Rêve et télépathie*

L’annonce d’une communication comme celle-ci ne peut, en ces temps tout remplis d’un intérêt pour ce qu’on appelle phénomènes occultes, que susciter des attentes bien déterminées. Je m’empresse donc d’aller à leur encontre. À partir de ma conférence vous n’apprendrez rien sur l’énigme de la télépathie, et vous n’obtiendrez pas même d’information sur cette question : crois-je ou non à l’existence d’une « télépathie ». Je me suis fixé ici la tâche très modeste d’étudier la relation des phénomènes télépathiques, quelle que puisse être leur origine, au rêve, ou plus précisément à notre théorie du rêve. Il est connu de vous que l’on tient communément pour très intime la relation entre rêve et télépathie ; je défendrai devant vous le point de vue qu’ils ont peu à voir l’un avec l’autre et que si l’existence de rêves télépathiques était attestée, cela ne devrait rien changer à notre conception du rêve.

Le matériel qui est à la base de cette communication est très mince. Je dois avant tout exprimer mon regret de n’avoir pu, comme à l’époque où j’écrivais L’interprétation des rêves (1900), travailler sur mes propres rêves. Mais je n’ai jamais eu de rêve « télépathique ». Ce n’est pas faute d’avoir eu des rêves comportant la communication qu’en tel lieu éloigné se produisait un événement déterminé, le rêveur étant laissé libre dans son appréciation de décider si l’événement venait juste d’arriver ou le ferait plus tard à tel ou tel moment ; de même j’ai souvent éprouvé en pleine veille le pressentiment de phénomènes lointains ; mais toutes ces annonces, prédictions et pressentiments ne se sont pas accomplis, comme on dit ; il se révéla que ne leur correspondait aucune réalité extérieure et qu’on devait donc les considérer comme des attentes purement subjectives.

J’ai rêvé par exemple une fois, pendant la guerre, que l’un de mes fils qui se trouvait au front y était tombé. Le rêve ne disait pas cela directement, mais pourtant, à ne pas s’y méprendre, il l’exprimait avec les moyens bien connus de la symbolique de la mort, que W. Stekel fut le premier à décrire. (Ne négligeons pas de nous acquitter ici de l’obligation souvent inconfortable d’un respect scrupuleux des sources littéraires !) Je voyais le jeune guerrier debout sur un débarcadère, a la limite de la terre et de l’eau ; il me semblait très pâle, je lui adressais la parole, mais lui ne répondait pas. Il s’y ajoutait d’autres allusions sur lesquelles on ne pouvait se méprendre. Il ne portait pas l’uniforme militaire, mais un costume de skieur, comme celui qu’il portait lors de son grave accident de ski plusieurs années avant la guerre. Il se tenait juché comme sur un tabouret devant un buffet, situation qui devait me suggérer l’interprétation du « tomber », en référence à l’un de mes propres souvenirs d’enfance : étant enfant, âgé d’un peu plus de deux ans, j’étais moi-même monté sur un tel tabouret pour attraper quelque chose dans un buffet – probablement quelque chose de bon –, je suis alors tombé et me suis fait une blessure dont je peux encore montrer la trace aujourd’hui. Cependant, mon fils que ce rêve donnait pour mort est revenu sain et sauf des dangers de la guerre.

Tout récemment j’ai eu un autre rêve annonciateur de malheur, c’était je crois immédiatement avant de décider de rédiger cette petite communication ; cette fois c’était sans grand renfort de camouflage ; je voyais mes deux nièces vivant en Angleterre, elles étaient vêtues de noir et me disaient : jeudi nous l’avons enterrée. Je savais qu’il s’agissait de la mort de leur mère, actuellement âgée de quatre-vingt-sept ans, femme de mon défunt frère aîné.

Il y eut naturellement en moi un moment d’attente pénible ; le décès soudain d’une si vieille femme n’aurait évidemment rien de surprenant, et il serait pourtant si indésirable que mon rêve coïncidât précisément avec cet événement. Mais la première lettre d’Angleterre dissipa cette crainte. À l’intention de tous ceux qui sont préoccupés par la théorie du rêve comme désir, je les rassurerai en affirmant au passage qu’il n’a pas été difficile à l’analyse de découvrir également pour ces rêves de mort les motifs inconscients qu’on peut supposer.

Ne m’interrompez pas maintenant en m’objectant que de telles communications sont sans valeur parce que des expériences négatives, pas davantage ici que dans d’autres domaines moins occultes, ne peuvent prouver quoi que ce soit. Je le sais bien moi-même et je n’ai absolument pas amené ces exemples dans l’intention de fournir une preuve, ou d’obtenir subrepticement de vous une certaine disposition. Je voulais seulement me justifier du caractère limité de mon matériel.

Plus important, assurément, m’apparaît un autre fait, à savoir que pendant environ vingt-sept ans de mon activité d’analyste, je n’ai jamais eu l’occasion d’observer chez un patient un véritable rêve télépathique. Les personnes avec lesquelles je travaillais constituaient cependant une belle collection de natures sévèrement névropathiques et hautement « sensitives » ; nombre d’entre elles m’ont raconté, datant de leurs premières années, les incidents les plus remarquables sur lesquels elles fondaient leur croyance en des influences occultes mystérieuses. Des événements, tels des accidents ou des maladies frappant des proches, en particulier la mort d’un des deux parents, se sont produits assez souvent pendant la cure et l’ont interrompue, sans qu’un de ces hasards d’une nature pourtant si propice m’offrît, ne fût-ce qu’une fois, l’occasion de tenir un rêve télépathique, bien que la cure s’étendît sur un semestre, une année entière ou un certain nombre d’années. Quant à expliquer ce fait, qui s’accompagne en retour d’une limitation de mon matériel, s’en occupe qui veut. Vous verrez que cela n’intervient que dans le contenu de ma communication.

Je ne serai pas non plus embarrassé si l’on me demande pourquoi je n’ai pas puisé dans le riche trésor des rêves télépathiques amassés dans la littérature. Je n’aurais pas eu à chercher longtemps, car j’ai à ma disposition les publications de la Society for Psychical Research, tant l’anglaise que l’américaine, dont je suis membre. Dans toutes ces communications, on ne tente jamais une investigation psychanalytique des rêves, telle qu’elle doit nous intéresser au premier chef1. Du reste, vous comprendrez bientôt qu’on peut satisfaire aux objectifs de cette communication, fût-ce par un unique exemple de rêve.

Mon matériel consiste donc en tout et pour tout en deux récits que j’ai reçus de correspondants en Allemagne. Les intéressés ne me sont pas personnellement connus, mais ils indiquent leurs noms et adresses ; je n’ai pas la moindre raison de croire que les auteurs aient voulu m’induire en erreur.

I. Avec l’un d’eux j’ai déjà été en correspondance auparavant ; il a eu l’amabilité, comme beaucoup d’autres lecteurs, de me communiquer des observations tirées de la vie quotidienne, et autres. Cette fois, cet homme, manifestement cultivé et intelligent, met expressément son matériel à ma disposition, au cas où je voudrais l’« utiliser pour publication ».

Sa lettre dit :

« Je considère le rêve qui suit comme suffisamment intéressant pour vous le livrer comme matériel pour vos études.

