3.1. [Introduction]

Avec le commencement de la puberté apparaissent des transformations qui amèneront la vie sexuelle infantile à sa forme définitive et normale. La pulsion sexuelle était jusqu’ici essentiellement autoérotique ; elle va maintenant découvrir l’objet sexuel. Elle provenait de pulsions partielles et de zones érogènes qui, indépendamment les unes des autres, recherchaient comme unique but de la sexualité un certain plaisir. Maintenant, un but sexuel nouveau est donné, à la réalisation duquel toutes les pulsions partielles coopèrent, tandis que les zones érogènes se subordonnent au primat de la zone génitale68. Le nouveau but sexuel déterminant pour les deux sexes des fonctions très différentes, les évolutions sexuelles respectives divergent fortement. Celle de l’homme est la plus logique, la plus facile à interpréter, tandis que chez la femme se produit une espèce de régression. Le caractère normal de la vie sexuelle est assuré par la conjonction, vers l’objet et le but sexuels, de deux courants : celui de la tendresse et celui de la sensualité. [Le premier de ces courants comprend en soi ce qui a subsisté de la première floraison de la sexualité infantile] (ajouté en 1920). Il se produit quelque chose de comparable au percement d’un tunnel entrepris par les deux côtés.

Chez l’homme, le but sexuel consiste dans l’émission des produits génitaux. Loin d’être étranger à l’ancien but qui était le plaisir, le nouveau but lui ressemble en ce que le maximum de plaisir est attaché à l’acte final du processus sexuel. La pulsion sexuelle se met maintenant au service de la fonction de reproduction ; elle devient pour ainsi dire altruiste. Pour comprendre que cette transformation puisse réussir, nous devons tenir compte des dispositions originelles et des caractères propres des pulsions.

Comme dans tous les cas où se créent dans l’organisme de nouvelles combinaisons et de nouveaux rapports en vue d’un mécanisme complexe, des troubles peuvent se produire si le processus vient à être suspendu. Tous les troubles morbides de la vie sexuelle peuvent, à bon droit, être considérés comme résultant d’inhibitions dans le cours du développement.