10. L’aspect psychologique du moi dans la schizophrénie*

Le sujet de ce chapitre est la décomposition des fonctions du moi. On peut clairement comprendre la dynamique sur la base des concepts qu’a Federn de la psychologie du moi. Cet article offre d’excellents points d’orientation pour le traitement de semblables troubles. – E. W.

La difficulté à comprendre un agrégat d’observations qui dévie de l’angle habituel de l’approche, ou à comprendre un agrégat de conclusions qui ne sont pas encore standardisées réside dans le fait que les frontières du moi du chercheur n’y sont pas préparées. Cependant, la fonction des frontières du moi est précisément le sujet principal de cette discussion qui traite de la psychologie du moi dans la schizophrénie et s’ajoute à mes articles précédents sur la théorie et les applications cliniques pratiques. Le travail est par conséquent d’ajuster l’investissement du moi du lecteur et ses frontières du moi à cette idée et à sa signification.

Cependant ceci est seulement un exemple extrême de quelque chose qui se produit souvent. Si l’on donne à un discours un titre puissant, l’investissement de la frontière mentale, c’est-à-dire l’attention, se concentre sur la frontière circonscrite du moi qui traite de cet objet circonscrit. En discutant l’aspect psychologique du moi dans la schizophrénie j’ai pour but d’empêcher l’intérêt de s’élargir à d’autres aspects du problème.

Cependant il y a d’autres aspects qu’on ne doit pas omettre, bien qu’ils puissent perdre une partie de leur importance fondamentale, tels que : la supposition de Bleuler d’une dégradation d’une fonction mentale élémentaire ; l’image clinique de Kraepelin et sa théorie ; la vision moderne du processus pathologique ; le problème de la personnalité prépsychotique, celui des conditions sensibilisantes, et des causes qui précipitent la maladie ; la question, dans le domaine du développement, de la maturation retardée et du vieillissement accéléré, en liaison avec un manque structural, et l’intolérance aux facteurs de tension accumulée exogènes et endogènes, et la délimitation par Freud d’une fixation narcissique et de la défense des besoins pulsionnels par la perte du monde réel.

Sans conscience claire du moi, et sans terminologie pour le moi, Berze, Adolf Meyer et K. Schneider ont été les initiateurs de la reconnaissance de l’aspect psychologique du moi. Cet aspect était implicite dans l’accent mis aussi bien par Freud que par Abraham sur le caractère narcissique de la schizophrénie. C’est pourquoi l’essai fait ici pour isoler le facteur psychopathologique du moi dans la schizophrénie n’est pas nouveau – la découverte première demeure la principale. La maladie commence par une détérioration de l’investissement du moi ; la frontière du moi, en particulier, ne peut plus être maintenue investie au degré habituel. Ceci s’est révélé vrai de tous les cas commençants ; j’ai déjà décrit précédemment55 l’utilisation thérapeutique de ce fait. Cela justifiait la supposition qu’une semblable détérioration n’est pas seulement un symptôme de l’irruption de la maladie, mais demeure le processus fondamental durant tout le cours de la maladie. Cependant, il peut y avoir un rétablissement temporaire de l’investissement du moi grâce à l’interruption de ce processus ou à une compensation de défense. On comprend que la détérioration du moi, noyau central de l’individu vivant, signifie la détérioration de la vie mentale elle-même – et ceci explique le caractère catastrophique de la psychose.

C’est pourquoi cela semble une recherche prometteuse d’essayer d’élucider le rôle joué par la diminution de l’investissement du moi durant le cours tout entier d’un cas de schizophrénie, quel qu’il soit. Cette altération de l’investissement du moi ravage toute sorte de fonctions mentales et produit la qualité psychotique caractéristique des productions mentales. L’étude de ce processus ne peut être partagée ou acceptée que par des chercheurs familiarisés avec l’aspect dynamique du moi. D’autres chercheurs peuvent se contenter de savoir que la schizophrénie est simplement une névrose, plus sévère que les autres parce qu’elle est narcissique. Seul un point de vue dynamique permet d’affirmer que la psychose est due à un investissement diminué du moi, alors que la névrose laisse intact ou accru l’investissement du moi lui-même et se contente de perturber diverses fonctions d’un moi par ailleurs intact.

Pour mieux comprendre la dynamique du moi dans la psychose, nous devons d’abord discuter la phénoménologie du moi en bonne santé. Il est intéressant de suivre les découvertes en psychologie du moi des grands philosophes qui ont libéré la science des chaînes des règles aristotéliciennes et ecclésiastiques. On pourrait ici citer Descartes. Sa thèse fondamentale était : Cogito ergo sum (« Je pense donc je suis »). Cette phrase contient dans les deux verbes le concept du moi ; par conséquent – tout en mettant l’accent sur la relation de la pensée et de l’être – elle implique que « sentir mon moi me prouve que la pensée et l’être sont miens ». La psychologie moderne du moi est revenue – grâce à Freud – à cette sagesse vénérable mais négligée, et elle est mieux équipée du point de vue de l’orientation psychodynamique et de la connaissance psychogénique.

