5.

Ainsi, je ne me suis pas trompé, chère amie, en pensant que, peu à peu, vous prendriez intérêt à l’inconscient. Je suis habitué à ce que vous plaisantiez ma mamie de l’exagération. Mais pourquoi choisissez-vous précisément pour cela ma volupté de l’enfantement ? Sur ce point, j’ai raison.

Vous avez déclaré l’autre jour que mes petites histoires interpolées vous plaisent. « Cela donne de la vie », avez-vous dit ; « et l’on est presque tenté de vous croire quand vous avancez des faits aussi solides. » A vrai dire, je pourrais aussi les inventer ou les arranger. Cela se rencontre dans et hors la science. Bon, vous aurez votre histoire.

Il y a quelques années, et après une assez longue stérilité, une femme mit au monde une fille. C’était un accouchement par le siège et la femme a été délivrée sous anesthésie dans une maternité par un accoucheur célèbre, aidé de deux assistants et deux sages-femmes. Deux ans plus tard, une seconde grossesse se déclara ; et comme, entre temps, j’avais pris plus d’influence sur la femme, on décida que pour l’accouchement, aucune résolution ne serait prise sans que j’en fusse informé. Au contraire de la première, cette seconde grossesse s’écoula sans incident. Il fut résolu que l’accouchement se ferait à la maison et par les soins d’une sage-femme, on m’appela auprès de cette dame-, qui habitait dans une autre ville. L’enfant se présentait en effet par le siège : que faire ? Quand j’arrivai, l’enfant se présentait en effet par le siège ; les douleurs n’avaient pas encore commencé. Ma parturiente avait très peur et voulait être emmenée à la clinique. Je me suis assis auprès d’elle, ai quelque peu fouillé dans son complexe de refoulement — avec lequel j’étais déjà passablement familiarisé — et lui ai, pour finir, dépeint sous de vives couleurs — je crois que vous savez combien j’excelle à cela — les plaisirs de l’accouchement. Madame X devint toute joyeuse et une bizarre expression de ses yeux disait que l’étincelle s’allumait. Ensuite, je cherchai à me faire expliquer pourquoi l’enfant se présentait à nouveau par le siège. « Parce qu’ainsi, la naissance est plus facile », me dit-elle. « Le petit derrière est mou et ouvre la voie plus doucement et plus commodément que la tête, si dure et si grosse. » Alors, je lui ai narré l’histoire de l’instrument comme je vous le décrivis l’autre jour. Cela lui fit quelque impression, mais il subsistait un reste de méfiance. Elle finit par dire qu’elle voulait bien me croire, mais que tout le monde lui avait conté tant d’horreur sur les douleurs de l’enfantement qu’elle préférait être anesthésiée. Et si l’enfant se présentait par le siège, on l’endormirait, elle le savait par expérience. Donc, la présentation par le siège était préférable. A quoi, je lui répondis que si elle était assez bête pour vouloir absolument se priver du plus grand plaisir de sa vie, qu’elle ne se gênât point. Pour moi, je ne voyais aucun inconvénient à ce qu’elle se fît anesthésier, dès qu’elle ne pourrait plus supporter les douleurs. Mais pour cela, la présentation par le siège n’était pas indispensable. « Je vous donne l’autorisation de vous faire endormir même si vous accouchez par la tête. C’est vous qui déciderez si, oui ou non, vous le voulez. » Là-dessus, je suis reparti, et le lendemain, j’appris qu’une demi-heure après mon départ l’enfant se présentait par la tête. L’accouchement eut lieu sans complication. L’accouchée m’en décrivit les diverses péripéties dans une jolie lettre. « Vous aviez tout à fait raison, Docteur. Cela a vraiment été une grande jouissance. Comme la bouteille d’éther se trouait sur la table, à côté de moi, et que j’avais la permission de me faire endormir, je n’avais pas la moindre peur et je pus suivre tout ce qui se passait et l’apprécier sans inhibition. Il vint un instant où la douleur, qui, jusque-là, avait eu quelque chose d’excitant et d’attrayant, fut trop forte et je m’écriai : l’éther ! — mais j’ajoutai aussitôt que ce n’était plus nécessaire. L’enfant criait déjà. Si j’ai un regret, c’est que mon mari, que j’ai torturé pendant des années à cause de cette peur stupide, ne puisse ressentir cette suprême jouissance. »

Si vous êtes sceptique, vous direz qu’il s’agit là d’une suggestion heureuse, n’ayant pas force de preuve. Cela m’est indifférent. Je suis certain que la prochaine fois que vous aurez un enfant, vous aussi, vous observerez « sans inhibition », vous débarrassant ainsi d’un préjugé, et que vous apprendrez à connaître une sensation contre laquelle vous avait prévenue la bêtise en vous effrayant.

