfant cette région cachée, apparemment encore inutile autrement qu’à de très vives sensations « magiques ». Les réponses qui blâment l’intérêt porté à cette région ou celles qui ridiculisent les croyances s’y rapportant sont toujours traumatisantes lorsqu’elles viennent d’un adulte éducateur et, surtout, du même sexe que l’enfant. Ces réponses peuvent alors refouler les pulsions génitales qui ont commencé à se présentifier à l’enfant, par la signalisation, absente ou présente, de ce pénis, et qui continuent par des questions sur le trou, sur ce que les uns et les autres en disent, sur l’effective conformité de son sexe avec celui de la mère, sur l’opinion qu’en a le père, sur les dires contradictoires des garçons et filles questionnés. Tout ceci tourne autour de la forme sexuelle féminine, par rapport à la forme sexuelle masculine et à sa valeur éthique pour les personnes de deux sexes.'

Complexe d’Œdipe féminin : l’angoisse de viol

Les fantasmes œdipiens, entre__6 et 8 à 9 ans, sont caractérisés chez la fille par le désir d’un enfant véritable, déposé en elle par pénétration du pénis paternel qu’elle désire obtenir, et qui s’accompagne de rivalité mortifère vis-à-vis de sa mère. Ces fantasmes sont tout à fait spontanés, et c’est spontanément aussi, sans aucune nécessité de verbalisation ni de vision de rapports sexuels des adultes, que la fille arrive seule à la conclusion logique de la non-conformité entre son vagin, petit, et le pénis du père, volumétriquement disproportionné. Il s’ensuit l’angoisse de viol par tous les pénis auxquels ont peut accorder de la valeur.

L’angoisse de viol par le père, à l'âge œdipien, est au développement de la fille ce qu’est l’angoisse de castration au développement du garçon.

On peut même dire que tout désir sexuel provoque une représentation d’appel d’un pénis centripète, dont la valeur énergétique sera égale à la valeur du manque : plus l’appel est grand, plus le pénis fantasmé est formidable, plus la force de son porteur humain est fantastique ; son audace et son mépris des limites de la bienséance se doivent d’être d’autant plus spectaculaires que la jeune enamourée refoule la représentation imagière de telle personne réelle. Si elle se rejyrésentg-son père, alors sa puissance magique transpérçântff n’a pas de limitation, car il est, par l’option structurante qu’elle lui a vouée dès sa vie fœtale, l’axe qui la verticalise, qui stimule ses émois et tempère sa nature, qui stabilise ses pulsions dans leurs expressions polymorphes, en leur servant de représentation de phallus symbolique, désiré mais difficile à conquérir, d’autant plus qu’il est, aux yeux de la fille, la possession exclusive de sa mère

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.castratfice.    —.—

S’identifiant et se projetant en sa mère, elle espère dans ses fantasmes, souvent verbalisés, qu’un jour, par erreur peut-être,

se trompant de femme, il la prendra pour telle, et ils se marieront et auront beaucoup d’enfants. Cet espoir sous-tend ses jeux de mascarade, les pieds dans les souliers à hauts talons de sa J mère, ses déambulations avec le sac de celle-ci ou tout autre / accessoire ornemental lui appartenant, poussant sa voiture de / poupée, convaincue d'être la femme de son père, ou, plutôt, convaincue que lui est en sa possession. Seule l’existence du père comme tel permet toute cette structuration, sans qu’il soit nécessaire, pour autant, qu’il s’occupe activement de l’éducation de sa fille. Son rôle phallique de maître incontesté de l’univers i émotionnel de sa fille est absolu, quel que soit son empresse-\ ment à connaître vraiment la personne de celle-ci.

Le désir de « pouvoir », en référence au père, tiré de lui et exercé sur lui, domine tous les fantasmes de la fille et motive j son activité pragmatique. La mère, à cet égard, est ambivalente : d’un côté, elle la gêne dans sa relation avec son père, de l’autre, elle est secourable par l’aide qu’elle peut lui apporter ' ; pour atteindre son but : i’imiter pour plaire au père. L’agressivité avide, articulée à la dialectique de la libido orale, domine dans les rapports à la mère, pendant que la dialectique anale du faire, en vue d’intéresser le père, de repousser ce qui est gênant dans la mère rivale, utilisant sans vergogne calomnies et médisances à son égard pour exciter contre elle la vindicte du père, sont décelables dans la conduite des filles dès l’âge de trois ans.

Mais c’est aussi à cet âge que, pour les filles, les névroses aux composantes homosexuelles commencent à gêner la pose de l’Œdipe, en engendrant une éthique de conformité aux désirs du père ou de la mère. Ceci bloque la fillette en complexe de virilité actif ou passif, suivant le cas, c’est-à-dire en attitude réaction-nelle de type obsessionnel qui évolue, par la suite, en hystérie de conversion.

Début du stade de résolution œdipienne : situation à trois, chacun assumant le désir de son sexe.

À l'âge de six ans, en pleine incandescence émotionnelle œdipienne, le fait d’assister aux rapports sexuels d’un couple, ou du couple parental, ainsi que la verbalisation par d’autres enfants du mode de ces rapports, peuvent apporter un traumatisme. En fait, tout dépendra de la situation émotionnelle existant entre la mère et la fille. En effet, à l’âge où l’angoisse de viol joue d’elle-même comme stimulant de la volupté génitale tenue en respect par les sentiments légitimes d’infériorité personnelle, le recours à la région de sécurité représentée par la mère lorsqu'elle est aimée, aimante et compréhensive, ne peut être que particulièrement utile. Lorsque la fillette rapporte les dires entendus et que, par prudence, elle témoigne de sa révolte et de sa stupéfaction face à ces dires des camarades qui y auraient assisté, tout se joue sur le mode d’accueil de la mère ; si elle acquiesce sur l’exactitude des faits, y ajoutant la notion de désir et du plaisir qui font partie de la vie sexuelle des adultes, ainsi que celle de fertilité éventuelle comme effet du coït, alors cet accueil ouvrira les voies du développement libidinal génital sain. Moins elle trouve accueil et éclaircissements, plus elle culpabilise ses pulsions génitales.

