Se sentir seul

Je me propose de rechercher la source du sentiment de solitude. Je n’entends pas par là la situation objective d’être privé de compagnie. Je parle du sentiment interne de solitude, du sentiment d’être seul, quelles que soient les circonstances réelles : on peut l’éprouver aussi bien au milieu d’amis qu’en étant aimé. Je dirais que cet état de solitude intérieure résulte d’une aspiration universelle à connaître un état interne parfait, inatteignable. Une telle solitude, que chacun de nous a pu vivre à des degrés divers, a son origine dans les angoisses paranoïdes et dépressives dérivant des angoisses psychotiques de la prime enfance. Celles-ci existent chez tout individu mais elles sont particulièrement intenses chez le malade mental : la solitude fait ainsi partie de la maladie, schizophrénique ou dépressive.

Pour comprendre la naissance du sentiment de solitude, nous devons remonter à la prime enfance puis en retrouver les modalités aux stades ultérieurs de la vie — comme nous le faisons pour d’autres attitudes et d’autres affects. J’ai souvent affirmé que le moi existait et exerçait son activité dès la naissance : ce moi primitif manque de cohésion, il est dominé par les mécanismes de clivage. Le danger qui menace le soi d’être détruit par l’instinct de mort contribue au clivage des pulsions, les scindant en bonnes et mauvaises pulsions. La projection de ces pulsions sur l’objet originel lui fait subir à lui aussi un clivage et le divise en un bon et un mauvais objet. En conséquence, aux tout premiers stades du développement, la bonne partie du moi et le bon objet sont tous deux protégés, dans une certaine mesure, l’agression se trouvant déviée.

II s’agit en l’occurrence de ces processus de clivage que j’ai décrits comme étant nécessaires à la sécurité du nourrisson, pour autant que la sécurité puisse être réalisée à ce stade. D’autres processus de clivage vont provoquer une fragmentation et à ce titre être préjudiciables au moi et à la force du moi.

Cette impulsion au clivage coexiste dès le début de la vie avec une tendance croissante à l’intégration, qui augmente au fur et à mesure que le moi se développe. Le processus d’intégration repose sur l’introjection du bon objet, qui n’est initialement qu’un objet partiel — le sein maternel —, bien que d’autres aspects de la mère participent de cette première relation. Si ce bon objet interne peut être instauré avec un sentiment suffisant de sécurité, il deviendra par la suite le noyau du moi naissant.

L’instauration d’une première relation satisfaisante à la mère (ce qui n’exige pas nécessairement l’allaitement au sein, celui-ci pouvant être représenté symboliquement par un biberon) dépend d’un contact étroit établi entre l’inconscient de la mère et celui de l’enfant. Cette relation fonde l’expérience vécue la plus complète qui soit — celle d’être compris — et se trouve essentiellement liée au stade préverbal. Aussi gratifiant que puisse être dans la vie le fait d’exprimer ses pensées et ses sentiments à quelqu’un qui vous témoigne sa sympathie, une aspiration insatisfaite demeure : celle d’être compris sans avoir besoin de recourir à la parole, aspiration qui représente, en dernière analyse, la nostalgie de la toute première relation avec la mère. Cette nostalgie contribue à l’impression de solitude, elle dérive du sentiment dépressif d’avoir souffert d’une perte irréparable.

Même dans les circonstances les plus favorables, la relation à la mère et au sein maternel ne peut rester un bonheur sans mélange : l’angoisse persécutive ne tarde pas à apparaître. L’angoisse persécutive atteint son point culminant au cours des trois premiers mois, période au cours de laquelle s’installe la position paranoïde-schizoïde. L’angoisse surgit dès le début de la vie dans le conflit qui oppose les instincts de vie aux instincts de mort : l’expérience de la naissance y contribue. Chaque fois que les pulsions destructives apparaissent avec une certaine intensité, la mère et le sein maternel sont, du fait de la projection, perçues comme persécuteurs. Le tout jeune enfant sent inévitablement sa sécurité menacée et cette insécurité paranoïde est une des sources du sentiment de solitude.

Lorsque la position dépressive s’installe — aux environs du quatrième mois — le moi a déjà subi un début d’intégration. L’enfant qui acquiert le sentiment de son unité établit de meilleures relations d’abord avec sa mère, puis avec d’autres. C’est alors que l’angoisse paranoïde cède peu à peu le pas à l’angoisse dépressive. Mais le processus d’intégration entraîne à sa suite de nouveaux problèmes. Je vais donc envisager certains d’entre eux et établir leur rapport avec le sentiment de solitude.

