2.3. Le but sexuel de la sexualité infantile

2.3.1.1. Caractères des zones érogènes

L’exemple de la succion peut nous apprendre bien des choses sur le caractère d’une zone érogène. Une zone érogène est une région de l’épiderme ou de la muqueuse qui, excitée de certaine façon, procure une sensation de plaisir d’une qualité particulière. Sans doute l’excitation produisant le plaisir est-elle liée à certaines conditions, que nous ne connaissons pas. Au nombre de ces conditions, le caractère rythmique joue sans doute un rôle ; et une certaine analogie avec le chatouillement est évidente. Il est moins sûr que le caractère du plaisir éveillé par cette excitation soit « spécifique », et que dans cette spécificité réside ce qui caractérise la sexualité. A l’égard de la question du plaisir et de la douleur, la psychologie tâtonne encore dans l’obscurité ; de sorte qu’il est sage de s’en tenir aux explications les plus prudentes. Plus tard, nous trouverons peut-être des raisons qui nous permettront de soutenir le caractère de spécificité de la sensation de plaisir.

La propriété érogène semble être particulièrement attachée à certaines parties du corps. Il y a des zones érogènes d’élection, comme nous l’a montré l’exemple de la succion ; mais ce même exemple nous apprend aussi que n’importe quelle région de l’épiderme ou de la muqueuse peut servir de zone érogène, et doit par conséquent posséder certains caractères la rendant propre à cet usage. C’est donc la qualité de l’excitation, bien plus que les propriétés de la région du corps excitée, qui importe à la sensation de plaisir. L’enfant qui suce, pour trouver de la volupté, recherche et choisit sur son corps un endroit quelconque qui, par l’habitude, deviendra l’endroit préféré ; lorsque le hasard lui fait rencontrer une région particulièrement appropriée (mamelon, parties génitales), celle-ci conservera la primauté. Dans la symptomatologie de l’hystérie, nous retrouvons des déplacements analogues. En ce cas, le refoulement atteint surtout les zones génitales et celles-ci transfèrent leur excitabilité à d’autres régions érogènes, ordinairement quelque peu déchues dans la vie de l’adulte, et qui, dès lors, se comportent comme des organes génitaux. D’ailleurs, tout comme pour la succion, n’importe quelle partie du corps peut acquérir l’excitabilité de l’appareil génital, et s’élever au rang de zone érogène. Les zones érogènes et les zones hystérogènes ont des caractères identiques50.

2.3.1.2. Le but de la sexualité infantile

Le but sexuel de la pulsion chez l’enfant consiste dans la satisfaction obtenue par l’excitation appropriée de telle ou telle zone érogène. Il faut que l’enfant ait éprouvé la satisfaction auparavant pour qu’il désire la répéter, et nous devons admettre que la nature a fait en sorte que la connaissance d’une telle satisfaction ne soit pas laissée au hasard51. Nous connaissons, en ce qui concerne la région bucco-labiale, les moyens dont se sert la nature pour arriver à ses fins : cette partie du corps sert en même temps à la préhension des aliments. Nous rencontrerons d’autres dispositifs qui sont sources de l’activité sexuelle. L’état de besoin, qui exige le retour de la satisfaction, se révèle de deux manières : d’abord, par un sentiment particulier de tension, qui a quelque chose de douloureux, ensuite par une excitation d’origine centrale, un prurit projeté dans la zone érogène périphérique. On peut donc dire que le but de la sexualité est de substituer à la sensation d’excitation projetée dans la zone érogène une excitation extérieure qui l’apaise et crée un sentiment de satisfaction. Cette excitation extérieure est le plus souvent une manipulation analogue à la succion.

Le fait que ce besoin peut être aussi éveillé à la périphérie, par une modification de la zone érogène, concorde parfaitement avec nos connaissances physiologiques ; il est seulement quelque peu étonnant qu’une excitation, pour être apaisée, doive faire appel à une autre excitation appliquée au même endroit.