Bien que la théorie freudienne du moi et du ça soit bien formulée, ce n’est pas cette théorie, mais le phénomène familier du sentiment du moi qui démontre l’existence du moi. Le moi n’est pas un simple concept, une distinction établie par contraste avec autre chose, que ce soit le ça ou la représentation d’objet. Il y a en tout individu un moi unité qui demeure le même, bien que les contenus du moi changent de façon rapide ou lente, éphémère ou durable. Le sentiment du moi permet à l’individu de faire la distinction entre le moi comme sujet et le monde extérieur et aussi entre le moi comme objet et les représentations objectales56.

Ce serait simple de dire que le sentiment du moi est identique à la conscience ; cependant il y a des états du moi qui ne sont pas conscients parce qu’ils sont refoulés, et il y a des représentations objectales conscientes qui n’appartiennent pas au moi. Lorsque quelqu’un, en parlant, pense à son problème, si intéressant soit-il, son sentiment du moi lui dit qu’aucun intérêt ne peut combler le fossé entre le moi et l’objet.

Dans l’idée de l’image du corps, Schilder a trouvé des faits fondamentaux ayant trait au moi corporel. Il affirme que l’image du corps consiste en proprioceptions du corps tout entier, et qu’elle varie en même temps que les positions variables du corps. Cependant, ni le schéma du corps ni l’image du corps décrits par Schilder ne sont identiques au moi corporel. Le schéma du corps représente la connaissance mentale constante de son propre corps ; l’image du corps est la présentation changeante du corps à l’esprit. À travers tous les changements le moi corporel est la conscience consciente continuée de notre propre corps. L’image, le schème et le moi sont tous trois, non des phénomènes somatiques mais des phénomènes mentaux.

On peut observer son propre sentiment du moi du point de vue de l’étendue, de la qualité, de la force et de la fonction. Dans les cas pathologiques, on peut observer et contrôler jusqu’à un certain point l’épuisement et le rétablissement du sentiment du moi. Cela relève d’une théorie légitime de dire qu’un investissement spécifique forme le moi. Cet investissement bien observé est le meilleur argument en faveur de la théorie de Breuer et de Freud de la dynamique mentale qui dépend d’un investissement mobile ou fixe.

Jung a introduit le concept de complexe du moi. Ce complexe n’est pas identique au moi lui-même mais consiste en souvenirs, idées et désirs liés par l’affect senti lorsqu’on a affaire à son propre moi. Alors que tous les autres complexes peuvent influencer indirectement le moi, le complexe du moi est l’image directe de notre propre vie et ne représente par conséquent le moi que comme objet de notre sentiment et de notre pensée. Le moi lui-même est l’unité constante qui se sent et se pense elle-même aussi bien que le monde ; le complexe du moi change avec le développement du moi. Tout complexe qui n’est pas refoulé peut de façon temporaire occuper le moi présent, comme le fait le complexe du moi, soit en tant que tout, soit en tant que représentation partielle du moi.

Dans le moi, les sentiments corporel et mental du moi sont clairement ressentis comme séparés, mais toujours aussi comme des parties de nos soi intérieurs unifiés. Ils sont unifiés de telle façon que le moi corporel ressente le corps comme extérieur, comme situé entre le moi mental et le monde extérieur. Lorsqu’on parle « de l’esprit et du corps », il s’agit en vérité d’une abréviation pour « moi mental et moi corporel ». De la même façon, « l’âme » signifie l’expérience qu’on fait du « moi mental ». Les moi corporel et mental, et leurs rapports, les frontières du moi, le complexe du moi et le sentiment du moi, sont phénoménologiquement évidents.

La psychologie et la pathologie apportent deux preuves additionnelles de l’existence d’une unité d’investissement affective : premièrement, la première et la plus convaincante vient des phénomènes pathologiques du sentiment d’étrangeté et de la dépersonnalisation. Ceci se situe hors du champ de cette discussion et sera le sujet d’une autre étude. Deuxièmement, le sommeil ordinaire donne la possibilité d’une conscience de l’investissement du moi. Ceci est un champ frontière entre la psychologie et la psychopathologie, puisqu’un sommeil parfaitement sain et dénué de rêves est privé de transitions hypnagogiques ou hypnopompiques. Cependant, semblables normalité ou santé sont de grandes exceptions ; habituellement, le sommeil témoigne de la disparition et de la réapparition du moi, et aussi de son apparition intermédiaire sur la scène du rêve.