Il faut signaler que, parmi les facteurs qui stimulent l’intégration, certains n’ont qu’une efficacité temporaire, tels les processus de clivage qui permettent au moi précoce de neutraliser le sentiment d’insécurité. Le moi est poussé à trouver d’autres solutions pour venir à bout des pulsions destructives et cette tendance contribue à rendre impératif le processus d’intégration. Car une intégration satisfaisante aurait pour effet d’atténuer la haine par l’amour et de réduire la violence des pulsions destructives. Le moi se sent ainsi rassuré, non seulement quant à sa propre survie, mais aussi quant à la protection de son bon objet. C’est une des raisons pour lesquelles le manque d’intégration est ressenti comme extrêmement douloureux.

Pourtant l’intégration est difficilement acceptée. La rencontre des pulsions destructives et des pulsions d’amour, la confluence des bonnes et des mauvaises qualités de l’objet font naître l’angoisse : celle que les sentiments destructeurs ne submergent les sentiments d’amour et que le bon objet ne s’en trouve menacé. D’où un conflit entre la recherche d’une intégration en tant que protection contre les pulsions destructives et la crainte qu’une intégration ne permette aux pulsions de destruction de menacer le bon objet et les bonnes parties du soi. Certains patients m’ont parlé de la sensation douloureuse qu’entraîne l’intégration, disant qu’ils se sentaient seuls et abandonnés, se trouvant dans leur solitude face à une mauvaise partie du soi. Ce processus devient d’autant plus douloureux qu’un surmoi sévère impose et cherche à maintenir un refoulement intense des pulsions destructives.

L’intégration ne saurait être que progressive ; la sécurité acquise peut à tout moment être troublée par des tensions internes ou externes, ceci restant vrai tout au long de la vie. Il est impossible d’atteindre une intégration complète et permanente : il persiste toujours une bipolarité entre l’instinct de vie et l’instinct de mort et c’est là la source conflictuelle la plus profonde. Puisqu’une intégration complète ne peut pas être réalisée, nous ne pouvons jamais comprendre et accepter pleinement nos propres émotions, nos propres fantasmes et nos propres angoisses : c’est là un facteur important qui contribue à la solitude. Le désir de se comprendre soi-même est lié au besoin d’être compris par le bon objet intériorisé. Cette aspiration s’exprime dans un fantasme universel, celui d’avoir un jumeau, fantasme sur lequel Bion a déjà attiré l’attention. L’image gémellaire représente, selon lui, toutes les parties du moi, séparées par clivage et in-comprises que le sujet désire fortement retrouver dans l’espoir de réaliser son unité et d’aboutir à une totale compréhension. Ces parties sont parfois considérées par le sujet comme étant ses parties idéales. Parfois le jumeau représente un objet interne auquel on pourrait accorder une confiance absolue, autrement dit un objet interne idéalisé.

Il nous faut encore envisager un autre lien entre la solitude et le problème de l’intégration. On pense généralement que la solitude provient de la conviction qu’il n’existe personne, groupe ou individu, auquel on appartiendrait. Cette non-appartenance a une signification plus profonde. Aussi loin que se poursuive l’intégration, le sentiment persiste que certaines parties du soi restent inaccessibles : clivées, elles ne pourront jamais être retrouvées. Certaines de ces parties se voient projetées sur d’autres personnes, projection qui contribue à entretenir le sentiment que le sujet ne possède pas pleinement son propre soi, qu’il ne s’appartient pas et qu’il n’appartient pas davantage à quelqu’un d’autre. Le sujet ressent que les parties perdues, elles aussi, sont seules.

J’ai déjà souligné que les angoisses paranoïdes et destructives ne peuvent être entièrement surmontées, même chez le sujet normal. Elles fondent le sentiment de solitude. Des variations individuelles considérables existent quant à la façon dont cette solitude est vécue. Lorsque l’angoisse paranoïde est relativement intense, même lorsqu’elle reste dans les limites du normal, elle peut retentir sur la relation au bon objet interne, le sujet perd la confiance qu’il avait investie dans la bonne partie du soi. Ainsi la projection des sentiments paranoïdes et de la méfiance à l’égard des autres augmente et donne naissance au sentiment de solitude.

Au cours des schizophrénies avérées, ces facteurs sont exacerbés. Le manque d’intégration dont je viens de parler se trouvait dans les limites du normal ; nous l’envisagerons maintenant sous son aspect pathologique. En fait, toutes les composantes de la position paranoïde-schizoïde y figurent avec une acuité accrue.

