7. Couper le cordon ombilical

Une Américaine, blanche, vingt-six ans, parle de sa naissance :

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« Je sortais les fesses en avant ; mais ils me retournèrent complètement, puis m’extirpèrent avec un forceps – je sens encore la douleur sur le côté droit… Finalement, je sortis. J’avais vraiment passé un sale moment, mais ça n’allait pas encore trop mal.

C’est alors qu’ils coupèrent le cordon.

C’est là que je compris que ces salauds n’y allaient pas de main morte. »

après la douleur, l’insulte

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Quand le cordon est coupé immédiatement après la naissance, tout le corps du nouveau-né est parfois secoué d’un spasme qui agite jusqu’à ses doigts et ses orteils. J’ai assisté à cette réaction globale de l’organisme au moment précis où l’on coupait le cordon. Pourtant, c’est apparemment impossible du point de vue neurologique, car il n’y a pas de nerfs dans le cordon ombilical. Mais le spasme se produit réellement. Je l’ai vu de mes propres yeux. Pourtant, il ne se produit pas à chaque fois.

Par conséquent, il existe un milieu qui transmet très rapidement et globalement le stimulus à partir de la région de la coupure et le long du cordon : une transmission vers les tissus nerveux, semble-t-il, à partir de tissus non nerveux.

Cela doit probablement arriver d’une manière ou d’une autre. Nous ne savons absolument pas comment cela peut se produire. Cependant, le simple fait que cela arrive réellement règle la question de savoir si cela peut arriver.

Et pour démontrer que cela arrive réellement, il suffit d’observer les bébés nés en suffisamment bonne santé pour réagir sainement. Cette seule observation nous oblige à reconnaître qu’en ce domaine, notre ignorance est presque totale.

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Notre réponse à la question

« Qu’ai-je ressenti à ce moment-là ? »

révèle au moins

(I) nos projections présentes sur notre passé, et nous renseigne peut-être sur

(II) notre expérience passée.

Nos sentiments envers un passé inaccessible à la mémoire volontaire ne nous apprennent peut-être rien sur ce passé tel qu’il fut vécu : ils ne sont peut-être rien d’autre que nos réactions présentes, nos fantasmes présents relatifs au passé.

Une femme affirme que la fièvre et l’impression d’être mortellement malade qu’elle ressent à un moment précis de l’année (on appelle ça « la grippe ») sont liées à la mémoire corporelle d’une crise intra-utérine, trois mois après sa conception. Car sa « grippe » se déclare ponctuellement trois mois après la date de sa conception.

Beaucoup de patients, au cours de leur thérapie, découvrent que certains « nombres » s’associent spontanément à leurs expériences prénatales qui remontent jusqu’à la conception. Certains remontent même jusqu’à leurs vies antérieures.

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J’ai examiné quelques ouvrages d’obstétrique et de pédiatrie pour y trouver des indications sur les impressions du nouveau-né à la naissance,

lors de sa première rencontre avec le monde extérieur, pendant les premières secondes, minutes, heures, les premiers jours et semaines. Nulle part la moindre indication permettant de penser que cette créature qui abandonne son univers pour le nôtre est l’un/l’une d’entre nous, de quelques années plus jeune,

 

est,

je dirais : à l’évidence

si vous le/la regardez (et si il/elle n’est pas abruti(e), etc.)

une créature d’une sensibilité exquise

qui paraît réagir de tout son être

à chaque stimulus.

Je crois qu’à sa naissance le bébé sent tout ce qui se passe.

Des milliers d’adultes affirment maintenant se souvenir de ce qu’ils ont ressenti à leur naissance.

Si le nouveau-né est, comme nous et peut-être plus que nous, un être merveilleusement sensible et vivant,

n’est-il pas logique

de faire de notre mieux pour

aménager le premier environnement extra-utérin où

nous accueillons le nouveau venu

de la façon la plus naturelle

la plus affectueuse

la plus accueillante

la plus douce, aimable, tendre, humaine, non perturbante harmonieuse,

agréable au sens de la vue

agréable au sens de l’ouïe

agréable au sens de l’odorat

agréable au sens du goût

agréable à notre sens du rythme, du temps, du corps et du mouvement au lieu d’agir aux antipodes de ces principes relevant du bon sens, comme c’est le cas dans beaucoup de cliniques d’accouchement à « technologie avancée » ?

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La destruction systématique de tout le processus de la naissance par l’intervention de la technologie est un des traits les plus caractéristiques de notre époque.

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Un homme d’environ trente ans revient dans son pays natal après quelques années passées à l’étranger. Soudain, il a l’impression de s’ouvrir, comme si son nombril était ouvert et très vulnérable.

Puis il retourne à l’étranger. Au moment de passer la frontière (il quitte son pays natal), il ressent comme un durcissement, un nœud, une tension et une fermeture autour et à l’intérieur de son nombril.

ce qui jadis était capital

n’est plus qu’un vague souvenir

Placenta

cordon ombilical

yoyo

fil

Une femme : II m’a dit qu’il voulait divorcer

Je ne m’attendais pas à ça

c’était comme si j’avais reçu un coup de poing

Juste ici (montrant son nombril)

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Après une conférence que j’avais faite sur certains aspects de la naissance, y compris la coupure du cordon, un jeune médecin me dit, avec dans la voix une immense inquiétude :

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Le médecin : mais nous devons couper le flux.

Moi : et pourquoi donc ?

Le médecin : (frappé de stupeur – un temps)

D’accord. D’accord.

Mais alors pourquoi fait-on ça ?

Moi : vous venez tout juste de vous poser la question pour

la première fois,

il y a deux secondes…

voilà un excellent sujet de réflexion.