Vue d'ensemble des névroses de transfert

Projet1

Table des matières

[Introduction]

Après l’étude en détail, tenter de rassembler les caractères [des névroses de transfert]2, de [les] délimiter parmi les autres [névroses], de mettre en application comparative les facteurs pris séparément3. Les facteurs sont : le refoulement, le contre-investissement4, la formation substitutive et la formation de symptôme, le rapport5 avec la fonction sexuelle, la régression, la disposition à la névrose6. Circonscrire aux trois formes typiques [ :] l’hystérie d’angoisse, l’hystérie de conversion, et la névrose obsessionnelle7.

a) Le refoulement

a lieu, dans les trois [névroses], à la frontière du système inconscient et du système préconscient, il consiste en un retrait ou un refus8 [de la part de l']investissement préconscient, et il est conforté par le mode d’action du contre-investissement. Dans la névrose obsessionnelle, aux phases plus tardives, il se déplace à la frontière entre préconscient et conscient.

Nous dirons que, dans le groupe le plus proche [les névroses narcissiques]9, le refoulement a une autre topique, il s’élargit alors au concept de clivage.

Le point de vue topique ne doit pas faire l’objet d’une surévaluation, au point de croire, par exemple, que tout commerce entre les deux systèmes serait interrompu par le refoulement. Par conséquent, il est plus important [d’évaluer] à proximité de quel élément cette barrière est installée10.

Succès et cloisonnement11 dépendent l’un de l’autre, dans la mesure où l’échec [du refoulement] oblige à de nouveaux efforts. Le succès varie dans les trois névroses et à chacune de leurs phases [d’évolution].

C’est dans l’hystérie d’angoisse que le succès [du refoulement] est le plus faible, il se limite à ce qu’aucune représentance12 ne parvienne au niveau préconscient (et conscient). Plus tard, [il se limite] à ce qu’une représentation substitutive13 devienne préconsciente et consciente à la place de la représentance choquante. Enfin, lors de la formation d’une phobie, le refoulement atteint son but, dans l’inhibition de l’affect de déplaisir moyennant un grand renoncement, une tentative de fuite [psychiquement] rentable. L’intention du refoulement est toujours d’éviter le déplaisir. Le destin de la représentance n’est qu’un signe du processus. Si l’on décompose le processus dont il faut se défendre, en faisant apparaître (sens descriptif plutôt que systématique)14 la représentation et l’affect (représentance et facteur quantitatif), il en ressort précisément que le refoulement consiste en un refus de la représentation de mot, cela ressort donc du caractère topique du refoulement.

Dans la névrose obsessionnelle, le succès [du refoulement] est tout d’abord complet, mais non durable. Le procès est encore moins achevé. Il se poursuit, après la première phase couronnée de succès, en passant par deux phases ultérieures [ :] d’abord15, le refoulement secondaire (formation de la représentation de contrainte, combat contre la représentation de contrainte)16 se contente, comme [dans] l’hystérie d’angoisse, d’une substitution de la représentance, ensuite, le refoulement (tertiaire) produit les renoncements et limitations qui correspondent à la phobie, mais, à la différence [de la phobie], il travaille avec des moyens logiques17.

Par contre, le succès [du refoulement] de l’hystérie de conversion est complet dès le début18, mais acquis au prix d’une forte formation substitutive. Ce processus de refoulement en particulier est un procès plus achevé19.

b) Le contre-investissement

Manque tout d’abord dans l’hystérie d’angoisse, pure tentative de fuite, puis il se jette sur la représentation substitutive et, spécialement lors de la troisième phase, il l’encercle20 afin d’assurer, à partir de là, la maîtrise de la décharge de déplaisir, sous forme21 de vigilance et d’attention. Il représente la part de [l’investissement] préconscient, donc la dépense, que coûte la névrose.

Dans la névrose obsessionnelle, où il s’agit, dès le début, de la défense contre une pulsion ambivalente, le contre-investissement prend en charge le premier refoulement qui est en train de réussir22, puis produit, grâce à l’ambivalence, une formation réactionnelle, donne ensuite l’attention de la troisième phase, [qui] caractérise la représentation de contrainte, et s’occupe du travail logique. Par conséquent [ :] deuxième et troisième phases sont tout à fait comme dans l’hystérie d’angoisse. Différence dans la première phase, où [le contre-investissement] ne fait rien dans l’hystérie d’angoisse [et] fait tout dans la névrose obsessionnelle.

Il assure toujours le refoulement de la partie correspondante du préconscient. Dans l’hystérie [de conversion], le caractère réussi23 est rendu possible par le fait que le contre-investissement cherche dès le début à se confondre avec l’investissement pulsionnel et s’unit à lui pour former un compromis, [et] se détermine sélectivement sur la représentance.

c) Formation substitutive et formation de symptôme

Correspondent24 au retour du refoulé, [et] à l’insuccès du refoulement. Il y a lieu de les séparer pendant un temps, [et], plus tard, la formation de symptôme rejoint la formation substitutive.