Avant de traiter du sentiment de solitude chez le schizophrène, il faut considérer de plus près des processus appartenant à la position paranoïde-schizoïde, principalement le clivage et l’identification projective. Celle-ci est fondée sur le clivage du moi et la projection de certaines parties du soi sur autrui, en premier lieu sur la mère et le sein maternel. Cette projection dérive des pulsions orales, anales et urétrales ; les parties du soi se trouvent expulsées sur un mode omnipotent avec les produits d’excrétion, elles sont introduites dans la mère afin d’en prendre possession et de s’en assurer le contrôle. Dès lors, la mère ne représente plus un autre individu, mais devient un aspect du soi. Si les excreta sont expulsés de façon hostile, la mère est ressentie comme étant dangereuse et hostile. Mais, lors du clivage, les mauvaises parties ne sont pas seules à être clivées et projetées : normalement, les bonnes parties le sont aussi. Tandis que le moi se développe, le clivage et la projection s’atténuent, le moi s’intégre davantage. Mais, si le moi est très faible — ce que je considère être un facteur inné — et si la naissance et le début de la vie ont été marqués par des difficultés, la capacité d’intégration — à savoir la possibilité de rassembler les parties du moi séparées par clivage — elle aussi reste faible ; bien plus, la tendance au clivage s’accroît, afin d’éviter l’angoisse que suscitent les pulsions destructives dirigées à l’encontre du soi et du monde extérieur. Une telle incapacité à tolérer l’angoisse entraîne des conséquences importantes : ce n’est pas seulement le besoin de cliver le moi et l’objet qui augmente — pouvant conduire à un état de morcellement — c’est la translaboration des angoisses précoces qui est rendue impossible.

Chez le schizophrène, nous constatons les résultats de l’échec de ces processus. Le schizophrène s’éprouve comme morcelé, irrémédiablement : il sent qu’il ne sera jamais en possession de son soi. Du coup, il s’avère incapable d’intérioriser son objet originel (la mère) pour en faire un bon objet ; le fondement de sa propre stabilité lui fait alors défaut. Il ne peut pas plus compter sur un bon objet, externe ou interne, que sur son propre soi. Ce facteur est étroitement lié au sentiment de solitude : le schizophrène sent qu’il est laissé seul, pour ainsi dire, avec sa misère. L’impression d’être cerné par un monde hostile caractérise l’aspect paranoïde de la schizophrénie ; elle renforce toutes les angoisses et influe de façon déterminante sur les sentiments de solitude.

L’élément confusionnel est un autre facteur contribuant au sentiment de solitude du schizophrène. Il découle d’un certain nombre de facteurs, parmi lesquels il faut souligner la fragmentation du moi et l’usage excessif de l’identification projective ; le schizophrène a non seulement l’impression d’être morcelé mais d’être incorporé aux autres. Il est incapable de distinguer les bonnes et les mauvaises parties du soi, le bon et le mauvais objet, la réalité externe et interne. Ainsi ne peut-il ni se comprendre, ni se fier à lui-même. S’ajoutant à sa méfiance paranoïde, ces facteurs déterminent son propre retrait qui l’empêche d’établir des relations d’objets et de trouver auprès de ces objets le soutien et le plaisir qui pourraient, en renforçant le moi, neutraliser la solitude. Il aspire à trouver une relation avec autrui, mais ne peut pas y parvenir.

Ne sous-estimons pas la douleur et les souffrances du schizophrène. Elles sont difficiles à percevoir, car constamment masquées par l’usage défensif qu’il fait de la dispersion de ses affects. Pourtant moi-même et certains de mes collègues, parmi lesquels le Dr. Davidson, le Dr. Rosenfeld, le Dr. Hanna Segal, qui avons analysé ou analysons des schizophrènes, restons optimistes quant aux résultats. Optimisme fondé sur l’existence, même chez ces grands malades, d’un désir intense d’intégration et d’une relation, pour rudimentaire qu’elle soit, au bon objet et au bon soi.

Je dois maintenant parler du sentiment de solitude qui marque la prédominance de l’angoisse dépressive, et tout d’abord dans les limites du normal. J’ai souvent fait remarquer que la vie affective précoce est caractérisée par la répétition des expériences de perte et de retrouvaille. Toutes les fois que la mère est absente, l’enfant peut redouter qu’elle soit perdue, soit qu’elle ait été blessée ou endommagée, ou encore qu’elle soit devenue un persécuteur. Ce sentiment de perte équivaut à la crainte qu’elle ne soit morte. Du fait de l’introjection, la mort de la mère externe signifie la perte de l’objet interne, elle vient donc renforcer les peurs de l’enfant concernant sa propre mort. Ces angoisses et ces affects sont particulièrement intenses au stade de la position dépressive, mais la peur de la mort joue un rôle dans le sentiment de la solitude, tout au long de la vie.

La douleur qui accompagne les processus d’intégration contribue à renforcer le sentiment de solitude. Le sujet doit faire face à ses propres pulsions destructives et aux parties haïes de son soi, qui semblent échapper à son contrôle et menacer ainsi le bon objet. Lorsque l’intégration et la perception de la réalité progressent, l’omnipotence devient moins intense ; ce qui contribue à ranimer les douleurs de l’intégration, la capacité d’espérer s’en trouve affaiblie. Mais comme l’espérance connaît d’autres sources — la force du moi, la confiance en soi et en autrui — il demeure toujours en elle un élément d’omnipotence.

