Chapitre X. Certaines réactions de l’analyste au transfert idéalisant

Comme l’on peut s’y attendre, les principales réactions de l’analyste (y compris ses contre-transferts), au cours de l’analyse de troubles narcissiques, trouvent leurs racines dans le propre narcissisme de l’analyste et, tout spécialement, dans le domaine de ses propres perturbations narcissiques demeurées intactes. Ces phénomènes ne diffèrent pas essentiellement de ceux qui se produisent chez l’analysé et ils ne seront étudiés ici que dans la mesure où ils sont mobilisés chez l’analyste en réaction aux constellations transférentielles circonscrites du patient narcissique. L’examen des diverses réactions manifestées par l’analyste, principalement quand il se trouve confronté à la mobilisation chez le patient de l’imago parentale idéalisée dans le transfert idéalisant, sera, par conséquent, distinct de l’examen de celles qui se produisent lorsque le soi grandiose du patient se trouve au centre même du travail analytique dans le transfert en miroir (voir chapitre XI).

Je commencerai cette étude des réactions de l’analyste au transfert idéalisant de l’analysé en présentant un exemple concret.

Il y a quelque temps je fus consulté par un collègue au sujet d’une impasse prolongée dans l’analyse d’une jeune femme (Mlle L…), impasse qui semblait avoir été présente dès le début du traitement et persisté au cours de deux années de travail. Quoique l’analyste ait passé en revue pour moi l’histoire de la patiente et l’analyse elle-même, je fus d’abord incapable de déterminer la cause du blocage ; comme la patiente était une femme de mœurs légères, superficielle et paresseuse, qui souffrait d’une sérieuse perturbation de sa capacité d’établir des relations objectales satisfaisantes et avait subi dans l’enfance de graves traumatismes, j’eus tendance au début à être d’accord avec l’analyste pour penser que l’étendue de ses fixations narcissiques empêchait que ne s’établisse le minimum de transferts sans lequel l’analyse ne peut avoir lieu. Toutefois, des manifestations d’une certaine affection à l’endroit de l’analyste et d’intérêt pour la thérapie allaient à l’encontre d’une vision par trop pessimiste de la situation. Et pourtant, le problème semblait avoir été essentiellement présent depuis le début du traitement. Je demandai donc à l’analyste de me faire le rapport des premières heures de l’analyse en prêtant une attention particulière à des interventions qui auraient pu provenir de lui et que la patiente aurait pu ressentir comme une rebuffade.

Parmi les toutes premières manifestations transférentielles, certains rêves de cette patiente catholique avaient contenu l’image d’un prêtre inspiré, idéaliste. Bien que ces premiers rêves n’aient pas été interprétés, l’analyste se rappela – en dépit d’une résistance certaine – avoir subséquemment mentionné à la patiente le fait que lui n’était pas catholique. Apparemment, il n’avait pas fourni cette information à sa patiente en réaction aux rêves mais avait justifié son comportement par le besoin présumé de la patiente d’être mise au courant d’un minimum de la situation réelle étant donné, selon lui, son peu de contact avec la réalité. Cet événement dut avoir une grande portée pour la patiente. Nous comprîmes plus tard que, dans une première tentative transférentielle, elle avait rétabli une attitude de dévotion religieuse idéalisante datant du début de l’adolescence, attitude qui à son tour semblait avoir été la reviviscence d’une admiration et d’une crainte vagues ressenties dans la petite enfance. Un matériel datant de stades plus avancés de l’analyse de cette patiente permit de conclure que ces premières idéalisations avaient constitué une tentative d’échapper à la menace de tensions et de fantasmes bizarres provenant de stimulations et de frustrations traumatiques dues à des parents gravement déséquilibrés. La malencontreuse remarque de l’analyste, disant qu’il n’était pas catholique – autrement dit, qu’il n’était pas le prêtre de ses rêves, et pas non plus une version idéalisée de la patiente elle-même –, fut interprétée comme une rebuffade par la patiente, menant à ce blocage dont l’analyste, à l’aide d’un certain nombre de consultations concernant cette patiente et sa réaction à son endroit, put finalement venir à bout.