Freud a affirmé que pendant le sommeil tous les investissements sont retirés des objets vers le moi. Ceci n’est vrai que sous l’aspect biologique, parce que le sommeil est, par excellence*, un processus narcissique et que tous les objets sont désinvestis. L’une des rares erreurs de Freud a été de postuler que les investissements retirés sont retournés sur le moi. Au contraire, le moi lui-même est vidé d’investissement dès le moment où le réflexe de sommeil a abouti. Cependant, en cas d’urgence, le moi est réveillé (réinvesti), comme dans l’exemple d’une mère nourricière qui se réveille au cri de son bébé. Savoir si les gardes de nuit mentaux qui réveillent le moi sont des résidus qui lui appartiennent, ou si ce sont des représentations d’objet qui, ayant gardé une certaine conscience du moi, demeure problématiques.

Grâce au retrait de tout intérêt pour les objets extérieurs, le réflexe du sommeil fait perdre au moi son investissement. Lorsque cet investissement et la conscience également sont effacés, les processus inconscients – ou, comme Freud les a nommés, les mécanismes inconscients – deviennent efficaces. Ils produisent le rêve, auquel participent aussi les états refoulés précédents du moi. Le rêve manifeste est expérimenté par le moi mental temporairement réinvesti. Le moi corporel ne revient habituellement pas avant qu’on soit pleinement éveillé. La plupart des rêves se produisent dans l’intervalle qui vient après que le moi mental ait regagné un certain investissement, mais alors que le moi corporel est encore endormi. Un plus petit nombre de rêves se produit alors qu’on s’endort, tandis que le moi mental est encore réveillé et que le moi corporel est déjà endormi.

On peut reconnaître une autre relation assez intéressante entre le moi mental et le moi corporel dans les rêves qui se produisent sous anesthésie générale. Aussi bien le moi corporel que le moi mental sont des unités d’investissement cohérentes et continuées. Le moi corporel, se situant à l’extérieur du moi mental, a aussi pour fonction de protéger l’esprit contre les stimuli ; il forme une deuxième ligne de Reizschutz, comme le dirait la terminologie freudienne. Le fait que le corps protège l’esprit est dû aux nombreux processus homéostatiques qui se maintiennent dans des limites précises, à l’intérieur desquelles l’esprit peut fonctionner normalement, et de plus, le moi corporel en tant qu’unité dynamique protège le moi mental dans sa totalité.

Sous anesthésie générale, les conditions du sommeil sont différentes de celles du sommeil ordinaire. Dans ce dernier, le moi corporel peut dormir, alors que le moi mental rêve dans l’intervalle de temps qui précède l’éveil à la fois du corps et de l’esprit. Lorsque le rêve devient trop vivace, trop plein de peur ou d’émotions, le sommeil cesse parce que la stimulation s’étend du moi mental réinvesti au moi corporel jusqu’à ce que les deux se réveillent. À ce moment-là, la pensée consciente raisonnable reconnaît l’irrationalité du rêve. On sait que, dans la schizophrénie, la période d’éveil produit un plus grand nombre d’idées psychotiques que la journée. Ce n’est pas le moi schizophrène mais le moi normal qui s’éveille pleinement le matin et détrône les résidus de l’inconscient ! Grâce à son état d’alerte, le moi corporel empêche le moi mental de trop rêver dans l’intervalle qui précède l’éveil complet. Sous anesthésie générale, une semblable protection n’existe pas, parce que le médicament empêche de façon absolue le réveil du moi corporel, et ainsi le moi mental peut arriver à un degré extraordinaire de liberté et d’intensité. Dans la vie normale ceci nuirait à l’économie d’ensemble de l’organisme ; l’individu aurait des tendances maniaques. Le sommeil normal ne présente pas non plus une exubérance du moi mental semblable à celle qu’on trouve dans l’anesthésie. Par conséquent, les rêves sous anesthésie générale sont une preuve expérimentale de la possibilité de séparer le moi mental et le moi corporel.

Ceci est aussi évident dans l’évanouissement. À peu d’exceptions près, la conception figée qui veut que l’évanouissement signifie le fait de tomber inconscient est fausse. Habituellement, une période d’évanouissement est remplie d’une série d’expériences intenses qui peuvent fréquemment être remémorées. Pendant une série d’évanouissements on rêve et on peut même penser. Les rêves durant l’évanouissement combinent la qualité de pensée des rêveries éveillées* avec la productivité inconsciente du rêve nocturne. Au début de la syncope la conscience est parfois interrompue et lorsqu’elle revient le moi mental revient lui aussi. Ceci est vrai de tout genre de rêves, qu’ils se produisent durant le sommeil, l’anesthésie ou un évanouissement. Dans les rêves, le moi corporel est rarement investi de moi mental. La seule exception est la pâmoison hystérique.

