1.1. [Introduction]

Pour expliquer les besoins sexuels de l’homme et de l’animal, on se sert, en biologie, de l’hypothèse qu’il existe une « pulsion sexuelle » ; de même que pour expliquer la faim, on suppose la pulsion de nutrition. Toutefois, le langage populaire ne connaît pas de terme qui, pour le besoin sexuel, corresponde au mot faim ; le langage scientifique se sert du terme : « libido »3.

L’opinion populaire se forme certaines idées arrêtées sur la nature et les caractères de la pulsion sexuelle. Ainsi, il est convenu de dire que cette pulsion manque à l’enfance, qu’elle se constitue au moment de la puberté, et en rapport étroit avec les processus qui mènent à la maturité, qu’elle se manifeste sous la forme d’une attraction irrésistible exercée par l’un des sexes sur l’autre, et que son but serait l’union sexuelle, ou du moins un ensemble d’actes qui tendent à ce but.

Nous avons toutes les raisons de croire que cette description ne rend que très imparfaitement la réalité. Si on l’analyse de près, on y découvre une foule d’erreurs, des inexactitudes et des jugements précipités.

Commençons par fixer deux termes. La personne qui exerce un attrait sexuel sera désignée comme objet sexuel, et l’acte auquel pousse la pulsion sera nommé but sexuel. L’expérience scientifique nous prouve qu’il existe de nombreuses déviations relatives tantôt à l’objet, tantôt au but sexuel, et il nous faudra chercher à approfondir les rapports qui existent entre ces déviations et ce qu’on estime être l’état de choses normal.