« Je dois dire au préalable : ma fille qui est mariée à Berlin attend pour la mi-décembre de cette année une première naissance. J’ai l’intention d’aller à Berlin à cette époque avec ma (seconde) femme, la belle-mère de ma fille. Dans la nuit du 16 au 17 novembre, je rêve, de façon vivante et concrète comme je ne l’ai jamais fait, que ma femme a accouché de jumeaux. Je vois les deux enfants, la mine resplendissante, roses et joufflus, distinctement, couchés côte à côte dans leur petit lit, je ne diagnostique pas le sexe, l’un aux cheveux blonds comme les blés a distinctement mes traits mêlés à des traits de ma femme, l’autre aux cheveux brun-châtain a distinctement les traits de ma femme mêlés à des traits à moi. Je dis à ma femme qui a des cheveux blond-roux, vraisemblablement les cheveux brun-châtain de « ton » enfant deviendront plus tard roux eux aussi. Ma femme donne le sein aux enfants. Elle avait fait cuire de la confiture dans une cuvette (toujours dans le rêve) et les deux enfants grimpent à quatre pattes dans la cuvette et la lèchent.

« Voilà le rêve. Quatre ou cinq fois, je me suis à moitié réveillé en le faisant, me demandant s’il est vrai que nous avons eu des jumeaux, mais sans pouvoir pourtant conclure avec pleine certitude que je n’ai fait que rêver. Le rêve dure jusqu’au réveil, et même après il dure un moment, jusqu’à ce que je me rende clairement compte de la vérité. Au petit déjeuner, je raconte le rêve à ma femme, qui s’en amuse beaucoup. Elle dit : Ilse (ma fille) ne va quand même pas avoir des jumeaux ? Je réponds : Je peux à peine me le figurer, car ni dans ma famille ni dans celle de Gs. (son mari) on ne trouve des jumeaux. Le 18 novembre à dix heures du matin, je reçois un télégramme envoyé l’après-midi précédent par mon gendre, dans lequel il m’annonce la naissance de jumeaux, un garçon et une fille. La naissance s’est donc produite au moment où je rêvais que ma femme accouchait de jumeaux. L’accouchement a eu lieu quatre semaines plus tôt que nous ne le pensions tous en nous fondant sur les suppositions de ma fille et de son mari.

« Et cela continue : La nuit suivante, je rêve que ma défunte femme, la mère de ma fille, a pris en charge quarante-huit nouveau-nés. Lorsqu’on livre la première douzaine, je proteste. Là-dessus prend fin le rêve.

« Ma défunte femme aimait beaucoup les enfants. Elle disait souvent qu’elle aimerait en avoir autour d’elle toute une ribambelle, le plus serait le mieux, et qu’elle se sentirait tout particulièrement capable et comblée comme jardinière d’enfants. Bruits et cris d’enfants étaient sa musique. Il arriva même à l’occasion qu’elle invitât toute une troupe d’enfants de la rue et la régalât dans la cour de notre villa avec du chocolat et des gâteaux. Ma fille, après l’accouchement et notamment une fois passée la surprise créée par une survenue prématurée, par les jumeaux et par leur différence de sexes, a certainement pensé aussitôt à sa mère, dont elle savait qu’elle accueillerait l’événement en participant vivement à sa joie. « Que dirait donc maman, si elle était maintenant à mon chevet d’accouchée ? » Cette pensée lui a sans aucun doute traversé l’esprit. Et voilà que je fais ce rêve de ma première femme défunte, dont je rêve très rarement, dont je n’ai pas non plus parlé après le premier rêve et pour qui je n’ai eu aucune pensée.

« Tenez-vous la coïncidence du rêve et de l’événement, dans les deux cas, pour un hasard ? Ma fille, qui tient beaucoup à moi, a sans doute pensé particulièrement à moi à l’heure de son épreuve, d’autant que je lui ai souvent écrit au sujet de la conduite à avoir pendant la grossesse et que je n’ai cessé de lui prodiguer mes conseils. »

Il est facile de deviner ce que je répondis à cette lettre. J’étais peiné de constater que chez mon correspondant aussi l’intérêt analytique avait été si totalement anéanti par l’intérêt télépathique ; j’évitai donc sa question directe en remarquant que le rêve contenait, par ailleurs, encore bien d’autres choses en dehors de sa relation à la naissance gémellaire, et lui demandai de me communiquer les informations et les associations susceptibles de me permettre une interprétation du rêve.

Sur ce, je reçus cette seconde lettre qui, certes, ne satisfaisait pas complètement mes vœux :

« Je réponds seulement aujourd’hui à votre lettre amicale du 24 de ce mois. J’accepte volontiers de vous communiquer « sans omission ni réserve » toutes les associations qui me viennent. Malheureusement il y en a eu peu, il en viendrait davantage de vive voix.

« Bien ! ma femme et moi ne souhaitons plus d’enfant. Nous n’avons d’ailleurs pour ainsi dire pas de rapport sexuel, à l’époque du rêve du moins aucune sorte de « danger » n’existait. L’accouchement de ma fille qui était attendu pour la mi-décembre faisait naturellement l’objet de nombreuses conversations entre nous. Ma fille avait été examinée et radiographiée en été et, selon ses constatations, le consultant avait diagnostiqué que ce serait un garçon. Ma femme déclarait à l’occasion : « Je rirais bien finalement si c’était une fille. » Elle disait aussi à l’occasion que ce serait mieux si c’était un H. plutôt qu’un G. (nom de mon gendre), ma fille est plus jolie et a plus d’allure que mon gendre, bien qu’il ait été officier de marine. Je m’intéresse aux questions d’hérédité et j’ai l’habitude de chercher les ressemblances chez les petits enfants. Encore une chose ! Nous avons un petit chien qui dîne à table avec nous, y reçoit sa pâtée et lèche assiettes et plats. Tout ce matériel fait retour dans le rêve.

« J’aime bien les petits enfants et j’ai déjà dit souvent que j’élèverais volontiers encore une fois un tel petit être, maintenant qu’on peut le faire avec bien plus de compréhension, d’intérêt et de calme, mais avec ma femme, qui ne possède pas les capacités nécessaires pour l’éducation sensée d’un enfant, je n’en voudrais pas avoir. Voilà que le rêve m’en fait cadeau de deux — le sexe, je ne l’ai pas diagnostiqué. Aujourd’hui encore je les vois dans leur lit et je reconnais nettement les traits, l’un est plus « moi », l’autre est plus ma femme, mais chacun a de petits traits de l’autre. Ma femme a des cheveux blond-roux, mais l’un des enfants les a châtains (roux), bruns. Je dis : « Oh, celui-là aussi deviendra roux plus tard. » Les deux enfants rampent dans une grande cuvette où ma femme a remué de la confiture, et lèchent le fond et les bords (rêve). L’origine de ce détail est facile à expliquer, de même que l’ensemble du rêve ne serait pas difficile à comprendre et à interpréter, s’il n’avait pas coïncidé avec la survenue précoce et inattendue de la naissance de mes petits-enfants (trois semaines trop tôt), et cela presque heure pour heure (je ne peux exactement dire quand le rêve a commencé, mes petits-enfants sont nés à neuf heures et neuf heures un quart, vers onze heures je suis allé au lit et la nuit j’ai rêvé), et si nous n’avions pas déjà su à l’avance que ce serait un garçon. Assurément, le doute concernant l’exactitude de l’affirmation — garçon ou fille — peut bien faire apparaître des jumeaux dans le rêve, mais il reste toujours la coïncidence temporelle du rêve des jumeaux avec l’arrivée inattendue, et trois semaines à l’avance, de jumeaux chez ma fille.