C’est dans l’hystérie de conversion que [la confluence]25 est la plus parfaite : [le] substitut = [le] symptôme, il n’y a pas lieu de les dissocier davantage.

De même, dans l’hystérie d’angoisse, la formation substitutive permet le premier retour du refoulé.

Dans la névrose obsessionnelle, [ces formations] se séparent nettement du fait que la première formation substitutive est fournie par le contre-investissement à partir de l’instance refoulante et ne compte pas au nombre des symptômes. C’est pourquoi les symptômes ultérieurs de la névrose obsessionnelle sont très souvent surtout [constitués par] le retour du refoulé, la participation de l’instance refoulante y est moindre.

La formation de symptôme, qui est le point de départ de notre observation, coïncide toujours avec le retour du refoulé et advient à l’aide de la régression et des fixations [pré-]disposantes. Une loi générale [nous] dit que la régression remonte jusqu’à la fixation, et qu’à partir de là, le retour du refoulé s’impose.

d) Le rapport avec la fonction sexuelle

Quant à ce rapport, il reste acquis que la motion pulsionnelle refoulée est toujours une motion libidinale qui fait partie intégrante de la vie sexuelle, tandis que le refoulement provient du moi pour des raisons diverses [ ;] on peut résumer ces raisons en disant que le moi « ne peut pas »26 (c’est au-dessus de ses forces) ou qu’il « ne veut pas » [accepter cette motion pulsionnelle]. Cette dernière [attitude] renvoie à l’inconciliabilité avec l’idéal du moi ou bien à un autre type de préjudice redouté par le moi. « Ne pas pouvoir » correspond aussi à un préjudice.

Ce fait fondamental devient plus obscur si l’on considère deux facteurs [ :] Premièrement, on dirait souvent que le refoulement est déclenché par le conflit entre deux motions qui sont l’une et l’autre libidinales. Cela se résout en tenant compte du fait que l’une de ces motions est conforme au moi et peut [donc], au cours du conflit, appeler à l’aide le refoulement qui vient du moi. Deuxièmement, [c’est plus obscur] par le fait qu’au nombre des tendances refoulées on ne rencontre pas seulement des tendances libidinales, mais aussi des tendances du moi, [et cela] d’une manière particulièrement fréquente et nette dans le cas d’une névrose durable et déjà très développée27. Ce dernier point vient de ce que la motion libidinale refoulée cherche à s’imposer indirectement en passant par une tendance du moi, à laquelle elle a prêté une composante, qu’elle transfère de l’énergie [à cette tendance du moi] et l’entraîne dès lors avec elle dans le refoulement, ce qui peut arriver dans une large mesure. Cela ne change rien à la valeur générale de notre thèse28. [Mais] exige naturellement que l’on aille puiser des connaissances dans les phases initiales des névroses29.

Dans l’hystérie et la névrose obsessionnelle, il est évident que le refoulement porte sur la fonction sexuelle30 dans sa forme définitive, où elle représente l’exigence de la reproduction. C’est on ne peut plus clair, encore une fois dans l’hystérie de conversion, parce que sans complication, [alors que], dans la névrose obsessionnelle, [il y a] d’abord la régression. Néanmoins, [il convient de] ne pas exagérer cette relation, [et de] ne pas admettre, par exemple, que le refoulement n’entre en activité qu’à ce stade de la libido. Au contraire, la névrose obsessionnelle montre justement que le refoulement est un processus général, non soumis au processus libidinal, car il a porté dans ce cas sur le premier stade [du développement libidinal]. [Montre] de la même façon, dans [son] développement, que le refoulement a aussi été exigé à l’encontre des motions perverses. Question [ :] pourquoi le refoulement réussit-il ici, et pas ailleurs[ ?]31. Les tendances libidinales sont par nature éminemment vicariantes32, si bien que les tendances perverses seront renforcées en cas de refoulement des tendances normales, et inversement.

Le refoulement n’a pas d’autre rapport avec la fonction sexuelle que d’être requis en défense contre elle, de même que la régression et d’autres destins de pulsions.

Le rapport avec la fonction sexuelle est plus difficile à comprendre dans l’hystérie d’angoisse, pour les raisons qui ont été mises en évidence en traitant de [la question de] l’angoisse33. Il semble que l’hystérie d’angoisse comprenne les cas où l’exigence de la pulsion sexuelle est repoussée comme un danger, en tant qu’elle est trop grande. Pas de condition particulière provenant de l’organisation de la libido34.

