Chapitre V. La sexualité féminine et le complexe de castration

Les problèmes posés par la sexualité féminine méritent un chapitre spécial, sur lequel il est légitime de conclure. La littérature sur la sexualité féminine s’est tellement accrue ces dernières années et la variété des points de vue est si étendue qu’il ne sera possible que d’en donner un bref aperçu dans les limites de ce travail. L’androcentrisme reproché à Freud est à la fois juste et injuste. Juste parce que spontanément Freud quand il écrit sur la sexualité, et surtout la sexualité infantile, a en tête le garçon. Parfois il s’en tient là comme si l’essentiel était dit, les variantes étant considérées comme négligeables. Injuste parce que dès qu’il prend explicitement pour objet le cas de la fille il lève les soupçons d’androcentrisme. C’est lui qui a le premier contesté l’universalité de l’angoisse de castration en affirmant que la fille ne saurait en être atteinte. S’il est vrai qu’il a affirmé que les deux sexes avaient pratiquement le même développement avant la phase phallique (ce qui aujourd’hui n’est plus aussi facilement accepté), il ne manquera pas de marquer les différences entre les phases phalliques du garçon et de la fille.

Il n’est que de réfléchir un instant sur certains traits différentiels pour se rendre compte de l’importance de l’écart. Ne tardons pas davantage à les souligner. Comme souvent, c’est le plus simple et le plus évident qui est négligé. Filles et garçons sont marqués (sans doute différemment) par leur attachement à leur objet primaire, la mère. Cependant alors que chez le garçon c’est le même objet auquel l’enfant sera attaché lors de l’Œdipe et selon une évolution continue de manière préœdipienne puis œdipienne (du sein à la personne totale), chez la fille l’attachement à la mère préœdipienne devra accomplir le changement d’objet, c’est-à-dire non seulement l’élection du père au rang d’objet œdipien mais aussi le renversement en son contraire de l’objet de l’attachement préœdipien en objet rival œdipien. On comprend aisément que ce parcours qui repose sur un reniement partiel soit plus difficile. D’ailleurs Freud lui-même avait noté la prolongation de cette relation préœdipienne de la fille à la mère pendant longtemps. Encore faut-il ajouter qu’au garçon il n’est demandé de renoncer qu’à la mère, son substitut à l’âge adulte pouvant l’évoquer par la conservation du sexe de l’objet primaire. À la fille l’objet de l’âge adulte devra être du sexe du « second objet » et non de celui de l’objet primaire, auquel des liens puissants l’unissent comme chez le garçon. On a tiré des arguments opposés de cette différence. Ainsi pour certains ce lien d’homosexualité dite primaire entre la fille et la mère donnera à l’enfant du sexe féminin une base d’amour primaire qui se poursuivra toute la vie, fondée sur une reconnaissance réciproque à partir du même. Ce socle affectif aura pour conséquence de faciliter le changement d’objet ultérieur. Pour d’autres au contraire le caractère narcissique de cet amour fondé sur cette mutualité créera des liens amoureux très difficiles à défaire pour accomplir le changement d’objet et le transfert des émois amoureux sur le père phallophore auquel le sein maternel ferait une redoutable concurrence. Il n’est pas possible d’entrer dans tous les détails de cette intéressante discussion. Toujours est-il qu’il est impossible de méconnaître l’influence du sexe de l’enfant sur le désir de la mère et les rôles de la relation de la mère à sa propre mère ou à son propre père dans l’inconscient. Il est clair que l’enfant comble les désirs et les aspirations phalliques de la mère. Quel que soit son sexe : l’enfant est le symbole du pénis de la mère. Mais au-delà de cette signification générale, la façon dont la mère vit son rapport au pénis aura une influence inductrice sur la sexualité de la petite fille, à un âge très précoce.

Si mutative que soit la phase phallique, elle ne porte pas seulement la trace des précurseurs de la castration, elle est déjà lourde de la fantasmatique à l’égard du sexe masculin non seulement de la fille mais aussi de celle héritée, plus ou moins explicitement, de sa mère. Encore faut-il ajouter que sa part de liberté reste préservée, la fille ne suivant pas toujours les croyances fantasmatiques de sa mère ou n’y adhérant que superficiellement. On rencontre une fois de plus ici la nécessité d’évaluer les parts respectives de la relation d’objet (à la mère) et des pulsions (de la fille) en constante intrication.

