1.8. Premières remarques sur le caractère infantile de la sexualité

Le nombre de ceux que l’on peut appeler pervers se trouve considérablement accru, du fait que nous pouvons constater dans la symptomatologie des psychonévroses la présence de tendances perverses. Non seulement les névrosés représentent une catégorie nombreuse d’individus, mais encore les névroses forment dans leurs diverses manifestations une chaîne ininterrompue qui va de la maladie à la santé. Moebius a raison de dire : nous sommes tous un peu hystériques. Ainsi sommes-nous amenés, devant cette fréquence de la perversion, à admettre que la disposition à la perversion n’est pas quelque chose de rare et d’exceptionnel, mais est partie intégrante de la constitution normale.

On a pu discuter sur le point de savoir si la perversion était congénitale ou si, comme Binet l’admet pour le fétichisme, elle devait son origine à des expériences vécues. Nous sommes maintenant autorisés à dire que, dans toutes les perversions, il y a en effet un facteur congénital, mais que ce facteur se retrouve chez tous les hommes, qu’il peut en tant que disposition varier dans son intensité, et que pour se manifester il a besoin d’impressions venues de l’extérieur. Il s’agit ici de dispositions innées, inhérentes à la constitution, qui, dans une série de cas, deviennent des facteurs déterminants de la sexualité (chez les pervers) et qui, dans d’autres cas, n’ayant été réprimées qu’imparfaitement (refoulement), peuvent, en devenant symptômes morbides, s’emparer par une voie détournée d’une partie considérable de l’énergie sexuelle, tandis que dans les cas heureux, entre les deux extrêmes, s’établira, par une limitation effective et à la suite d’autres modifications que les dispositions subissent, ce que nous appelons une vie sexuelle normale.

Nous ajouterons que la constitution hypothétique contenant en germe toutes les perversions ne peut être retrouvée que chez l’enfant, bien que l’enfant présente ces pulsions avec une faible intensité. Si nous sommes ainsi amenés à penser que les névrosés sont restés à l’état infantile de la sexualité, ou sont retombés en cet état, il semble que notre intérêt doive se porter sur la vie sexuelle de l’enfant. Nous essaierons de démêler le réseau des influences qui déterminent l’évolution de la sexualité infantile jusqu’à son aboutissement, soit à la perversion, soit à la névrose, soit enfin à la vie sexuelle normale.