Cette explication donnée par la mère, à l’occasion de cette confidence, permet à cet événement de contribuer à la sérénité du sentiment d’appartenir au sexe féminin. Si, au lieu de la gronder, de la punir ou de nier le fait, la mère affirme la réalité de la pénétration du sexe féminin par le sexe masculin que l’enfant a pu observer par hasard, ou qui lui a été dite par autrui, si elle accompagne cette confirmation par l’explication qui manque souvent aux petites filles de la nécessité de l’érectilité temporaire du pénis, si la mère lui dit la motivation voluptueuse de ce fait, elle permet à la fille d’accéder à la compréhension du rôle de la complémentarité de l’homme et de la femme. La mère doit bien dire que, lorsque les personnes sont adultes, lorsque les corps et les cœurs sont d’accord, il s’agit de plaisir naturel et non de dégoût ni de douleur. Une telle conversation amenée par un événement fortuit, comme il s’en trouve toujours un à cette époque de la vie d’une fillette, apporte, avec la réalité enfin complète, une certaine sécurité par rapport aux émois troublants qu’elle a connus et qu’elle reconnaît très bien en elle, peut-être aux franges de sa conscience claire, soutenue par l’indulgence compréhensive de la mère. Ainsi, la notion actuelle du renoncement sexuel à l’objet adulte n’en est que mieux renforcée. Plus les rapports sexuels sont expliqués et connus, plus sera net le renoncement, pour des motivations endogènes, au moins temporaires, jusqu’à la nubilité, âge pour elle lointain encore, âge auquel l’aspect physique de son corps à elle lui est annoncé par sa mère comme devant devenir semblable à celui de toutes les femmes.

La situation à trois personnes, aux sexes reconnus comme lieux de désirs, trois personnes dont deux sont du même sexe et animées par un désir rival pour la troisième, cette situation peut alors être pleinement vécue dans son conflit existentiel, par la fillette, qui doit la résoudre seule, afin d’accéder à la maturité.

Chez les filles, l’angoisse de viol est surmontée grâce au renoncement sexuel conscient de la fille pour le sexe de son père. Ce renoncement n’est possible que si le comportement du père et des adultes de sexe masculin valorisés dans les relations interpersonnelles n’est ni séducteur ni équivoque à son égard. De ce renoncement éclot la sublimation de ses pulsions génitales. Il peut cependant demeurer un résidu œdipien inconscient d’attente inconditionnelle dans le temps, non incompatible avec des sublimations féminines authentiques. On pourrait même dire que l’existence de ce résidu est encouragé inconsciemment dans notre société, car cette fixation avec mise en veilleuse sexuelle génitale et émotionnelle vis-à-vis du père préserve la jeune fille jusqu’à la puberté de surestimations

sexuelles de garçons de son âge (incomparables à l'image ; paternelle), et la laisse en dépendance homosexuelle imitatrice de sa mère ou des femmes que son père valorise. C’est ce résidu homosexuel de dépendance recherchée à la mère œdipienne, et de rivalité sexuelle camouflée avec elle, qui motive les tensions caractérielles entre mère et fille — toujours envenimées par la présence du père — et, également, l’entente entre elles, sur un^y type sado-masochiste, lorsqu’il n’est pas présent.

Mais, dans ce cas, point de tendresse réelle entre mère et fille, ni entre fille et père. Car la tendresse est le fruit de la scène primitive vécue et assumée dans le renoncement total à des vues sexuelles vis-à-vis des parents et dans l’acceptation de l’égalité inter-humaine ; ainsi s’opère le dégagement subjectif de la situation de surestimation amoureuse aux couleurs de chauvinisme familial.

Résolution œdipienne

Cette résolution se fait, selon mes observations, au plus tôt vers 9-10 ans, et souvent même seulement à la puberté, après le réveil à la nubilité des émois œdipiens qui avaient été mis en veilleuse. Il s’ensuit une période qui peut être très courte, d’âge dit ingrat ; âge critique lorsque l’Œdipe sévit encore, les décompensations de l’équilibre émotionnel prenant le style hystérique allant de l’excitation à la dépression, à l’occasion de la moindre blessure narcissique.

L’évolution de la libido chez la fille entraîne, avec la \ résolution œdipienne et le deuil de son rêve de maternité / incestueuse, l’option génitale de sa propre personne en société mixte. Cette évolution lui permet, au lieu de mécanismes d’adaptation ou de défense à ses désirs oraux, anaux ou phalliques, vécus à propos des objets œdipiens père et mère ou frères et sœurs plus âgés, de développer des sublimations

authentiques^ Une organisation de la structure caractérielle se faity utilisant les pulsions orales, anales et phalliques, au service dominant de la personne civique, dans des options extra-familiales, en tant que participante active dans ce qu’on peut nommer des « groupes culturels » féminins, plus rarement mixtes.

Une certaine part des pulsions orales passives, anales passives, phalliques passives, à représentation olfactive, visuelle, auditive, tactile, rythmique, investissent narcissiquement la région sexuelle vulvo-vaginale, le clitoris et les seins ; la fille se préoccupe alors de toute la surface cutanée de ce corps phallique, de sa valeur esthétique, en vue de l’effet à produire sur les autres filles : soit pour les rendre envieuses, soit pour se faire admettre dans de petites coteries de filles qui s’unissent pour mieux faire front aux mères et à leurs substituts, ou pour provoquer les regards des garçons, sans encore aucune audace de flirt manifeste, quoique les fantasmes y soient pleinement.

La puberté

La croissance des seins et l’apparition du cycle menstruel marquent une étape émotionnelle décisive, en fonction de l’accueil que le moi idéal de la fille et son surmoi feront à ces promotions physiologiques comme l’entrée désirée dans la lice des jeunes filles.

La distribution pulsionnelle s’intensifie en quantité, à cette époque. Le corps est investi en tant que corps phallique plastique, signalisant l’intérêt des mâles, de façon totalement indifférenciée. Période très critique pour le narcissisme adolescent, selon que la mère et l’argent de poche permettent l’obtention de bas, de soutien-gorges, de chaussures et vêtements de femme, la réalisation de coiffures, attributs par lesquels la fillette se croit transfigurée parce que, dans le miroir, elle y contemple son image déguisée sous l’apparence d’une jeune femme.

Ce signal attractif est important à respecter, car il a pour but subjectif de provoquer l’appréciation des hommes plus âgés ; en réalité, il n’a comme effet que de provoquer l’admiration des garçons de leur génération ou plus jeunes, les seuls qui se laissent prendre au mime.