Cette évaluation de la phase préœdipienne chez la fille reçoit des interprétations très diverses chez tous les auteurs qui ont écrit sur la sexualité féminine. Et si l’on a pu critiquer les conceptions de la sexualité féminine vues par les hommes – Freud en premier – on peut constater qu’il n’y a guère de consensus ou d’interprétation plus univoque parmi les femmes analystes qui ont écrit sur le sujet (K.. Horney, H. Deutsch, M. Klein, J. Muller, J. Lampl de Groot, J. Rivière pour la période historique de la psychanalyse et plus près de nous en France W. Granoff et F. Perier, J. Chasseguet-Smirgel, C. Parat, M. Torok, L. Irigaray, M. Montrelay, J. Cosnier, F. Bégoin, etc.).

Quant à la phase phallique, si celle-ci se trouve en commun chez le garçon et chez la fille, avec son cortège d’excitations sexuelles, la masturbation chez le garçon concerne l’organe sexuel de la sexualité adulte, alors que chez la fille la masturbation externe, clitoridienne (la masturbation vaginale est d’existence plus problématique ; elle existe néanmoins) ne concerne pas aussi directement la zone érogène adulte : le vagin44. Fénichel fait remarquer qu’on ne saurait identifier masturbation clitoridienne et fantasmes péniens ou masculins. Que le clitoris soit sexuellement très excitable n’empêche nullement de voir son attouchement s’accompagner de fantasmes très féminins. On retrouve ici le clivage entre l’activité masturbatoire et la passivité fantasmatique qu’on peut constater aussi chez le garçon. En outre, la fille échappe à la menace de castration. L’intimidation des adultes ne fait pas mention d’une sanction sur le mode de la coupure. Mais c’est faire bon marché des craintes de la fille concernant sa sexualité féminine. Ici la castration n’est pas identifiée à la section d’un pénis qu’elle aurait eu mais bien à des craintes concernant son intérieur. C’est en effet une limitation excessive que de toujours penser à la castration uniquement par rapport au pénis et non par rapport au sexe (féminin comme masculin). Toutes ces différences expliquent non seulement l’aphorisme de Freud bien connu qui affirme que le garçon sort de l’Œdipe par la castration, alors que c’est par elle que la fille y entre. Autrement dit, que la perception du pénis du garçon engendre chez la fille l’envie d’en posséder un. Laplanche, qui insiste sur l’ensemble perception + menace, fait remarquer que chez la fille on aurait plutôt une formule perception + envie. En somme chez le garçon la perception (du sexe de la fille) et la menace font évoluer la situation de la présence d’un en plus à la possibilité d’une absence par en moins. Alors que chez la fille la perception (du sexe du garçon) et l’envie orientent l’investissement de la conscience d’un en moins vers la possibilité de la présence d’un en plus.

Il n’est pas si sûr que la fille ne se sente pas concernée par la castration. Car si la menace ne s’y retrouve pas, le fantasme de la cause de l’absence de pénis peut très bien exister à titre rétrospectif. « On me l’aura coupé », plus précisément : « Elle, la mauvaise mère rivale et jalouse, me l’aura pris. » Bien que la conscience de la menstruation soit plus tardive, peut-on négliger, ici encore les effets d’après coup identifiant le sexe féminin et la blessure chez la fille ? Les affirmations de Freud sur la castration féminine varient selon les moments. Avec d’autres nous avons souligné dans l’aspect « théorie sexuelle » de la fille, la valeur causale de l’hypothèse de la castration. Dès que s’impose l’idée que la conformation du sexe féminin serait due à une castration, cette dernière devient l’explication de toutes les insuffisances ressenties par la fille ou de toutes les infériorités qu’elle s’attribue face aux garçons qui ne manquent pas une occasion de l’accabler pour se défendre contre leur propre angoisse de castration.

Insister sur les effets d’après coup c’est affirmer la persistance à des âges tardifs des théories sexuelles infantiles, en tant qu’explications étiologiques et même étiopathogéniques. Ainsi J. Lampl de Groot insiste-t-elle sur le fait que la femme attribue souvent toutes ses limitations par rapport aux hommes à l’absence de pénis. « Je ne suis pas un homme », signifiant en fait « je ne puis faire ce que les hommes peuvent faire parce qu’ils ont un pénis qui les en rend capables ».

