3.

Ainsi, je n’ai pas été clair ; ma lettre est confuse, vous voudriez que tout fût bien ordonné, et surtout, qu’il soit question de faits dûment établis, instructifs, scientifiques et non pas de mes idées abstraites, dont certaines, comme par exemple l’histoire des obèses « enceintes », vous semblent tout à fait folles.

Eh bien, très chère amie, si vous voulez vraiment vous instruire, je vous conseil de vous procurer un de ces traités d’un usage courant dans les universités. Pour ce qui concerne mes lettres, je vais vous en livrer la clef : tout ce qui vous paraîtra raisonnable ou seulement un peu insolite provient directement du professeur Freud, de Vienne, et de ses disciples ; ce qui vous semblera complètement insensé, j’en revendique la paternité.

Vous trouverez que je m’aventure un peu quand j’affirme que les mères ne savant rien de leurs enfants. Vous admettez que le cœur d’une mère peut à la rigueur s’abuser, s’abuse même parfois dans des questions d’une importance vitale, mais que s’il existe un sentiment sur lequel on peut vraiment compter, c’est bien l’amour maternel ce mystère insondable.

Si nous nous entretenions un peu de l’amour maternel ? Je ne prétends pas pouvoir résoudre ce mystère, que je tiens, moi aussi, pour insondable ; mais il y a beaucoup à dire sur ce sujet et des choses dont on ne parle guère en général. On en appelle la plupart du temps à la voix de la nature, mais cette voix s’exprime souvent dans un étrange langage. Il n’est pas besoin d’évoquer tout de suite le phénomène de l’avortement, qui est depuis toujours dans les mœurs et que, seuls, quelques cerveaux torturés par le remords croient pouvoir bannir de ce monde ; il n’est que d’observer pendant vingt-quatre heures la conduite d’une mère avec son enfant ; on y découvre une bonne dose d’indifférence, de lassitude, de haine. C’est que, chez toute mère, à côté de l’amour qu’elle porte à son enfant, il existe également de l’aversion pour ledit enfant. L’homme est soumis à une loi inflexible ; là où il y a amour, il y a haine ; où il y a estime, il y a mépris, où il y a admiration, il y a jalousie. Cette loi est inéluctable et les femmes n’en sont pas exclues.

Connaissiez-vous cette loi ? Saviez-vous qu’elle s’appliquait également aux mères ? Si vous éprouvez l’amour maternel, avez-vous aussi éprouvé la haine maternelle ?

Je répète ma question : d’où vient que la mère soit aussi mal renseignée sur son enfant ? Consciemment renseignée, car l’inconscient n’ignore pas ce sentiment de haine et quand on sait interpréter l’inconscient, on n’est pas dupe de la soi-disant prédominance de l’amour ; on s’aperçoit que la haine est aussi grande que l’amour et qu’entre les deux, l’indifférence représente la norme. Et plein d’étonnement — sentiment sans cesse renaissant quand on se penche sur la vie du Ça — on suit les traces qui, çà et là, se détournent des sentiers battus pour aller se perdre dans les ténèbres mystérieuses de l’inconscient. Peut-être ces traces, faciles à omettre et échappant si souvent à l’attention, finissent-elles par aboutir à la raison pour laquelle la mère ignore ou ne veut pas connaître sa haine pour son enfant, voire même pourquoi nous oublions tous les premières années de notre vie.

En premier lieu, je voudrais d’abord vous montrer, chère amie, où paraît cette aversion, cette haine maternelle. Car vous n’y croiriez pas sans plus, uniquement par amitié.

Quand, dans un roman construit selon les principes chers à un certain public, le couple amoureux, après mille périls, est enfin uni, vient le moment où elle cache, rougissante, son visage dans la mêle poitrine de l’aimé et lui confie en chuchotant un doux secret. C’est très joli, mais dans la vie, la grossesse, outre l’interruption des règles, s’annonce d’une manière assez peu ragoûtante, par des nausées, des vomissements ; pas toujours, pour en finir tout de suite avec cette objection, et j’espère pour les dames auteurs qu’elles n’éprouvent pas plus ces vomissements de la grossesse dans la vie qu’elles n’en souffrent dans leurs romans. Mais vous conviendrez avec moi que c’est extrêmement fréquent. Ces nausées sont produites par la répugnance du Ça pour ce quelque chose qui s’est introduit dans l’organisme. Les nausées expriment le souhait de s’en débarrasser. Par conséquent, désir et ébauche d’avortement. Qu’en dites-vous ?