Dans bien des rêves le moi mental n’est pas dans son état présent mais dans un état passé ou même futur. Il y a des auteurs qui parlent du moi du rêve comme un moi halluciné. Ceci est une supposition absurde ; le moi lui-même ne peut pas être halluciné, bien que l’individu ou un complexe du moi puisse être représenté dans le rêve par une image « hallucinée ». On reconnaît le paradoxe unique qui caractérise le moi ; il est à la fois sujet et objet. Le moi se connaît, s’observe, se sent, et se rencontre. Cependant, ce n’est pas exact de dire que le moi se sent lui-même ; il vaudrait mieux dire que le moi est sentiment de lui-même ; ce sentiment est de nature « moyenne »57, il n’est pas encore actif ou passif. Plus tard le moi acquiert l’activité et la passivité, selon que les poussées qui forment l’investissement du moi ont un caractère à prédominance active ou passive.

Il est important de comprendre que les formulations précédentes ne sont pas de la théorie, mais que ce sont des faits fondés sur des observations faites par des individus. Ces observations furent faites dans des circonstances diverses : premièrement, pendant une conscience claire ; deuxièmement, pendant la venue et le retrait du sommeil ; troisièmement, pendant des conditions anormales telles que l’hystérie.

Dans le dernier exemple, des patients hystériques ont raconté les vicissitudes de la perte et du regain d’investissement de leur moi pendant leurs périodes d’évanouissement. Edoardo Weiss a publié une semblable observation58. Ces rapports présentent une évidence phénoménologique frappante de la séparabilité du moi mental et du moi corporel. L’une de mes propres patientes, qui était une personne sincère et digne de confiance, avait des attaques d’évanouissement hystérique peu fréquentes. Elle raconta que ses conflits inconscients devenaient régulièrement conscients pendant de semblables attaques. Elle ressentait le désir de se libérer de « la coquille » de son sommeil hystérique, et dans cet effort était présent un facteur quantitatif distinct. Elle sentait la séparation de son moi corporel et de son moi mental, et avait aussi conscience d’utiliser complètement toutes ses énergies mentales de façon à rétablir le moi corporel. C’était comme le sentiment d’avoir à soulever un fardeau, comme une jungle qu’elle devait pénétrer ; le combat symbolisait ses conflits entre la sexualité et la vertu. Pendant cette lutte semblable à une « lutte de traction », elle avait conscience de son progrès. Elle disait qu’elle connaissait exactement la proportion (un quart, un tiers, la moitié, etc.) de la tâche déjà accomplie. Elle ressentait un sentiment distinct de soulagement lorsqu’elle avait dépassé le point culminant du combat, et elle se sentait soudainement certaine que le reste de la tâche ne demanderait plus le même effort intense à ses forces vitales et à sa volonté. Ce sentiment mettait fin à son angoisse de savoir si elle accomplirait la réunion du corps et de l’esprit – car si elle échouait elle devrait demeurer pour toujours dans l’angoisse. Dans de semblables cas les investissements, tant corporel que mental, cessent d’être de pures suppositions intellectuelles ; ils sont réels et sont expérimentés comme tels. La patiente sentait clairement que l’investissement du moi mental était utilisé dans l’effort fait pour regagner celui du moi corporel dont elle ressentait également clairement le manque.

Par suite de la reconnaissance de la qualité essentielle du moi comme unité d’investissement cohérente et continue, certains concepts familiers et acceptés doivent être modifiés. Cette reconnaissance justifie l’idée d’Adolf Meyer d’une intégration et d’une désintégration de la personnalité à différents niveaux, à condition qu’on n’entende pas impliquer par ce processus que le moi gagne lentement son unité.

En liaison avec ceci, bien des auteurs ont suggéré que des nuclei du moi se cristallisent de façon à former le moi. Ceci est une erreur. Le moi est dès le départ un investissement unifié, et pendant longtemps l’unité du moi du petit enfant, corps aussi bien qu’esprit, continue à réagir comme un tout. La maturation du moi réside dans la capacité acquise de réagir avec une partie de l’unité du moi, tandis que l’ensemble de l’unité demeure en repos et contrôle la réaction partielle. L’adulte est capable, en faisant un signe du doigt, d’attaquer ou de se défendre, de menacer ou d’interdire. Ceci souligne la différence de la participation du moi chez l’enfant et l’adulte. Le moi ne se développe pas par la cristallisation mais par l’organisation. Ce résultat est obtenu par l’acquisition de chaînes de réactions typiques, et d’attitudes émotionnelles habituelles, sans compter la succession des niveaux du moi. Aussi bien les attitudes acquises du moi que les états passés du moi sont en grande partie refoulés. Grâce à leur accès à la conscience et au préconscient ils influencent les décisions réelles. L’influence des attitudes du moi et des états du moi est utile ou perturbante suivant leur normalité et leur adéquation aux besoins présents. Une personnalité intégrée, par conséquent, signifie le maintien du contrôle non seulement des réactions partielles du moi, mais aussi des différents états du moi. Ce maintien exige un investissement solide et fort de l’état du moi mûr et durable. Toute psychose est une maladie du moi, et par conséquent toute psychopathie est due à une psychogenèse et une organogenèse du moi aux caractères anormaux.