e) La régression

[C’est] le facteur et destin pulsionnel le plus intéressant. Aucune possibilité de le deviner à partir de l’hystérie d’angoisse. On pourrait dire que [ce facteur] n’entre pas en ligne de compte ici, peut-être parce que tout cas d’hystérie d’angoisse35 régresse de façon tellement nette à une hystérie d’angoisse infantile (le modèle de disposition à la névrose), et parce que [cette hystérie infantile] apparaît de façon tellement précoce dans l’existence. Par contre, les deux autres [névroses de transfert] sont les plus beaux exemples de régression, mais celle-ci joue pour chacune un rôle différent dans la structure de la névrose. Dans l’hystérie de conversion, [ce facteur] est une forte régression du moi, [c’est] un retour à la phase d’indifférenciation du préconscient et de l’inconscient, donc sans langage ni censure. La régression est cependant au service de la formation de symptôme et du retour du refoulé. La motion pulsionnelle, qui n’est pas acceptée par le moi actuel, revient [s’adresser] à un moi plus précoce à partir duquel elle trouve, bien sûr d’une autre façon, [la possibilité d’]une décharge. Il a déjà été mentionné qu’on en arrive ainsi virtuellement à une sorte de régression de la libido. Il en est autrement dans la névrose obsessionnelle. La régression est une régression de la libido, n’est pas au service du retour [du refoulé] mais au service du refoulement, et elle est rendue possible par une forte fixation constitutionnelle ou par une formation incomplète [de l’individu]36. En fait, la première mesure de défense incombe à la régression ici, où il s’agit plus de régression que d’inhibition du développement37, et l’organisation libidinale régressive succombe seulement ensuite à un refoulement typique, qui cependant reste non réussi38. Une part de la régression du moi lui est imposée à partir de la libido, ou provient du développement incomplet du moi, qui est ici lié à la phase libidinale. (Disjonction des ambivalences.)

f) [La disposition à la névrose]

À l’arrière-plan de la régression se dissimulent les problèmes de la fixation et de la disposition à la névrose. De façon générale, on peut dire que la régression remonte au moins jusqu’à un point de fixation, soit dans le développement du moi, soit dans le développement de la libido, et que ce point représente la disposition à la névrose. C’est donc le facteur le plus déterminant, celui qui sert de médiateur dans la décision quant au choix de la névrose. Par conséquent, il importe de s’y attarder.

La fixation résulte d’une phase du développement qui a été trop fortement marquée, ou qui peut-être aussi s’est maintenue trop longtemps, de manière à passer en totalité dans la phase suivante. On ne peut guère espérer se faire une plus claire représentation de ce en quoi, en quelles modifications, consiste la fixation. Mais on peut dire quelque chose de sa provenance. Il y a autant de possibilité qu’une telle fixation soit purement constitutive, ou qu’elle soit provoquée par des impressions précoces, et, finalement, que les deux facteurs coopèrent. D’autant plus que l’on peut affirmer que les deux sortes de facteurs sont proprement ubiquitaires[ ;] en effet, [d’une part] toutes les dispositions sont constitutionnellement présentes chez l’enfant, et, d’autre part, les impressions agissantes sont distribuées de façon équivalente39 chez un très grand nombre d’enfants. Il s’agit donc plus ou moins [de chaque facteur] et d’une coïncidence agissante [des deux]. Comme il ne viendrait à l’idée de personne de contester les facteurs constitutionnels, il incombe à la psychanalyse de plaider aussi avec vigueur la cause des acquisitions infantiles précoces. D’ailleurs, le facteur constitutionnel est de loin plus nettement reconnu dans la névrose obsessionnelle que ne l’est le facteur accidentel dans l’hystérie de conversion, il faut bien l’avouer40. La répartition en détail [de ces facteurs] reste encore incertaine.

Là où le facteur constitutionnel de la fixation entre en ligne de compte, l’acquisition n’est pas éliminée pour autant ; simplement, elle remonte à un temps antérieur, encore plus primitif, car l’on peut affirmer à bon droit que les dispositions héritées sont un vestige de l’acquisition des ancêtres. Sur ce point, on se heurte au problème de la disposition phylogénétique, à l’arrière-plan de la disposition individuelle ou ontogénétique[ ;] et l’on ne peut voir d’objection41 à ce que l’individu ajoute de nouvelles dispositions, issues de sa propre expérience vécue, à la disposition dont il a hérité, qui vient d’une expérience vécue antérieure [à son existence], Pourquoi donc le processus qui engendre une disposition sur la base d’une expérience vécue devrait-il cesser d’exister, spécialement chez l’individu dont on observe la névrose ? Ou bien pourquoi cet individu devrait-il pouvoir engendrer une disposition pour ses descendants, mais ne pas pouvoir l’acquérir pour lui ? Il semble plutôt qu’une complémentarité soit indispensable.