Tout processus d’intégration entraîne une certaine perte de l’idéalisation — tant de l’objet que d’une partie du soi —, idéalisation qui, d’emblée, marque la relation au bon objet. La « dé-idéalisation » survient lorsque le sujet prend conscience que le bon objet n’atteindra jamais à la perfection qu’on pourrait attendre d’un objet idéal. La prise de conscience qu’aucune partie du soi n’est vraiment idéale est encore plus douloureuse. J’ai pu constater que le besoin d’idéalisation n’est jamais complètement abandonné, même s’il tend à diminuer au cours du développement normal grâce à la confrontation de la réalité interne et externe. Comme le disait un de mes patients : « L’enchantement est fini », au moment où il avouait avoir ressenti un soulagement pour avoir progressé vers l’intégration. L’analyse montra que « l’enchantement » qui venait de disparaître n’était autre que l’idéalisation du soi et de l’objet ; cette perte était responsable des sentiments de solitude.

Certains de ces facteurs prédominent dans les processus mentaux des malades atteints de psychose maniaco-dépressive. Ces patients sont déjà engagés dans la position dépressive ; ils appréhendent l’objet sous un aspect plus global et leurs sentiments de culpabilité, même s’ils demeurent liés aux mécanismes paranoïdes, sont plus intenses et moins labiles. Plus que le schizophrène, ils aspirent à garder le bon objet au-dedans d’eux-mêmes et à le protéger. Mais ils s’en sentent incapables ; n’ayant pu translaborer leur position dépressive, leur capacité de réparer le bon objet, d’en réaliser la synthèse et de parfaire l’intégration du moi demeure insuffisante. Pour autant que la haine et la crainte du bon objet persistent, le sujet reste incapable de le réparer ; ainsi la relation au bon objet ne lui apporte-t-elle aucun soulagement, seulement le sentiment de n’être pas aimé, d’être haï ; l’objet lui apparaît comme constamment menacé par ses pulsions destructives. Le malade aspire à surmonter toutes les difficultés qu’il éprouve dans ses relations au bon objet ; cette aspiration fait partie de son sentiment de solitude ; elle peut, à la limite, s’exprimer dans la tendance au suicide.

Des processus analogues entrent en jeu dans les relations au monde extérieur. Le sujet, atteint de psychose maniaco-dépressive, ne peut trouver qu’un soulagement passager — et encore seulement à certains moments — dans ses relations avec une personne bienveillante : il projette si rapidement sa propre haine, sa rancune, son envie, sa peur qu’il est constamment rempli de méfiance. Son sentiment de solitude est moins centré sur le morcellement que sur l’incapacité à maintenir une relation intime, interne et externe, avec le bon objet.

Je voudrais insister sur les difficultés que rencontre l’intégration, et plus particulièrement sur le conflit entre les éléments féminins et masculins présents dans les deux sexes. Nous savons qu’il existe un facteur biologique de la bisexualité, mais je ne m’attacherai ici qu’aux aspects psychologiques. On rencontre chez toute femme le souhait d’être un homme, souhait qui transparaît particulièrement dans l’envie du pénis ; de la même façon on trouve chez l’homme une position féminine, avec le désir d’avoir des seins et de pouvoir donner naissance à des enfants. De tels désirs, qui sont liés à l’identification aux deux parents, s’accompagnent de sentiments de compétition et d’envie, comme d’une admiration pour les biens convoités. Ces identifications sont d’intensité et qualité variable, selon que prédomine l’admiration ou l’envie. Le désir d’intégration chez le jeune enfant se fonde en partie sur le besoin impérieux d’intégrer ces différents aspects de la personnalité. En outre le surmoi exige contradictoirement l’identification aux deux parents, exigence qui correspond au besoin de réparer le désir originel de dépouiller chacun d’eux comme au souhait de les conserver vivants au-dedans de soi-même. Si la culpabilité l’emporte, elle fera obstacle à l’intégration de ces identifications. Mais quand ces identifications peuvent être réalisées de façon satisfaisante, elles deviennent une source d’enrichissement et permettent l’épanouissement de toutes sortes de talents et capacités.