« Ce n’est pas la première fois que des événements à distance accèdent a ma conscience avant que j’en reçoive la nouvelle. Un parmi beaucoup d’autres : en octobre mes trois frères m’ont rendu visite. Nous ne nous étions pas trouvés réunis depuis trente ans (naturellement à deux plus souvent), sauf très brièvement à l’enterrement de mon père et à celui de ma mère. La mort des deux était attendue, en aucun cas je ne l’ai « pressentie ». Mais lorsqu’il y a à peu près vingt-cinq ans, mon plus jeune frère mourut de façon soudaine et inattendue dans sa dixième année, il me vint aussitôt – lorsque le facteur me tendit la carte postale contenant la nouvelle de sa mort et sans que j’y aie jeté les yeux – cette pensée : il y est écrit que ton frère est mort. Il était pourtant seul dans la maison familiale, garçon plein de force et de santé, alors que nous quatre ses frères aînés nous nous étions déjà tous envolés de la maison et que nous étions absents. Par hasard, lors de la visite de mes frères, la conversation vint à porter sur cette expérience que j’avais alors vécue et voilà que les trois frères sortirent tous, comme sur ordre, cette déclaration qu’il leur était arrivé alors exactement la même chose qu’à moi. Était-ce de la même façon, je ne puis plus le dire, en tout cas chacun déclara avoir pressenti cette mort comme une certitude avant que la nouvelle reçue peu après et totalement inattendue ne l’ait notifiée. Nous sommes tous quatre, par le côté maternel, des natures sensibles et en même temps des êtres grands et forts, mais aucun n’est teinté d’un quelconque spiritisme ou occultisme, au contraire nous les rejetons résolument. Mes frères sont tous les trois diplômés d’université, deux sont professeurs de lycée, un géomètre en chef, plutôt tatillons que fantasques. – C’est là tout ce que je peux vous dire sur le rêve. Si vous voulez éventuellement l’utiliser pour publication, je le mets volontiers à votre disposition. »

J’ai fort à craindre que votre attitude soit semblable à celle de l’auteur des deux lettres. Vous aussi vous vous intéresserez avant tout à savoir si l’on peut vraiment concevoir ce rêve comme une annonce télépathique de cette naissance gémellaire inattendue, et vous ne serez absolument pas enclins à le soumettre, comme un autre, à l’analyse. Je prévois qu’il en sera ainsi à chaque fois que psychanalyse et occultisme se rencontreront. La première a pour ainsi dire tous les instincts psychiques contre elle, le second bénéficie de puissantes et obscures sympathies. Mais ma position ne sera pas de dire que je ne suis rien qu’un psychanalyste, que les questions de l’occultisme ne me concernent en rien ; vous ne verriez là que fuite devant le problème. Au contraire, j’affirme que ce serait pour moi un grand plaisir que de pouvoir me convaincre et en convaincre d’autres, par d’irréprochables observations, de l’existence de processus télépathiques, mais que les informations concernant ce rêve sont bien trop insuffisantes pour justifier une telle décision. Voyez comme cet homme intelligent et intéressé par les problèmes de son rêve ne pense même pas à nous indiquer quand il a vu pour la dernière fois sa fille enceinte ni quelles nouvelles il a récemment reçues d’elle ; il écrit dans la première lettre que la naissance est arrivée un mois trop tôt, dans la seconde il ne s’agit que de trois semaines, et aucune ne nous apprend si la naissance a réellement eu lieu avant terme ou si les intéressés, comme c’est si fréquent, n’ont pas fait une erreur de calcul. Mais nous serions dépendants de ces détails de l’événement, et de bien d’autres, si nous avions à juger de la vraisemblance d’une estimation et d’une prémonition inconscientes chez le rêveur. Je me disais aussi qu’il ne me servirait à rien de recevoir réponse à quelques-unes de ces questions. Au cours de cette tentative de démonstration, ne manqueraient pas de surgir sans cesse de nouveaux doutes qui ne pourraient être écartés que si l’on avait l’homme devant soi et si l’on rafraîchissait avec lui tous les souvenirs concernés, qu’il a peut-être mis de côté comme inessentiels. Il a certainement raison de dire au début de sa deuxième lettre qu’il en serait venu davantage de vive voix.

Pensez à un autre cas similaire où l’intérêt gênant pour l’occultisme n’a aucune part. Combien de fois avez-vous été en situation de comparer l’anamnèse et le récit de sa maladie que tel ou tel névrosé vous a donnés dans le premier entretien, avec ce que vous avez appris de lui après quelques mois de psychanalyse. Abstraction faite du raccourci bien compréhensible, combien d’informations essentielles a-t-il omises ou réprimées, combien de relations a-t-il déplacées, et au fond : combien de choses inexactes et fausses vous a-t-il racontées la première fois ! Je crois que vous ne me considérerez pas comme trop scrupuleux si, dans les conditions présentes, je me refuse à juger si le rêve qui nous a été communiqué correspond à un fait télépathique ou à une activité inconsciente, particulièrement subtile, du rêveur, ou s’il doit être pris simplement pour une rencontre fortuite. Nous consolerons notre curiosité par l’espoir d’une occasion ultérieure où nous serait accordée une investigation approfondie et verbale chez le rêveur. Mais vous ne pouvez pas dire que cette issue de notre recherche vous a déçus car je vous avais prévenus que vous n’apprendriez rien qui jette une lumière sur le problème de la télépathie.

Si nous passons maintenant au traitement analytique de ce rêve, il nous faut reconnaître à nouveau notre insatisfaction. Le matériel de pensées que le rêveur rattache au contenu manifeste du rêve est à son tour insuffisant ; avec lui nous ne pouvons faire aucune analyse du rêve. Le rêve, par exemple, s’attarde minutieusement à la ressemblance des enfants avec les parents, il discute de leur couleur de cheveux et de sa probable modification dans des temps ultérieurs, et pour expliquer ces détails largement étalés le rêveur ne nous donne que cette information indigente qu’il s’est toujours intéressé aux questions de ressemblance et d’hérédité ; nous avons pourtant l’habitude de poser de plus vastes exigences ! Mais sur un point, le rêve permet une interprétation analytique, là précisément l’analyse, qui par ailleurs n’a rien à voir avec l’occultisme, vient de façon remarquable au secours de la télépathie. C’est uniquement à cause de ce point que je réclame votre attention pour ce rêve.