Peut-être pourrais-je plus tard vous faire part de mes expériences en ce qui concerne le vomissement tel qu’il apparaît en dehors de la grossesse normale ; il se produit, là encore, des rapports symboliques méritant de retenir l’attention, de curieuses associations du Ça. Mais je voudrais d’abord vous faire remarquer ici que l’on voit réapparaître dans ces nausées l’idée que le germe de l’enfant est introduit dans la femme par la bouche et c’est également ce qu’indique cet autre symptôme de la grossesse, issu de la haine de la femme pour l’enfant : les maux de dents.

Par les maux de dents, le Ça murmure avec la voix basse mais insistante de l’inconscient : ne mâche pas ! Fais attention, crache ce que tu vas manger ! A vrai dire, quand surgissent les maux de dents de la femme enceinte, l’empoisonnement par la semence de l’homme est déjà un fait accompli ; mais sans doute l’inconscient espère-t-il venir à bout de ce petit peu de poison, à la condition qu’il ne s’y en ajoute point d’autre. En fait, il essaie aussi de détruire le poison vivant de la fécondation par le mal de dents. Car — et ici reparaît le complet défaut de logique par lequel le Ça se manifeste constamment sous la pensée raisonnée — l’inconscient confond dent en enfant. Et en y réfléchissant, je ne trouve même pas que cette conception de l’inconscient soit si bête ; elle n’est pas plus ridicule que l’idée de Newton, qui découvrait l’univers dans la pomme en train de tomber. Et je me demande sérieusement si l’association que fait le Ça entre la dent et l’enfant n’est pas beaucoup plus importante et scientifiquement plus féconde que les déductions astronomiques de Newton. La dent est l’enfant de la bouche ; la bouche est l’utérus dans lequel elle croît, exactement comme le fœtus se développe dans la matrice. Vous savez à quel point ce symbolisme est enraciné chez l’être humain ; autrement, il n’aurait jamais songé aux expressions « lèvres » du vagin, « lèvres » de la vulve.

Le mal de dent est donc le souhait inconscient de voir le germe de l’enfant tomber malade et mourir. Comment je sais cela ? Eh bien, entre autres — il existe beaucoup de voies pour parvenir à cette connaissance — parce que les vomissements et les maux de dents disparaissent quand on fait prendre conscience à la mère de ce désir inconscient de voir mourir l’enfant. Elle se rend compte dès lors combien ces moyens servent mal le but inconsciemment poursuivi et, le plus souvent, y renonce ; elle le condamne d’ailleurs sévèrement du moment où elle l’aperçoit dans toute sa crudité.

Les bizarres « envies » et les dégoûts des femmes enceintes proviennent également en partie de cette haine. Celles-là ramènent à l’idée de l’inconscient cherchant à anéantir le germe de l’enfant par l’ingérence de certains aliments. Ceux-ci trouvent leur raison d’être dans diverses associations d’idées rappelant le fait de la grossesse ou de la fécondation. Car, à cette époque, ce dégoût est si grand et si fort — chez toutes les femmes, ce qui n’ôte rien à leur amour pour l’enfant à venir — qu’il faut en écraser jusqu’à la notion.