Pour illustrer les difficultés que rencontre cet aspect particulier de l’intégration et ses liens avec la solitude, je rapporterai le rêve d’un patient : une petite fille joue avec une lionne et lui tend un arceau ; de l’autre côté de l’arceau, il y a un précipice. La lionne obéit, saute et se tue. Il y a un petit garçon qui est en train de tuer un serpent. Un matériel similaire étant déjà apparu dans l’analyse, le patient put reconnaître que la petite fille représentait l’aspect féminin et le petit garçon l’aspect masculin de sa personnalité. La lionne était étroitement lice à une image de moi dans la situation transférentielle, comme un exemple suffira à le montrer. La petite fille était accompagnée de son chat ; le patient fit un rapprochement avec le mien qui avait servi à me représenter à plusieurs reprises. 11 prit conscience qu’il était en compétition avec ma féminité, qu’il désirait me détruire comme il avait souhaité détruire sa mère. Cette prise de conscience lui fut extrêmement pénible. Il reconnut qu’une partie de lui-même désirait tuer la lionne qu’il aimait — l’analyste —, ce qui le priverait de son bon objet, d’où un sentiment non seulement de détresse et de culpabilité mais aussi de solitude dans la situation transférentielle. Il lui fut tout aussi douloureux de reconnaître que sa compétition avec son père l’entraînait à détruire la puissance sexuelle du père et son pénis, représenté par le serpent. Ce matériel conduisit à un travail très pénible d’intégration. Le rêve de la lionne avait été précédé par un autre, où une femme se suicidait en se jetant d’un immeuble très élevé ; contrairement à son habitude, le patient n’en éprouva aucune horreur. Ce stade de l’analyse était centré sur ses difficultés concernant sa position féminine, alors à son point culminant : il prit conscience que cette femme représentait sa propre féminité qu’il cherchait à détruire. Il était persuadé que cette féminité n’allait pas compromettre sa relation aux femmes, mais aussi sa propre masculinité et ses tendances constructives, y compris les tendances réparatrices à l’égard de sa mère, comme il put en prendre conscience dans sa relation avec moi. Cette façon de placer toute son envie et toute sa compétitivité dans sa partie féminine n’était en somme qu’un aspect du clivage : elle lui permettait de masquer ainsi sa grande admiration et son estime de la féminité. Alors qu’il pensait que l’agressivité masculine avait un caractère de franchise et était ainsi plus honnête, il considérait que la position féminine était caractérisée par l’envie et la duplicité : son profond mépris pour toute hypocrisie et toute malhonnêteté ne faisait qu’augmenter ses difficultés d’intégration.

En analysant ces attitudes, il put remonter aux sentiments d’envie à l’égard de sa mère ; une bien meilleure intégration des composantes féminines et masculines de sa personnalité devint possible et les sentiments d’envie s’atténuèrent. Ce qui ne manqua pas de le rendre plus apte à nouer des relations avec autrui et à combattre son sentiment de solitude.

J’emprunterai un autre exemple à l’analyse d’un homme qui n’était ni malade ni malheureux, qui réussissait bien dans sa profession et avait de bonnes relations avec les autres. Il savait qu’il s’était toujours senti seul étant enfant, et que ce sentiment de solitude ne l’avait jamais complètement quitté. L’amour de la nature tenait une place tout à fait particulière dans les sublimations de ce patient. Dès sa plus jeune enfance, il aimait être dehors et il y trouvait de la satisfaction et du réconfort. Au cours d’une séance, il me parla du plaisir ressenti lors d’un voyage dans un pays vallonné et de sa répugnance à se retrouver en ville. Je lui interprétais, comme je l’avais déjà fait précédemment, que la nature ne représentait pas uniquement pour lui la beauté, mais aussi la bonté, en fait le bon objet qu’il avait intériorisé. Après un silence, il me dit qu’il pensait que c’était vrai, mais que la nature n’était pas toujours bonne, l’agression y étant toujours présente. De même, ajouta-t-il, sa propre relation à la campagne fut loin d’être toujours entièrement bonne : il se souvenait, par exemple, qu’il allait piller des nids d’oiseaux lorsqu’il était jeune. Mais il avait aussi toujours voulu planter quelque chose. Il dit qu’en aimant la nature il avait en somme « fait entrer en lui un objet intégré1 ».

Pour comprendre comment le patient surmontait sa solitude lorsqu’il était à la campagne, alors qu’il en souffrait toujours en ville, il faut le suivre dans ses associations qui ont trait à son enfance et à la nature. Il croyait savoir qu’il avait été un bébé heureux, bien nourri par sa mère : un matériel abondant — se rapportant surtout à la situation transférentielle — venait à l’appui de tels dires. Il se souvenait que, très jeune, il était préoccupé de l’état de santé de sa mère, tout en lui en voulant pour la sévérité de son attitude. En dépit de tout cela sa relation à sa mère était heureuse à bien des égards et il lui resta affectueusement attaché ; mais il s’était toujours senti enfermé à la maison et aspirait à sortir. Il semble avoir été sensible de très bonne heure aux beautés de la nature. Dès qu’on lui accorda la permission de rester dehors plus longtemps, son plus grand plaisir fut de parcourir les champs et les bois en compagnie d’autres garçons. Il avoua avoir fait preuve d’une certaine agressivité à l’égard de la nature ; il avait pillé des nids d’oiseaux, endommagé des haies. Mais il était convaincu que de tels dégâts ne pouvaient avoir que des effets passagers, car la nature se réparait d’elle-même. Il se la représentait comme riche et invulnérable, alors qu’il avait de sa mère une image diamétralement opposée. Sa relation à la nature était relativement libre de toute culpabilité, tandis qu’il se sentait responsable de la fragilité de sa mère pour des raisons inconscientes et que sa relation avec elle était chargée de culpabilité.