Si vous examinez la chose correctement, ce rêve n’a absolument aucun droit à la qualification de « télépathique ». Il ne communique au rêveur rien qui – soustrait à sa connaissance ordinaire – se passe simultanément en un autre endroit ; mais ce que le rêve raconte est quelque chose de tout autre que l’événement dont rend compte un télégramme le deuxième jour après la nuit du rêve. Rêve et événement divergent sur un point tout particulièrement important, mais ils concordent, mis à part la simultanéité, en un autre élément très intéressant. Dans le rêve, c’est la femme du rêveur qui a eu des jumeaux. Mais ce qui se produit c’est que sa fille qui vit au loin a accouché de jumeaux. Le rêveur n’ignore pas cette différence, il ne semble connaître aucune voie pour la surmonter, et comme il n’a, selon ses dires, aucune inclination occultiste, il se contente de demander très timidement si la coïncidence du rêve et de l’événement sur le point de la naissance gémellaire peut être autre chose qu’un hasard. Mais l’interprétation psychanalytique des rêves abolit cette différence entre rêve et événement, et donne à tous deux le même contenu. Si nous en appelons au matériel associatif de ce rêve, il nous montre, malgré sa pauvreté, qu’il existe ici un lien affectif intime entre père et fille, lien affectif si habituel et naturel qu’on devrait cesser d’en avoir honte, qui assurément ne vient à s’exprimer dans la vie que comme intérêt tendre, et n’entraîne ses dernières conséquences que dans le rêve. Le père sait que la fille tient beaucoup à lui, il est convaincu qu’elle a beaucoup pensé à lui à l’heure de son épreuve ; je pense qu’au fond il envie sa fille à son gendre qu’il effleure dans sa lettre de quelques remarques dépréciatives. À l’occasion de l’accouchement (attendu ou perçu par télépathie) s’éveille dans le refoulé le désir inconscient : il vaudrait mieux qu’elle soit ma (seconde) femme, et c’est ce désir qui déforme la pensée du rêve et qui est responsable de la différence entre le contenu manifeste du rêve et l’événement. Nous avons le droit de remplacer dans le rêve la seconde femme par la fille. Si nous possédions plus de matériel pour ce rêve, nous pourrions certainement assurer et approfondir cette interprétation.

Et j’en suis maintenant arrivé à ce que je voulais vous montrer. Nous nous sommes efforcés à la plus stricte impartialité et nous avons admis deux conceptions du rêve comme également possibles et comme également non démontrées. D’après la première, le rêve est la réaction à un message télépathique : ta fille est juste en train de mettre au monde des jumeaux. D’après la seconde, il repose sur un travail de pensée inconscient qu’on pourrait traduire à peu près ainsi : c’est bien aujourd’hui le jour où devrait avoir lieu l’accouchement, si ces jeunes de Berlin se sont vraiment trompés d’un mois, comme je le crois au fond. Et si ma (première) femme vivait encore, elle ne serait pas contente d’un seul petit-enfant ! Pour elle, ce devrait être au moins des jumeaux. Si cette seconde conception est la bonne, il n’apparaît plus pour nous aucun nouveau problème. C’est tout simplement un rêve comme un autre. Aux pensées de rêve (préconscientes) qui ont été mentionnées s’est ajouté le désir (inconscient) que nulle autre que la fille n’aurait dû devenir la deuxième femme du rêveur, et c’est ainsi que s’est produit le rêve manifeste qui nous a été communiqué.

Mais si vous préférez supposer que le message télépathique de l’accouchement de la fille est parvenu au dormeur, alors surgissent de nouvelles questions sur le rapport d’un tel message au rêve et sur son influence sur la formation du rêve. La réponse va alors de soi et peut être fournie sans aucune équivoque. Le message télépathique est traité comme un morceau du matériel destiné à la formation du rêve, comme tout autre stimulus qu’il vienne de l’extérieur ou de l’intérieur, comme un bruit gênant venant de la rue, comme une sensation insistante venant d’un organe du dormeur. Dans notre exemple, on voit avec évidence comment le message est transformé en accomplissement de désir avec l’aide d’un désir refoulé et aux aguets, et c’est malheureusement avec moins de clarté qu’on peut montrer qu’il s’est fondu en un rêve avec un autre matériel simultanément éveillé. Le message télépathique – si tant est qu’on doive en reconnaître la réalité – ne peut donc rien changer à la formation du rêve, la télépathie n’a rien à voir avec l’essence du rêve. Pour éviter l’impression que je voudrais cacher une obscurité derrière un mot abstrait et sonnant bien, je suis prêt à redire : l’essence du rêve consiste dans le processus particulier du travail du rêve, lequel transporte des pensées préconscientes (restes diurnes) à l’aide d’une motion de désir inconscient dans le contenu manifeste du rêve. Mais le problème de la télépathie concerne aussi peu le rêve que ne le fait le problème de l’angoisse.

J’espère que cela vous me l’accorderez, mais que vous m’objecterez bientôt qu’il existe pourtant d’autres rêves télépathiques, où il n’y a aucune différence entre événement et rêve et où il n’y a rien d’autre à trouver que la restitution non déformée de l’événement. Encore une fois, je ne connais pas, par ma propre expérience, de tels rêves télépathiques mais je sais qu’ils ont été souvent rapportés. Supposons que nous ayons affaire à un tel rêve télépathique sans déformation ni mélange. Une autre question se pose alors : faut-il même nommer « rêve » une telle expérience vécue télépathique ? Vous le ferez à coup sûr tant que vous suivrez le langage usuel populaire pour lequel tout ce qui se passe dans votre vie psychique durant la période de sommeil s’appelle rêves. Peut-être dites-vous aussi : je me suis retourné en rêve, et trouvez-vous encore moins incorrect de dire : j’ai pleuré en rêve ou je me suis angoissé en rêve. Mais remarquez pourtant bien que dans tous ces cas vous utilisez l’un pour l’autre, sans distinction, « rêve » et « sommeil », ou « état de sommeil ». Je pense qu’il serait dans l’intérêt de la précision scientifique de mieux séparer « rêve » et « état de sommeil ». Pourquoi devrions-nous fournir un pendant à la confusion suscitée par Maeder qui découvrit une nouvelle fonction pour le rêve en refusant totalement de distinguer le travail du rêve des pensées latentes du rêve ? Si donc nous devions rencontrer un « rêve » télépathique pur de cette sorte, nous préférerions sûrement l’appeler une expérience vécue télépathique dans l’état de sommeil. Un rêve sans condensation, déformation, dramatisation, avant tout sans accomplissement de désir ne mérite sûrement pas ce nom. Vous allez me rappeler qu’il y a encore d’autres productions psychiques dans le sommeil auxquelles on devrait alors refuser le nom de « rêve ». Il arrive que des expériences vécues réelles de la journée soient simplement répétées dans le sommeil, tout récemment les reproductions en « rêve » de scènes traumatiques nous ont contraint à une révision de la théorie du rêve ; il y a des rêves qui se distinguent de l’espèce habituelle par des qualités toutes particulières, qui ne sont à vrai dire rien d’autre que des fantasmes nocturnes sans altération, ni mélange, au demeurant tout à fait semblables aux fantasmes diurnes bien connus. Il serait certainement gênant d’exclure ces formations de la qualification de « rêves ». Mais tout cela vient bien de l’intérieur, ce sont des produits de notre vie psychique, tandis que le pur « rêve télépathique » serait selon son concept même une perception venant de l’extérieur, à l’égard de laquelle la vie psychique se comporterait de façon réceptive et passive.