Je n’insisterai pas sur l’importance spécifique de ce début de transfert (idéalisant) pour le déroulement de l’analyse, non plus que sur l’effet produit par l’erreur de l’analyste – erreur qui peut dans ce cas particulier avoir été partiellement provoquée par la patiente ; ce qui m’intéresse, ici, c’est l’élucidation d’un symptôme contre-transférentiel. Une seule observation ne pourrait permettre d’en venir à des conclusions valides ; mais une combinaison de facteurs (parmi lesquels le fait d’avoir observé des incidents de même nature dont l’un, chez un étudiant dont je contrôlais le travail, était presque identique) me permet de présenter l’explication suivante avec un fort degré de conviction. Le rejet, injustifié d’un point de vue analytique, des attitudes idéalisantes du patient est habituellement causé par le désir de se défendre des pénibles tensions narcissiques (ressenties sous forme d’embarras, de gêne et de honte, menant même à des préoccupations hypocondriaques) que fait naître chez l’analyste la stimulation par l’idéalisation de son patient des fantasmes refoulés de son soi grandiose.

C’est surtout dans les cas où l’idéalisation du patient se manifeste tôt dans l’analyse et se développe rapidement que ce malaise de l’analyste a tendance à se produire ; pris par surprise, il n’a pas le temps de se préparer à faire face aux émotions que soulève en lui cette soudaine intrusion de libido narcissique-idéalisante de la part de son patient. Bien sûr, la tendance générale veut que l’on réagisse avec quelque malaise à une admiration excessive ouvertement manifestée (cette situation a même donné lieu au proverbe anglais : « Praise to the face is a disgrâce ! ») de sorte que même des analystes dont la vulnérabilité narcissique n’est pas excessive peuvent avoir à lutter contre la tentation de se défendre de l’admiration de leurs patients. Néanmoins, s’il n’existe pas sous ce rapport de vulnérabilité particulière, ces réactions resteront sous le contrôle de l’analyste et seront remplacées par des réactions et des attitudes mieux adaptées au développement convenable du transfert idéalisant, aux résistances internes du patient à l’endroit du transfert, de même qu’au déroulement du processus analytique. Cependant, si l’analyste n’est pas suffisamment conscient de son intolérance aux tensions narcissiques et, surtout, s’il a (de lui-même, ou au moyen d’identifications et d’imitations) adopté une attitude contre-transférentielle stable faite de convictions quasi théoriques ou de défenses caractérielles spécifiques, ou des deux comme c’est souvent le cas, sa capacité de traiter efficacement certains groupes de perturbations narcissiques en sera sérieusement affectée. Il importe peu que le rejet de l’idéalisation du patient soit brutal, ce qui est rare ou subtil (comme dans l’exemple cité plus haut) comme cela arrive souvent, ou encore, ce que l’on voit le plus fréquememnt, que ce rejet se cache derrière des interprétations génétiques ou dynamiques correctes mais prématurées consistant, par exemple, à attirer immédiatement l’attention du patient sur des personnages idéalisés de son passé ou sur des impulsions hostiles ou des pensées méprisantes probablement masquées par les pensées idéalisantes. Il est possible aussi que le rejet ne se manifeste par rien de plus qu’une légère exagération dans l’attitude objective de l’analyste ou un peu de froideur dans sa voix ; il peut aussi s’exprimer par une tendance à plaisanter le patient admiratif ou à tenter de ramener à des proportions plus modestes l’idéalisation narcissique avec humour et gentillesse. (Dans ce contexte, voir Kubi, 1971.)

Ajoutons ici que c’est à cause de leur vulnérabilité narcissique que bien des personnes excessivement moqueuses sont poussées à utiliser ce mode de défense caractériel ; elles doivent constamment tenter de faire face à leurs tensions narcissiques (y compris la pression exercée par la rage narcissique) au moyen de plaisanteries qui les déprécient elles-mêmes ou qui soient dirigées contre d’autres. (Voir Kohut, 1966a pour une étude, à l’intérieur des cadres de la métapsychologie du narcissisme, de la différenciation entre la moquerie et le sarcasme d’un côté et un authentique sens de l’humour de l’autre.)

