1.7. Explication de l’apparente prédominance de la sexualité perverse dans les psychonévroses

Ce qui précède peut avoir jeté un faux jour sur la sexualité des psychonévroses. On a pu croire que le névrosé, dans son comportement sexuel, se rapproche du pervers et s’éloigne d’autant de l’être normal. Bien qu’on puisse parfaitement admettre que la disposition constitutionnelle de ces malades contient, en plus de refoulements sexuels considérables et de besoins sexuels non moins considérables, une tendance toute particulière à la perversion, dans le sens le plus large du mot cependant, l’étude des cas moins graves montre que cette dernière hypothèse n’est pas toujours nécessaire ou du moins que, pour apprécier les effets morbides, il faut prendre en considération un facteur qui agit en sens opposé. Chez la plupart des névrosés, l’état pathologique ne fait son apparition qu’après la puberté, au moment des exigences d’une vie sexuelle normale. (C’est à celle-ci avant tout que s’oppose le refoulement.) Ou bien la maladie apparaît plus tard, lorsque la libido n’a pu trouver son apaisement normal. Dans les deux cas, la libido est arrêtée dans son cours, comme un fleuve est détourné de son lit principal, et elle se dirige vers des voies collatérales qui, jusque-là, étaient restées sans emploi. C’est ainsi que la tendance à la perversion, apparemment si marquée (bien que de façon négative) chez les névrosés, pourrait se former par voies collatérales, ou du moins être renforcée de cette manière. Au refoulement sexuel, comme facteur interne, s’ajoutent des facteurs extérieurs, tels que la limitation dans la liberté, l’impossibilité d’atteindre un objet sexuel normal, la perception des dangers attachés à l’acte sexuel, etc., qui déterminent ainsi des perversions chez des individus qui, sans cela, seraient peut-être restés normaux.

Il peut y avoir diversité à cet égard, dans les différents cas de névroses. Parfois, ce sera le niveau initial de la disposition perverse qui caractérisera la névrose, et parfois ce sera le niveau atteint par suite d’une dérivation collatérale de la libido. On aurait tort de voir opposition là où il y a action connexe. La névrose atteint son maximum lorsque la constitution et l’histoire personnelle agissent dans le même sens. Une constitution suffisamment déterminée vers la névrose peut se passer de l’appui que lui fourniraient les expériences vécues ; d’autre part, une profonde perturbation de la vie peut incliner vers la névrose un être de constitution moyenne. Ceci est d’ailleurs également vrai pour la valeur étiologique de l’élément congénital et de l’élément acquis, dans d’autres domaines.

Si l’on aime mieux supposer qu’une tendance particulière aux perversions forme une des caractéristiques de la constitution psychonévrotique, on sera amené à envisager la possibilité d’une variété de constitutions de ce genre, selon que prévaut telle zone érogène, ou prédomine telle pulsion partielle. On ne peut dire s’il existe un rapport particulier entre telle disposition perverse et telle forme morbide donnée. Ce point n’a pas été étudié encore, comme beaucoup d’autres en ce domaine.