De nos jours, la contamination exercée par le style « vedette » joue un rôle formateur incontestable sur les filles de moins de 14 ans. Les vedettes sont le support mythique d’un idéal du moi, apparemment désœdipisé (sans résonances incestueuses), donc rassurant. Cette survalorisation de l’image donnée de soi à autrui, et les grands efforts en ce sens qu’elle demande chez certaines jeunes filles, ont aussi pour effet de provoquer la rivalité avec les autres filles, édition différente du même modèle (soeurs extra-familiales) ; après des couplages homosexuels latents, cette survalorisation entraîne des xivalités sexuelles et hétérosexuelles sublimées, la formationBandas’ d jeunes qui socialisent la sexualité.

La scène primitive

PQUf.ma part, je la considère comme le véritable point final de la résolution œdipienne ; elle manque très souvent dans la structuration psychique de nos contemporains.

--"Le fruit de la scène primitive vécue imaginairement et verbalement en face d’une autre personne humaine, de préférence un des parents, ou le parent du même sexe que l’enfant, qui n’en interdit pas le fantasme rétrospectif, permet et justifie l’investissement narcissique du corps féminin, en tant que corps centré par l’attraction du sexe phallique, au lieu surinvesti voluptueusement de l’ouverture génitale. La libido orale et anale, dans ce qu’elle a de narcissiquement libre ou libérable, se

met au service de cet investissement corporel (présentifié phallique) ainsi que des cavités corporelles, surtout de la région génitale, dans des activités culturelles spécifiquement féminines.

À ces investissements correspondent des éthiques successives : l’éthique du stade oral du beau et du bon goût, d’éloquence mimique, l’éthique utilitaire du stade anal des relations interpersonnelles, du troc bénéficiel des services rendus ou d’acquisitions culturelles ou concrètes. Toute dialectique sexuelle, sublimée ou non, répond à des critères conscients de validité, au moins pour les sujets, si ce n’est pour leur entourage aveugle.

Quel que soit l’âge où la crise œdipienne survienne, le | renoncement à toute autre scène conjugale avec le parent | œdipien que la seule scène primitive où le sujet a été conçu (et dont le fruit est sa connaissance de lui-même, dans sa genèse préhistorique fœtale), ce renoncement donc est la seule issue compatible avec une existence génitale respohsable et féconde

— tant au point de vue du corps qu’à celui du cœur et à leur \ commune référence à la loi qui les humanise, en les socialisant.

C’est de cette nécessité inconsciente de renoncement que provient, pour la structure œdipienne génitale en cours d’organisation, le choc traumatique dû à la surprise d’assister à des rapports sexuels ou à la découverte d’un concubinage clandestin, donc coupable, des parents ou encore d’un témoignage véridique ou calomniateur à ce propos.

Cette sorte de voyeurisme a été parfois appelé scène primitive à cause des émois en résonance à celle-ci que réveille, dans un sujet, le fait d’assister à un coït, sans en être génitalement et activement un des partenaires. Mais si le fait d’assister fortuitement aux rapports sexuels des parents peut traumatiser un enfant lorsqu’il survient à contre-temps de son évolution, cela peut avoir aussi l’effet contraire, si d’aventure il assiste à des rapports sexuels des parents qui caractériellement s’entendent ; l’enfant cherche très souvent cette situation, parfois d’une façon

très peu claire dans son esprit et avec un vague sentiment d’angoisse, que l’adulte peut très facilement culpabiliser par sa propre angoisse surajoutée. Cette expérience, même si elle le choque sur le coup, n’a par la suite qu’un effet structurant et positif sur lui, dans le cas où personne ne l’a su ou si quelqu’un l’a su et ne l’en a pas blâmé.

Cet effet structurant est le même que celui produit par la révélation du rôle fécondateur de son père par rapport à sa mère, à un jeune enfant, fille ou garçon. Ce sont les garçons qui posent le plus tôt la question : « Qui m’a mis dans ton ventre et comment ? » Le nombre impressionnant de témoignages que j’ai eus, des réactions d’enfants de 4 à 9 ans à qui cette révélation avait été faite (et parfois dans des cas de divorce, de séparation ou de la mort du conjoint), montrent toujours le même processus : silence, éloignement réflexif, suivi d’un élan de tendresse, tête contre épaule, de l’enfant à sa mère ou à son père ; ou, si c’est une tierce personne, les deux parents étant décédés ou disparus, les yeux dans le vague, avec une indéfinissable expression de douceur et, à peu près toujours, les mêmes mots : « Mes tout, tout petits papa, maman, chéris *. »

Que se passe-t-il donc de libidinalement structurant dans la scène primitive, que se passe-t-il d’initiatique et de modificateur dans cette scène, point de repère pour sa propre reconnaissance ab ovo en tant qu’être humain et sujet de son désir ?

Il se passe émotionnellement une fusion de libido narcissique et de libido objectale, qui investissent de façon rétrospective l’existence originelle punctiforme et trinitaire ; et cela, quelle que soit la présence ou l’absence actuelle d’un des deux

1. J’ai été très frappée en lisant un article sur quatre jeunes gens de 16 et 17 ans, fusillés par les Allemands pendant la guerre et dont on publiait les quelques lignes écrites par chacun d’eux à leurs parents, de constater qu’à quelques minutes de la mort, chacun de ces adolescents, trouvait les mêmes mots pour adresser leur serein adieu : « mes tout petits chéris », « mes petits parents », comme si l’approche de la mort redonnait les émois d’une scène conceptionnelle, où le rôle du parent est lié au rôle de sujet déterminant le sens de l’instant vécu, par la responsabilité qu’il assume.

géniteurs, car en l’occurrence, ils sont présentifiés par un substitut transférentiel et prophétique : il y a toujours au moins deux adultes polarisant affectivement la vie d'un enfant de mère non psychotique.

Le renoncement aux œuvres de corps et de cœur, séductrices de son père et de ses frères, mettra la fille dans le circuit des f interrelations — identifications, introjections et projections — sociales extra-familiaîës,' drcmfqùï porte son'TfïïîtTla" relativi-j \sation des valeurs éthiques reçues du compagnonnage familial ; exclusif, la lutte formatrice pour l'obtention de l’amour d’un garçon dont les faveurs platoniques étaient jusque-là partagées avec l’amie de cœur...