Au reste, l’absence d’angoisse de castration invoquée dans ces cas loin d’y être un avantage est en fait une source de complications. Car la fille tombe alors plus facilement sous le coup de menaces plus vagues, plus diffuses et qui continuent de la rendre dépendante de la mère par une prolongation excessive du danger de perdre son amour. C’est alors non pas la seule masturbation qui succombe à la menace mais parfois la sexualité toute entière. Si Freud a méconnu l’existence du vagin chez la fille, il a tout de même entériné la conception cloacale défendue entre autres par Lou Andréas Salomé. À cette conception qui fait déjà exister le vagin, répondent des angoisses à mon avis sous-estimées. Angoisse des prolongements intérieurs du vagin qui se perdent dans la cavité abdominale dans un gouffre sans fin et sans fond. Angoisse donc de la pénétration par le sexe du père qui viendrait endommager ce ventre potentiellement blessé et saignant. Il y a là une angoisse féminine active qui fait redouter les dégâts causés par le sexe du père qui sont bien entendu l’inverse (par sentiment de culpabilité) de la jouissance espérée. Il ne serait pas exagéré d’y voir une crainte d’endommagement de l’espace interne dévolu à accueillir les bébés.

C’est bien souvent, en effet, que ces angoisses sont marquées par d’autres comme celles qui seraient relatives à la castration. Et l’on peut aussi interpréter les angoisses de pénétration comme la crainte d’une pénétration destructrice du sexe intérieur, donc d’une castration. Le pénis du père n’est pas seul en cause à faire redouter de tels périls. Les atteintes du corps interne peuvent aussi bien être attribuées par identification projective à l’imago de la mauvaise mère hostile, jalouse et même envieuse.

Un autre destin possible de la sexualité féminine qui a valu tant d’ennemies à Freud parmi les femmes féministes est l’envie du pénis. La femme entre alors dans une attitude de rivalité avec les hommes, se comportant de manière masculine, niant son sentiment de castration et son désir de posséder un pénis. Très souvent les femmes qui reprochent à Freud son « chauvinisme mâle » et critiquent sa conception de la féminité oublient que l’envie du pénis n’est pas à ses yeux l’aboutissant normal, ordinaire, régulier, de l’évolution psychosexuelle de la fille puis de la femme mais le fait d’une régression au stade phallique de celle-ci, c’est-à-dire d’un retour à une fixation antérieure au stade génital qui est, lui, le véritable terme de la sexualité féminine.

On peut prolonger ces réflexions en se référant aux fantasmes de femme castratrice (celle dont le Tabou de la Virginité doit protéger l’époux en faisant occuper la place par un autre) ou ds femme phallique. Une femme ferait remarquer que de même que Freud décrira le masochisme féminin à partir des fantasmes masochistes des hommes, les femmes castratrices ou phalliques sont encore nées de l’imagination des hommes. Jusqu’à ce que les mouvements féministes reprennent à leur compte ces attitudes et ses dénominations pour tirer vengeance de siècles d’asservissement par des hommes. On en a rendu responsable l’augmentation du nombre des homosexuels masculins dans certains pays où le féminisme était devenu particulièrement virulent. Ce qu’apprend l’expérience clinique chez l’homme est que la tendance à évoquer avec insistance cette imago maternelle sert la défense qui interdit de s’en approcher et lutte ainsi contre l’attirance qu’elle exerce, au moment même où l’image de la femme tendrait à percevoir cette dernière non munie d’un pénis et susceptible d’être pénétrée. Quoi qu’il en soit l’envie de pénis reste une pomme de discorde entre analystes et entre hommes et femmes.

