Analyse des comparaisons

(Comparaisons des malades. — Concentration et refoulement. — Les fonctions de la censure. — Action et inhibition. — Le plaisir suscité par les comparaisons.)

Beaucoup de patients ont l’habitude d’expliquer leurs pensées et leurs idées à l’aide de comparaisons. Souvent ce sont des comparaisons « tirées par les cheveux », très mal appropriées à ce qu’elles sont destinées à illustrer, mais souvent aussi elles sont réellement justes, ingénieuses et spirituelles. J’estime que ces productions des analysés, qui permettent souvent une approche directe du matériel psychique caché, méritent une attention particulière. C’est ce que je voudrais démontrer par quelques exemples. À cet effet, je choisirai les comparaisons de malades qui ne cessent de commenter leurs impressions sur le travail analytique. Ce sont donc des comparaisons appliquées à la psychanalyse.

« L’analyse, c’est ennuyeux — dit un patient — cela ressemble à un travail fastidieux, comme de séparer des grains de pavot et des grains de riz... »

Le choix de cette comparaison n’était pas un hasard. « Séparer des grains » nous a directement menés à des scènes et des contes de l’enfance du patient — fixation à la période infantile — à la vie rurale patriarcale qui, en fait, est aujourd’hui encore le centre d’intérêt exclusif du patient, lequel habite pourtant la capitale depuis plusieurs dizaines d’années.

« Le travail analytique c’est comme écosser des légumes — dit un autre patient — on jette la cosse et on garde le haricot. » L’analyse de cette idée nous a entraînés à un niveau plus profond. Le malade s’est souvenu qu’enfant il avait l’habitude d’appeler haricots les boules fécales expulsées par sa sœur. Partant de ce souvenir, le chemin conduisit à l’érotisme anal.

« Voici comment je vois la différence entre l’hypnose et l’analyse : l’hypnose est comme le battoir à poussière qui fait rentrer plus profondément encore la poussière dans les vêtements, tandis que l’analyse est comme l’aspirateur qui suce les symptômes. »

Cette excellente analogie mérite d’être rapprochée de la fameuse comparaison de Freud, où il compare l’hypnose et l’analyse aux deux techniques de la sculpture telles que les a décrites Léonard1. Du point de vue du patient, un homosexuel masochiste, l’analyse a montré que la comparaison avec la bastonnade et la succion pouvait s’expliquer également par son histoire personnelle.

« L’analyse est comme un traitement vermifuge — disait un autre patient — quel que soit le nombre des segments éliminés, tant que la tête demeure cela ne sert à rien. » Je ne crois pas que l’on puisse mieux caractériser l’orientation de la thérapeutique psychanalytique. Les symptômes ne sont effectivement que des segments expulsés de l’organisme psychique, dont le noyau, la tête, dont ils tirent leur force, est dans l’inconscient. Tant que la tête n’a pas été ramenée à la lumière il faut prévoir la réapparition des segments symptomatiques — qui ont pu disparaître provisoirement. Pour l’analyse du patient, cette comparaison a servi à mettre en évidence des expériences anales infantiles. Elle laissait aussi prévoir, ce que l’avenir a confirmé, que le traitement du malade serait interrompu avant sa conclusion, et ceci en raison de considérations matérielles (anales). Le patient n’a pas permis que soit extirpée la tête de son ver-névrose.

« Pendant l’analyse je me sens comme une bête sauvage enfermée dans une cage. »

« Je me sens comme un chien qui secoue vainement sa chaîne. » « Les interprétations que vous me faites à propos de mes idées me mettent dans la situation d’un scorpion entouré de flammes ; où que j’aille, le feu de vos interprétations me barre le chemin et me pousse finalement au suicide. »

Ces trois comparaisons viennent d’un même patient à qui j’ai vainement tenté de montrer que sa sensibilité et sa tendresse conscientes dissimulaient une personnalité extrêmement agressive. Mais je considère que ces comparaisons et d’autres encore où il s’assimile à des animaux sauvages, dangereux et venimeux, confirment mon hypothèse.

Il y a lieu, parfois, d’accorder de l’importance à une métaphore apparemment due au hasard, comme par exemple chez ce patient qui caractérisait son état psychique de la façon suivante : « Je me sens comme s’il y avait une tache sur mon âme. » Naturellement ce n’était pas seulement son « âme » qui portait une tache, mais aussi, comme l’analyse l’a révélé, le drap de son lit qui témoignait de son onanisme.

