L’identification et la réparation

Être vraiment bienveillant implique que nous pouvons nous mettre à la place des autres, que nous pouvons nous « identifier » à eux. Cette capacité de s’identifier à une autre personne est un élément des plus importants dans les relations humaines en général. C’est aussi une condition pour aimer vraiment et intensément. Si nous sommes capables de nous identifier à la personne aimée, nous ne pouvons que négliger ou, dans une certaine mesure, sacrifier nos propres sentiments et nos désirs et aussi, pendant quelque temps, faire passer en premier les intérêts et les émotions de l’autre. Étant donné qu’en nous identifiant à d’autres personnes nous partageons, pour ainsi dire, l’aide ou la satisfaction que nous leur avons offerte, nous regagnons d’un côté ce que nous avons sacrifié de l’autre3. En fin de compte, en nous sacrifiant pour quelqu’un que nous aimons et en nous identifiant à la personne aimée, nous jouons le rôle d’un bon parent et nous nous comportons à l’égard de cette personne comme nous avions le sentiment que nos parents le faisaient autrefois avec nous – ou comme nous souhaitions qu’ils le fassent. En même temps, nous jouons le rôle que nous souhaitions jouer dans le passé, celui du bon enfant à l’égard de ses parents, rôle que nous vivons maintenant dans le présent. C’est ainsi qu’en renversant une situation, c’est-à-dire en agissant à l’égard d’une autre personne comme un bon parent, nous recréons en fantasme l’amour et la bonté que nous avons souhaités chez nos parents et nous en jouissons. Par ailleurs, agir à l’égard des autres en tant que bons parents peut être également une manière de se débarrasser des frustrations et des souffrances du passé. Nos ressentiments contre nos parents parce qu’ils nous ont frustrés, la haine et le désir de vengeance auxquels ces ressentiments ont donné naissance, la culpabilité et le désespoir engendrés par cette haine et ce désir de vengeance – parce que nous avons fait du mal à des parents que nous aimions – tout cela peut être rétrospectivement effacé en fantasme (par la disparition de quelques-unes des raisons motivant la haine), du fait que nous jouons à la fois le rôle des parents aimants et celui des enfants aimants. En même temps, dans notre fantasme, nous transformons en bien le mal que nous avons fait en fantasme et pour lequel, inconsciemment, nous nous sentons encore coupables. D’après moi, cette façon de réparer est un élément fondamental dans l’amour et dans toutes les relations humaines. C’est pourquoi j’y reviendrai fréquemment dans ce qui suit.