Ce matériel me montra qu’il avait dans une certaine mesure introjecté sa mère en tant que bon objet, et qu’il avait réussi à faire la synthèse de ses sentiments hostiles et affectueux à son égard. Il avait atteint un bon niveau d’intégration, encore que l’angoisse persécutive et dépressive dans ses relations aux parents fût un obstacle à l’intégration. La relation à son père avait joué un grand rôle au cours du développement, mais ceci] n’entre pas dans le cadre du matériel qui nous intéresse ici.

J’ai déjà évoqué son besoin compulsionnel d’être dehors, besoin lié à sa claustrophobie. La claustrophobie connaît une double origine : d’une part, une identification pro-jective vers l’intérieur de la mère, qui entraîne l’angoisse d’être emprisonné par elle ; d’autre part, une ré-introjection qui aboutit au sentiment qu’à l’intérieur de soi-même on se trouve cerné par des objets hostiles et rancuniers. Dans le cas de mon patient, sa fuite dans la nature était une défense contre ces deux situations anxiogènes. En un sens, son amour de la nature s’était trouvé séparé par clivage de sa relation à sa mère ; la dé-idéalisation de sa mère l’avait conduit à transférer cette idéalisation sur la nature. Il se sentait très seul dans ses relations avec la mère et avec la maison, et ce sentiment de solitude était l’origine de son dégoût pour la ville. La liberté et la joie que lui donnait la nature n’étaient pas uniquement une source de plaisir — lié à son amour du beau et à son intérêt pour les arts —, c’était aussi un moyen de neutraliser la solitude fondamentale, qui n’avait jamais complètement disparu.

Lors d’une autre séance, le patient me raconta qu’au cours d’une excursion à la campagne, il avait attrapé un mulot et l’avait enfermé dans une boîte dans le coffre de sa voiture, mais il l’oublia, et ne s’en souvint que le jour suivant. Il chercha le mulot qui s’était échappé de la boîte pour se cacher dans le coin le plus reculé du coffre ; il retrouva le mulot, mais il était mort. Son sentiment de culpabilité pour avoir oublié le mulot et d’avoir ainsi été la cause de sa mort amena, au cours des séances suivantes, un matériel associatif à propos de la mort de certaines personnes, pour lesquelles il s’était dans une certaine mesure senti responsable, de façon tout à fait irrationnelle.

Au cours des séances suivantes, il eut de nombreuses associations à propos de ce mulot, qui s’avéra remplir bien des rôles. Le mulot représentait une partie de lui-même, clivée, seule et abandonnée. S’identifiant à son enfant, il se sentit privé d’un compagnon éventuel. Il avait souffert dans sa jeunesse de l’absence d’un compagnon de jeu de son âge : ce désir allait bien au-delà du besoin réel d’avoir des camarades et traduisait le sentiment que des parties clivées de son soi demeureraient irrécupérables. Le mulot représentait aussi son bon objet, qu’il avait enfermé au-dedans de lui-même — la voiture — et dont il craignait des représailles, du fait de sa culpabilité. Il s’accusait d’avoir abandonné le mulot et vint à évoquer l’image d’une femme abandonnée. Cette association apparut après les vacances : il lui sembla que non seulement il avait été abandonné par son analyste, mais qu’elle aussi avait été abandonnée et qu’elle en souffrait. Il devint évident que ses sentiments étaient liés à des sentiments analogues concernant sa mère : il en conclut qu’il devait contenir un objet — mort ou esseulé — qui ne faisait qu’intensifier sa propre solitude.

Tout ce matériel confirme mon hypothèse selon laquelle il existe une relation entre le sentiment de solitude et de l’incapacité à intégrer suffisamment le bon objet ou des parties du soi qu’on sent inaccessibles.

Je vais maintenant examiner de plus près les facteurs qui nous permettent, dans les circonstances normales, d’atténuer les sentiments de solitude. Que le bon sein puisse être intériorisé avec une sécurité relative témoigne d’une force innée du moi. Un moi fort résiste mieux au morcellement, peut atteindre plus facilement un degré d’intégration et établir une bonne relation à l’objet originel. A la base de toute identification, on trouve une intériorisation du bon objet, qui renforce le sentiment de « bonté » et de confiance, visant à la fois le soi et l’objet. Une telle identification au bon objet atténue les pulsions destructives et la rigueur du sur-moi, qui aura ainsi des exigences moins sévères à l’égard du moi et sera plus tolérant à l’égard des défauts des objets aimés, sans compromettre sa relation avec eux.

