Cinquième séance – Vendredi

Richard commença par dire qu’il était très heureux : le soleil brillait ; il s’était fait un ami, un petit garçon de sept ans environ. Ils avaient joué au sable ensemble, construit des canaux… Puis il dit qu’il aimait beaucoup la salle de jeu, il la trouvait jolie ; il y avait beaucoup d’images de chiens au mur. Il expliqua à Mme K. qu’il se réjouissait à l’idée de rentrer chez lui à la fin de la semaine. Le jardin était très beau mais lorsqu’ils avaient emménagé, « on aurait pu mourir » à la vue des mauvaises herbes. Il évoqua ensuite le départ de lord Beaverbrook, se demandant si son successeur serait aussi bien que lui.

Mme K. lui dit qu’il trouvait la salle de jeu « jolie » à cause des sentiments qu’il avait envers elle, cette pièce la représentant. Le nouvel ami représentait un petit frère, ce qui n’était pas sans rapport avec son désir d’avoir un père fort qui pût donner à maman beaucoup de bébés (les nombreux chiens des images). En même temps, il était inquiet ; en effet, s’il évinçait son père (comme Bobby le faisait) et prenait sa place, il serait incapable de faire des bébés et d’assurer la cohésion de la famille. Néanmoins, il était heureux de rentrer chez lui, car il refoulait le désir de prendre la place de son père de façon à ne pas troubler l’ambiance familiale. Mme K. lui expliqua également que les mauvaises herbes, c’était lui quand il dérangeait la paix familiale à cause de sa jalousie à l’égard de son père ; il avait utilisé l’expression « on aurait pu mourir » pour signifier que ces mauvaises herbes étaient dangereuses.

Richard éternua et parut très inquiet34 ; il se demandait s’il n’était pas enrhumé et dit, s’adressant à lui-même « Il connaît ses coups » au lieu de « Il se mouche le nez35 ». Mme K. lui fit remarquer ce lapsus, et il s’en amusa.

Mme K. ajouta qu’il avait peur du rhume, car il se le représentait comme quelque chose de mauvais qui était en lui, d’où les coups.

Richard regarda de nouveau la carte et demanda quels étaient les pays neutres ; la Suède en faisait partie, mais peut-être pas pour longtemps. Il se pencha en avant et regarda la carte à l’envers. Vue dans ce sens, l’Europe avait « une forme bizarre », fit-il remarquer : ceci n’était « pas correct » et semblait « embrouillé et mélangé ».

Mme K. fit remarquer à Richard qu’il se représentait ses parents « embrouillés et mélangés » au cours de leurs relations sexuelles. Il craignait que ses parents ne se mélangent tellement que le « mauvais » pénis (Hitler) reste à l’intérieur de maman [image des parents combinés]. C’est ce qu’il voulait dire par « bizarre » et « pas correct » : en fait, il avait l’impression que les relations sexuelles des parents étaient dangereuses.

Richard parut très angoissé. Il se leva et regarda autour de lui. Il inspecta tous les recoins de la pièce, vit le piano, l’ouvrit et l’essaya. Il aperçut, sur une petite table, un soulier de porcelaine qu’il n’avait encore jamais remarqué ; à l’intérieur du bibelot, il y avait une gomme, il la prit puis la remit à sa place. Il trouvait cette pièce très jolie, dit-il, et il l’aimait beaucoup… Il prit alors la montre de Mme K. et voulut savoir où et quand elle l’avait eue ; puis il lui posa des questions analogues à celles qu’il avait déjà posées à propos de son mari.

Mme K. interpréta : cette exploration de la pièce représentait le désir de Richard d’explorer l’intérieur de Mme K. ; il voulait voir si elle avait en elle un pénis-Hitler ou un « bon » pénis ; c’est d’ailleurs pour cette raison qu’il l’avait à nouveau questionnée sur M. K. Cela avait également un rapport avec maman et les parents « mélangés » ; son incertitude à l’égard de l’intérieur de sa mère était liée à ses craintes à l’égard de son propre intérieur, à sa peur du rhume et des coups internes. II essayait bien de se rassurer en disant que la pièce était jolie et qu’il l’aimait beaucoup, ce qui prouvait que maman et Mme K. allaient très bien et qu’elles ne contenaient pas le mauvais père-Hitler [défense de type maniaque].

Richard poursuivit son exploration. Il découvrit une carte postale fixée à l’angle d’un écran (de projection). Il admira l’image et dit que c’était un gentil petit rouge-gorge ; il aurait aimé être un rouge-gorge, ajouta-t-il ; il aimait bien ces oiseaux-là.

Mme K. lui dit que le rouge-gorge représentait le « bon » pénis et également un bébé. Il désirait faire des bébés et prendre la place de M. K. et de papa. Son intérêt pour l’angle de l’écran (ses deux côtés s’écartant comme des jambes) manifestait son désir d’avoir des relations sexuelles avec Mme K. et maman.

Richard ne répondit pas à la plupart de ces interprétations. Il dit seulement qu’une fois, il avait eu un rouge-gorge : il lui donnait à manger ; mais il s’était envolé et n’était jamais revenu. Puis il regarda la montre : il demanda si la séance était terminée36.

Mme K. lui dit qu’il désirait partir et ne jamais revenir ; il avait peur des interprétations de Mme K. quand elle lui parlait de relations sexuelles avec elle. Le rouge-gorge représentait également ses organes génitaux, qu’il avait peur de perdre.

Tout d’abord, Richard ne voulut pas admettre qu’il désirait partir. Puis il avoua qu’il aurait aimé que la séance fût terminée, mais ajouta qu’il ne voulait pas partir avant la fin. (À la fin de la séance, il partit tout seul, sans attendre Mme K).