Vous êtes ensuite passée, chère amie, non sans un peu d’embarras, au thème scabreux de l’auto-satisfaction, vous me donnez à entendre combien vous méprisez ce vice secret et vous exprimez votre mécontentement en ce qui concerne mes affreuses théories à propos de l’innocent onanisme des enfants assis sur leurs petits pots, des gens constipés, des femmes enceintes et, pour finir, vous trouvez cyniques mes opinions sur les conditions fondamentales de l’amour maternel. « De cette manière, on peut tout rapporter à l’auto-satisfaction », dites-vous.

Sans doute, et vous ne vous égarez point en supposant que je fais dériver de la masturbation sinon tout, du moins beaucoup. La façon dont je suis parvenu à cette conviction est peut-être plus intéressante encore que l’opinion elle-même et c’est pourquoi je vais vous en faire part ici.

Dans ma profession et aussi autrement, j’ai eu souvent l’occasion d’assister à la toilette de petits enfants ; vous me confirmerez, à la suite de vos propres expériences, que cela ne s’exécute pas sans braillements. Mais vous ne savez probablement pas — on attache guère d’importance à de telles bagatelles chez un petit enfant — que ces cris sont déclenchés par certaines phases de l’opération et cessent complètement pendant d’autres. L’enfant, qui hurlait tout à l’heure pendant qu’on lui lavait la figure — si vous voulez savoir pourquoi il pelure, faites-vous laver vous-même le visage par quelque chère personne avec une éponge (ou un gant) si grande qu’elle vous couvre à la fois la bouche, le nez et les yeux — cet enfant, dis-je, se calme subitement quand la moelleuse éponge est promenée entre ses petites jambes. Son visage exprime soudain un véritable ravissement et il ne bouge plus. Et la mère, qui, l’instant d’avant, exhortait ou consolait l’enfant pour l’aider à supporter cette désagréable toilette, a soudain dans sa voix des accents tendres, affectueux, j’allais presque dire amoureux ; elle est, elle aussi, par moments plongée dans le ravissement ; ses gestes sont différents, plus doux, plus aimants. Elle ne sait pas qu’elle procure à l’enfant des plaisirs sexuels, qu’elle enseigne à l’enfant l’auto-satisfaction, mais le Ça le sent et le sait. L’action érotique commande chez la mère et l’enfant l’expression de la jouissance.

C’est donc ainsi que se présentent les choses. La mère en personne donne à son enfant des leçons d’onanisme ; elle est obligée de le faire, car la Nature accumule l’ordure qui veut être lavée là où se trouvent les organes de la volupté ; elle est obligée de le faire, elle ne peut pas faire volupté ; elle est obligée de le faire, elle ne peut pas faire autrement. Et, vous pouvez m’en croire, une grande partie de ce que l’on décore du nom de propreté, l’empressement à se servir du bidet, les lavages après les évacuations, les irrigations ne sont rien d’autre qu’une répétition des voluptueuses leçons imposée par l’inconscient.

Cette petite observation, dont vous pouvez à tout instant vérifier l’exactitude, renverse d’un seul coup tout l’édifice de terreur que des imbéciles ont dressé autour de l’auto-satisfaction. Car comment appeler vice une habitude dont la mère a été l’instigatrice ? Pour l’apprentissage de laquelle la Nature se sert de la main maternelle ? Ou comment serait-il possible de nettoyer un enfant sans exciter sa volupté ? Une nécessité à laquelle chaque être est soumis dès son premier soupir est-elle contre nature ? Comment justifier l’expression « vice caché » pour une chose dont le modèle typique est inculqué à l’enfant par la mère plusieurs fois par jour, ouvertement et candidement ? Et comment peut-on oser prétendre que l’onanisme est nocif alors qu’il est commis dans le plan de vie de l’être humain comme allant de soi et inévitable ? On peut tout aussi bien dire que la marche est un vice, ou que manger est contre nature, ou encore prétendre que l’homme qui se mouche est infailliblement destiné à la déchéance. La nécessité inéluctable par laquelle la vis commande à l’auto-satisfaction en situant la saleté et la puanteur des fèces et de l’urine au même endroit que les jouissances sexuelles prouve que la divinité a doté l’être humain de cet acte réprouvé, de ce soi-disant vice pour certaines raisons et qu’il fait partie de son destin. Et si vous en avez envie, je pourrais à l’occasion vous citer quelques-unes de ces raisons, vous démontrer qu’en tout cas notre monde humain, notre culture sont en grande partie édifiés sur l’auto-satisfaction.

