Expériences et exemples tirés de la pratique analytique1

Le recueil de petites contributions dont nous apportons ici un premier élément2 nécessite quelques mots d’introduction : les cas pathologiques, sur lesquels le psychanalyste fait ses observations, sont naturellement d’inégale valeur pour l’enrichissement de ses connaissances. Il y a ceux qui l’obligent à mettre en œuvre tout ce qu’il sait et ne lui apprennent rien de nouveau ; il y en a d’autres qui lui montrent, concrétisé de façon particulièrement nette et particulièrement bien isolée, ce qu’il connaît déjà, de sorte qu’il doit à ses malades non seulement des confirmations mais aussi des élargissements de son savoir. On est en droit de présumer que les processus psychiques que l’on veut étudier ne sont pas différents dans les cas du premier type et dans ceux du second, mais on préférera les décrire en s’appuyant sur ces cas favorables et transparents. L’histoire du développement suppose bien d’ailleurs que l’invagination de l’œuf animal ne se réalise pas différemment chez les objets fortement pigmentés et défavorables à l’examen et chez les objets transparents, pauvrement pigmentés, qu’elle choisit pour ses examens.

Les nombreux et beaux exemples qui, dans le travail quotidien, confirment à l’analyste ce qu’il connaît, se perdent cependant pour la plupart, étant donné que leur insertion dans un contexte doit souvent être différée pour longtemps. Il est donc d’un certain intérêt d’indiquer une forme sous laquelle ces expériences et ces exemples peuvent être publiés et portés à la connaissance générale, sans attendre qu’ils soient traités selon des points de vue supérieurs.

La rubrique que nous inaugurons ici se propose d’offrir l’espace destiné à recevoir ce matériel. La plus grande concision de présentation semble requise ; l’ordre de succession des exemples est établi hors de toute contrainte.

Les pieds honteux (chaussures)

La patiente rapporte après plusieurs jours de résistance à quel point l’avait affectée le fait qu’un jeune homme, qu’elle rencontrait régulièrement à proximité de la demeure du médecin et qui d’ordinaire avait coutume de la regarder avec admiration, avait la dernière fois jeté sur ses pieds un regard méprisant. Elle n’a d’ordinaire vraiment aucune raison d’avoir honte de ses pieds. Elle-même fournit la solution après avoir avoué qu’elle a pris le jeune homme pour le fils du médecin, qui par suite du transfert représente donc son propre frère (aîné). Suit alors le souvenir qu’à l’âge de cinq ans environ, elle avait coutume d’accompagner son frère aux cabinets où elle le regardait uriner. Saisie d’envie parce qu’elle ne pouvait s’y prendre comme lui, elle essaya un jour de faire pareil (envie du pénis), mais ce faisant elle mouilla ses chaussures et se contraria fort lorsque son frère la taquina là-dessus. La contrariété se répéta longtemps, aussi souvent que le frère, dans l’intention de lui rappeler cet insuccès, jetait un regard méprisant sur ses chaussures. Cette expérience, ajoute-t-elle, avait déterminé son comportement ultérieur à l’école. Lorsqu’elle ne réussissait pas quelque chose du premier coup, elle ne parvenait pas à se décider à une nouvelle tentative, si bien qu’elle échoua totalement en de nombreuses circonstances. — Bon exemple de l’influence sur le caractère du prototype sexuel.

Autocritique des névrosés

Quand un névrosé a coutume de s’injurier lui-même, de se déprécier, etc., cela est toujours frappant et mérite une particulière attention. Fréquemment, comme dans le cas des autoreproches, on accède à la compréhension par l’hypothèse d’une identification à une autre personne. Dans un cas, des circonstances annexes de la séance ont contraint à adopter une autre solution pour un tel comportement. La jeune femme, qui ne se lassait pas d’assurer qu’elle était peu intelligente, peu douée, etc., voulait simplement suggérer par là qu’elle était très belle de son corps, et dissimulait cette vantardise derrière l’autocritique en question. La référence aux suites nocives de l’onanisme, plausible dans tous les cas semblables, ne manquait pas non plus dans ce cas-ci.

Prise en compte de la représentabilité

De derrière le lit, le rêveur tire une femme vers l’avant :

— il lui donne l’avantage3 — Il (un officier) est assis à la même table que l’empereur, du côté opposé : — il se met en opposition avec l’empereur (père)4. Les deux représentations traduites par le rêveur lui-même.

Apparition de symptômes pathologiques dans le rêve

Les symptômes de la maladie (angoisse, etc.) dans le rêve semblent énoncer de façon tout à fait générale ; c’est pour cela (en rapport avec les éléments précédents du rêve) que je suis tombé malade. Cette façon de rêver correspond donc à la continuation de l’analyse dans le rêve.