II. Le second cas que je veux vous rapporter se situe à vrai dire dans une autre direction. Il ne nous présente pas de rêve télépathique, mais un rêve récurrent depuis les années d’enfance chez une personne qui a eu beaucoup d’expériences vécues télépathiques. Sa lettre que je livre ci-dessous contient bien des choses remarquables sur lesquelles il nous est impossible de porter un jugement. Une partie peut en être exploitée quant au rapport de la télépathie avec le rêve.

1

«… Mon médecin, le Dr N., m’a conseillé de vous raconter un rêve qui me poursuit depuis environ trente à trente-deux ans. J’ai suivi son conseil, peut-être le rêve a-t-il de l’intérêt pour vous du point de vue scientifique. Puisque d’après votre opinion de tels rêves doivent être ramenés à une expérience vécue en rapport avec la sexualité lors des premières années d’enfance, je vous livre des souvenirs d’enfance, ce sont des expériences vécues qui exercent encore aujourd’hui leur impression sur moi et qui ont été si prégnantes qu’elles ont déterminé ma religion.

« Puis-je vous prier de me communiquer éventuellement, après en avoir pris connaissance, la façon dont vous vous expliquez ce rêve, et de me dire s’il n’est pas possible de le faire disparaître de ma vie, car il me poursuit comme un fantôme et compte tenu des circonstances dont il est accompagné — je tombe constamment du lit et me suis déjà infligé des blessures non négligeables — il est pour moi très désagréable et douloureux.

2

« J’ai trente-sept ans, je suis très robuste et en bonne santé physique ; en dehors des oreillons et de la scarlatine, j’ai fait dans mon enfance une inflammation des reins. Dans ma cinquième année j’ai eu une très grave inflammation oculaire dont il subsista une diplopie. Les images sont obliques l’une par rapport à l’autre, les contours de l’image sont effacés, parce que des cicatrices d’ulcérations altèrent la clarté. Mais selon l’avis des spécialistes, on ne peut plus rien modifier ou améliorer à mon œil. À force de fermer l’œil gauche pour voir plus clair, la moitié gauche de mon visage s’est trouvée tirée vers le haut. J’arrive à force d’exercice et de volonté à faire les travaux manuels les plus fins ; de même, enfant de six ans, j’ai désappris devant la glace à voir de travers, de sorte qu’aujourd’hui rien n’apparaît plus extérieurement de ce défaut oculaire.

« Dès les toutes premières années d’enfance, j’ai toujours été solitaire, je me suis retranchée des autres enfants et j’ai déjà eu des visions (clair-audiance et clair-voyance), mais je n’ai pas pu distinguer cela de la réalité et j’ai été de ce fait souvent entraînée dans des conflits qui ont fait de moi quelqu’un de très réservé et timoré. Comme j’en savais déjà beaucoup plus, tout petit enfant, que je n’en avais pu apprendre, je ne comprenais tout simplement plus les enfants de mon âge. Je suis moi-même l’aînée de douze frères et sœurs.

« De six à dix ans, j’ai fréquenté l’école communale et ensuite, jusqu’à seize ans, l’école secondaire des Ursulines à B. À l’âge de dix ans, en l’espace de quatre semaines, c’est-à-dire en huit leçons particulières, j’ai rattrapé autant de français que d’autres enfants en apprennent en deux années. Je n’avais qu’à répéter, c’était comme si je l’avais déjà appris et seulement oublié. D’une façon générale, je n’ai jamais eu besoin d’apprendre le français, même plus tard, contrairement à l’anglais qui, certes, ne me faisait aucune difficulté, mais qui m’était inconnu. Comme pour le français il en fut pour le latin, que je n’ai à proprement parler jamais vraiment appris ; je ne le connais qu’à partir du latin d’Église, mais il m’est parfaitement familier. Si je lis aujourd’hui un ouvrage français, je pense aussitôt en français, ce qui ne m’arrive jamais avec l’anglais, bien que je maîtrise mieux l’anglais. – Mes parents sont des paysans qui, depuis des générations, n’ont jamais parlé d’autres langues que l’allemand et le polonais.

« Visions : parfois, pour un moment, la réalité disparaît et je vois quelque chose de tout autre. Dans mon appartement, je vois par exemple très souvent un vieux couple et un enfant, l’appartement a alors un autre mobilier. – Lorsque j’étais encore à la maison de santé, vers quatre heures du matin, mon amie venait dans ma chambre, j’étais réveillée, j’avais la lampe allumée et je lisais à une table, car très souvent je souffre d’insomnie. Cette apparition signifie toujours pour moi contrariété, cette fois-là aussi.

« En 1914, mon frère était au front, moi-même je n’étais pas chez mes parents à B., mais à Ch. Il était 10 heures du matin, le 22 août, lorsque j’entendis appeler « mère, mère » de la voix de mon frère. Même chose dix minutes plus tard, mais je n’ai rien vu. Je rentrai à la maison le 24 août, je trouvai ma mère oppressée, et à mes questions elle répondit que le jeune homme s’était manifesté le 22 août. Elle était au jardin le matin lorsqu’elle avait entendu le jeune homme crier « mère, mère ». Je la consolai et je ne lui dis rien en ce qui me concernait. Trois semaines plus tard arriva une carte de mon frère, qu’il avait écrite le 22 août entre 9 et 10 heures du matin ; peu après il mourut.

« Le 27 septembre 1921, à la maison de santé, quelque chose se manifesta en moi. On frappa fortement deux ou trois fois au lit de ma compagne de chambre. Nous étions toutes deux éveillées ; je lui demandai si elle avait frappé : elle n’avait pas même entendu quoi que ce soit. Huit semaines après, j’appris que l’une de mes amies était morte dans la nuit du 26 au 27.

« Maintenant, quelque chose qu’on peut qualifier d’illusion des sens, question de point de vue ! J’ai une amie qui s’est épousé un veuf avec cinq enfants ; je n’ai fait la connaissance de cet homme que par mon amie. Dans leur appartement, je vois presque chaque fois, quand je suis chez elle, une dame sortir et entrer. La première supposition c’est qu’il s’agissait de la première femme de cet homme. Je demandai à l’occasion une photographie, mais d’après celle-ci je ne pus identifier l’apparition. Sept ans après, je vois chez un des enfants la photo de quelqu’un avec les traits de la dame. C’était bien la première femme. Sur la photo elle avait bien meilleure mine ; elle venait de subir une cure de suralimentation d’où, pour une poitrinaire, cette apparence modifiée. – Ce ne sont que des exemples parmi d’autres.

« Le rêve : je vois une langue de terre entourée d’eau. Les vagues sont projetées par la houle puis tirées en arrière. Sur la langue de terre se trouve un palmier, qui est un peu courbé vers l’eau. Une femme entoure d’un bras le tronc du palmier et se penche très profond vers l’eau, où un homme tente de gagner la terre. À la fin, elle s’étend sur le sol, s’accroche solidement de la main gauche au palmier et tend aussi loin que possible sa main droite à l’homme dans l’eau, sans l’atteindre. C’est là que je tombe du lit et m’éveille. — J’avais environ quinze à seize ans lorsque je me rendis compte que cette femme c’était moi-même, et non seulement j’éprouvais alors l’angoisse de la femme pour cet homme, mais parfois aussi j’assistais sans participer, en tiers, et je regardais. Je rêvais aussi par étapes cette expérience vécue. L’intérêt pour l’homme s’éveillant (dix-huit à vingt ans), je tentai de reconnaître le visage de l’homme, mais ce ne me fut jamais possible. L’écume ne laissait émerger que la nuque et l’arrière de la tête. J’ai été fiancée deux fois, mais d’après la tête et la stature, il ne s’agissait d’aucun de ces deux hommes. – Un jour où, à la maison de santé, je me trouvais en état d’ivresse paraldéhydique, je vis le visage de l’homme et depuis je le vois dans chaque rêve. C’est le visage de mon médecin traitant à l’établissement, qui assurément m’est sympathique comme médecin, mais à qui rien ne me lie.