Il n’est pas encore possible de saisir dans une vue d’ensemble dans quelle mesure [la question de] la disposition phylogénétique peut contribuer à la compréhension des névroses. Pour cela, il faudrait en outre que [nos] considérations aillent au-delà du domaine étroit des névroses de transfert. Le plus important caractère distinctif des névroses de transfert n’a de toute manière pu être pris en compte dans cette vue d’ensemble, puisqu’il n’est pas distinctif de ces névroses [traitées] ensemble, mais ne le deviendrait que par contraste, en tenant compte des névroses narcissiques42. Dans cet élargissement de l’horizon, le rapport du moi à l’objet passerait au premier plan et le fait que l’objet soit maintenu43 se donnerait comme élément distinctif commun [aux névroses de transfert], [Seuls] certains préliminaires sont ici permis44.

J’espère que le lecteur, qui a du reste pu remarquer, d’après l’ennui de nombreux passages, à quel point tout est reconstruit à partir d’une observation méticuleuse et laborieuse, aura quelque indulgence même si, pour une fois, l’esprit critique s’efface devant la fantaisie45, et si des choses non démontrées viennent à être exposées simplement parce qu’elles sont stimulantes et ouvrent des perspectives.

Il est encore légitime d’admettre que les névroses aussi doivent donner témoignage de l’histoire du développement psychique de l’être humain. Or, je crois avoir montré dans un article (Sur les deux principes)46 que nous pouvons attribuer, aux tendances sexuelles de l’être humain, un autre développement qu’aux tendances du moi. La raison en est essentiellement que les premières peuvent trouver à se satisfaire pendant assez longtemps sur un mode auto-érotique, tandis que les tendances du moi sont dès le début dirigées vers l’objet, et donc vers la réalité. Nous croyons avoir appris, pour les grands traits, quel est le développement47 de la vie sexuelle humaine (Trois essais sur la théorie sexuelle)48. Le développement du moi humain, c’est-à-dire des fonctions d’auto-conservation et des formations qui en découlent, est plus difficile à percer à jour. Je ne connais guère que la recherche de Ferenczi49 qui ait exploité à cette fin les données d’expérience de la psychanalyse. Notre tâche serait naturellement beaucoup plus facile, pour comprendre les névroses, si l’histoire du développement du moi nous était offerte par ailleurs, au lieu que nous devions maintenant faire le trajet en sens inverse50. Pourtant, on a l’impression que l’histoire du développement de la libido répète une séquence beaucoup plus ancienne du développement [phylogénétique]51 que ne le fait l’histoire du développement du moi[ ;] la première répète peut-être les conditions de développement de l’embranchement des vertébrés, tandis que la seconde est dépendante de l’Histoire de l’espèce humaine. Or, il existe une succession ordonnée à laquelle on peut rattacher divers prolongements. Cette succession se forme si l’on classe les psychonévroses (et pas seulement les névroses de transfert) dans l’ordre chronologique52 selon lequel elles apparaissent habituellement au cours de l’existence de l’individu. Alors l’hystérie d’angoisse, qui est presque sans condition préalable, est la névrose la plus précoce, l’hystérie de conversion la suit de près (à partir de la quatrième année environ), et la névrose obsessionnelle apparaît chez l’enfant encore un peu plus tard, dans la pré-puberté (9-10 ans). On ne rencontre pas de névroses narcissiques dans l’enfance. Parmi celles-ci, la forme classique de la démence précoce est une maladie des années de puberté, la paranoïa [apparaît à l’]approche des années de maturité, et la mélancolie-manie53 s’observe aussi dans la même période, quoique cela reste difficile à déterminer.

La succession ordonnée s’exprime [ainsi] :

Hystérie d’angoisse - hystérie de conversion -névrose obsessionnelle - démence précoce - paranoïa - mélancolie-manie.

Les dispositions-fixations54 [correspondant] à ces maladies semblent aussi produire une succession ordonnée qui s’exprime toutefois en sens inverse55, en particulier si l’on prend en considération les dispositions libidinales. Cela se passerait donc [de la façon suivante :] plus la névrose apparaît tardivement et plus elle doit régresser à une phase libidinale précoce. Cela ne vaut néanmoins que pour une description à grands traits. Sans aucun doute, l’hystérie de conversion s’oppose au primat de la génitalité, la névrose obsessionnelle au premier stade sadique, les trois névroses de transfert s’opposent à l’accomplissement du développement libidinal. Cependant, les névroses narcissiques remontent à des phases qui précèdent la découverte de l’objet56, la démence précoce revient à l’auto-érotisme, la paranoïa au choix d’objet narcissique de type homosexuel, [et] l’identification narcissique à l’objet est au fondement de la mélancolie. Les différences consistent en ce que la démence précoce apparaît indubitablement plus tôt que la paranoïa, bien que sa disposition libidinale remonte à plus loin [dans le début du développement], et en ce que [les cas de] mélancolie-manie ne permettent aucune assignation temporelle certaine. On ne peut donc affirmer que la succession temporelle des psycho-névroses, dont l’existence est certaine, serait uniquement déterminée par le développement libidinal. Autant que cela puisse être exact, on devrait plutôt souligner la relation inverse entre les deux. On sait aussi qu’avec l’âge, l’hystérie ou la névrose obsessionnelle peuvent évoluer en se transformant en démence précoce, et que l’inverse ne se produit jamais.