Refoulement pubertaire

L’évolution de la fillette, soutenue par le développement gonadique, peut se faire vers une attente d’attraction pénienne, dont l’éthique de son milieu favorisera la localisation exclusive à l’endroit sexuel, sublimant les autres tendances ; cette attente visera électivement le sexe du père (lorsque l’Œdipe n’a pas été résolu), mais pourra se déplacer sur un substitut familial ou extra-familial valorisé par les deux parents.

Cette option phallique, ou attraction phallotropique, du sexe des filles à la puberté n’est désordonnée que dans certains cas déterminés, comme celui d’un Œdipe très actif de la fille avec une rivalité coupable envers la mère : soit que celle-ci cherche à séduire les jeunes gens qu’attire sa fille, soit qu’elle favorise une séduction latente du père par sa fille, soit que le père, dont la situation œdipienne à sa propre mère ou à ses sœurs n’a pas été résolue, sente en lui s’éveiller une jalousie morbide, compliquée de fantasmes homosexuels latents, et culpabilise (par contamination émotionnelle muette ou par projection) sa fille — objet de son désir ou substitut de son sexe, la conduisant à entrer

inconsciemment dans la lice du corps-à-corps, étrangère à sa vraie sensibilité.

Le processus, chez la fille, vient de ce que, ne se sentant pas assez protégée de l’inceste et n’ayant pas pu verbaliser ses émois sexuels en référence à ceux de sa mère et en référence claire à son père (qu’elle sent trop fragile pour lui résister), elle n’a jamais pu aborder les conversations initiatiques qui l’auraient menée à l’imagination licite et structurante de la scène primitive. Je veux parler du coït qui a originé son existence au monde et de son complément — l’attitude émotionnelle de jalousie rétrospective, ironiquement fabulée, et qui, à cet âge nubile, accompagne l’évocation, toujours émouvante, de cette scène.

Il ne faut pas oublier que la localisation dominante de la libido, érotisant la région génitale, ne traduit pas du tout le fait que la fille ou la femme a atteint la structuration génitale de sa personne (selon la topique caractéristique de ce stade), ni que, pour cela, ses voies génitales soient un lieu d’investissement de pulsions sexuelles autres qu’anales et orales, avec leurs menaces d’angoisse, d’éclatement (viol), ou de morcellement séparateur (castration). Les voluptés masturbatoires fréquentes à cet âge peuvént culpabiliser la jeune fille ; en fait, elles recouvrent des sentiments d’infériorité justifiés ou injustifiés. Ici encore, ce qui est implicitement « non permis » par les parents (sortir, danser, parler fort, se maquiller) peut inhiber une jeune fille et atermoyer un début d’épanouissement social, en prolongeant cette période d’âge ingrat.

Plus la période pré-œdipienne et celle de latence ont été riches en acquisitions pragmatiques féminines et socialement valables (culture, cuisine, adresse ménagère, danse, musique, expressivité, rencontres à but culturel ou sportif avec des camarades des deux sexes, sans surveillance des adultes), plus sera facile l’adaptation personnelle de l’adolescente à sa condition sociale de femme ; il faut cependant ajouter que seule cette puissance phallique féminine d’origine libidinale, orale et anale, ne suffit absolument pas, en elle-même, à orienter hétérosexuel-lement, si cette orientation n’a pas été engagée par la pose de l’Œdipe, puis résolue avec l’accès à la scène primitive.

L’apparition des règles et le nouveau rythme qu’elles imposent ne traumatisent jamais, ni n’apportent souffrances et dérangements d’ « indisposition » à des filles qui y ont été préparées sainement, par des mères « féminines » qui permettent à leur fille d’attendre, comme elles, à leur âge, les promesses que la vie tient parfois.

Quant à l’angoisse de castration et de viol, elle est de nouveau soulignée, valorisée sans masochisme, dans le cas de vie génitale émotionnelle, admise par le surmoi dans le groupe familial.

Difficultés somatiques et psychiques de la puberté

Les pathominies, ou petits symptômes gynécologiques, que l’installation de la puberté provoque, sont toujours un langage intranarcissique et sont ensuite utilisées selon la façon dont le milieu social, surtout féminin, y a’ réagi. Il est courant de voir des mères des jeunes filles pubères qui camouflent leur jalousie rivale par des soins surprotecteurs de leur fille (qui vient d’avoir ses premières règles), se servant de cet événement physiologique pour culpabiliser tous les mouvements spontanés et entraver la vie sociale et sportive de la jeune fille, en lui créant une véritable obsession de sa menstruation. J’ai eu de nombreux témoignages de femmes en analyse, qui relatent le traumatisme qu’a été pour elles l’attitude de leur mère à cet égard.

Voici quelques exemples hautement symboliques. Une lettre sybilline sur la table de la fillette de 11 ans, avec un nécessaire périodique : « Maintenant tu sais ce qu’est la faute d’Eve. Tous les mois tu devras te garnir jusqu’à ce que tu sois trop vieille pour avoir des enfants. » À une fillette de 13 ans : « Maintenant, si tu fais du vélo, libre à toi, mais les garçons verront ta fleur au derrière de ta robe. » À une fille de 12 ans : « Maintenant, si tu fais ce qu’il ne faut pas, tu auras un enfant... » et, renchérit le père de cette même fillette : « Si tu as un enfant, tu n’auras qu’à te jeter dans l’étang, c’est pas moi qui te repêcherai. » Une autre, orpheline de mère, élevée dans un pensionnat de vieilles filles : « Maintenant, si vous embrassez un garçon, l’enfant sera là tout de suite et on vous : renverra. » Une autre encore (mêmes conditions), protectrice : « Si vous prenez un bain dans vos périodes, vous en mourrez, une jeune fille réglée doit prendre beaucoup soin d’elle-même, sinon elle risque la stérilité ; votre pauvre père n’a pas besoin de cela, lui qui ne vit que pour vous. »

Lorsque, au contraire, la puberté et l’avènement des premières règles affirment à la fillette la vitalité de son sexe (phalliquement castré déjà si, lors de la castration primaire, il a été valorisé en tant que sexe vulvo-vaginal), c’est une confirmation vécue de ses options hétérosexuelles, une incitation à des projets de moins en moins fantasmatiques de libération familiale licite, grâce à l’élan culturel que permet le parachèvement de la résolution œdipienne.