« Souvenirs : J’ai 6 à 9 mois. Moi dans la voiture d’enfant, à droite à côté de moi, deux chevaux ; l’un d’eux, un brun, me regarde de ses grands yeux impressionnants. C’est l’expérience vécue la plus forte, j’avais le sentiment que c’était un être humain.

« À l’âge d’un an : Mon père et moi dans le parc municipal, où un gardien me donne dans la main un petit oiseau. Ses yeux de nouveau me regardent, je sens : c’est une créature comme toi.

« Abattages domestiques : Aux couinements des cochons, j’ai constamment appelé à l’aide et toujours crié : c’est un être humain que vous mettez à mort (âge de quatre ans). J’ai constamment refusé la viande comme nourriture. La viande de porc m’a constamment provoqué des vomissements. Ce n’est que durant la guerre que j’ai appris à manger de la viande, mais seulement à contrecœur, maintenant je m’en déshabitue à nouveau.

« À l’âge de cinq ans : Ma mère accouchait et je l’entendais crier. J’avais la sensation : il y a là un animal ou un être humain dans la plus extrême détresse, tout comme ma sensation pendant les abattages.

« Du point de vue sexuel j’ai été, enfant, tout à fait indifférente ; à dix ans, les péchés contre la chasteté étaient encore en dehors de mon entendement. À douze ans, je fus réglée. C’est seulement à vingt-six ans, après que j’eus donné la vie à un enfant, que s’éveilla la femme en moi ; jusque-là (un semestre) j’avais toujours, pendant le coït, de violents vomissements. Plus tard aussi le vomissement survenait, quand la plus petite contrariété m’oppressait.

« J’ai un don d’observation extraordinairement aigu et une ouïe exceptionnellement aiguë, l’odorat est tout aussi développé. Je peux, les yeux bandés, détecter par l’odorat des personnes que je connais au milieu d’un tas d’autres.

« Je ne rapporte pas mon hyper-voyance et hyper-audiance à une nature morbide, mais à une sensibilité plus fine, à une capacité de combinaison plus rapide ; mais je n’en ai parlé qu’à mon professeur d’instruction religieuse et à M. le Dr et d’ailleurs à ce dernier très à contrecœur seulement, parce que je redoutais d’entendre que j’avais des facultés marquées du signe moins, que personnellement, je considère comme des facultés marquées du signe plus, et parce que, incomprise dans ma jeunesse, je suis devenue très craintive. »

Le rêve que notre correspondante nous charge d’interpréter n’est pas difficile à comprendre. C’est un rêve de sauvetage hors de l’eau, donc un rêve de naissance typique. La langue de la symbolique ne connaît comme vous savez aucune grammaire, elle est l’extrême d’un langage à l’infinitif, et même l’actif et le passif sont représentés par la même image. Quand dans le rêve une femme tire (ou veut tirer) un homme de l’eau, cela peut signifier qu’elle veut être sa mère (qu’elle le reconnaît comme son fils, comme la fille du pharaon reconnut Moïse) ou bien aussi : elle veut, par lui, devenir mère, avoir de lui un fils qui, en tant que son image, est posé comme équivalent à lui. Le tronc de l’arbre auquel se tient la femme est facile à identifier comme symbole phallique, même s’il ne se dresse pas tout droit, mais est incliné – le rêve dit : courbé – vers la surface de l’eau. La poussée et le reflux de la houle inspiraient un jour à une autre rêveuse, qui avait produit un rêve tout à fait semblable, la comparaison avec l’activité intermittente des douleurs, et lorsque je lui demandai, à elle qui n’avait encore jamais accouché, d’où elle connaissait ce caractère du travail d’accouchement, elle dit qu’on se représente la douleur comme une sorte de colique, ce qui est physiologiquement tout à fait irréprochable. Elle associa à cela « les vagues de la mer et de l’amour »a. D’où notre rêveuse a-t-elle pu tirer en de si précoces années l’ornementation plus détaillée du symbole (langue de terre, palme), je ne saurais naturellement le dire. D’ailleurs, à ce propos, n’oublions pas ceci : lorsque des personnes affirment être depuis des années poursuivies par le même rêve, il s’avère souvent que de façon manifeste ce n’est pas tout à fait le même. Seul le noyau du rêve a, chaque fois, fait retour, des détails du contenu ont été modifiés ou se sont nouvellement ajoutés.

À la fin de ce rêve, à l’évidence plein d’angoisse, la rêveuse tombe du lit. C’est encore une figuration de la naissance. L’investigation analytique des phobies des hauteurs, de l’angoisse face à l’impulsion de se précipiter par la fenêtre vous a certainement livré à tous le même résultat.

Qui est donc l’homme dont la rêveuse désire avoir un enfant ou de l’image duquel elle voudrait être mère ? Elle s’est souvent efforcée de voir son visage, mais le rêve ne le permettait pas, l’homme devait rester incognito. Nous savons à partir d’analyses innombrables ce que signifie ce voilement, et notre conclusion par analogie est confirmée par une autre indication de la rêveuse. Dans une ivresse paraldéhydique, elle reconnut une fois le visage de l’homme du rêve comme étant celui du médecin de l’établissement, qui la traitait et qui ne signifiait rien de plus pour sa vie affective consciente. L’original ne s’était donc jamais montré, mais sa duplication dans le « transfert » autorise à conclure qu’il aurait dû être bien auparavant le père. Que Ferenczi avait donc raison d’indiquer les « rêves des innocents » comme de précieux documents confirmant nos suppositions analytiques ! Notre rêveuse était l’aînée de douze enfants ; comme elle devait avoir souvent connu les tourments de la jalousie et de la déception lorsque c’était sa mère et non pas elle qui concevait du père l’enfant ardemment souhaité !

Notre rêveuse a très bien compris que ses premiers souvenirs d’enfance seraient précieux pour l’interprétation de son rêve précoce et faisant retour depuis lors. Dans la première scène, avant un an, elle est assise dans la voiture d’enfant ; à côté d’elle, deux chevaux dont l’un la regarde de ses grands yeux impressionnants. Elle désigne cela comme étant son vécu le plus fort, elle avait le sentiment que c’était un être humain. Mais, quant à nous, nous ne pouvons faire nôtre cette appréciation que si nous admettons que les deux chevaux étaient là, comme c’est si souvent le cas, à la place d’un couple, à la place du père et de la mère. C’est alors comme une irruption du totémisme infantile. Si nous pouvions parler à cette correspondante, nous lui demanderions si ce n’est pas le père, en raison de la couleur, qui peut être reconnu dans le cheval brun qui la regarde de façon si humaine. Le second souvenir est lié associativement au premier par le même « regard plein de compréhension ». Mais prendre dans la main le petit oiseau évoque pour l’analyste, qui a encore une fois ses préjugés, un trait du rêve qui met la main de la femme en relation avec un autre symbole phallique.