Enfin, pour compléter cet exposé des différentes manières dont il est possible pour un analyste, sous l’emprise de ses propres tensions narcissiques, de tenter d’écarter l’idéalisation manifeste de son patient (ou de négliger les défenses au moyen desquelles le patient déguise les manifestations de la remobilisation thérapeutique de l’imago parentale idéalisée), disons qu’il peut même être nuisible de souligner les atouts du patient à un moment où il tente de donner aux positions narcissiques enracinées en lui une extension grâce à l’idéalisation et se sent bien peu de chose en comparaison de l’analyste – si agréable que ce soit d’exprimer son estime pour son patient. En deux mots, lorsque dans l’analyse des troubles narcissiques un transfert idéalisant commence à germer, il n’y a qu’une seule attitude correcte sur le plan analytique : celle qui consiste à accepter l’admiration du patient.

Ces manquements face à la manifestation du transfert idéalisant sont-ils dus à des constellations endopsychiques appartenant à l’appareil psychique de l’analyste et dont nous devrions parler comme de contre-transferts ? Cette question, dont nous dirons qu’elle peut être également soulevée en rapport avec les phénomènes analogues qui surviennent au cours de l’analyse du soi grandiose remobilisé dans le transfert en miroir, nous mène à un ensemble de problèmes complexes mais déjà familiers. Je ne parlerai pas de nouveau de ces aspects du problème qui dépendent de ce qu’implique le terme de transfert, qu’il renvoie à un phénomène clinique perçu selon ses dimensions génétiques et dynamiques ou que sa définition soit plus rigoureuse sur le plan métapsychologique et comprenne, en plus de ce que nous venons de mentionner, les points de vue psycho-économique et structuro-topogra-phique (chap. VIII et IX). Je me limiterai ici à la question de savoir si les réactions de l’analyste sont principalement causées par une tension momentanée ou si elles sont attribuables à des vulnérabilités spécifiques de longue date, reliées à la dangereuse mobilisation de constellations inconscientes refoulées. Comme je suis certain que l’un ou l’autre de ces facteurs peut être en cause, la réponse à la question qui nous intéresse ne saurait être donnée en termes généraux mais ne peut provenir que d’une investigation analytique de chaque cas particulier.