Le fait que des états précédents du moi demeurent, permet d’étendre le concept freudien de fixation du moi au champ de la psychologie normale. En raison de son influence sur la formation de symptômes et de résistances, la fixation pathologique a été reconnue plus tôt que ce processus normal. Mais le concept de fixation pathologique du moi présuppose le concept d’une succession d’états du moi.

Il y a une autre idée qui a besoin d’être légèrement clarifiée : c’est celle du refoulement et de l’oubli. La persistance de tout engramme, une fois acquis, a été acceptée par Freud comme vérité fondamentale. Des millions d’engrammes interviendraient dans toute réaction présente et normale s’ils avaient accès à la conscience. Leur rétention continue par l’inconscient, et leur mise en retard discontinue, si bien contrôlée soit-elle, par le préconscient, semblent être nécessaires pour le processus normal de la pensée. Cependant, un problème demeure : savoir si le refoulement est toujours nécessaire pour faire perdre aux engrammes leurs investissements et pour bloquer leur disponibilité. En considérant et en observant les états du moi qui se succèdent jour à jour, on reconnaît l’effet de l’interruption de l’investissement du moi dans le sommeil nocturne. Tous les matins, lorsque le moi est réinvesti par le processus de l’ortriogenèse, bien des engrammes acquis durant les journées précédentes se trouvent n’être plus investis. Seuls les nouveaux engrammes qui étaient liés à des événements importants, des intérêts intellectuels, ou qui, pour une raison personnelle émotionnelle, étaient inclus dans l’unité du moi, gardent leurs investissements des jours précédents. La raison émotionnelle peut être une réaction agréable ou douloureuse du moi. Un nombre encore plus grand d’engrammes perdent leur importance éphémère lorsque la joie ou la douleur de la journée précédente ne dominent plus. Ces engrammes pénètrent dans l’inconscient sans refoulement grâce à l’influence filtrante du sommeil lui-même.

Le refoulement est réservé aux engrammes et réactions du moi douloureux ou conflictuels que le sommeil ne peut pas traiter. Il est provoqué par les signaux d’angoisse du moi et s’effectue par un retrait complet d’investissement de toutes les associations qui le connectent. Ceci est en accord avec la description perspicace de Freud du rapport de l’angoisse et du refoulement. Le filtrage par le sommeil n’exige pas l’intervention de l’angoisse. Cependant, lorsque des états refoulés du moi reviennent à la conscience, ou lorsque le refoulement à des états précédents du moi s’installe (comme c’est le cas dans les hypnoses avec régression concomitante d’âge), alors tous les engrammes, refoulés ou filtrés, retrouvent leur disponibilité et leur influence.

La psychologie doit maintenant aussi reconsidérer un autre concept familier : l’étroitesse de la conscience. Dans l’analyse, ou dans les expériences psychologiques, l’association libre devient souvent impossible parce que de nombreuses pensées occupent la surface de la conscience à un moment donné. Ceci peut être dû à un attachement obsessionnel à des idées contrastantes, et peut conduire à une véritable « thésaurisation ». Ou celle-ci peut être due à une résistance qui s’exprime par le retard de l’expression des idées. La théorie de la méthode de l’association libre n’est pas affaiblie par de semblables difficultés individuelles. Il demeure toujours une séquence dominante linéaire d’idées qui entrent et sortent du champ de la conscience. Grâce à un discours immédiat et non sélectif les pensées qui pénètrent la conscience arrivent à être connues et révèlent des interconnexions qu’on n’avait pas soupçonnées.

Freud a eu raison de comparer la conscience à un projecteur qui illumine le champ sombre du préconscient. Grâce à un petit foyer de « lumière », un élément après l’autre s’illumine, ou, comme le poète le dit, la conscience aligne sur le « fil d’argent de la mémoire les perles éternelles du passé ». Toutes ces comparaisons expriment correctement l’étroitesse de la conscience, qui permet l’usage progressif distinct pas à pas de la perception et la concentration logique sur un sujet, et qui empêche le mélange des éléments, lorsqu’un examen minutieux est nécessaire et que le doute devient utile.

Cependant, le concept de l’étroitesse de la conscience n’est vrai qu’en ce qui concerne les associations en cours. Autrement, au contraire, le champ de la conscience est large. Non seulement la ligne des pensées actuelles est consciente, mais aussi les moi mental et corporel. Les deux peuvent demeurer inchangés à un grand degré – le moi corporel lorsque l’individu garde la même position, ou le moi mental lorsque l’individu poursuit le même intérêt. Cette constance n’empêche pas le moi corporel de changer en partie, suivant les altérations qui se produisent dans l’environnement, ni le moi mental de changer en partie, suivant les nouveaux contenus qui pénètrent dans le conscient.

