Mains honteuses

Souvent des jeunes gens, mais aussi des adultes, présentent un symptôme qui consiste à ne savoir que faire de leurs mains. Un sentiment inexplicable les force à occuper leurs mains d’une manière ou d’une autre, sans jamais trouver une occupation adéquate. De plus, ils se croient observés par les personnes présentes, essayent de toutes les façons (le plus souvent maladroitement) d’employer leurs mains, puis ils ont honte de leur maladresse, ce qui ne fait qu’augmenter leur embarras et les entraîne à toutes sortes d’actes manqués : objets ou verres renversés, etc. Quoi qu’il en soit, leur attention est trop centrée sur la position et les mouvements de leurs mains et cette observation consciente perturbe leur « aisance » habituelle, c’est-à-dire l’automatisme postural et gestuel de leurs mains. Certains se tirent d’affaire en dissimulant leurs mains sous la table ou dans leurs poches, d’autres serrent le poing ou s’habituent à donner à leurs bras et à leurs mains une position compassée.

Selon mon expérience, il s’agit la plupart du temps d’un penchant insuffisamment réprimé à l'onanisme (plus rarement d’une tendance imparfaitement refoulée à se livrer à quelqu’autre « habitude inconvenante » comme de se ronger les ongles, fouiller dans son nez, se gratter, etc.). Dans ces cas, le seul effet de la répression du penchant à l’onanisme est de plonger dans l’inconscient le but de l’acte à accomplir (la masturbation), toutefois l’impulsion au geste se manifeste encore. Cette compulsion à occuper ses mains n’est que l’expression déplacée de la tendance à la masturbation et aussi, en même temps, une tentative de la rationaliser1. Cet étrange délire d’observation s’explique par une tendance exhibitionniste refoulée qui, à l’origine, concernait les organes génitaux, puis fut déplacée sur les quelques rares parties du corps restées à découvert (visage et mains).

En considérant avec attention les tendances refoulées pendant la période de latence, qui tentent de s’imposer au cours de la puberté mais sont rejetées ou incomprises par la conscience, peut-être pourrons-nous mieux comprendre d’autres particularités de la période pubertaire qui se manifestent de façon « bizarre » ou « comique »2.