Cependant, dans des cas de santé psycho-somatique, il est assez fréquent qu’un certain nombre de pulsions hétérosexuelles subissent encore des refoulements qui ne vont pas toujours jusqu’à des névroses, mais qui donneront à l’adolescente le style de ses réactions de mutation. L’intensité des signes critiques, lorsque la période antérieure à la formation a été une période de latence sainement sociale, est le propre de fillettes dont l’angoisse de castration et de viol n’a pas été soutenue par des images parentales assez différenciées pour en assumer la projection.

Toutefois, et dans des conditions de santé, une bouffée de pulsions de mort peut encore survenir. Le soudain « vague à l’âme », surgissant en pleine joie d’extériorisation juvénile, en est une expression qui ne se complique de symptômes pathologiques que par l’angoisse ou l’agressivité que réveillent, dans l’entourage, ces ajustements d'une libido en plein rejet iconoclaste des images parentales, et dont la santé est prouvée par l’essor extra-familial à la recherche de « l’objet » qui la comprendrait, d’un groupe social qui la libérerait du sentiment d’inutilité et d’enfermement éprouvé en famille.

Le refoulement pubertaire sain, post-œdipien

Il ne convient pas d’appeler refoulement au sens pathologique du terme la répression de certaines de ces pulsions attractives hétérosexuelles par un surmoi nouveau, le surmoi génital, structuré à partir du sens de la responsabilité, qui soumet l’expression de l’attraction sexuelle aux règles de la légitimation sociale des liens procréatifs, c’est-à-dire le surmoi génétique.

Le refoulement sain des pulsions hétérosexuelles permet aux jeunes filles des investissements passionnels, féminins ou masculins, souvent chastes et accompagnés d’une fausse mystique ardente. Parfois, il suffit d’un hasard de la conversation pour qu’une allusion déculpabilisante puisse y être faite par la mère, une femme ou un homme respecté, un médecin qui stimule la jeune fille à fréquenter des groupes culturels à la recherche d’un amoureux digne d’elle, dont elle gagnerait non seulement les faveurs érotiques mais également l’estime. Les lectures de bons auteurs, qui ont écrit sur « l’amour vrai », sujet des plus captivants à cet âge, la discussion très ouverte, en famille, sur des films, des faits divers scabreux ou criminels, l’humour, l’enthousiasme passionné, le respect des opinions lancées parfois par bravade, tout cela contribue à former un moi solide, un surmoi génital souple, qui préserve la jeune fille d’expériences sexuelles par dépit, par pur besoin d’échange, par désir incontinent d’être quelque chose pour quelqu’un.

Le renoncement oedipien est parfois pervers, c’est-à-dire qu’il ne s’arrête pas au renoncement pour le géniteur, mais il englobe, par le jeu des pulsions de mort, le renoncement narcissiquement voluptueux à toute vie génitale, ressenti comme nécessaire à l’accueil du groupe (vu comme entité maternelle castratrice).

La manifestation la plus banale en est le sacrifice des options génitales à l’esprit de la bande ou du clan, substitut parental dont le sujet devient esclave, ou le sacrifice hautement spirituel, à une mystique ratifiée socialement, à laquelle le sujet prête fanatiquement une consommation insatiable d’âmes et de santés ; ainsi est canalisé sur une entité impersonnelle un sadisme infantile de style digestif, aggravé du fait d’être le centre des projections de pulsions dévorantes et castratrices d’adolescentes exaltées et de jeunes gens aux pères insuffisamment virils. Des liaisons, d’autant plus tapageuses caractérielle-ment qu’elles sont chastes, ravagent ainsi les énergies vitales de ces jeunes adolescents, qui restent statiques et obsédés, dans un style de don désespéré de leur force, valorisé par la négation de l’éthique des satisfactions émotionnelles et érotiques, qui peut en faire des masochistes.

Le rôle du père au moment de la résolution œdipienne

Ce qui, dans le comportement du père, valorise les femmes ne fera que développer la libido phallique au service de la personne féminine et la turgescence vulvo-vaginale orbiculaire de la fille, dans sa double manifestation, au plan de la personne et au plan génital. Le danger n’existe que venu du père ou de l’amant de la mère, le seul totalement valorisé par sa personne, et il n’est ressenti que dans le cas de concupiscence sexuelle de sa part.

Le rôle du père est pathogène lorsqu’il va à l’encontre de ce surmoi génétique ; il est, au contraire, formateur encore longtemps dans la vie de la jeune fille, s’il anticipe sur son avenir, l’autorisant à ses projets d’établissement social, à un éloignement probatoire du foyer familial, développant la maturité civique authentique de cette célibataire moralement majeure, qu’il accompagne de son estime, dans l’orientation culturelle ou professionnelle qui la libère de sa dépendance et à qui il montre sa confiance, sans curiosité à propos de ses relations amicales. Et que de pères voyeurs, camouflés en pères protecteurs ou camarades !

Que devient sa sexualité génitale entre cette période et le premier acte sexuel, dont la fille attend sa défloration ? Il y a le plus souvent la masturbation de la puberté et les fantasmes romanesques de viol et de rapt, dont l’auteur imaginé est parfois un homme de son entourage, partenaire possible, si la jeune fille osait, renonçant à ses rêves, se servir de ses armes féminines pour triompher de ses rivales et se faire remarquer, lui plaire et le séduire. En ce sens, voire les ravages narcissiques que provoquent les scènes paternelles lors du premier essai, toujours maladroit, de maquillage, ou lors de premiers appels téléphoniques de garçons. Les scènes maternelles sont au contraire moins traumatisantes que certaines stimulations à la parure et à une politique de séduction des mâles ; ces dernières scènes d’encouragement apparent sont en fait le résultat de leur propre homosexualité dirigée sur leur fille, combinée à une projection de leurs désirs adultères ; se manifestant ainsi, de telles mères « court-circuitent », si je puis dire, l’évolution libre de la sexualité de leur fille, aussi sûrement sinon plus que les pères jaloux.

Le refoulement pathologique post-pubertaire, résultat d’un complexe d'Œdipe non posable

Après la puberté, et si le complexe^d Œdipe et la scène primitive^ n’ont pas été vécus, si la fillette avait déjà jnal vécu son passage de la castration primaire à l’option centripète du pénis (du fait d’une mère phobique ou infantile), ou si des événements traumatisants sont survenus soit dans son investissement érotique, soit dans sa valorisation phallique, on verra apparaître le refoulement des pulsions génitales pubertaires et i’éclosion de symptômes névrotiques.