Lorsque Binet et Janet ont brièvement défini la conscience par le fait que l’élément de l’environnement rejoint le moi, cette définition elle-même prouvait que le moi tout entier est conscient ; cependant, dans cette vue, le concept d’étroitesse de la conscience est modifié. Le moi corporel est conscient en tant que somme des proprioceptions et des perceptions jusqu’au point où elles sont unifiées par un investissement cohérent et continu qui leur donne la qualité spécifique du sentiment du moi.

Tout en nous familiarisant avec l’idée d’état du moi changeant en succession, nous devions aussi reconnaître le fait qu’on fait l’expérience simultanée de différents états du moi. Le contenu tout entier du moi corporel est plus que le simple corps nu de la personne ; habituellement on sent son moi corporel comme habillé, et selon la posture, le moi corporel peut être senti en même temps que la chaise, le lit ou autre support, et inclure la chambre ou l’endroit, l’horizon, la ville, le continent ou même le monde qui l’entoure. Ce fait relève de la fonction d’orientation du moi corporel. De semblables extensions du moi corporel sont conscientes ou préconscientes. On a conscience des divers élargissements de son propre moi corporel ; lorsqu’on est assis à son bureau on a conscience de tous les livres et de toutes les autres choses sur le bureau et dans la pièce ; tout objet particulier est doublement présent dans la conscience, aussi bien comme « chose » investie d’investissement séparé d’objet, que comme partie du moi corporel élargi participant à l’investissement unifié du moi.

L’existence d’un moi corporel élargi, avec ses nombreux contenus dont notre propre corps est le noyau central, explique le fait que, normalement, nous ne sommes absolument pas troublés par le changement des perceptions rétiniennes causées par un mouvement dans notre champ visuel. Grâce à l’unité permanente du moi, le moi corporel élargi demeure le même. Les objets qui nous entourent demeurent aussi les mêmes bien qu’ils soient vus sous des perspectives différentes. Dans les cas pathologiques de sentiment d’étrangeté et de dépersonnalisation, ce phénomène peut être troublé de façon frappante.

On a toujours à la fois conscience du moi corporel et de son contenu, qu’il soit essentiel ou élargi, et il s’oriente en accord exact avec la réalité. Nous pouvons appeler moi corporel essentiel ou restreint le moi corporel qui correspond au corps nu ou habillé, et moi corporel géographique le moi corporel qui correspond à l’individu en tant qu’il habite un certain lieu et en liaison avec tout le monde qui lui est lié. À cet égard, il est évident qu’une personne qui a émigré vers un autre continent a un moi corporel changé et élargi de façon considérable par rapport à son moi corporel précédent. Bien des difficultés d’adaptation à un nouveau pays proviennent de la permanence de l’orientation précédente. Dans l’intervalle qui sépare le moi corporel essentiel et le moi corporel géographique se trouvent divers états élargis, qui dépendent de la situation temporaire de l’individu qu’il se trouve à la maison, en voiture, au travail, etc.

On pourrait reprocher au concept tout entier du moi corporel d’être la répétition du concept même du corps, et cependant, le concept du moi corporel est fondé sur l’expérience phénoménologique, non sur une supposition théorique. Un ensemble d’expériences démontre que l’unité du moi corporel est sentie en supplément de la somme des proprioceptions qui correspondent aux parties du corps. Le deuxième ensemble d’expériences concerne la diversité des sentiments corporels du moi qui sont observés et racontés par les individus suivant leur état de santé et leurs humeurs59. Bien des troubles du moi corporel résident dans son rétrécissement ou dans un changement de son caractère sensoriel. Ce sont les symptômes de l’infantilisme, de l’hystérie, de la schizophrénie, de l’hypocondrie, de la dépression, de l’élation, de l’abattement, de l’épuisement, ou de la vivacité, et aussi des dispositions sexuelles anormales, telles que l’homosexualité, le sadisme, ou le masochisme.

Le changement le plus simple du moi corporel consiste dans un sentiment incomplet accru ou rétréci, semblable à celui qu’on éprouve lorsqu’on teste la largeur de son crâne ou de sa poitrine en l’enfermant entre ses mains. On ne peut supposer aucun changement dans les proprioceptions elles-mêmes, puisque tout le mouvement – et toutes les orientations – sont normaux. Cependant, dans tout état d’épuisement « neurasthénique » ou « psychasthénique » ou dans les cas de sentiment d’étrangeté ou de dépersonnalisation, on sent la tête ou la poitrine comme minces ou même presque absents. Au contraire, lorsque l’individu est dans un état d’élation extraordinaire, le sentiment est celui d’une largeur accrue. Ce symptôme est très bien défini. On peut l’utiliser pratiquement comme indice de la nécessité de repos et de sommeil, car les individus à investissement du moi corporel affaibli sont privés du sentiment pulsionnel normal d’épuisement qui permet aux personnes en bonne santé d’éviter de trop en faire et de se surmener.