On peut cependant établir une autre succession ordonnée, phylogénétique, qui suit effectivement un cours parallèle à la succession temporelle des névroses. Seulement, il faut pour cela remonter la chaîne et ne pas craindre d’établir toutes sortes de maillons intermédiaires hypothétiques.

Le Dr Wittels57 a le premier exprimé l’idée que l’animal humain primitif passait son existence dans un milieu d’une extrême abondance et capable de satisfaire tous ses besoins, ce dont nous avons conservé l’écho dans le mythe du paradis originel. Dans un tel milieu, il se peut qu’il ait surmonté la périodicité de la libido, qui caractérise encore les mammifères. Ferenczi58 a ensuite avancé l’idée, dans son travail particulièrement riche et stimulant, déjà cité, que le développement de cet être humain primitif s’est poursuivi sous l’influence des destins géologiques de la terre, et que c’est spécialement le dénuement des époques glaciaires qui l’a poussé vers le développement de la civilisation. Il est en effet généralement admis que l’espèce humaine existait déjà à l’époque glaciaire, et en a subi l’influence.

Si l’on s’inspire de l’idée de Ferenczi, on est très tenté de reconnaître59 dans les trois dispositions [-] à l’hystérie d’angoisse, à l’hystérie de conversion et à la névrose obsessionnelle [-] les régressions aux phases par lesquelles l’espèce humaine dans son ensemble a dû passer à un certain moment, entre le début et la fin de l’époque glaciaire[ ;] de telle sorte que tous les êtres humains étaient alors comme n’est aujourd’hui qu’une partie d’entre eux en vertu de la prédisposition héréditaire inhérente à cette partie, et par nouvelle acquisition. Naturellement, les figures60 ne sauraient se recouvrir complètement, car la névrose comporte plus [d’éléments que ceux] que la régression amène avec elle. La névrose est aussi l’expression de la rébellion61 contre cette régression, elle est un compromis entre l’Ancien, préhistorique, et la revendication du Nouveau, qui vient de la civilisation. Cette différence devra se marquer le plus fortement dans la névrose obsessionnelle qui, comme aucune autre, est placée sous le signe de la contradiction interne. Pourtant, la névrose doit nécessairement ramener la figure [de l’]originaire, à la mesure du triomphe du refoulé en elle.

[(1).] Notre première hypothèse serait par conséquent de prétendre que, sous l’influence des privations provoquées par l’irruption de la période glaciaire, l’humanité est devenue universellement anxieuse62. Le monde extérieur, jusque-là essentiellement hospitalier et dispensateur de satisfaction pour tout besoin, se métamorphosa en une accumulation de dangers menaçants. Cela donna toute raison d’éprouver l’angoisse de réel63 devant toute nouveauté. À vrai dire, la libido sexuelle ne perdit pas tout d’abord ses objets, puisqu’ils sont humains par nature, mais on peut penser que le sujet, menacé dans son existence, se détourna dans une certaine mesure de l’investissement d’objet64, retint la libido dans le moi et transforma ainsi en angoisse de réel ce qui auparavant avait été libido d’objet. Or, nous voyons l’angoisse infantile comme résultat du fait qu’en cas d’insatisfaction l’enfant transforme la libido d’objet en angoisse de réel devant ce qui est étranger, mais aussi que cela l’entraîne généralement à s’angoisser devant toute nouveauté. Nous avons eu un long débat sur la question de savoir si l’angoisse de réel est la plus originaire, ou bien si c’est l’angoisse de désir65, si l’enfant transforme sa libido en angoisse de réel parce qu’il la juge trop forte, dangereuse, et accède de cette manière à la représentation du danger, ou bien s’il cède plutôt à une anxiété de caractère universel et apprend de celle-ci à redouter aussi sa libido insatisfaite. Nous étions près d’admettre la première hypothèse, de placer en premier lieu l’angoisse de désir, mais il nous manquait pour cela [l’idée d’]une disposition spéciale. Nous devions l’expliquer comme étant une tendance générale de l’enfant. Les considérations sur la phylogenèse semblent nous permettre maintenant de clore ce débat en faveur de l’angoisse de réel, et d’adopter l’idée qu’un certain nombre d’enfants apporte en naissant66 l’anxiété qui vient du début de l’époque glaciaire et que cette anxiété induit dès lors ces enfants à traiter la libido insatisfaite comme un danger extérieur. Mais l’excès relatif de libido résulterait de la même prédisposition et permettrait une nouvelle acquisition de l’anxiété qui est à l’état de disposition [phylogénétique]. Quoi qu’il en soit, la discussion sur [la question de] l’hystérie d’angoisse irait dans le sens de la prédominance de la disposition phylogénétique sur tous les autres facteurs.