Et cela continue ainsi à l’infini. Voulez-vous en entendre davantage ? Je faisais tout à l’heure allusion à l’avortement, un procédé que l’homme faisant parade de sa moralité repousse avec le plus grand mépris — publiquement. Mais la prévention de la fécondation est pourtant scientifiquement étudiée et aboutit, en définitive, au même résultat ? Je n’ai certes pas besoin de vous apprendre à quel point c’est passé dans les usages. Pas plus qu’il n’est besoin d’enseignements sur la manière dont on s’y prend. Tout au plus vaut-il la peine de vous faire remarquer que le fait de rester célibataire est aussi une façon d’éviter l’enfant détesté, et il est démontré que c’est une des fréquentes raisons du célibat et de la vertu. Quand, par hasard, se nouent tout de même des liens conjugaux, il ne manque pas de moyens pour essayer d’intimider le mari. Pour cela, il suffit par la parole et l’action — ou plutôt l’inaction — d’insister sans cesse sur les sacrifices que l’épouse consent à l’époux. Il existe beaucoup d’hommes qui, persuadés de cette bêtise, et pleins d’un respect craintif, considèrent avec admiration cet être supérieur habité par l’esprit d’immolation et qui subit, pour l’amour de ses chers enfants et de son compagnon bien-aimé, les saletés du bas-ventre. En ce qui concerne ce domaine, les desseins de Dieu n’apparaissent pas très clairement à cette noble créature ; puisqu’Il veut que l’enfant soit conçu dans la saleté et la cochonnerie, il faut se soumettre. Mais on n’en a pas moins le droit de faire comprendre au mari combien l’on méprise tout cela ; il est indispensable d’en faire parade, sans quoi il pourrait bien découvrir qu’il existe des compensations à ses témoignages d’amour, compensations desquelles on n’a guère envie de se dispenser. Et quand on a enfin réussi à amener le mari à renoncer au misérable plaisir de pratiquer la masturbation dans le vagin de son épouse, on peut lui attribuer de mille manières les causes des mauvaises humeurs, l’enfance sans joie des rejetons et les malheurs du ménage.

Il y a encore ceci : à quoi servent les maladies ? Particulièrement les douleurs abdominales ? Elles sont agréables à bien des égards. D’abord, elles permettent d’éviter les enfants. Puis, il y a encore la satisfaction de s’entendre dire par le médecin que cette maladie est due au mari, en raison de ses débauches antérieures ; car, dans la vie conjugale, on ne dispose jamais d’assez d’armes. Il y a surtout — si je deviens trop intime, je vous prie de me le dire ouvertement — il y a surtout la possibilité de se montrer à un étranger. C’est sur la table d’examen que l’on éprouve les plus belles sensations, des sensations si fortes qu’elles entraînent le Ça à faire naître des maladies variées.

J’ai rencontré récemment une petite femme en veine de franchise. « Vous m’avez dit autrefois, il y a bien longtemps — me raconte-t-elle — que l’on allait chez le gynécologue parce que l’on ne détestait pas sentir le contact d’une autre main que celle du bien-aimé ; mieux encore, que c’était dans ce but que l’on tombait malade. Depuis, je n’ai plus jamais subi d’examen et n’ai plus jamais été malade ! » Ce sont de ces choses qui sont plaisantes à entendre et fort instructives. Et c’est parce que celle-ci contient un enseignement que je vous en fait part. Car le remarquable de cette histoire, c’est que je n’ai pas dit cette vérité cynique avec l’intention de venir médicalement en aide à cette jeune femme, mais pour la faire rire ou la taquiner. Son Ça s’en est emparé et en a fait un remède, effectuant ainsi un travail que ni moi ni six autres médecins n’auraient accompli. Devant de tels faits, que peut-on dire du désir de secourir du médecin ? On se tait, confus, et pense : tout s’arrange !

Pour ce qui est de la gynécologie, l’essentiel se passe en dehors du conscient ; c’est l’intelligence raisonnée qui élit le médecin devant lequel on consent à se coucher, qui inspecte la lingerie de dessous et décide qu’elle est assez jolie, qui a recours au bidet et au savon ; mais déjà par la manière dont on s’étend, l’intention consciente cède la place et c’est l’inconscient qui agit ; et bien plus encore dans le choix de la maladie même, dans le désir d’être malade. Cela, c’est uniquement l’affaire du Ça. Car c’est le Ça inconscient, et non la raison consciente qui crée les maladies. Elles ne viennent pas du dehors, comme des ennemies, ce sont des créations opportunes de notre microcosme, de notre Ça, tout aussi rationnelles que la structure du nez et des yeux qui est, elle aussi, un produit du Ça. Où trouvez-vous inadmissible qu’un être qui, avec des filaments de semence et un œuf, fait un homme, avec un cerveau d’homme et un cœur d’homme, puisse susciter un caner, une pneumonie ou une descente de matrice ?