Cliniquement, on peut disinguer :

Le refoulement de ces investissements corporels passifs et actifs et des investissements érotiques génitaux, clitorido-vulvo-anals. Si son milieu culpabilise les sensations érotiques exprimées, on peut voir apparaître jusqu’à des comportements phobiques diversement localisés, représentants inversés du désir de pénis — c’est-à-dire érotisation de la peur et du rejet_du pénis : phobies de souris et de rats, représentants inversés des désirs de caresses vulvaires ; phobies de chats, et de certains touchers ; ou encore, sur la région sexuelle, le vaginisme surnommé cystite des fillettes, futures vaginiques conscientes, avec des troubles urétro-vésicaux fonctionnels, des mictions sthéniques ou passives incontrôlables, diurnes ou nocturnes.

2. _ Le refoulement par_ angoisse de viol des seules pulsions érotiques passives liées à l’investissement vaginal. Cela entraîne la possibilité de surinvestissement de passivité sur la personne —, système de relations d’aboulie, d’asthénie, et sur l’analité — constipations, stases colibacilogènes —, sur l’oralité et l’olfactivité respiratoire, provoquant des états adynamiques, mélancoliques et hypocondriaques divers.

3- Soit le refoulement des seules pulsions actives clitorido-anales et le surinvestissement actif des zones corporelles antérieurement investies et non culpabilisées — sthénie vertica-lisante, agilité articulaire des membres, adresse corporelle, manuelle, intellectuelle, caractérisant quand elles sont poussées au maximum, sans référence à l’insertion des activités féminines, 4e complexë^dejvjrili té]) ce serait cependant une erreur de préjuger d’un complexe de virilité à partir du seul comportement apparent. Les sublimations actives de la fille, sous des airs de garçon manqué, sont parfois d’authentiques sublimations avec investissement érotique passif vulvo-vaginal et désir de conquête du pénis. -i v.<- -r-ib    ■ i

À ce moment de la rivalité à la mère, la relation élective de la fille à sa mère doit être assez gratifiante en libido sublimée, orale et anale, riche d’échanges symboliques déplacés dans des relations culturelles ; de sorte qu’ainsi l’angoisse de viol sera limitée à un vécu prudentiel de sa sexualité quant à un éventuel corps-à-corps, et ne prendra pas la forme d’une interdiction de sa séduction féminine qui va grandissant. La fille ne sentira pas que l’épanouissement de son corps puisse mettre en danger ou supplanter une mère angoissée dans sa fonction phallique, ce qui se traduit par des comportements maternels qui exploitent en humiliant toute expression de la sexualité de la fille.

Cette période d’homosexualité latente avec la mère, structurante de la personne, n’est saine que si la sexualité féminine s'organise par rapport à l’hétérosexualité ; le rôle du pénis paternel est implicite dans tous les émois génitaux prêtés à la mère, en identification aux siens propres, et dans les sensations émotionnelles passionnées, reliées aux fantasmes masturba-toires.

Le rôle affectif du père est, à cette époque, irremplaçable : il doit autoriser ces fantasmes, en feignant de les ignorer s’il les comprend, tout en donnant par son attitude de complémentarité avec des femmes adultes (dont la mère) des preuves de son inaccessibilité aux charmes séducteurs de sa fille et en les laissant s’exprimer librement.

Après la montée de l’angoisse de viol que lui font éprouver ses désirs oedipiens — tant par l’image de l’effraction centripète de son corps par le pénis de l’homme adulte, que par celle de gestation et d’effraction centrifuge foetal à la parturition, la fillette, aidée par les lois sociales, renonce complètement aux désirs incestueux, réels d’abord, imaginaires ensuite, de l’enfant oedipien, et, en général, plus ou moins complètement aux pratiques masturbatoires. Les rêveries, les romans d’amour, les rêves apportent des voluptés diffuses, émotionnelles, ou plus précises, génitales, qui peuvent rarement être soutenues, du fait de l’angoisse de castration et de viol qu’elles éveillent ; l'on retrouve alors le tableau clinique de la suractivation du complexe de virilité intranarcissique, décrit précédemment chez la fillette pré-œdipienne qui devient, en fait, uq état d’impuissance psycho-sociale, par dévastation d’objet réel. Il n’est pas rare que la masturbation accapare la plus grande partie du temps de cette fille, masturbation équivalente au suçage du pouce de l’enfant impuissant, avide de se retrouver vivant, entier, au sein de sa mère qui, en l’abandonnant, l’a dévasté.

La masturbation chez la jeune fille en évolution libidinale saine

Il n’est pas rare que certaines jeunes filles vierges, surtout si elles sont orientées par le désir du pénis centripète ou si elles sont des vulvo-vaginales vraies, actives et industrieuses de leurs corps et de leur intelligence, ne se livrent à aucune masturbation. Et cela, non par refoulement, mais par ignorance ou par une attente continente de l’amour objectai, très valorisé, à côté de quoi les caresses solitaires lui semblent sans beaucoup d’intérêt sexuel. Alors que le moindre regard de tendresse venu d’un garçon aimé, la moindre lettre écrite par elle, même non envoyée, sont plus riches d’émois.

La défloration et le premier coït

Du premier coït et du comportement masculin de son partenaire dépend beaucoup la suite de l'évolution sexuelle et affective de la jeune fille. Les plus féminines des jeunes filles, les plus propres à devenir des femmes au sens plein du terme, capables d’orgasmes vaginaux et utéro-annexiels, peuvent être traumatisées par leur premier coït, surtout si, outre le désir, elles sont très amoureuses de leur partenaire ou si elles sont liées avec lui légalement, par les liens du mariage.

_ Le don de son corps à un homme dans le coït est, pour une femme qui assume sa sensibilité sexuelle, un don beaucoup plus important que celui que lui fait l’homme, et cela du seul fait de la surestimation du sexe phallique de l’homme. Aussi, le sentiment de son échec érotique ou la découverte de son erreur dans le choix émotionnel et social est-il une blessure narcissique à toute sa personne, qui vient ainsi ajouter des sentiments d’infériorité réels à une expérience corporelle toujours ressentie comme un viol ; viol qu’elle attendait comme révélation voluptueuse et qui est devenu viol castrateur.