2) A mesure que les temps difficiles se prolongeaient, dut se produire un conflit entre l’auto-conservation et le désir de reproduction67 chez les hommes primitifs menacés dans leur existence, conflit qui trouve son expression dans la plupart des cas typiques d’hystérie68. La quantité de vivres ne suffisait pas à permettre l’accroissement des hordes humaines, et les forces de l’individu isolé ne suffisaient pas [non plus] à maintenir en vie autant de gens sans défense. L’amour, et particulièrement l’amour des mères narcissiques69, a certainement opposé résistance au sacrifice des nouveau-nés. Ainsi la limitation de la reproduction devint-elle une obligation sociale. Les satisfactions perverses, sans visée de procréation, échappèrent à cet interdit, ce qui favorisa une certaine régression à la phase libidinale antérieure au primat de la génitalité. La limitation, l’abstinence70, dut atteindre la femme plus durement que l’homme plutôt insouciant des suites du rapport sexuel. Cette situation dans son ensemble est manifestement conforme aux conditions [d’apparition] de l’hystérie de conversion. Nous pouvons déduire de la symptomatologie [de l’hystérie de conversion] que l’être humain n’était pas encore doué de langage quand il s’imposa l’interdit de la reproduction face au dénuement qu’il ne maîtrisait pas, et qu’il n’avait donc pas encore construit le système du préconscient sur son inconscient. Ainsi, régresse également à l’hystérie de conversion quiconque y est [pré-]disposé, spécialement la femme, sous l’influence des interdits qui visent à éliminer la fonction génitale, alors que les impressions précoces d’un grand pouvoir d’excitation [la] poussent à l’activité génitale.

3) La suite du développement est facile à construire. Elle concerna surtout le mâle. Après qu’il eut appris à économiser sa libido et à rabaisser son comportement sexuel par régression à une phase antérieure, l’activité de l’intelligence acquit pour lui le rôle principal. Il apprit à chercher [intellectuellement], à comprendre quelque peu le monde hostile, et à s’assurer, par ses inventions, une première maîtrise [de cette hostilité]71 du monde. Il se développa sous le signe de l’énergie, élabora les prémices du langage, et dut accorder une grande importance aux acquisitions nouvelles. Le langage était pour lui de la magie, ses pensées lui semblaient être toutes-puissantes, il comprenait le monde d’après son moi. C’est le temps de la conception animiste du monde et de sa technique magique. En récompense de sa capacité à protéger la vie de beaucoup d’autres individus sans défense, il s’arrogea le pouvoir absolu sur eux, [et], du fait de sa personnalité, se fit le porte-parole des deux premières lois [ :] on n’aurait pas le droit de lui porter atteinte, ni de lui contester la libre disposition des femmes72. A la fin de cette époque, l’espèce humaine s’était scindée en autant de hordes dominées chacune par un mâle fort, avisé, et brutal, ayant la fonction de père73.

Il est possible que la nature égoïstement jalouse et sans égards que nous attribuons au père primitif de la horde humaine, selon la psychologie des peuples, n’ait pas existé dès le début mais se soit formée au cours de la dure époque glaciaire en tant que résultat de l’adaptation au dénuement.

Or, la névrose obsessionnelle répète les caractères de cette phase d’évolution de l’humanité, pour une part en négatif, étant donné qu’en effet la névrose, [par ses] formations réactionnelles74, équivaut à une rébellion contre le retour de ces caractères. La surévaluation de la pensée, la prodigieuse énergie qui fait retour dans la contrainte psychique, la toute-puissance des pensées et la tendance à établir des lois inflexibles75 sont autant de traits inchangés [de cette phase d’évolution]. Mais, contre les impulsions brutales76 qui veulent remplacer la vie amoureuse, s’élève la résistance qui, dans ses développements ultérieurs, finira par paralyser, à partir du conflit libidinal, l’énergie vitale de l’individu, et par ne laisser subsister, exister sous forme de contrainte, que les impulsions déplacées sur des choses de peu d’importance. Ainsi, ce prototype humain, le plus précieux pour le développement de la civilisation, succombe, en faisant retour [sous forme de névrosé]77, du fait des revendications de la vie amoureuse, de la même façon que le prototype redoutable du père primitif lui-même, qui plus tard fit retour sous forme de divinité, a succombé dans le monde réel, du fait des conditions familiales qu’il se créa.

4) Ainsi accomplirions-nous un programme prophétique de Ferenczi : « concilier les types de régression névrotique avec les étapes de l’histoire phylogénétique de l’humanité »78, peut-être sans nous fourvoyer dans des spéculations par trop hasardeuses. Pour ce qui concerne les autres névroses, d’apparition plus tardive, les névroses narcissiques, il nous manquerait cependant toute base à laquelle les rattacher si ne nous venait en aide l’hypothèse que la disposition à ces névroses a pu être acquise par une deuxième génération, dont le développement conduit à une nouvelle phase de la civilisation humaine.