Soit dit en passant et par manière d’explication, je ne m’imagine pas un instant que la femme se découvre des affections abdominales par malice ou par goût de la luxure. Ce n’est pas ce que je veux dire. Mais le Ça, l’inconscient lui impose cette maladie contre sa volonté consciente, parce que le Ça est luxurieux, le Ça est malin et réclame son dû. Rappelez-moi donc à l’occasion que je vous die quelque chose à propos de la façon dont le Ça satisfait son droit à la jouissance dans le bien comme dans le mal.

Ma conviction en ce qui concerne le pouvoir de l’inconscient et l’impuissance de la volonté consciente est si forte que je vais jusqu’à tenir les maladies simulées pour des manifestations de l’inconscient ; que, pour moi, se faire passer pour malade est un masque derrière lequel se cachent d’immenses domaines des mystères de la vie dont il est indifférent pour le médecin qu’on lui mente ou qu’on lui dise la vérité, pourvu qu’il pèse tranquillement et objectivement les déclarations du malade, examine sa langue, son comportement, ses symptômes et s’attache à résoudre honnêtement le problème à sa manière.

Mais j’oublie que je voulais vous parler de la haine de la mère pour son enfant. Il me faut, là encore, évoquer un curieux processus de l’inconscient. Songez, il peut se produire — et cela arrive souvent — qu’une femme souhaite ardemment avoir un enfant et n’en reste pas moins bréhaigne ; non que le mari ou elle soient stériles, mais parce qu’il existe dans le Ça un courant qui s’entête à affirmer : il vaut mieux que tu n’aies pas d’enfant. En sorte que chaque fois que la semence est engagée dans la vulve, ce courant devient si puissant qu’il parvient à empêcher la fécondation. Il ferme l’orifice de l’utérus, sécrète une toxine qui détruit le spermatozoïde, tue l’œuf, etc. Le résultat, en tout cas, c’est que la grossesse ne se présente jamais, uniquement parce que le Ça s’y oppose. On pourrait presque dire parce que l’utérus s’y oppose, tant ces processus sont indépendants des pensées conscientes de l’être humain. Sur ce sujet, j’aurais également un mot à dire, le moment venu. Bref, la femme n’a pas d’enfant, jusqu’à ce que — eh bien, jusqu’à ce que le Ça, à la suite d’on ne sait quel événement, voire d’un traitement, est convaincu que son aversion pour la grossesse est un vestige de quelque notion infantile dont l’origine remonte à la tendre enfance. Vous ne pouvez pas savoir, très chère amie, les idées biscornues que l’on voit surgir au cours des enquêtes entreprises à l’occasion de certains de ces refus de maternité ! Je connais une femme qui craignait de mettre au monde un enfant à deux têtes, à la suite d’un micmac de souvenirs de foire et, plus vifs, plus récents, de remords causés par le fait qu’elle pensait à deux hommes à la fois.

J’ai qualifié ces idées d’inconscientes : ce n’est pas tout à fait exact, car ces femmes — qui souhaitent passionnément un enfant et font tout pour parvenir au bonheur de devenir mère — ne savant pas et, quand on le leur dit, ne veulent pas croire qu’elles s’interdisent elles-mêmes cet enfant ; or, ces femmes ont mauvaise conscience ; non parce qu’elles sont stériles et se sentent méprisées : de nos jours, on ne méprise plus les femmes pour leur infécondité. Au reste, la mauvaise conscience ne cède pas devant la grossesse. Elle ne disparaît que quand on réussit à découvrir et à purifier au tréfonds de l’âme les sources empoisonnées qui intoxiquent l’inconscient.

Quelle entreprise difficile que de parler du Ça ! On pince une corde au hasard et, au lieu d’un son, il en retentit plusieurs dont les sonorités se mêlent, puis se taisent, à moins qu’elles n’en réveillent d’autres, toujours nouvelles, jusqu’à ce que se produise un tohu-bohu invraisemblable où se perd le bredouillement de la parole. Croyez-moi, on ne peut pas parler de l’inconscient ; on ne peut que balbutier ou, mieux encore, désigner tout bas, ceci ou cela pour que l’engeance infernale de l’univers inconscient ne surgisse pas des profondeurs en poussant des cris discordants.