L’omnipotence diminue quand l’intégration se complète et un tel processus s’accompagne d’une certaine perte de l’espérance : ce qui ne va pas sans favoriser une distinction entre les pulsions destructives et leurs effets. L’agression et la haine paraissent dès lors moins menaçantes. Une meilleure adaptation à la réalité permet au sujet de mieux tolérer ses propres limites ; les anciennes frustrations évoquent moins de rancune. Il découvre de nouvelles sources de joie dans le monde extérieur qui lui permettent d’écarter le sentiment de solitude.

Lorsque s’installe une relation heureuse avec l’objet originel, et que de ce fait l’objet peut être intériorisé, les conditions sont remplies pour donner et recevoir de l’amour : le nourrisson peut non seulement éprouver de la joie, au moment même de l’allaitement, mais réagir à la présence et à l’affection maternelles. Les souvenirs de ces moments heureux aident l’enfant à surmonter les frustrations, car ils promettent le retour de temps plus heureux. Il existe en outre un rapport étroit entre la joie et le sentiment de comprendre ou d’être compris. L’angoisse se trouve apaisée au moment de la joie, la proximité de la mère et la confiance mise en elle sont alors ressenties avec la plus grande intensité. Lorsque les identifications intro-jectives et projectives ne sont pas excessives, elles jouent un rôle important dans ce sentiment de proximité, puisqu’elles contribuent à développer la capacité de comprendre et le sentiment d’être compris.

La joie est liée à la gratitude ; si celle-ci est vraiment profonde elle fait naître le désir de rendre à son tour la bonté reçue : c’est la base même de toute générosité. Il y a toujours un rapport étroit entre la capacité de recevoir et celle de donner : toutes deux dépendent de la relation au bon sujet et neutralisent la solitude. C’est aussi sur le sentiment de générosité que repose la créativité, qu’il s’agisse des activités constructives les plus primitives de l’enfant ou de la créativité de l’adulte.

Il faut pouvoir ressentir la joie pour être capable de cette résignation qui permet de prendre plaisir à ce qui est effectivement disponible, sans rechercher avec trop d’avidité une gratification inaccessible et sans éprouver de rancune exagérée à l’égard des frustrations. On peut rencontrer une telle adaptation même chez de très jeunes enfants. La résignation est liée aussi à la tolérance et au sentiment que les pulsions destructives ne détruiront pas l’amour : ainsi la vie et la « bonté » restent préservées.

Un enfant à même de s’identifier aux plaisirs que connaissent les membres de sa famille, sans en ressentir trop d’envie ou de jalousie, pourra par la suite s’identifier au plaisir d’autrui. Devenu âgé, le même sujet pourra, en inversant la situation, s’identifier aux plaisirs de la jeunesse, ce qui suppose qu’il se sente reconnaissant pour les plaisirs de sa vie passée et n’éprouve pas trop d’amertume pour les savoir inaccessibles.

Pourtant tous ces facteurs, encore qu’ils l’atténuent, n’éliminent pas complètement le sentiment de solitude ; dans cette mesure, ils pourront servir à des fins défensives. Lorsque ces défenses sont très actives et s’imbriquent les unes aux autres, le sentiment de solitude peut ne pas être appréhendé consciemment. Ainsi une dépendance étroite à la mère est souvent utilisée par l’enfant comme une défense contre le sentiment de solitude, ce besoin de dépendance devenant un modèle de comportement pour le restant de la vie. D’autre part, la fuite vers l’objet interne — telle qu’on l’observe dans les gratifications hallucinatoires au cours de la prime enfance — peut être utilisée comme défense contre une dépendance trop grande à l’égard de l’objet externe. Une telle attitude amène certains adultes à rejeter tout commerce amical, et peut être considérée, dans certains cas, comme un symptôme morbide.

Ce besoin d’indépendance fait partie de la maturation normale mais peut aussi servir de défense pour combattre la solitude. Un relâchement de la dépendance à l’égard de l’objet rend le sujet moins vulnérable et neutralise son besoin d’entretenir une trop grande proximité, interne ou externe, avec les personnes aimées.

Le sujet âgé a aussi recours à un autre mode de défense : son passé devient sa préoccupation principale afin d’éviter les frustrations du présent. Une idéalisation du passé intervient. Elle est mise au service de la défense. L’idéalisation de l’avenir joue un rôle comparable chez les jeunes.

Une part d’idéalisation des hommes et des causes constitue une défense normale : elle participe de la quête d’objets internes idéalisés, quête qui se voit projetée sur le monde extérieur.

La réussite et le désir d’être admiré par autrui correspond au besoin infantile d’être apprécié par la mère et peut servir à se défendre contre la solitude. Mais c’est une méthode précaire si elle est utilisée de façon abusive, car elle signifie que le sujet n’a pas grande confiance en soi. Une autre défense, liée à l’omnipotence et participant des défenses maniaques, consiste dans une façon d’attendre ce qu’on désire ; elle peut se manifester sous la forme d’un optimisme exagéré ou d’un manque d’énergie, souvent liés à une appréciation déficiente de la réalité.