Cette deuxième génération commence avec les fils auxquels le père primitif, dans sa jalousie, n’a pas laissé de liberté d’action. Nous avons établi ailleurs (Totem et tabou)79 que le père primitif chasse les fils quand ils ont atteint l’âge de la puberté. Les connaissances psychanalytiques nous engagent toutefois à substituer une autre solution, plus cruelle, à la précédente, à savoir que le père primitif dépouille les fils de leur virilité, après quoi ils peuvent rester au sein de la horde en tant que travailleurs auxiliaires inoffensifs. On peut probablement se représenter l’effet de la castration en ce temps originaire comme une extinction de la libido, et comme une interruption du développement individuel. La démence précoce semble répéter cet état, elle qui conduit, surtout dans la forme de l’hébéphrénie, à l’abandon de tout objet d’amour, à la récession de toutes les sublimations et au retour à l’auto-érotisme. Le jeune individu se comporte comme s’il avait subi la castration ; plus encore, des auto-castrations réelles ne sont pas rares dans cette maladie. On ne doit pas inclure au tableau phylogénétique ce qui caractérise habituellement la maladie [ :] les altérations du langage et les accès hallucinatoires, car [ces signes] correspondent aux tentatives de guérison, aux fréquents efforts visant à reconquérir l’objet, qui, dans le tableau clinique, sont presque plus frappants, pendant un temps, que les signes de récession80.

L’hypothèse que les fils ont subi pareil traitement est inséparable d’une question à laquelle il y a lieu de répondre en passant. Comment se fait-il que les pères primitifs aient des descendants et des substituts, s’ils se débarrassent des fils d’une telle manière[ ?]81. Atkinson (1903) a déjà indiqué la voie en soulignant que seuls les fils aînés eurent à redouter l’entière persécution de la part du père, cependant que le plus jeune - schématiquement - avait une chance d’échapper à ce destin et de devenir le successeur du père, grâce à l’intercession de la mère mais surtout par suite du vieillissement du père et de son besoin d’aide. Ce privilège du plus jeune fils a été radicalement éliminé dans l’organisation sociale qui a fait suite, et a été remplacé par le droit d’aînesse. Mais on peut très facilement en reconnaître [la trace] dans le mythe et le conte.

5) La transformation suivante ne put consister qu’en ceci [ :] les fils menacés esquivèrent la castration en prenant la fuite et apprirent à affronter la lutte pour la vie en étant alliés. Cette vie communautaire dut nécessairement donner naissance aux sentiments sociaux et put s’édifier sur la satisfaction sexuelle homosexuelle. Il est très possible que l’on puisse voir dans la transmission de cette phase d’évolution la disposition héréditaire à l’homosexualité recherchée depuis longtemps. Les sentiments sociaux qui ont pris naissance ici, par sublimation de l’homosexualité, devinrent cependant une propriété durable de l’humanité et servirent de base à toute société ultérieure. La paranoïa ramène toutefois de façon manifeste cette phase d’évolution ; plus précisément, la paranoïa se défend contre le retour de cette même phase, les alliances secrètes n’y manquent pas et le persécuteur y joue le rôle [du père] redoutable82. La paranoïa cherche à se défendre de l’homosexualité qui fut la base de l’organisation des frères et doit justement chasser de la société celui qui en est atteint, et83 [doit nécessairement] ruiner ses sublimations sociales.

6) Classer la mélancolie-manie dans ce contexte semble devoir se heurter à une difficulté [ :] on ne peut indiquer de façon certaine une date classique84 d’apparition de ces souffrances névrotiques85 chez l’individu. Il est pourtant avéré qu’on la rencontre plutôt dans la maturité que dans l’enfance. Si l’on considère l’alternance caractéristique de dépression et d’excitation de l’humeur, il est difficile de ne pas penser à la succession tellement semblable de [sentiments de] triomphe et de deuil qui constitue la périodicité normale des fêtes religieuses. Deuil pour la mort du dieu, joie triomphale pour sa résurrection. Mais, ainsi que nous l’avons deviné à partir des indications que nous donne la psychologie des peuples, ce cérémonial religieux ne fait que répéter en sens inverse le comportement des membres du clan des frères après qu’ils eurent terrassé86 et assassiné le père primitif : triomphe pour sa mort, puis deuil [de ce mort], puisqu’ils l’avaient tous révéré comme un modèle. Ainsi ce grand événement de l’histoire de l’humanité, qui marqua la fin de la horde primitive et la remplaça par l’organisation victorieuse des frères, produirait-il la prédisposition à cette succession caractéristique d’états d’humeur que nous identifions comme une maladie narcissique particulière, à côté des paraphrénies. Le deuil du père primitif procède de l’identification [à ce mort], et nous avons démontré87 qu’une telle identification est la condition du mécanisme de la mélancolie.