Dois-je ajoutaient que ce qui vaut pour la femme sert aussi de prétexte à l’homme qui veut éviter la grossesse, qu’il peut, lui aussi, et pour cette raison, rester célibataire, se faire moine, pratiquer la chasteté ou attraper une syphilis, une blennorragie, une orchite, à seules fins de ne pas engendrer d’enfant ? Qu’il s’arrange pour que ses semences soient incapables de reproduction, qu’il empêche son membre de parvenir à une érection, etc. Ne croyez surtout pas que je veuille imputer toute la faute à la femme. S’il semble en être ainsi, c’est uniquement parce que je suis un homme moi-même et que j’ai tendance à charger la femme d’une culpabilité qui me pèse ; car c’est encore là une des caractéristiques du Ça, que toutes les culpabilités pensables et imaginables pèsent sur chacun d’entre nous, en sorte que l’on est bien obligé de se dire à propos de l’assassin, du voleur, de l’hypocrite, du traître : Toi aussi, tu en es un !

Pour le moment, il est encore question de la haine de la femme pour l’enfant et il faut que je fasse vite pour ne pas allonger outre mesure cette lettre. Jusqu’ici, je vous ai entretenue de la prévention de la conception. Mais écoutez ce qui suit : une femme désirant ardemment un enfant reçoit la visite de son mari, pendant un séjour aux eaux. Ils ont des rapports : pleine d’une joyeuse anticipation en même temps que d’une sourde angoisse, elle guette la prochaine menstruation. Elle reste absente ; au second jour de cette absence, la femme trébuche sur une marche, tombe et, l’instant d’un éclair, pense avec jubilation : me voici débarrassée de l’enfant. Cette femme a conservé son enfant, car le désir du Ça était plus fort que son aversion. Mais combien de milliers de fois une chute semblable a-t-elle fait mourir le germe à peine fécondé ? Demandez à vos amies, et en peu de jours vous aurez réuni une véritable collection d’incidents analogues. Si vous avez — ce qui est très rare parmi les êtres humains et doit d’abord être mérité — obtenu la confiance de ces amies, elles vous diront : j’étais heureuse qu’il en fût ainsi. Et si vous insistez, vous apprendrez qu’il existait des raisons impérieuses pour éviter la grossesse et que la chute était voulue, non pas par le conscient, s’entend, mais par l’inconscient. Cela s’applique également au fait de soulever un poids trop lourd ou de s’être cogné ; il en est de même pour tout. Que vous me croyiez ou non, il n’y a encore jamais eu de fausse-couche qui n’ait été intentionnellement provoquée par le Ça pour des motifs facilement décelables. Jamais ! Dans sa haine et quand il a la haute main, le Ça incite la femme à danser, à monter à cheval, à voyager ou à se rendre chez des gens complaisants qui usent obligeamment d’aiguilles, de sondes ou de poisons, ou encore à faire une chute, à se cogner, à se laisser battre ou à tomber malade. Il arrive même parfois des incidents curieux, où l’inconscient lui-même ne sait pas ce qu’il fait. C’est ainsi que la noble créature, celle qui mène une vie supérieure, qui plane au-dessus des contingences abdominales, a coutume de prendre des bains de pieds brûlants dans l’espoir de se faire avorter sans en être coupable. Mais pour le germe, ce bain brûlant est plutôt agréable et favorise son développement. Vous le voyez, de temps à autre, le Ça se moque de lui-même.

Il me serait difficile pour terminer, de surenchérir encore sur les idées insensées et impies desquelles je vous ai entretenue aujourd’hui. Pourtant, je voudrais quand même essayer. Écoutez, je suis certain que l’enfant doit sa naissance à la haine. La mère en a assez d’être grosse et de porter un poids de plusieurs livres ; c’est pour cela qu’elle rejette l’enfant, fort peu doucement, au reste. Quand cette satiété n’intervient pas, l’enfant reste dans le ventre et s’y calcifie. Cela s’est vu.

Pour être juste, il faut ajouter que l’enfant, lui non plus n’a guère envie de demeurer dans son obscure prison et collabore activement à l’accouchement. Mais cela appartient à un autre enchaînement. Il suffira ici de constater qu’un commun désir de se séparer est indispensable à la mère et l’enfant pour que l’enfantement ait lieu.

Assez pour aujourd’hui. Je suis comme toujours vôtre

Patrick Troll