« Accouchement difficile ! » raillait un patient, lorsque nous ne faisions pas de progrès dans l’analyse. Il ignorait que le choix de cette expression était déterminé par l’accouchement difficile de sa femme. C’est à la suite de cet accouchement difficile qu’ils durent renoncer à avoir une descendance, bien qu’ils eussent perdu leur premier-né entre temps.

« Vous êtes comme un homme de la campagne, qui retrouve son chemin dans les lieux les plus obscurs de la forêt vierge de mon âme », dit un autre patient. Le matériel de cette comparaison quelque peu forcée lui venait naturellement des fantasmes robinsoniens de son jeune âge.

Dans l’analyse de cette dernière comparaison il faut prendre en considération non seulement les facteurs biographiques, mais aussi des déterminants symboliques plus profonds. Étant donné que la comparaison vient d’un patient dont l’insuffisance sexuelle a pu être rapportée à une fixation narcissique homosexuelle, nous pouvons interpréter son propos comme le signe d’un transfert sur le médecin et les « lieux obscurs de la forêt vierge de son âme » comme un symbole sexuel.

Le symbolisme s’exprime plus clairement encore dans les comparaisons suivantes d’un autre patient :

« L’analyse est comme une tempête qui fouette même la végétation sous-marine » (sic !) (érotisme anal, fantasmes d’accouchement).

« Je ne peux me familiariser avec cette méthode thérapeutique où le malade est abandonné à lui-même avec ses idées. L’analyse se contente de forer dans les profondeurs en espérant que ce qui s’y dissimule jaillira spontanément, comme un puits artésien ; cependant, lorsque la pression intérieure est aussi faible que chez moi, il faudrait le secours d’une pompe. »

Pour mieux comprendre le symbolisme sexuel de cette comparaison, il faut savoir que le patient présentait une fixation paternelle inhabituellement intense et qu’il avait également transféré ce sentiment sur le médecin.

Un patient raconte qu’au repas de mariage de sa sœur aînée il avait porté le toast suivant à son nouveau beau-frère :

« Lorsque tes nobles pensées seront passées par la cornue de ton épouse, elles deviendront plus nobles encore en se cristallisant. » Comme il avait prononcé cette comparaison à l’occasion d’une noce, tous les auditeurs l’ont perçue comme une allusion à la sexualité et à la naissance. Seul l’orateur lui-même n’avait pas conscience de cette allusion.

« Si vous parvenez à pénétrer jusqu’à mes pensées inconscientes, vous m’apparaîtrez comme le héros qui a enfoncé d’un seul coup de gourdin les portes de Constantinople. »

Pour expliquer cette comparaison il faut savoir que les symptômes et les rêves de ce patient — bien qu’il refuse d’en prendre connaissance — permettent de déduire l’existence d’une constitution sexuelle à forte composante sadique.

Cette série d’exemples suffit à nous donner une idée générale des conditions psychiques nécessaires à la formation des comparaisons. Celui qui concentre son attention sur la recherche d’une comparaison ne se préoccupe que des analogies, que des ressemblances, mais reste totalement indifférent au matériel où il va puiser sa comparaison. Nous avons remarqué que dans ces circonstances, ce matériel indifférent provient presque toujours de l’inconscient refoulé. Cela nous oblige à examiner attentivement les comparaisons des patients du point de vue de l’arrière-plan inconscient ; en effet, l’analyse des comparaisons ajoutée à l’analyse des rêves, des actes manqués et des symptômes, est une arme non négligeable de la technique analytique.

Nous avons aussi pu établir que le matériel contenu dans les comparaisons — comme le contenu manifeste du rêve — est dans certains cas le résultat d’une trace mnésique provenant de l’histoire du patient, et possède donc une valeur historique réelle, tandis que dans d’autres cas, il est l’expression symbolique de tendances inconscientes. Naturellement les deux sources de comparaisons peuvent participer à la formation d’une seule et même comparaison.