Le déni de la solitude, qui représente un mode de défense fréquent, retentit sur les relations avec les bons objets ; la solitude est au contraire véritablement si vécue, elle devient un élément qui stimule l’instauration des relations d’objet.

J’aimerais enfin montrer pourquoi il est si difficile d’évaluer l’importance relative des facteurs externes et internes dans l’étiologie du sentiment de solitude. J’ai surtout insisté sur les facteurs internes, mais il va sans dire que ces facteurs n’existent pas in vacuo. Dans notre vie psychique, il y a interaction permanente entre facteurs internes et externes, cette interaction reposant sur les processus de projection et d’introjection qui instaurent les relations d’objet.

On sait que l’accouchement s’accompagne de nombreuses difficultés qui représentent le premier affrontement de l’enfant avec le monde extérieur, et l’enfant attribue ces difficultés à des forces hostiles et persécutives. Ces angoisses paranoïdes s’intégrent à la situation interne. Les facteurs internes agissent eux aussi dès la naissance ; le conflit entre les instincts de vie et de mort entraîne la déviation de l’instinct de mort vers l’extérieur, ce qui, selon Freud, engendre la projection des pulsions destructives. Quant à moi, je considère que l’instinct de vie, dans son besoin de trouver un bon objet dans le monde extérieur, fait que les pulsions d’amour sont simultanément projetées. Ainsi les facteurs internes faussent l’image du monde extérieur — représenté par la mère et plus.particulièrement par le sein maternel — et s’appuient sur des expériences réelles vécues, bonnes ou mauvaises, dans sa relation à elle. L’introjection de cette image du monde extérieur retentit sur le monde intérieur. Pourtant les sentiments du nourrisson à l’égard du monde extérieur ne sont pas les seuls à être faussés par la projection : les relations réelles de la mère à l’enfant se trouvent indirectement influencées par la façon dont celui-ci réagit à son contact. Un nourrisson satisfait qui tète avec plaisir apaise l’angoisse de sa mère ; celle-ci exprime à son tour son bonheur par la manière dont elle allaite et prend soin de son enfant. Ainsi l’angoisse persécutive de l’enfant se trouve allégée, il devient capable d’intérioriser le bon sein. Au contraire, un enfant qui souffre de difficultés alimentaires peut éveiller l’angoisse et la culpabilité de la mère, risquant de compromettre sa relation à l’enfant. Il existe donc tout au long de la vie une interaction constante entre le monde intérieur et extérieur, selon ces diverses modalités.

Le jeu des facteurs externes ou internes atténue ou intensifie le sentiment de solitude. Seule une issue favorable de ce jeu permet l’intériorisation du bon sein : celle-ci est à la base de l’intégration qui, comme je l’ai maintes fois souligné, constitue l’un des facteurs les plus importants susceptibles d’atténuer le sentiment de solitude. Nous savons en outre qu’au cours du développement, normal lorsque les sentiments de solitude atteignent une certaine intensité, le besoin de recourir aux objets externes se fait sentir, puisque la solitude peut être en partie dissipée par les relations avec l’extérieur. Les facteurs externes, et tout particulièrement l’attitude de ceux qui jouent un rôle important dans la vie du sujet, atténuent dans une certaine mesure la solitude. C’est ainsi, par exemple, que la perte de l’idéalisation et l’atténuation du sentiment d’omnipotence sont mieux supportés lorsqu’il existe fondamentalement une bonne relation avec les parents. En acceptant l’existence des pulsions destructives de l’enfant, et en montrant qu’ils sont capables de se protéger contre son agressivité, les parents peuvent soulager les craintes que nourrit l’enfant quant aux conséquences de ses souhaits hostiles. L’objet interne semble alors moins vulnérable et le soi moins destructeur.

Je ne peux que mentionner brièvement le rôle très important que joue le surmoi dans tous ces processus. Un surmoi sévère ne pardonne jamais au sujet de ressentir des pulsions destructives : il exige que ces pulsions n’existent pas. Bien que le surmoi s’édifie surtout en utilisant une partie clivée du moi, sur laquelle se trouvent projetées les pulsions, il est aussi inévitablement influencé par l’introjection de la personnalité des parents réels et de leur relation à l’enfant. Plus le surmoi est sévère, plus intense sera la solitude, les exigences rigoureuses ne faisant qu’accroître les angoisses dépressives et paranoïdes.

Je conclurai en rappelant mon hypothèse selon laquelle la solitude peut être atténuée ou accrue par les facteurs externes, mais qu’elle se saurait jamais être totalement dissipée ; le besoin d’intégration tout comme la douleur qui accompagne le processus d’intégration naissent de sources intérieures qui demeurent actives tout au long de la vie.