Les deux souvenirs suivants vont ensemble, ils présentent à l’interprétation des difficultés encore moindres. Le cri de la mère à son accouchement lui rappelle directement le couinement des cochons lors d’un abattage domestique, et la met dans la même frénésie compatissante. Mais nous supposons aussi qu’il existe ici une réaction violente contre un méchant désir de mort dirigé contre la mère.

Avec ces allusions à la tendresse pour le père, aux contacts génitaux avec lui et aux désirs de mort à l’encontre de la mère, les contours du complexe d’Œdipe féminin sont tracés. L’ignorance sexuelle longtemps préservée et la frigidité ultérieure correspondent à ces présupposés. Notre correspondante est devenue virtuellement – et certainement aussi de temps à autre effectivement – une névroséeb hystérique. Les forces de la vie, pour son bonheur, l’ont emportée avec elles, rendant possibles pour elle les sensations sexuelles féminines, le bonheur maternel et une activité professionnelle aux aspects variés, mais une part de sa libido s’accroche toujours aux points de fixation de son enfance, elle fait toujours ce rêve qui la jette hors du lit et la punit de son choix d’objet incestueux par des « blessures non négligeables ».

Ce que n’a pu provoquer l’influence des expériences ultérieures les plus fortes, maintenant l’explication donnée par lettre d’un médecin étranger doit le réaliser. Vraisemblablement une analyse dans les règles y parviendrait en un temps plus long. Les choses étant ce qu’elles étaient, je dus me contenter de lui écrire que j’étais convaincu qu’elle souffrait des répercussions d’un fort attachement sentimental au père et de l’identification correspondante à la mère, mais je n’espérais pas moi-même que cette explication lui serait utile. Les guérisons spontanées des névroses laissent en général derrière elle des cicatrices et celles-ci redeviennent de temps en temps douloureuses. Nous sommes très fiers de notre art quand nous avons accompli une guérison par la psychanalyse, mais nous ne pouvons pas non plus toujours éviter, comme issue, la formation d’une telle cicatrice douloureuse.

La petite série de souvenirs doit retenir encore un peu notre attention. J’ai affirmé autrefois que de telles scènes d’enfance sont des « souvenirs-écran » qui sont puisés dans une époque ultérieure, assemblés et de plus assez souvent falsifiés. Parfois on peut deviner quelle tendance sert ce remaniement tardif. Dans notre cas on entend aussitôt le moi de notre correspondante se vanter ou se rassurer au moyen de cette série de souvenirs : depuis l’enfance, j’étais un être humain particulièrement noble et compatissant. J’ai reconnu précocement que les animaux ont une âme tout comme nous, et n’ai pas supporté la cruauté envers les animaux. Les péchés de la chair me sont restés étrangers et j’ai préservé ma chasteté jusqu’à un âge tardif. Par une telle déclaration elle contredit ouvertement les hypothèses que nous devons faire sur la base de notre expérience analytique, concernant sa première enfance, à savoir qu’elle était pleine de motions sexuelles précoces et de violentes motions de haine contre sa mère et ses frères et sœurs plus jeunes. (Le tout petit oiseau peut, en dehors de la signification génitale qui lui est impartie, avoir aussi celle d’un symbole de petit enfant, comme tous les petits animaux, et le souvenir accentue avec une telle insistance l’égalité des droits entre ce petit être et elle-même.) La courte série de souvenirs donne ainsi un joli exemple d’une formation psychique à double aspect. Considérée superficiellement, elle donne expression à une pensée abstraite qui, ici, comme la plupart du temps, se rapporte à l’éthique, elle a selon la dénomination de H. Silberer un contenu anagogique ; à une investigation plus profondément poussée, elle s’avère être une chaîne de faits provenant du domaine de la vie pulsionnelle refoulée, elle révèle son contenu psychanalytique. Comme vous savez, c’est Silberer, l’un des premiers à nous avoir fait parvenir l’avertissement de ne pas oublier la part la plus noble de l’âme humaine, qui a posé l’affirmation que tous les rêves, ou la plupart d’entre eux, autorisent une telle interprétation double, l’une plus pure, anagogique, se superposant à l’autre, vulgaire, psychanalytique. En fait, ce n’est malheureusement pas le cas ; au contraire, une telle surinterprétation n’est possible que très rarement ; et même, à ma connaissance, il n’a pas été publié à ce jour un seul exemple utilisable d’une telle analyse de rêve a double sens. Mais sur les séries d’associations que produisent nos patients dans la cure analytique, vous pouvez faire assez souvent de telles observations. Les idées qui se suivent les unes les autres sont rattachées d’un côté par une association qui les traverse en toute clarté, mais d’un autre côté vous remarquez un thème plus profond, tenu secret, qui concerne simultanément toutes ces idées. L’opposition entre les deux thèmes dominants dans la même série d’idées n’est pas toujours celle du noble-anagogique et du vulgaire-analytique, mais plutôt celle du choquant et du convenable ou indifférent, ce qui vous permet alors de comprendre facilement le motif de l’apparition d’une telle chaîne associative à double détermination. Dans notre exemple, ce n’est naturellement pas un hasard si anagogie et interprétation psychanalytique sont dans une opposition si aiguë ; toutes deux se rapportent au même matériel et la tendance la plus tardive est précisément celle des formations réactionnelles qui s’étaient élevées contre les motions pulsionnelles déniéesc.

Alors, pourquoi cherchons-nous donc une interprétation psychanalytique et ne nous contentons-nous pas de l’interprétation anagogique toute proche ? Cela tient à bien des choses, à l’existence de la névrose en général, aux explications qu’elle exige nécessairement, au fait que la vertu ne rend pas les hommes aussi joyeux et forts dans la vie qu’on devrait s’y attendre, comme si elle portait encore en elle trop de traces de son origine – même notre rêveuse n’a pas été bien récompensée de sa vertu –, et à bien d’autres choses que je n’ai pas précisément besoin de développer devant vous.

Mais jusqu’ici nous avons laissé tout à fait de côté la télépathie, l’autre déterminant de notre intérêt pour ce cas. Il est temps d’y revenir. En un certain sens, cela nous est plus facile ici que dans le cas de M. G… S’agissant d’une personne chez qui la réalité s’évanouit si facilement dès sa prime jeunesse, pour faire place à un monde fantasmatique, la tentation devient très forte de rapprocher ses expériences vécues et « visions » télépathiques de sa névrose et de les en déduire, même si nous ne devons pas nous illusionner ici non plus sur la force contraignante de nos thèses. Nous mettons seulement des hypothèses compréhensibles à la place de l’inconnu et de l’incompréhensible.