Ce qui me paraît essentiel c’est que la concentration de l’attention (de l’intérêt et peut-être aussi d’une part de la libido) lorsqu’on recherche une comparaison, provoque le même affaiblissement de la censure que celui que nous constatons lors de la formation du rêve. Lorsque l’on concentre son attention pour trouver une comparaison, le matériel jusqu’alors refoulé accède à la conscience, fût-ce sous une forme remaniée et symbolique, tout comme lorsqu’on concentre son intérêt sur le désir de dormir. Le dormeur aussi s’intéresse exclusivement à maintenir l’état de sommeil, et tout le reste lui est indifférent. Cependant la part de ce matériel psychique « indifférent » qui accédera à la conscience en premier sera naturellement le matériel psychique le plus fortement réprimé, donc soumis à une tension maximum : le contenu psychique refoulé. La force de cette tendance « antérograde » correspond à la force du refoulement qui l’a précédée. D’ailleurs cette réciprocité entre l’attention et l’accessibilité du matériel inconscient nous est déjà connue dans bien d’autres domaines. L'association libre, arme principale de la technique psychanalytique, n’a de valeur que si l’on respecte la « règle fondamentale » définie par Freud, à savoir que le patient doit s’efforcer au maximum de rester « indifférent » à l’égard des idées qui lui viennent à l’esprit. C’est seulement si cette règle est respectée que le matériel à interpréter et à organiser resurgit de l’inconscient ; par contre lorsqu’on tente de justifier un symptôme ou une idée avec une attention consciente, on ne fait que stimuler la vigilance de la censure. D’ailleurs Freud nous a appris que les bonnes interprétations du psychanalyste lui-même sont dues moins à un effort logique qu’au libre jeu des idées, ce qui exige une certaine « indifférence » aux idées du patient. Un désir effréné de savoir ou de guérir conduit soit dans une fausse direction, soit nulle part.

C’est dans la Psychopathologie de la vie quotidienne que la réciprocité précédemment indiquée apparaît de la façon la plus manifeste. L’acte manqué du « professeur distrait » résulte de ce qu’il concentre toute son attention sur un seul sujet et demeure indifférent à tout le reste. (Voir le mot d’Archimède : « Noli turbare circulos meos »).

De même, les actes symptomatiques sont d’autant plus nombreux que l’attention est absorbée ailleurs. En ce qui concerne l'oubli des noms propres, toute recherche consciente reste généralement infructueuse ; mais dès que les efforts cessent, le mot oublié revient spontanément.

La symptomatologie de l'hypnose et de la suggestion devient elle aussi plus compréhensible si nous prenons en considération la relation de réciprocité entre la concentration et le refoulement. Nous avons pu affirmer ailleurs2 que l’aptitude à se faire hypnotiser peut se rapporter à l’obéissance aveugle, et celle-ci à une fixation parentale transférée. Il n’y a que deux sortes d’hypnose : l'hypnose paternelle (par intimidation) et l'hypnose maternelle (par la tendresse).

L’hypnotisé dont l’attention est concentrée sur la peur ou sur l’amour devient indifférent à tout le reste. On pourrait exprimer l’état psychique d’un sujet plongé dans la catalepsie au moyen de la terreur par les phrases suivantes : « Je sens, je fais et je dis tout ce que tu veux, mais ne me fais pas de mal ! » Le cataleptique par amour pourrait dire : « Pour te faire plaisir, je vois, je fais, je crois tout ce que tu veux. Hormis ton amour tout m’est indifférent ! »

De quelque forme d’hypnose qu’il s’agisse, les résultats de la méthode cathartique selon Breuer et Freud nous montrent qu’ici, par suite de la fascination exercée par l’hypnotiseur et de l’indifférence à tout le reste, le matériel psychique, profondément refoulé en général, devient facilement conscient.

Le rôle important que joue la concentration dans l’hypnose est bien démontré par un procédé largement employé dans la pratique hypnotique qui consiste à concentrer l’attention du sujet sur des phénomènes optiques et acoustiques.

À ce propos signalons les pratiques « occultes » des voyants dans des boules de cristal ou des miroirs (lécanomancie)3, qui concentrent fiévreusement leur attention sur un point puis « prophétisent ». Les recherches de Silberer4 montrent que dans ces prédictions c’est leur propre inconscient qui parle ; nous ajouterons que, par suite de l’affaiblissement de la censure due à la concentration, c’est le matériel refoulé, et de ce fait devenu indifférent, qui s’exprime chez eux.

On peut observer quelque chose d’analogue à l’occasion d’un affect trop intense, telle une explosion de haine, qui se manifeste par une bordée d’injures. Dans l’étude psychologique que j’ai faite sur les mots obscènes, j’ai montré que bien que — ou peut-être justement parce que — le seul désir de l’insulteur est d’offenser le plus gravement possible l’objet de sa haine, sans choisir les termes, ceux-ci expriment accessoirement et en clair ses propres désirs anaux et œdipiens profondément refoulés. Il suffit de se référer aux injures obscènes employées par les classes inférieures et aux versions atténuées de celles-ci en usage chez les personnes cultivées.