Comment se fait-il alors, me demanderez-vous, que cette fonction nécessaire passe pour être un vice honteux, aussi dangereux pour la santé physique que pour les forces spirituelles, opinion généralement répandue. Vous feriez mieux, pour obtenir une réponse, de vous adresser à des savants, mais je puis vous faire part de certaines observations. D’abord, il n’est pas vrai que l’on est généralement persuadé de la nocivité de la masturbation. Je n’ai aucune expérience personnelle des coutumes exotiques, mais j’ai beaucoup lu, ce qui m’a doté d’une autre conviction. En outre, j’ai remarqué au cours de mes promenades dans la campagne que çà et là, un jeune paysan, debout derrière sa charrue, satisfaisant son envie tout à fait honnêtement et seul ; cela se voit aussi chez les jeunes paysannes, quand on n’a pas été rendu aveugle — et qu’on ne l’est pas resté — à ce propos par les interdictions de l’enfance ; une telle interdiction agit, selon les circonstances, pendant de longues années, voir toute une vie et il est parfois amusant d’observer tout ce que les gens ne voient pas parce que Maman l’a défendu. — Mais vous n’avez pas besoin d’aller chez les paysans. Vos propres souvenirs suffiront à vous en conter. Ou l’onanisme perd-il sa nocivité quand c’est l’amant, le mari qui joue aux endroits sensibles avec lesquels il est si intimement lié ? Il n’est pas du tout nécessaire de songer aux mille possibilités de l’onanisme secret, innocent, à l’équitation, à la balançoire, à la danse, à la constipation ; il existe par ailleurs assez de caresses dont le sens plus profond est l’auto-satisfaction.

Ce n’est pas de l’onanisme, prétendez-vous. Peut-être pas, peut-être si, cela dépend de la manière de voir. A mon avis, que la caresse soit due à une main étrangère ou à la sienne propre, il n’y a pas grande différence ; en fin de compte, il n’est même pas besoin d’une main, la pensée suffit aussi et surtout le rêve. Le voici qui reparaît, ce désagréable interprète des mystères cachés. Non, chère amie, si vous saviez ce que nous autres considérons comme de l’onanisme — et apparemment à bon droit, pour le moins — vous ne parleriez plus de sa nocivité.

Avez-vous déjà rencontré quelqu’un à qui il ait nui ? L’onanisme lui-même, pas la crainte des suites, car celle-ci est véritablement grave. Et c’est précisément parce qu’elle est si grave que quelques êtres, au moins, devraient s’en délivrer. Encore une fois, avez-vous déjà vu qu’il ait nui à quelqu’un ? Et comment vous représentez-vous la chose ? Est-ce ce petit peu de semence perdus chez l’homme ou cette humidité chez la femme ? Vous ne pouvez certainement plus y croire, du moins pas après avoir ouvert un de ces manuels de physiologie courants dans les universités et y avoir trouvé des renseignements. La Nature a largement, inépuisablement pourvu aux réserves et — au surplus — l’abus se prohibe de lui-même ; chez le garçon et chez l’homme, le soulagement est obtenu par interruption de l’érection et l’éjaculation ; chez la femme intervient aussi une satiété, qui dure quelques jours ou quelques heures ; il en est de la sexualité comme de manger. Pas plus que quelqu’un ne fait éclater son ventre par excès de nourriture, on épuise ses forces sexuelles par la masturbation. Entendons-nous bien : par la masturbation ; je ne parle pas de la peur de la masturbation ; cela, c’est autre chose, elle mine la santé et c’est pourquoi je tiens tant à démontrer quels criminels peuvent être ceux qui vitupèrent contre le vice caché, et effraient les gens. Comme tous les êtres humains pratiquent consciemment ou inconsciemment l’onanisme et éprouvent aussi la satisfaction inconsciente comme telle, c’est un crime envers l’humanité toute entière, un crime épouvantable. Et une sottise, aussi ridicule que lorsque l’on fit dériver des suites novices à la santé du fait de la station verticale.