En effet, cet échec est bien un traumatisme pour le narcissisme, tant du sexe que de la personne de la jeune fille ; dans la plupart des cas, elle décide alors de se défendre face à tous les hommes, généralisant ainsi l’expérience première avec son partenaire indélicat ou immature sexuel. Elle en attendait tant et elle a tout perdu : sa virginité, ses illusions et sa confiance dans la vie. Ceci peut la faire devenir une femme narcissique frigide par vengeance passive, ou une vaginique au moi névrotique, soumis au conflit entre son désir de posséder activement le pénis de son partenaire sur un mode cannibale et sa frigidité vulvo-vaginale vengeresse.

Quand il s’agit d’une vierge depuis longtemps nubile, le premier coït est toujours, du point de vue érotique, un échec. Non pas que la rupture de l’hymen soit douloureuse, mais elle est attendue comme devant probablement l’être, .et de ce fait, la fille est centrée sur ses propres sensations, au lieu de l’être sur celles qu’elle donne à l’homme, sans compter ses préoccupations à propos du saignement spectaculaire et valorisant. De plus, ce premier coït réel, par rapport à l’attente magique qui sous-tend le désir longtemps fantasmé, apparaît parfois comme de l’humour noir ou du vaudeville, à côté de la grande scène voluptueuse et romantique des rêves de la jeune fille. Bref, pour la femme, le premier coït est au maximum un demi-succès érotique, jamais un succès réel. Il y a toujours risque de régression, du fait du réveil des fantasmes sadiques endogènes, par infléchissement narcissique.

Du point de vue narcissique, le premier coït peut être un énorme succès, comme il peut être, au contraire, un échec catastrophique. Et cela ne dépend que de l’homme, s’il en est un ; mais, dans la plupart des cas, il est souvent encore plus immature que la femme. Ce sera un énorme succès, si l’homme sait être reconnaissant de l’intention de don de ce corps qui lui a été fait, s’il soutient la fierté de la jeune fille dans sa promotion de femme ; mais l’événement, pour lui, est généralement érotiquement gratifiant, et pour peu qu’il n’ait pas été narcissiquement confirmé par la verbalisation admirative de sa partenaire sur sa puissance ou sur la beauté de son sexe, il se ressent dépossédé par la fierté de sa partenaire, faite femme au dépens de sa castration réassumée. Ce sera un échec catastrophique, si l’homme paraît. ijndifférent_.après l’acte, surtout s’il a dû se montrer brutal.corporellement.

Dans le cas où le premier coït a été un succès ou, tout au moins, un demi-succès de plaisir et un succès d’affection accrue et de confiance réciproque accrue entre les deux partenaires, il est probable que l’évolution sexuelle de la femme se fera vers des orgasmes de plus en plus complets, jusqu’à l’obtention de l’orgasme utéro-annexiel '. Tant qu’elle n’a pas été reconnue par un homme valable, belle dans sa nudité et désirable, la jeune fille reste donc dépourvue narcissiquement de valeur esthétique génitale.

Le refoulement de la libido génitale, s’il peut exister spontanément de façon endogène, est très tardif dans la vie des femmes et ne vient que d’un échec érotique dû à l’incapacité sexuelle de son partenaire ou de son incapacité émotionnelle. Le refoulement génital est, pour la femme, le fruit mortifère d’une consommation génitale avec un partenaire lui-même narcissiquement blessé, et dont le sexe ou la personne n’a pas atteint un niveau d’évolution sexuelle génitale.'    '• ,

Je pense, contrairement à l’opinion de Freud, qu’il n’y a pas dage pour un épanouissement érotique génital de la femme. Le ’ ! >• ! !• t ' 1 >• : •

1 : Cf. p. 159-    * traitement réussi d’une vaginique vierge de 52 ans me l’a confirmé : ses inhibitions sexuelles pré-œdipiennes d’essence libidinale orale et anale levées, son option génitale n’a pas été refoulée.

La fonction maternelle dans l’évolution sexuelle

Le mot « mère » veut dire non pas une femme en tant que créature passive gestante ou consciente de gester ou d’avoir mis au monde des enfants charnels ; mère veut dire, par-delà l’histoire anecdotique faste ou néfaste de fœtus et de nourrisson, la représentation humaine de la créativité, Je symbole même de la fertilité humaine. La fertilité étant ressentie conditionnée par le phallus, la mère génitrice devient pour elle-même, comme pour les autres, l’image du phallus autochtone, non seulement à l’époque de la gestation, mais encore à l’époque de la vie nourrissonne avant que l’enfant n’atteigne à une mobilité expressive de son corps par rapport au monde environnant.

Matrice vivante qui sait comment, par qui, pour qui, cette vie qu’elle porte a un sens. Ce sens qu’elle ne peut pas dire, l’enfant qui s’y développe le manifeste. La femme enceinte, consciente ou non de sa grossesse, peut dire des mots traîtres au sujet de sa gestation éventuelle ou effective, des mots souvent contradictoires avec ses sentiments effectivement vécus et que manifeste le langage de son corps. Un enfant est une vie, et une vie incarnée est une parole inconnue, vraie, vivante, enveloppée de chair. Quelle que soit l’attitude consciente de la gestante, c’est par son comportement somatique vis-à-vis de son fruit qu’elle atteint l’acceptation authentique de sa condition génitale, jubilation ou rejet, qu’elle éprouve toujours, consciemment ou inconsciemment, quoi qu’elle la taise.

Gester .c’est manifester ..par un acte corporel sexuel sa soumission passive conditionnante, son acceptation condition-

née activement, ou le don de soi inconditionné aux lois de la création.

Il serait hors de mon propos de développer ici plus avant les rôles libidinaux différents de la fonction maternelle gestante et maternante : rôle régressif, ou cathartique libérateur d’angoisse, ou cathéxique aliénant.

Ce travail sur les variations des rôles se rattache à la fois à l’étude du narcissisme et à celle des premières relations émotionnelles humaines, dans les structures névrotiques précoces ou psychotiques, à l’étude plus difficile de l’effet somatique qui se manifeste dans la corporéité du nourrisson et^desfojiction-nements biologiques inter-émotionnels, compaüblesliyè^QÙtçs les variations de l’état de santé et de ' -SçS conditions "dé \

survivance.