Une autre preuve de cette relation fonctionnelle entre l’intensité de l’intérêt et le refoulement est fournie par la pathologie mentale. La fuite des idées du maniaque permet au contenu psychique le plus sévèrement refoulé de parvenir sans peine à la surface ; nous pouvons supposer que, contrairement au mélancolique dont le monde affectif est inhibé, cela lui est indifférent. Dans la paraphrénie (démence précoce), qui consiste essentiellement en indifférence pour le monde extérieur et pour toute relation objectale, nous constatons que ces secrets, si jalousement conservés par les névrosés, sont exprimés en toute simplicité. On sait que les paraphréniques sont les meilleurs interprètes de symboles ; ils nous expliquent sans aucune gêne le sens de tous les symboles sexuels, ceux-ci ayant perdu toute signification pour eux.

D’ailleurs nos cures psychanalytiques montrent qu’un certain degré d’« indifférence » est une condition préalable pour que le matériel inconscient accède à la conscience. C’est seulement lorsque le processus de guérison a rendu les pulsions de désir refoulées dans une certaine mesure indifférentes et que la libido a été déplacée de celles-ci à un objet plus adéquat, que les patients peuvent les admettre dans leur conscience.

Pour revenir à un domaine plus proche de notre point de départ, je veux mentionner le processus psychique du mot d'esprit décrit par Freud, où l’attention est retenue par la technique du mot d’esprit, ce retrait de l’attention permettant aux tendances refoulées de s’exprimer. Enfin, je cite une remarque faite verbalement par un psychanalyste, le Dr H. Sachs, qui estime que les mots dont le poète revêt ses idées indiquent souvent les sources plus profondes, inconscientes, de ces idées. Ici encore nous devons admettre, par analogie avec la formation des comparaisons, que chez le poète la concentration de l’attention sur l’idée à trouver permet au matériel inconscient de s’exprimer dans les mots librement choisis du poème.

D’ailleurs Pfister avait remarqué que les gribouillis que l’on fait « sans y penser » (donc certainement indifférents) contiennent souvent des communications surprenantes issues de la vie psychique inconsciente.

Donc, le fait que dans tous les cas évoqués de concentration il y ait un affaiblissement proportionnel de la censure, nous permet de conclure que la quantité d’énergie utilisée pour la concentration servirait autrement à faire fonctionner la censure. (Dans l’état actuel de nos connaissances psychanalytiques, nous ne pouvons décider s’il s’agit ici d’énergie libidinale, ou d’intérêt, ou des deux.) Nous comprendrons mieux l’alternance de ces deux fonctions si nous songeons que toute concentration est en fin de compte une variante du travail de censure, qui équivaut à écarter de la conscience toute impression interne ou externe à l’exception de celles qui se rapportent au domaine qui retient l’attention ou de celles qui correspondent à l’attitude psychique de concentration. Tout ce qui gêne le sommeil est refoulé par la censure du dormeur, exactement comme le sont à l’état de veille les idées incompatibles avec la conscience parce qu’immorales. Le savant absorbé par l’objet de son étude devient sourd et aveugle à tout le reste, ce qui veut dire que la censure refoule toute impression qui n’est pas en rapport avec cet objet. Nous devons supposer qu’il existe un processus de refoulement similaire — parfois fugace — dans tous les autres cas de concentration, comme par exemple dans la recherche d’une comparaison. Ainsi nous comprenons mieux que la quantité d’énergie utilisée à ce travail de refoulement fugace (censure) provienne de l’énergie d’inhibition constamment à l’œuvre entre le préconscient et le conscient, et soit prise aux dépens de cette énergie.

La censure est un système à rendement limité. Lorsque la demande adressée à l’une de ses fonctions augmente, cela se fait nécessairement aux dépens d’une autre. Ce phénomène confirme entièrement l’opinion de Freud selon laquelle le système psychique fonctionne avec des quantités d’énergie mobiles et non différenciées qualitativement5.