Mais il est vrai que ce n’est pas là l’unique reproche qu’elles lui adressent. Freud ne leur a-t-il pas contesté le droit à avoir un Surmoi au même titre que les hommes et n’a-t-il pas souligné leur dépendance à l’égard des hommes qu’elles ont connus. Ils auraient laissé en elles de puissantes traces qui persistent sous la forme d’identifications. En somme leur Moi plus que celui des hommes serait constitué d’emprunts qu’elles se seraient appropriés. Venons-en enfin à cette évolution normale qui voit la fille « entrer dans l’Œdipe ». Qu’est-ce que cela signifie ? D’abord le changement d’objet. La mère autrefois passionnément aimée – autant sinon plus que le petit garçon aime la sienne – est dévalorisée depuis le constat qu’elle ne possède pas de pénis. Pis encore puisqu’il lui est reproché de n’avoir pas donné à sa fille le précieux organe. Freud attribua ce reproche du manque de pénis à la récurrence d’un manque concernant le sein. C’est-à-dire que les filles vivraient le retour des plaintes de n’avoir pas été bien nourries par leur mère qui prennent maintenant la forme de n’avoir pas reçu le pénis. Il est remarquable que ce détail – qui rapproche Freud de Mélanie Klein – liant envie du pénis et envie du sein, ne concerne que la seule fille. Jamais le complexe de castration du garçon ne sera ramené au complexe de sevrage. On peut supposer que ce rapprochement serait fondé sur une équivalence implicite pénis-bébé. Être remplie par le sein comme être remplie par un bébé-pénis. Car c’est là une deuxième raison pour la fille de se détourner de la mère. Si elle veut avoir un bébé, la croyance en la possibilité de le recevoir de la mère doit être remplacée par celle de l’obtenir du père. Déjà l’article sur les transformations des pulsions dans l’érotisme anal avait établi la correspondance bébé-pénis-fèces.

Nous avons vu à maintes reprises la fréquence avec laquelle, chez le garçon, le complexe de castration se raccorde à l’érotisme anal autour de l’analogie de la perte des fèces avec la castration et l’accouchement. Mais chez la fille, cette théorie cloacale a une force plus grande encore. La proximité et la similitude des trous anal et vaginal les incluent tous deux dans le même ensemble faisant dire à Lou Andréas Salomé que le vagin est alors loué à l’anus. Il n’est pas rare, alors que la culpabilité des désirs œdipiens force à concevoir cette pénétration par le grand pénis du père comme dévastatrice (c’est-à-dire castratrice) et pour le moins douloureuse. Il s’agit là encore d’une régression défensive liée à une conception sadique du coït entraînant des fantasmes masochistes. Être châtré, subir le coït et accoucher deviennent trois modalités de se voir infliger de la douleur. Si le détour de Freud par le masochisme féminin de l’homme est discutable, l’existence d’un masochisme féminin hérité de l’esprit de sacrifice maternel paraît peu discutable. On voit par ce qui précède les aléas qui risquent de peser sur le destin de la sexualité féminine : la frigidité, le complexe de masculinité, le masochisme féminin issu du masochisme érogène. Ajoutons pour terminer que les satisfactions viriles pourront trouver une issue chez la femme lors de l’action éducative à l’égard des enfants.

Une question doit nous retenir un instant. On a beaucoup reproché à Freud sa distribution différentielle du couple activité-passivité, la première étant attribuée aux hommes et la seconde aux femmes. Cela mérite un éclaircissement. Si toute libido est dite masculine (pour Freud) alors toute expression du désir sexuel en quelque sexe qu’elle survienne est active. C’est bien ainsi que l’expérience quotidienne se vérifie. Une femme passive durant le rapport sexuel ne saurait ni prendre beaucoup de plaisir, ni en donner beaucoup – dans la mesure où cette passivité signifie inhibition. En revanche, à la femme revient une activité à but passif, c’est-à-dire qu’il faut beaucoup d’activité pour que la jouissance féminine atteigne ses pleines capacités réceptrices. On parlera alors de concavité féminine, opposée à la convexité masculine.

Ce qui est ici en question ce n’est pas seulement cette mécanique sexuelle élémentaire, c’est aussi la référence anatomique. On conteste beaucoup aujourd’hui la paraphrase de Napoléon par Freud : « l’anatomie c’est le destin », en insistant à juste titre sur le rôle des fantasmes qui ont le pouvoir de s’affranchir des formes anatomiques pour atteindre la jouissance. Mais on ne saurait aussi oublier que la forme et le bâti du corps ainsi que la conformation des organes sexuels induisent des fantasmes. On a rarement vu la métaphore du pénis évoquer le vase ou le récipient et celle du vagin trouver dans l’épée ou le couteau une comparaison qui se suffise à elle-même.