Je voudrais discuter ici d’une observation qui a souvent été faite à propos du terme « frontière du moi ». Un objecteur hautement réputé de cette théorie refusait d’accepter l’idée que le moi a une frontière distincte, parce qu’il pensait que ce terme indiquait une circonférence territoriale stricte, linéaire, semblable à un ruban ou à un fossé. Il me semble que cet objecteur n’est pas tout à fait libéré d’une conception statique des processus mentaux. Sa suggestion de substituer la périphérie du moi pour frontière du moi peut être bonne ; cependant, aucune des deux désignations n’implique une zone ou une ligne de démarcation autour du moi. Une semblable démarcation serait contraire à la nature du moi lui-même qui est d’être une union changeante de composantes qui entrent ou qui sortent. L’utilisation des mots « frontière » ou « périphérie » est nécessaire pour exprimer le fait qu’on sent réellement le moi s’étendre aussi loin que peut aller le sentiment de l’unité des contenus du moi. Ce sentiment délimite clairement tout ce qui appartient au moi à un moment donné de la vie des autres éléments et complexes mentaux qui ne sont pas à ce moment inclus dans le moi. Puisqu’il existe un sentiment de l’unité, il y a aussi une frontière ou une limite de cette unité. Ceci est une pure découverte phénoménologique de faits. On peut exprimer la théorie en une phrase : on doit supposer que le sentiment de l’unité du moi est dû à un investissement unique cohérent du moi. Cette supposition est simple mais de grande portée, et, de plus, dépasse Freud ou tous les autres psychanalystes qui emploient la psychologie du moi, Schilder inclus, bien qu’il soit le plus courageux et le plus perspicace de tous. Cette supposition conduit à une recherche qui va au-delà des fonctions du moi, des aspects du moi, des contenus du moi, et des complexes du moi. Tous ces phénomènes ne formeraient jamais un moi, s’ils ne participaient pas à l’existence permanente d’un investissement particulier et spécifique dont la nature est d’être une seule unité totale.

Les contenus sont inclus et séparés à la frontière relative du moi, selon les changements de l’environnement. La plupart des contenus de tout moi corporel habituellement élargi sont préconscients. Le fait que les frontières du moi corporel sont parées pour tout changement attendu ou même inattendu, apporte une aide mentale aussi bien que corporelle. Les frontières du moi corporel doivent s’adapter de façon à accepter sans réaction totale incontrôlée du moi les impressions produites par des contenus changeants. Une telle intégration du moi corporel a pour parallèle le fait qu’on est mentalement paré pour le changement des impressions, et ceci s’appelle la présence d’esprit. Pour être paré mentalement, il faut aussi la fonction des frontières du moi mental.

Il est relativement facile d’accepter l’idée que notre champ de conscience contient en permanence les élargissements du moi corporel. Il m’a été difficile de me convaincre moi-même, et il sera difficile de convaincre les autres du fait que le moi mental contient plus que le fil conscient des associations. La difficulté vient de ce que le degré d’étendue du moi mental diffère selon les individus. Certaines personnes ont un moi mental étroit. Le génie créateur a les contenus mentaux de la plus grande étendue. Des écrivains, des savants, et des musiciens m’ont proposé des exemples convaincants, mais aucun ne peut se comparer à l’histoire de Mozart à Prague. Deux jours avant la première de son Don Juan il n’avait pas encore commencé la composition de l’ouverture. Ses amis, le directeur de l’Opéra, l’orchestre étaient dans un état de suspense et de surexcitation, alors que le génie lui-même s’amusait sans souci à une réception joyeuse. Tard dans la soirée il écrivit la musique sans y apporter aucune correction ultérieure ; il dit que toute la partition musicale se présenta clairement à son esprit de façon soudaine et simultanée. Ceci est un exemple remarquable et presque incroyable d’un élargissement du moi mental, et aussi la preuve du fait que la production la plus grande et la plus compliquée se fait inconsciemment. Il est probable que certaines parties du travail avaient été précédemment conscientes et étaient retournées à la préconscience.

Une fois qu’on accepte la conscience des contenus du moi mental, on trouve en soi-même, et aussi chez les patients, des preuves du fait que le moi mental contient consciemment le matériau d’images, d’idées, et de conclusions qui ont trait à des sujets particuliers. Cependant, habituellement, les contenus du moi mental sont surtout préconscients. Les dernières associations qui ont pénétré dans la conscience forment la frontière du moi mental pour des associations nouvelles. « L’attention » signifie le fait de maintenir un investissement accru de la frontière du moi pour un matériau qui appartient au problème en cours.