Outre cette description purement « économique » du processus, nous pouvons aussi nous former une certaine idée de la dynamique du déplacement supposé d’énergie au moment où nous nous concentrons. Cet élément d’apparence mystique et inexplicable, qui s’attache à tout acte de volonté et d’attention, s’explique en grande partie si nous admettons l’hypothèse suivante : l’acte d’attention implique en premier lieu la ferme inhibition6 de tout acte autre que l’acte psychique projeté. Si toutes les voies d’accès à la conscience sont fermées à l’exception d’une seule, l’énergie psychique s’écoule spontanément dans la seule direction possible, sans effort particulier (d’ailleurs inconcevable). Donc, si je veux regarder quelque chose attentivement, je le fais en isolant de ma conscience tous les sens à l’exception du sens visuel ; ainsi l’attention accrue aux excitations optiques se réalise d’elle-même, comme s’élève le niveau d’un fleuve dont nous fermons les canaux de communication et d’écoulement. Le principe de toute action est donc une inhibition inégale. La volonté ne fonctionne pas comme une locomotive qui fonce sur les rails : ce serait plutôt comme l’aiguilleur qui ferme toutes les voies à l’exception d’une seule à l’énergie en elle-même indifférenciée — l’énergie locomotrice essentielle — de sorte que celle-ci est obligée de prendre la seule voie restée ouverte. J’ai l’impression que c’est valable pour toute espèce d’« activité », donc pour l’activité physiologique également ; l’excitation d’un certain groupe musculaire ne peut aboutir à un résultat que s’il y a inhibition des muscles antagonistes. Par conséquent la concentration psychique nécessaire à la formation d’une comparaison n’est possible que s’il y a inhibition de l’intérêt (c’est-à-dire indifférence) pour tout le reste, entre autres pour le matériel par ailleurs refoulé qui saisit cette occasion pour se manifester.

J’aurais voulu apporter — sur la base de l’observation psychanalytique — quelque chose de nouveau au sujet du plaisir que procure la formation ou l’audition d’une comparaison réussie. Or j’ai simplement pu constater que la théorie de Freud concernant le mot d’esprit pouvait également s’appliquer à cette source de plaisir esthétique. Du fait que l’attention et avec elle une partie de l’activité de censure se concentrent sur l’établissement d’une comparaison entre deux choses éloignées (ce qui est un plaisir en soi), d’autres complexes sévèrement censurés jusqu’alors sont libérés de l’oppression qu’ils subissent et le plaisir essentiel (« le plaisir ultime ») provoqué par la comparaison peut être attribué à cette économie d’énergie d’inhibition. On pourrait donc comparer le plaisir dû à la ressemblance (la similitude) au plaisir préliminaire éveillé par la technique du mot d'esprit. Au demeurant, il existe une longue série intermédiaire entre les simples comparaisons qui ne libèrent aucune source inconsciente de plaisir et les comparaisons « subtiles » et « spirituelles » où le plaisir principal provient de l’inconscient.

Ce plaisir particulier que nous éprouvons à retrouver la même chose dans un matériel entièrement différent revient certainement à l’économie de travail intellectuel qui provoque le plaisir préliminaire dans la technique du mot d’esprit. Il se peut que derrière ce plaisir de la répétition se dissimule le plaisir de la redécouverte.

Certaines personnes ont le don de retrouver dans les visages inconnus la moindre trace de ressemblance avec ceux qu’elles connaissent. Ce sentiment de familiarité qu’éveille en eux la ressemblance paraît les protéger contre l’effet déplaisant des impressions nouvelles suscitées par les physionomies totalement étrangères. Notons aussi avec quel plaisir nous revoyons une ville que nous avons déjà visitée, alors qu’il nous faut un certain temps (le temps nécessaire pour qu’il y ait répétition) avant que disparaisse l’âpreté des impressions de voyage toutes fraîches. Je crois que tout ce que nous avons « spirituellement assimilé », introjecté, est d’une certaine façon « anobli » de ce fait, et participe à notre libido narcissique. C’est peut-être là en fin de compte que se trouve la source du plaisir que nous éprouvons lorsqu’en formant une comparaison nous redécouvrons l’impression familière dans l’impression neuve. L’impression particulièrement étrange que la psychanalyse fait aux patients peut expliquer que certains d’entre eux — comme dans les exemples cités au début — s’efforcent de l’atténuer par toute une multitude de comparaisons. De même la tendance à redécouvrir l’objet aimé dans toutes les choses du monde extérieur hostile est probablement la source primitive de la formation de symboles.