Non, il ne s’agit pas de la perte de substance, dites-vous. Oui, mais un grand nombre de personnes le croient, s’imaginent encore maintenant que la liqueur séminale provient de l’épine dorsale et que la moelle épinière se dessèche par ce fameux abus, voire que le cerveau lui-même se racornit et que les gens deviennent idiots.

Le terme d’onanisme indique lui-même que l’idée de la perte se semence est ce qui effraie les gens. Connaissez-vous l’histoire d’Onan ? Elle n’a en fait rien à voir avec l’auto-satisfaction. Il existait chez les Juifs une loi obligeant le beau-frère, au cas où son frère était mort sans enfant, à partager la couche de la veuve ; l’enfant ainsi conçu était considéré comme le descendant du mort. Une loi pas complètement sotte qui assurait le maintien des traditions, la persistance de la tribu, pour autant que le moyen nous en paraisse un peu bizarre à nous modernes. Nos ancêtres ont eu des idées du même genre et peu de temps avant la Réforme, il existait à Verden une ordonnance semblable. Eh bien, Onan se trouva placé dans cette situation par la mort de son frère ; mais comme il n’aimait guère sa belle-sœur, il répandait les semences sur le sol au lieu de les laisser couler dans le ventre de la femme. Pour le punir de cette violation de la loi, Jehovah le fit mourir. L’inconscient de la masse n’a retiré de cette histoire que le jaillissement à terre de la liqueur séminale et a stigmatisé du nom d’onanisme toute action semblable, ce qui a sans doute fait naître l’idée de la mort par l’auto-satisfaction.

Il est bon que vous n’y croyiez pas. Mais ce qui est sérieux, c’est la fantasmagorie des visions voluptueuses. Ah ! très chère amie ! N’avez-vous donc dans l’étreinte aucune vision voluptueuse ? Et avant non plus ? Peut-être les chassez-vous, les refoulez-vous, pour employer le terme technique ; je reparlerai le moment venu de la conception du refoulement ; je reparlerai le moment venu de la conception du refoulement. Mais voici pourtant les visions ; elles viennent et doivent venir parce que vous êtes un être humain et que vous ne pouvez pas tout simplement éliminer le milieu de votre corps. Ces gens qui s’imaginent n’avoir jamais de pensées voluptueuses me font toujours penser à ce genre de personnes qui poussent si loin la propreté que non seulement ils se lavent, mais s’irriguent quotidiennement les intestins. De bons petits ingénus, n’est-ce pas ? Ils ne songent pas qu’au-dessus de ce petit morceau d’intestin qu’ils nettoient avec de l’eau, il en existe encore une bonne longueur, tout aussi sale. Et disons-le tout de suite, ils s’administrent ces clystères parce que ce sont des actes de copulation symboliques ; la manie de la propreté n’est que le subterfuge par lequel l’inconscient trompe le conscient, le mensonge qui permet d’observer à la lettre l’interdit maternel. Il en est de même pour les phantasmes érotiques. En creusant plus profondément l’être humain, on voit apparaître l’érotisme sous toutes ses formes.

Avez-vous déjà vu une jeune fille délicate, éthérée, tout à fait innocente atteinte d’aliénation mentale ? Non ? Dommage, vous seriez guérie à tout jamais de la croyance à ce que l’humanité appelle pureté et vous décoreriez cette candeur, cette innocence de l’honnête nom d’hypocrisie. Ceci n’étant pas considéré comme un reproche. Le Ça use, lui aussi, d’hypocrisie pour atteindre ses objectifs, précisément en ce qui concerne cette habitude réprouvée et cependant si souvent pratiquée, l’objectif n’est pas profondément caché

Peut-être serrerons-nous de plus près le problème posé par l’effroi que suscite l’onanisme chez les parents, les éducateurs et, d’une manière générale, les gens à qui leur situation confère une certaine autorité, en examinant l’histoire de cette terreur. Je ne suis pas très érudit, mais il me paraît que ce n’est que vers la fin du xviiie siècle que s’est déclenché ce décri contre l’onanisme. Dans l’échange de lettres entre Lavater et Gœthe, tous deux parlent d’onanisme spirituel avec autant de naturel qu’ils raconteraient les péripéties d’une promenade. Néanmoins, c’est aussi l’époque à laquelle on a commencé à s’occuper des malades mentaux et les aliénés — surtout les idiots — sont d’ardents amis de l’auto-satisfaction. Il serait donc pensable que l’on ait confondu effet et cause, que l’on se soit dit que c’était parce que l’idiot se masturbait qu’il était devenu idiot.