En résumé, nous pouvons [donc] dire [ :] Si les dispositions aux trois névroses de transfert ont été acquises dans la lutte contre le dénuement de l’époque glaciaire, alors, les fixations qui sont à la base des névroses narcissiques tirent leur origine de la répression exercée par le père qui prolonge, reprend pour ainsi dire88, le rôle de ce dénuement après la fin de l’époque glaciaire. De même que le premier combat mène à l’étape patriarcale de la civilisation, le second conduit à l’étape sociale, mais résultent des deux combats les fixations qui, en faisant retour après des millénaires, se transforment en disposition aux deux groupes de névroses89. Par conséquent, la névrose est aussi, en ce sens, une acquisition de la civilisation. Le parallèle que l’on vient d’esquisser est-il plus qu’une comparaison qui tient du jeu[ ?] Dans quelle mesure permet-il d’éclairer l’énigme non encore résolue des névroses[ ?] Il nous paraît légitime d’abandonner à des recherches à venir et à la lumière apportée par de nouvelles expériences [la réponse à ces questions]90.

Maintenant, il est temps de penser à une série d’objections qui nous rappellent que nous ne devons pas surestimer les déductions obtenues. D’abord, chacun aura remarqué que la deuxième série de dispositions, celle de la deuxième génération, ne put être acquise que par les hommes (en tant que fils), alors que la démence précoce, la paranoïa et la mélancolie peuvent aussi bien s’observer chez les femmes. Les femmes des temps originaires vivaient dans des conditions encore plus diverses qu’aujourd’hui. Ainsi donc, est inhérente à ces dispositions [de la deuxième série] une difficulté à laquelle celles de la première série échappent : elles semblent être acquises dans des conditions qui excluent la transmission héréditaire. Il est évident que les fils castrés et soumis ne prennent pas part à la reproduction, donc qu’ils ne peuvent perpétuer leur disposition (démence précoce). Cependant, l’état psychique des fils exclus, unis par l’homosexualité, ne peut pas davantage avoir de l’influence sur les générations suivantes, puisqu’ils s’éteignent en tant que branche latérale inféconde de la famille, aussi longtemps qu’ils n’ont pas triomphé sur le père. Mais, s’ils parviennent à ce triomphe, c’est alors l’événement vécu par une génération, [événement] dont on ne doit pas admettre qu’il se soit nécessairement reproduit de façon illimitée91.

Comme on peut le penser, il n’est pas difficile de trouver des échappatoires dans des domaines aussi obscurs. La difficulté coïncide au fond avec une autre, déjà soulevée : comment le père brutal de l’époque glaciaire, qui après tout n’était pas immortel comme sa réplique divine, a-t-il eu des continuateurs[ ?] De nouveau s’offre [l’hypothèse du] plus jeune fils, celui qui plus tard deviendra père [—] qui ne sera à vrai dire pas lui-même castré mais qui connaît le destin de ses frères aînés et le redoute pour lui [—], qu’a dû effleurer la tentation de fuir, comme les plus chanceux d’entre les aînés, et de renoncer à la femme. Ainsi demeurerait toujours, à côté des mâles déserteurs inféconds, une chaîne d’autres mâles qui suivent quant à eux les destins du genre masculin et peuvent les transmettre sous forme de dispositions. Reste, et c’est le point de vue essentiel, que pour lui [le plus jeune fils] l’oppression du père se substitue à la rigueur des temps.

Le triomphe sur le père a dû être prémédité et fantasié92 pendant d’innombrables générations avant que les fils ne réussissent à le réaliser. L’extension à la femme des dispositions engendrées par l’oppression du père semble présenter elle-même une plus grande difficulté. Les destins de la femme dans ces temps originaires nous sont cachés par une obscurité spéciale. C’est ainsi que peuvent entrer en considération des conditions de vie dont nous n’avons pas connaissance. Mais la remarque qu’il ne faut pas oublier la bisexualité de l’être humain nous épargne la plus grave difficulté. Ainsi la femme peut-elle prendre à son compte les dispositions acquises par l’homme et les faire elle-même apparaître en elle.

Néanmoins, ne nous dissimulons pas que ces hypothèses hasardeuses ne nous font en définitive atteindre rien d’autre que de permettre à nos fantaisies scientifiques d’échapper au reproche d’absurdité. Dans l’ensemble, ces fantaisies conservent leur valeur en tant qu’elles sont de salutaires rappels à la prudence, quand peut-être nous étions sur le chemin de placer la disposition phylogénétique au-dessus de tout le reste. Il ne faut donc pas93 aller jusqu’à croire que, selon un nombre proportionnel peut-être fixé par des lois [naturelles], des constitutions archaïques font retour chez les nouveaux individus et les poussent dans la névrose du fait qu’elles entrent en conflit avec les revendications du présent. Il reste de la place pour de nouvelles acquisitions et pour des influences que nous ne connaissons pas. En somme, nous ne sommes pas à la fin, mais au début d’une compréhension de ce facteur phylogénétique.