Le matériel fourni par l’analyse de collègues ayant eux-mêmes en traitement, à ce moment-là, des cas de personnalités narcissiques, joint à des expériences analogues d’auto-analyse, m’a convaincu que ces réactions fautives peuvent se rapporter à un point quelconque d’un large éventail allant : a) de simples réactions défensives liées à une tension momentanée, à b) des réactions qui font partie d’attitudes contre-transférentielles bien enracinées. Dans le premier cas, une explication fournie par le consultant ou le contrôleur, ou encore un autoexamen rapide de l’analyste lui-même, suffira habituellement à remédier à la situation si l’analyste comprend ce que signifie le transfert idéalisant et s’il consent à ce que se déroule spontanément la situation analytique. Des difficultés passagères éprouvées par l’analyste dans l’exercice optimal de ses fonctions proviennent de ce que, comme il a été dit plus haut, un certain degré de vulnérabilité narcissique se rencontre chez la plupart des individus et que la louange et la glorification sans nuances (et surtout la tension occasionnée par l’anticipation de stimulation narcissique) ont comme conséquence de rendre mal à l’aise, et donc de mettre sur la défensive, la plupart des gens civilisés. On peut cependant reconnaître la présence de résistances spécifiques bien enracinées visant à empêcher l’instauration d’une attitude intégrée d’idéalisation, non seulement parce que de simples explications s’avèrent insuffisantes pour modifier l’attitude nuisible de l’analyste mais souvent aussi par le caractère même et la rigidité des réactions du thérapeute. Par exemple, il peut être convaincu que de l’hostilité se cache toujours derrière le désir qu’éprouve son patient de l’admirer ; il est sûr que le maintien d’un rapport amical avec le patient exige que l’analyste réagisse avec modestie et réalisme et ainsi de suite. Comme l’une ou l’autre de ces hypothèses peut en effet être exacte si l’analyste n’a pas affaire à un transfert idéalisant, son erreur ne peut lui être démontrée sans mentionner le fait qu’elle a été commise alors que ses capacités habituelles de perception et d’empathie se trouvaient en quelque sorte émoussées. La nature de ces sentiments apparaît de façon particulièrement claire lorsque l’analyste s’est montré incapable de saisir la signification pourtant évidente de la plainte du patient disant qu’il n’a pas été compris par l’analyste. Il faut décidément que des facteurs de perturbation (inconscients) soient à l’œuvre pour qu’un analyste expérimenté confonde les éloges exagérés d’un patient, qui s’accompagnent d’allusions à une hostilité inconsciente, avec les timides tentatives d’une idéalisation naissante faites par un patient (dans ses rêves, par exemple) alors qu’un transfert idéalisant a commencé de s’établir. De même, on peut dire que mettre l’accent de façon automatique sur une attitude de réalisme ne serait pas plus justifié, pour un analyste faisant face à l’idéalisation d’un patient en début d’analyse, que de réagir aux premières manifestations œdipiennes du patient par l’assurance que l’analyste n’est pas le parent. Dans une lettre à Binswanger (20 février, 1913), Freud exprima les opinions suivantes au sujet du contre-transfert qu’il jugeait être « un des problèmes de technique les plus difficiles en psychanalyse » : « Ce qui est donné au patient, écrivait Freud, doit être consciemment accordé, et cela plus ou moins selon le besoin du moment. Parfois, on peut donner beaucoup… » Plus loin, Freud propose son importante maxime : « Donner trop peu à quelqu’un sous prétexte qu’on l’aime trop est une injustice envers le patient, et une faute technique » (Binswanger, 1956, p. 50).

Les considérations présentées ici correspondent, pour ce qui est des troubles narcissiques, à l’affirmation de Freud au sujet du contre-transfert dans l’analyse des névroses de transfert. Si dans ce dernier cas les exigences incestueuses libidinales-objectales remobilisées du patient provoquent chez l’analyste une intense réaction inconsciente que l’analyste ne comprend pas, il peut ressentir de la froideur envers les désirs du patient et se concentrer de façon exagérée sur l’aspect technique de la situation, rejeter d’une manière ou d’une autre les désirs, ou refuser même de les reconnaître. Quoi qu’il en soit, son moi n’aura pas la liberté de choisir la réaction appropriée aux nécessités de l’analyse et il ne sera pas capable d’accorder consciemment, comme dit Freud, ce qu’il donne au patient, « plus ou moins selon le besoin du moment ». Une situation semblable peut se produire dans l’analyse d’une perturbation narcissique lorsque la remobilisation de l’imago parentale idéalisée pousse l’analysé à voir en l’analyste l’incarnation même de la perfection idéalisée. Si l’analyste n’a pas su traiter avec son propre soi grandiose, il peut réagir à cette idéalisation par une intense stimulation de ses fantasmes inconscients de grandeur. Ces pressions vont alors susciter une intensification des défenses et peuvent, par l’élaboration et le renforcement des défenses, amener le rejet par l’analyste du transfert idéalisant du patient. Si l’attitude défensive de l’analyste devient chronique, l’établissement d’un transfert idéalisant utilisable est empêché et les processus graduels de ivorking through, de même que les intériorisations tranformantes simultanées dans le domaine de l’imago parentale idéalisée, ne peuvent avoir lieu. La diminution de la liberté du « moi au travail » (Fliess, 1942) de l’analyste est attribuable à son intolérance d’une exi-geance narcissique spécifique de la part du patient. Pour paraphraser Freud, disons qu’il était incapable de se laisser idéaliser « plus ou moins… selon le besoin du moment ».