Mais c’est ailleurs que nous devrons en définitive chercher la raison de la curieuse répulsion de l’être humain pour ce à quoi il est dressé par sa mère dès les premiers jours de son existence. Puis-je remettre cette réponse à plus tard ? J’ai encore tant de choses à dire avant ; cette lettre est en outre déjà très longue. Je voudrais, aussi brièvement que faire se pourra, vous faire remarquer une curieuse altération des faits qui se retrouve même chez des êtres par ailleurs supérieurs. On prétend que l’auto-satisfaction est un succédané de l’acte sexuel « normal ». Ah ! Que ne pourrait-on dire au sujet de ce mot : acte sexuel « normal » ! Mais il s’agit ici du succédané. Comment les gens peuvent-ils en venir à une sottise pareille ? L’auto-satisfaction, sous une forme ou sous une autre, accompagne l’homme tout au long de sa vie ; l’activité sexuelle dite normale ne se présente qu’à partir d’un certain âge et disparaît souvent à une époque où l’onanisme reprend à nouveau la forme infantile du jeu conscient avec les parties sexuelles. Comment peut-on considérer un phénomène comme le succédané d’un autre qui interviendra quinze à vingt ans plus tard ? Il vaudrait beaucoup mieux établir une fois pour toutes que l’acte sexuel normal est très souvent une simple auto-satisfaction consciente au cours de laquelle vagin et membre ne sont que des instruments de frottement comme la main et le doigt. Je suis arrivé ainsi à des résultats étonnants et ne doute pas qu’il vous en ira de même si vous approfondissez la question.

Et maintenant, l’amour maternel ? Que vient-il faire dans tout cela ? Sans doute relativement beaucoup. J’ai déjà fait remarquer que la mère change étrangement quand elle fait la toilette des parties sexuelles de son enfant. Elle n’en est pas consciente, mais c’est précisément le plaisir inconscient goûté en commun qui lie le plus et donner du plaisir à un enfant, sous quelque forme que ce soit, éveille en l’adulte l’amour. Plus encore qu’entre amoureux, dans les relations de mère à enfant, donner rend parfois plus heureux que recevoir.

Il me reste encore à ajouter à l’influence de l’auto-satisfaction un point dont la mention vous fera hocher la tête. Je ne peux cependant pas vous l’épargner ; c’est important et offre une nouvelle possibilité de jeter un regard dans les ténèbres de l’inconscient. Le Ça, l’inconscient, pense par symboles et, parmi d’autres, il en est un selon lequel il emploie dans le même sens parties sexuelles et enfant. Les parties sexuelles féminines sont pour lui cette petite chose, la petite fille, la fillette, la sœurette, la petite amie ; les masculines, le petit homme, le garçonnet, le fiston, le petit frère. Cela peut paraître bizarre, mais c’est ainsi. Et maintenant, veuillez vous rendre compte sans sotte duperie ni fausse honte, combien l’être humain aime ses parties sexuelles, doit les aimer, parce qu’en définitive, c’est d’elles qu’il reçoit toute la jouissance, toute vie. Cet amour ne pourra jamais vous paraître trop grand et c’est ce grand amour que le Ça transfère — le transfert est également une de ses particularités — à l’enfant ; il confond, pour ainsi dire, parties sexuelles et enfant. Une bonne part de l’amour maternel provient de l’amour que la mère porte à ses parties sexuelles et de souvenirs d’onanisme.

Était-ce très pénible ? J’ai encore une petite chose à dire aujourd’hui, qui expliquera peut-être partiellement pourquoi en général la femme aime mieux les enfants que ne le fait l’homme. Rappelez-vous ce que je vous ai raconté du frottement des parties sexuelles pendant la toilette et comment par l’emploi de la symbolisation inconsciente, j’ai établi un rapport entre le désir qui en résulte et l’amour pour l’enfant ? Pouvez-vous vous imaginer que le frottement du lavage procure autant de plaisir au petit garçon qu’à la petite fille ? Moi pas.

Je suis votre tout dévoué

Patrick Troll.