Le 22 août 1914, à dix heures du matin, notre correspondante est l’objet d’une perception télépathique selon laquelle son frère qui est au front l’appelle : « Mère, mère. » Le phénomène est purement acoustique, il se répète peu après, mais simultanément elle ne voit rien. Deux jours plus tard elle voit sa mère et elle la trouve fortement oppressée, car le jeune homme s’était manifesté à elle par l’appel répété : « Mère, mère. » Elle se souvient aussitôt du même message télépathique qui lui a été communiqué au même moment et effectivement après des semaines on peut constater que le jeune combattant est mort ce jour-là à l’heure indiquée.

On ne peut pas prouver, mais on ne peut pas non plus infirmer que le processus ait été bien plutôt le suivant : la mère lui communique un jour que le fils s’est manifesté à elle télépathiquement. Aussitôt surgit chez elle la conviction qu’elle a vécu la même chose au même moment. De telles illusions mnésiques surviennent avec une force compulsive qu’elles tirent d’une source réelle, mais elles transposent la réalité psychique en réalité matérielle. Ce qu’il y a de fort dans l’illusion mnésique, c’est qu’elle peut devenir une bonne expression de la tendance, présente chez la sœur, à l’identification avec la mère. « Tu te fais du souci pour le jeune homme, mais c’est moi qui suis véritablement sa mère. Donc c’est à moi que son appel s’adressait, c’est moi qui ai reçu ce message télépathique. » Naturellement, la sœur récuserait avec détermination notre tentative d’explication et maintiendrait sa croyance à sa propre expérience vécue. Mais elle ne peut faire autrement ; elle est forcée de croire à la réalité du résultat pathologique, aussi longtemps que lui est inconnue la réalité de la présupposition inconsciente. La force et le caractère inébranlable de tout délire se ramènent en effet à son enracinement dans une réalité psychique inconsciente. Je remarque encore que nous n’avons pas ici à expliquer l’expérience vécue de la mère ni à enquêter sur son existence de fait.

Mais le frère mort n’est pas seulement l’enfant imaginaire de notre correspondante, il est aussi en position d’un rival accueilli avec haine dès la naissance. Les pressentiments télépathiques de loin les plus nombreux se rapportent à la mort et à la possibilité de la mort ; aux patients analytiques qui nous informent de la fréquence et de l’infaillibilité de leurs sombres pressentiments, nous pouvons démontrer avec la même régularité qu’ils nourrissent dans l’inconscient, contre leurs proches, des désirs de mort inconscients particulièrement forts et qu’ils répriment pour cette raison depuis longtemps. Le patient dont j’ai raconté l’histoire en 1909 dans les Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle en était un exemple ; d’ailleurs on l’appelait dans son entourage l’« oiseau charognard » ; mais lorsque cet homme aimable et plein d’esprit – qui depuis lors a lui-même péri à la guerre – prit la voie de l’amélioration, il m’aida lui-même à éclaircir ses tours de passe-passe psychologiques. De même, lorsque notre premier correspondant nous rapporte dans sa lettre comment lui et ses trois frères ont reçu la nouvelle de la mort de leur plus jeune frère comme quelque chose dont ils étaient depuis longtemps intimement conscients, cette communication ne paraît pas nécessiter une autre explication. Les frères plus âgés auront tous développé en eux la même conviction que ce dernier rejeton était superflu.

Autre « vision » de notre rêveuse dont l’intelligence nous est peut-être facilitée par le point de vue analytique ! Les amies ont manifestement une grande importance dans sa vie sentimentale. La mort d’une de celles-ci se manifesta récemment à elle par des coups frappés la nuit sur le lit d’une compagne de chambre dans la maison de santé. Une autre amie avait, des années plus tôt, épousé un veuf avec de nombreux enfants (cinq). Dans l’habitation de celle-ci elle voyait régulièrement lors de ses visites apparaître une dame qu’elle supposait être la première femme défunte, ce qui ne put d’abord être confirmé et ne devint certitude pour elle qu’au bout de sept ans, lorsqu’elle découvrit une nouvelle photographie de la défunte. Cette activité visionnaire est dans la même dépendance intime à l’égard des complexes familiaux de la correspondante, tels que nous les connaissons, que son pressentiment de la mort du frère. Lorsqu’elle s’identifiait à son amie, elle pouvait trouver dans la personne de celle-ci son accomplissement de désir, car toutes les filles aînées de familles nombreuses créent dans leur inconscient le fantasme de devenir, par la mort de la mère, la seconde femme du père. Lorsque la mère est malade ou qu’elle meurt, la fille aînée prend, comme il va de soi, sa place dans la relation avec les frères et sœurs et il lui est permis d’assumer, auprès du père aussi, une partie des fonctions de la femme. Le désir inconscient vient compléter l’autre partie.

J’aurai bientôt dit tout ce que je voulais vous raconter. Je pourrais encore ajouter cette remarque que les cas de message ou d’activité télépathiques, dont nous avons traité ici, sont clairement liés à des excitations qui appartiennent au domaine du complexe d’Œdipe. La formule peut sembler frappante, mais je ne voudrais pas la donner pour une grande découverte. Nous reviendrons plutôt au résultat que nous avons obtenu par l’investigation du rêve de notre premier cas. La télépathie n’a rien à voir avec l’essence du rêve, elle ne peut donc approfondir notre compréhension analytique du rêve. Au contraire, la psychanalyse peut faire avancer l’étude de la télépathie en rendant plus intelligibles, à l’aide de ses interprétations, bien des obscurités des phénomènes télépathiques, ou en démontrant pour la première fois, à propos d’autres phénomènes encore douteux, qu’ils sont de nature télépathique.

Ce qui subsiste de l’apparence d’une relation intime entre télépathie et rêve, c’est le fait incontestable que la télépathie est favorisée par l’état de sommeil. Celui-ci n’est assurément pas une condition indispensable à la survenue de processus télépathiques – qu’ils consistent en messages ou en activité inconsciente. Si vous ne le saviez pas encore, l’exemple de notre second cas, où le jeune homme se manifeste entre neuf et dix heures du matin, devrait vous l’apprendre. Mais on doit pourtant dire qu’on n’a pas le droit de contester des observations télépathiques parce que événement et pressentiment (ou message) ne sont pas survenus au même moment astronomique. On peut très bien penser du message télépathique qu’il se produit simultanément à l’événement et qu’il n’est pourtant perçu par la conscience que pendant l’état de sommeil de la nuit suivante – ou bien dans l’état de veille, seulement après un délai, pendant une pause de l’activité mentale active. Notre opinion est bien aussi que la formation du rêve n’attend pas nécessairement l’installation de l’état de sommeil pour commencer. Les pensées de rêve latentes peuvent souvent avoir été préparées pendant toute la journée, jusqu’au moment où elles trouvent pendant la nuit leur jonction avec le désir inconscient, qui les refaçonne en rêve. Mais si le phénomène télépathique n’est qu’une activité de l’inconscient, aucun nouveau problème ne se présente. L’application des lois de la vie psychique inconsciente irait alors de soi pour la télépathie.

Ai-je éveillé chez vous l’impression que je voudrais subrepticement prendre parti pour la réalité de la télépathie dans son sens occulte ? Je regretterais beaucoup qu’il soit si difficile d’éviter une telle impression. Car j’ai vraiment voulu être pleinement impartial. D’ailleurs j’ai toutes les raisons pour cela, car je n’ai pas d’opinion, je ne sais rien là-dessus.