La lente dissolution du transfert idéalisant, qui survient dans la cure au cours de périodes prolongées de working through, le plus souvent tard dans l’analyse, force l’analyste à une nouvelle épreuve émotionnelle. Dans la phase initiale, comme on l’a déjà dit, l’analyste peut avoir à subir la pression exercée par la stimulation de ses fantasmes narcissiques ; à un stade plus avancé, il peut lui déplaire de se voir diminuer par les mêmes patients qui l’avaient antérieurement idéalisé.

Au début de certaines analyses, on constate souvent la présence de critiques exagérées et de tendances à déprécier l’analyste, représentant des défenses contre Y établissement d’un transfert idéalisant relativement dépourvu de complications. L’analyste doué de perception n’éprouvera habituellement aucune difficulté à reconnaître l’admiration à peine déguisée qui se cache alors derrière l’attitude critique du patient. Ces défenses exigent, naturellement, une approche technique différente et suscitent chez l’analyste des réactions différentes aussi de celles que produisent en lui les attaques qui précèdent et accompagnent le retrait de la libido idéalisante. En général, le fait de savoir qu’il a affaire à la défense du patient contre l’établissement d’un transfert idéalisant préviendra chez l’analyste l’apparition des réactions indésirables qui pourraient nuire à la position analytique qu’il doit adopter.

Toutefois, un analyste peut s’attendre à ce que les attaques dirigées contre lui par son patient au cours des périodes de working through des stades plus avancés de l’analyse représentent pour lui un véritable stress émotionnel ; la plupart des patients, en effet (dans le contexte de la déception et de la colère qu’ils éprouvent alors qu’a lieu l’épreuve de la réalité qui précède le retrait intermittent de leur libido idéalisante investie dans l’analyste), décèlent avec une grande facilité les points faibles de leur thérapeute dans le domaine émotionnel, intellectuel, physique ou social. Et pourtant, d’après mon expérience, il est rare de rencontrer, dans ce domaine, des réactions de l’analyste qui mettent gravement en danger la réussite de l’analyse. Diverses raisons peuvent expliquer cet état de choses. Si l’analyste est affecté d’une grande vulnérabilité narcissique (et si, de plus, il ne possède qu’une habileté et une expérience très limitées dans le traitement des perturbations narcissiques), il n’y a guère de chances que ses patients parviennent au stade où le transfert idéalisant sera soumis à un processus systématique de ivorking through ; de cette manière, il ne peut survenir de phase au cours de laquelle la libido narcissique se trouve progressivement retirée de l’analyste dans lequel elle était investie. Si, toutefois, un processus systématique de working through est établi dans ce domaine, deux facteurs se combinent pour mitiger l’effet des réactions nuisibles de l’analyste : a) la propension maintenant réduite de l’analysé à réagir aux erreurs de l’analyste autrement que par un retrait temporaire prénarcissique et narcissique ; et b) la capacité accrue de l’analyste de retrouver son équilibre après un acting out sous forme de colère, de froideur émotionnelle ou d’interprétations hors de propos. Ajoutons que le retrait par le patient des investissements idéalisants ne se produit pas avec la même rapidité que l’établissement initial de l’idéalisation temporaire, et que les critiques formulées par le patient sont habituellement intercalées dans un contexte d’élans spontanés de son idéalisation antérieure. L’analyste devient ainsi conscient de ces alternances admiration-mépris et sera capable de considérer avec une objectivité optimale les attaques dirigées contre lui, puisqu’il les situe à l’intérieur du contexte des besoins du patient au cours du processus analytique. Il saisira mieux l’interaction dynamique qui existe entre les attaques dirigées vers lui par le patient, l’affaiblissement des investissements idéalisants et le renforcement graduel de certaines structures narcissiques intériorisées (par exemple, des idéaux du patient). La satisfaction fournie par le progrès accompli au cours d’un difficile travail thérapeutique, jointe au plaisir intellectuel d’en saisir les mécanismes, compensera pour l’analyste les moments pour lui particulièrement chargés de stress durant le déroulement du processus de la cure.