Chaque fois qu’un auteur se hasarde à présenter un point de vue nouveau ou une théorie nouvelle en psychanalyse, il doit se demander s’il n’a pas, par cryptomnésie, simplement répété une découverte de Freud ou s’il n’a pas au moins utilisé un indice donné par Freud dans la direction de ce départ apparemment nouveau. Cette procédure est valable aussi pour la théorie des frontières du moi. Freud a essayé d’expliquer le départ phylogénétique de la conscience en supposant que certaines parties sensorielles périphériques de l’appareil mental subissent des changements sous le coup de leur stimulation constante. Habituellement, tout organe stimulé est changé par chaque nouveau stimulus et conserve donc par conséquent en tant qu’engramme une trace particulière de la nouvelle impression. Cependant, on peut s’attendre à ce que les éléments ganglionnaires périphériques qui ont été exposés à la stimulation changeante – à un degré extraordinaire et de façon constante – aient épuisé leur capacité biologique de changements spécifiques. Ils ne peuvent plus être modifiés par de nouveaux stimuli. Au lieu de développer des souvenirs ultérieurs correspondant aux stimuli, ils réagissent immédiatement de façon si brève que ce soit, et reviennent après cette réaction immédiate à leurs états biologiques précédents. De cette façon sont accomplis les premiers pas vers les perceptions conscientes. La conscience se substitue de façon à conserver les souvenirs. La discussion des nombreux problèmes liés à cette supposition extrêmement originale exige une présentation spéciale. Freud a localisé la faculté perceptive nouvellement acquise dans les couches grises du cortex cérébral.

Sous un angle complètement différent il est revenu au problème de la conscience et de la préconscience dans son étonnant article sur le Wunderblock (Le bloc à écrire mystique). Si on accepte les nouveaux principes de Freud, on doit aussi essayer de les appliquer à d’autres processus conscients qui ont trait aux aperceptions et à la pensée conceptuelle. Puisque la perturbation et la perte de la pensée conceptuelle constituent une autre caractéristique de la schizophrénie, on doit faire une enquête plus poussée en liaison avec l’approche psychologique du moi60.

La théorie de Freud selon laquelle la conscience est un processus périphérique relève de la tâche de recherche et de localisation exacte de la frontière entre l’esprit et le monde des objets. Cependant, l’idée de Freud ne traite que du processus élémentaire de la conscience. Le concept du moi comme entité dynamique et de la frontière du moi comme étant son organe sensoriel périphérique, que j’ai introduit, n’est pas inclus dans la supposition de Freud, et elle ne le rend pas non plus superflu. Les suppositions combinées conviennent pour expliquer le fait que la frontière du moi mental consiste généralement dans les idées les plus récentes et les plus conscientes. Ces suppositions dirigent une attention passive vers les perceptions et associations reliées.

L’attention est dirigée à l’intérieur et à l’extérieur du moi en même temps, sans qu’on ait aucune difficulté à les séparer. C’est pourquoi, et j’y insiste, on doit pleinement tenir compte du fait que tout élément mental est en rapport avec la frontière du moi. Lorsqu’il est inclus dans un investissement cohérent qui est vécu comme sentiment du moi, l’élément est mental, il est pensé ; lorsqu’il est situé à l’extérieur du moi corporel et du moi mental, c’est-à-dire qu’il n’est pas inclus dans l’unité d’investissement cohérente, l’élément représente un objet réel. Sans test de réalité, il est vécu comme réalité. Lorsqu’un élément est senti à l’intérieur du moi corporel mais à l’extérieur du moi mental, il est psychologiquement réel au sens de Freud.

Les concepts modifiés en fonction de cette nouvelle intuition de l’essence du moi peuvent être résumés de la façon suivante :

1) Le moi est une unité bien avant l’intégration de la personnalité.

2) Les états du moi peuvent être refoulés ou fixés.

3) En plus du refoulement, le sommeil élimine les engrammes par le filtrage.

4) La conscience n’est pas étroite mais large.

5) Sans aucun test de réalité, la relation qu’il a avec la frontière du moi détermine le fait qu’un élément ou processus psychique est vécu comme réel, ou comme psychiquement réel, ou comme une pure pensée.

On peut ajouter d’autres formulations théoriques sans élaboration plus poussées :

1) Le moi est le sentiment conscient des processus préconscients alors que le matériau lui-même demeure préconscient.

2) La volonté est due à la faculté du moi mental de déplacer l’investissement vers des organes particuliers et vers des tâches particulières du moi corporel.

3) Les émotions sont une fonction du moi ; elles ont lieu à des frontières connectées du moi. La qualité d’une émotion est déterminée par le mélange des composantes de libido et de destrudo, qui participent à l’investissement des frontières du moi mises en cause.

4) Le moi est le porteur essentiel de l’expérience mentale de l’individu à travers sa vie.

Cette présentation préliminaire nous permet maintenant de progresser jusqu’à la discussion de la schizophrénie et plus tard de la dépersonnalisation en tant que maladies du moi.