Bien sûr le fantasme peut permettre à un homme de jouir comme une femme par une pénétration anale (ou même d’être convaincu de posséder un vagin), comme une femme peut atteindre l’orgasme en sentant battre son clitoris comme un pénis et même en étant capable de renverser le sens des contours d’un vagin en imaginant le pénis (négatif) qui y serait. Et il n’est guère besoin d’invoquer la pathologie pour expliquer ces occurrences. Toutefois ce sont là des régressions plus ou moins bénignes selon leur souplesse et leur raccordement à d’autres fantasmes. Elles se situent en dérivation des fantasmes principaux propres à chaque sexe. Tout ceci ouvre sur le chapitre mystérieux, de l’aveu de Freud lui-même, de la bisexualité. Encore faut-il, comme Christian David l’a heureusement précisé, distinguer entre bisexualité biologique et bisexualité psychique45. Occasion une fois de plus de souligner ce que l’œuvre de Freud met en lumière. Chez l’homme on ne peut parler de sexualité mais de psychosexualité. C’est à donner sa portée la plus grande à cette dimension guère psychologique mais proprement psychique que Lacan avance ses conceptions.

Il reste encore à préciser un point dont font état toutes les appréciations modernes sur la sexualité. À savoir que les données biologiques ne sont pas seulement remodelées par la psychosexualité dépendant de l’histoire personnelle et familiale mais aussi par les stéréotypes sociaux. Ceux-ci peuvent selon les cas renforcer ou inhiber jusqu’à les faire disparaître les différences dont l’origine est biologique.

À mesurer l’écart qui sépare les œuvres de Mélanie Klein et de Jacques Lacan, ainsi que celui qui sépare chacune d’elles de celle de Freud on prendra conscience de la part considérable de l’interprétation dans la théorisation des faits psychiques. Et là encore on pourra faire remarquer que le champ clinique est vaste et que l’on n’en tire pas les mêmes conclusions à le parcourir à partir de tel ou tel point ou de tel autre. Ceci est vrai, non seulement des différences existant entre les différents types de structure nosographique mais aussi de celles qui séparent l’adulte de l’enfant. On pourra cependant souligner que les psychanalystes reconnaissent bien les traits du complexe de castration mais en rendent compte dans des termes différents et recourent à des référents très éloignés les uns des autres. Car ce n’est plus seulement sur la question de la sexualité féminine qu’ils sont divisés mais sur la conception fondamentale qu’ils se font de l’inconscient.

Face à l’œuvre de Freud nous sommes ici dans une position un peu paradoxale. On reconnaît sans peine la nécessité quasi inéluctable de la dépasser c’est-à-dire de lui faire subir les modifications qu’appellent l’accumulation de l’expérience et l’avancée de la réflexion, bref le progrès, présent en psychanalyse comme en toute autre discipline. Mais voilà qu’en retour la psychanalyse postfreudienne se déploie dans des directions tellement divergentes qu’il est difficile de savoir laquelle des diverses versions de sa progression – souvent contradictoires – est celle qui a le plus de chances de résister à l’épreuve du temps. La psychanalyse n’est pas seulement ce que nous faisons d’elle, est aussi ce que l’avenir en fera.

Reste à exprimer une opinion personnelle. À relire les uns et les autres pour écrire cet ouvrage, je dis bien à relire et pour la quantième fois, ce sont encore les écrits de Freud, bien que fondés sur des postulats théoriques en bien des cas très discutables, qui m’ont laissé la plus grande impression de vérité. Jusqu’à quand ?


44 Les études modernes opposent l’ensemble clitoris, tiers antérieur du vagin, ce dernier s’opposant aux deux tiers postérieurs du vagin. Certains pensent que la masturbation des petites filles concerne électivement le clitoris plus que les lèvres ou la partie antérieure du vagin. D’autres avec K. Horney, J. Muller. Payne et M. Brierley ont apporté des preuves de sensations vaginales précoces.

45 C. David, La bisexualité psychique. Revue fr. de Psychanalyse. 1975. t. 39. p. 713-856.