La ménopause, la vieillesse

Du point de vue psychologique, on retrouve ici les problèmes d’adaptation moiïque aux règles implicites ou explicites qui régissent en société les rapports des personnes sociales, dans ce qu’elles ont de contradictoire aux manifestations du désir et du narcissisme.

Les femmes restées enfants, à l’Œdipe non posé ou perpétuellement transposé sur des objets de transfert, ainsi que celles à l’Œdipe non résolu, voient la menace persécutrice de la vieillesse dans la mutation hormonale qui signe l’arrêt de leur éventuelle fécondabilité physiologique. Le signe de leur fécondité disparaissant, elles souffrent de penser qu’elles ne sont plus, éthiquement et esthétiquement, valables en tant que femmes ; cette souffrance est une angoisse de castration réelle, si la femme a jusque-là ressenti son existence vide de fertilité symbolique, sa seule utilité étant représentée par ses maternités et les soins domestiques.

Les psychanalystes ne voient les troubles de la ménopause — exacerbation de l’angoisse de castration phallique vécue en style de persécution imaginaire par les jeunes filles de la génération montante, jalousie morbide surcompensant une homosexualité anale ou orale refoulée — qu’à l’occasion des difficultés que ces mères suscitent dans l’évolution adolescente de leurs grandes filles ou leurs grands fils. Pour elles-mêmes, ces femmes verront plutôt des médecins de toutes les spécialités, les prodigueurs de soins de beauté, les chiromanciennes et les psychiatres, qu’elles appellent à leur secours selon leur degré de détresse et ses manifestations.

Tous les symptômes sont de l’ordre du retour à la pensée magique : faire régresser le temps, en niant que ce qui a été n’est plus.

Le désir libidinal, cependant, ne fléchit pas avec la ménopause et, chez les femmes clitoridiennes et clitorido-vulvaires, il s’intensifie parfois pour des raisons régressives susdites, dues à un narcissisme du corps et du sexe, qui donne un style exacerbé aux relations amoureuses, qui deviennent phalliquement reven-dicantes, proches de l’érotomanie.

Si, au contraire, la castration primaire puis l’Œdipe bien vécu ont permis à la femme un destin fécond de cœur et de corps et de sublimations, la ménopause s’installe sans bruit, et ouvre alors pour les femmes une période d’épanouissement de sa personne sociale, une période de grande stabilité physiologique et affective, l’accès à une certaine « sagesse » faite d’expérience et de lucide indulgence. L’idéal du moi génital se met alors au service des autres : la défense des intérêts communs d’un groupe, les soins à leurs petits-enfants, l’aide aux jeunes qu’elles soulagent des besognes domestiques, maternelles et éducatives.

Leur^narçissisme, ainsi soutenu par leur insertion sociale, laisse la place à une libido génitale saine, en résonance avec celT ? des autres personnes de tous âges ; leur tolérance^face aux blessures, narcissiques est d’autant plus grande. Leur oblativité aux yeux des jeunes devient irrëriiplàÇàble ; qui de nous n’a pas connu une de ces femmes âgées, paisiblement rayonnante,

simplifiant tous les problèmes et les angoisses de ceux qui l’approchent, inépuisable source d’espoir et d’expérience, et qui malgré l’âge qui d’habitude diminue les mécanismes mentaux, possède l’intelligence du cœur de la façon la plus naturelle, la plus inconsciente.

Une fois dépassé le niveau des convoitises sexuelles, ce type de vieilles femmes sereines fonctionne différemment de l’image que donne un homme âgé. Alors que celui-ci symbolise la solitude acceptée, le pouvoir de l’esprit par-delà l’impuissance combative du corps, la femme incarnant ce type de sagesse symbolise l’acceptation du déroulement des saisons, de la vie et de la mort ; elle incarne l’accueil ouvert à tous, valorisant de façon « naïve » de petits riens qui manifestent la joie des échanges de cœur, redonnant par quelque chose de simple et de grave l’espoir humain à ceux que le désespoir éprouve.

Par contre, la vieillesse névrotique, chez la femme, apporte avec elle le masque de l’horreur. L’agressivité revendicative est symbolisée par ces vieilles carabosses mal aimées, mal aimantes. La présence de telles créatures tératologiques, instinctuellement avides, affolées de demeurer sans médiation possible à leur angoisse insurmontée, craignant encore d’être violées dans leurs moindres et dérisoires possessions narcissiques, est un danger réel pour leur descendance génétique qui symbolise, pour elles, dans leur régression symbiotique, le mal, l’autre phallique qu’elles haïssent, afin de continuer à se sentir puissantes. Monstres sacrés dans certaines familles riches, dont elles incarnent l’ancêtre subsistant que valorisent ses biens matériels convoités, elles mènent la danse comme des sorcières de Macbeth, craintes, haïes et vénérées, perverses et pervertissantes de ceux qui, par éducation, doivent les respecter et, avec elles, toutes les valeurs mortes. Il faut ajouter aussi que les vieillards hommes n’atteignent jamais à l’intensité du pouvoir pervertissant de ces vieilles aigries, tant la féminité articulée à la maternité est riche de pouvoirs pathogènes diffus sur sa descendance.

À ce tableau extrême de la vieillesse névrotique revendicatrice et frustrée, terrorisante du type involutif, affectif paranoïaque, s’oppose le tableau extrême de la vieillarde régressée, en état de besoin paterno-maternel, passivement exprimé sous la forme d’une phobie généralisée de toute vie, de tout mouvement, de toute émotion, d’une insécurité de vivre, comme si vivre ne pouvait que hâter l'arrivée du terme de la vie : dramatiser en geignant et en prophétisant des catastrophes, tant pour elles-mêmes que pour leur entourage, rivaliser avec tout ce qui intéresse ses descendants, afin de devenir par tous les moyens leur souci majeur, fuir une angoisse de mort obsédante, tel est le fond de leur vie inconsciente. Ce type de vieillarde dépressive est encore plus nocif pour sa descendance que le type précédent.

En un mot, la névrose des femmes à l’âge de la vieillesse n’a pas d’autre caractéristique que d’être un agent de climat névrotisant à tous les niveaux de leur descendance, et cela beaucoup plus que celle des vieillards masculins.