Chapitre IX. L'interaction affective

L’observation des interactions parents-nourrisson nous donne souvent à penser que les processus de communication fonctionnent de manière intense et riche. Mais qu’est-ce qui est véritablement communiqué entre parent et nourrisson au cours des premiers mois de la vie ? A la différence des interactions ultérieures, l’objet de la communication au cours des six premiers mois concerne relativement peu le monde environnant, les événements ambiants ou les personnes étrangères à la dyade. L’objet de la communication concerne directement et principalement les deux membres du couple parents-nourrisson ; de plus, ce qui paraît être transmis de l’un à l’autre est représenté essentiellement par les affects de chaque partenaire à chaque instant de l’interaction. D’ailleurs, il semble que les modalités de communication utilisées entre les deux partenaires (le regard, la voix, le toucher, les postures, etc.) soient surtout aptes à communiquer l’affect, l’état émotionnel de chacun, beaucoup plus que des représentations ou des pensées.

Au cours des entretiens cliniques avec des mères et leurs nourrissons, nous sommes assez souvent surpris par certaines réactions du bébé qui paraissent survenir aux moments précis où la mère évoque un point très chargé affectivement pour elle. Par exemple, nous avons pu entendre un nourrisson émettre des vocalisations aux moments où sa mère évoquait ses enfants mort-nés et pratiquement exclusivement à ces moments-là. Le phénomène de concordance entre ces éléments du discours de la mère et les réactions des bébés parait assez fréquent pour que nous nous demandions s’il est véritablement fortuit. S’il n’est pas dû au hasard, il suppose que le nourrisson perçoive certains aspects du discours de sa mère. Il est douteux qu’il soit sensible à la signification des mots de la mère ; en revanche, il est plausible qu’il le soit aux caractères « prosodiques » du discours maternel : son intensité sonore et la modulation de cette intensité au fur et à mesure que la mère parle, son rythme, son timbre. De plus, d’autres messages peuvent être transmis au bébé sous la forme des modifications de la posture et du tonus de la mère, au moment où elle le tient dans les bras, sous la forme de sa manière de le tenir, et des changements de position qu’elle lui imprime. La mère fait ainsi, sans le vouloir consciemment, « participer » le bébé à la conversation. Dans un entretien récent, une mère, qui avait tenu son bébé assis sur ses genoux, faisant face à son interlocuteur, coucha le bébé sur le ventre, en travers de ses genoux, au moment où elle me parla des changes, et ce changement de position du bébé fut effectué de manière « machinale ». Dans les minutes suivantes, elle passa au thème de l’alimentation et, simultanément, elle mit le bébé dans une position proche de celle de l’allaitement, à nouveau sans se rendre compte du phénomène. Tout se passait comme si, à travers ces changements de position, la mère faisait participer le bébé aux thèmes de la conversation entre elle et moi.

Le développement des affects au cours de la première année dans le contexte des interactions parents-nourrisson

Les affects du bébé paraissent connaître un développement et une maturation au même titre que les autres caractéristiques de la vie psychologique. Ils évoluent vers une différenciation, vers l’apparition de sentiments de plus en plus nuancés et subtils. Au début, en effet, le bébé paraît essentiellement connaître des affects tranchés et évoluant entre deux pôles, le plaisir et la résolution des tensions d’une part, et, d’autre part, la tension, la détresse. L’expression affective majeure est alors représentée par les pleurs et les cris.

Gomme nous l’avons noté à propos des cris des nourrissons, ceux-ci communiquent à l’adulte non seulement une information sur l’état du bébé, mais aussi induisent chez celui-ci un sentiment de malaise, d’urgence, qui, peut-être, reproduit d’assez près l’état affectif du bébé. La plupart de ceux qui s’occupent de jeunes enfants ont remarqué combien les cris sont efficaces, en tant que signaux, pour modifier le vécu affectif du parent.

A partir de deux mois environ, il semble que les affects du bébé varient essentiellement selon deux dimensions indépendantes : la dimension plaisir-déplaisir (ou encore détente-tension) et la dimension excitation-inexcitation165.

Comme Spitz et son école2 l’ont bien montré, il se produit, vers l’âge de 2 mois et demi, un changement majeur. Une nouvelle capacité d’expression affective, le sourire, survient désormais de manière régulière en réponse à tout visage humain, pourvu qu’il soit mobile et présenté de face. Pour Spitz et ses collaborateurs, l’apparition du « sourire social » est encore bien davantage : il est la marque d’un changement généralisé dans le fonctionnement neurophysiologique et comportemental du bébé. Ils font remarquer que d’autres phénomènes se produisent simultanément et notamment l’augmentation rapide de la durée d’éveil par périodes de vingt-quatre heures, un ensemble de modifications électro-encéphalographiques ; des modifications perceptives, en particulier un changement dans le regard, avec à partir de 2 mois, un « balayage » visuel du visage de la mère ; c’est à partir de 2 mois également que les phénomènes ou

objets inhabituels deviennent source d’une attention accrue8.

Or, vers cette époque, l’interaction affective s’enrichit également de manière considérable. Nous avons vu que c’est l’âge où le jeu parents-nourrisson commence à se développer. Stern4 a étudié de manière systématique les expressions affectives apparaissant sur les visages des mères lors de séquences de jeu avec leurs bébés. Il a donné comme cadre de référence aux affects les six émotions que Darwin a identifiées comme les émotions « naturelles », c’est-à-dire la joie, la tristesse, la surprise, la peur, la colère et le dégoût5. Toutes les autres expressions affectives, selon la conception darwinienne, sont considérées comme des mélanges ou des composantes de ces prototypes. Dans l’étude de Stern, seules deux expressions affectives fondamentales se manifestèrent de manière fréquente chez la mère, à savoir des affects du type joie et des affects du type surprise. Le dégoût ne fut observé qu’une seule fois. Il est vrai que cette étude portait sur six mères et que l’interaction concernée se limitait à la situation de jeu.

Il est intéressant de noter la fréquence des manifestations de surprise de la mère. Comme l’on sait, les mères expriment cet affect de surprise en réponse à une mimique du bébé : c’est parce qu’elles ont l’impression que le bébé a l’air surpris qu’elles-mêmes leur renvoient, en miroir, cette expression mimique. Il s’agit d’une expression du visage où la mère relève les sourcils, écarquille les yeux, et dessine un « o » avec les lèvres entrouvertes et projetées en avant6. Elle-même n’est pas réellement surprise : elle fait semblant de l’être, pour les besoins du jeu, et parce que le nourrisson, lui, paraît être bel et bien surpris à différents moments de cette interaction ludique.

La réponse par le sourire est l’occasion d’une forme bien

3.    R. N. Emde, « Toward a Psychoanalytic Theory of Affect. II : Emerging Models of Emotional Development in Infancy », in The Course of Life, vol. 1 : Infancy and Early Childhood, S. I. Greenspan et G. H. Pollock (Eds.), us Department of Health and Human Services, dhhs Publication n° (ADM) 80-786, 1980.

4.    D. N. Stern, R. K. Barnett et S. Spieker, Early Transmission of Affect : some Research Issues. Paper presented at the first International Conférence of Infant Psychiatry, Cascais, Portugal, 1980.

5.    C. Darwin, The Expression of the Emotions in Man and Animais, University of Chicago Press, 1965.

6.    Stern, op. cit.

noür — 7

connue d’interaction affective. Après l’âge de 2 mois, le sourire du bébé en réponse au visage du parent déclenche chez celui-ci une impression délicieusement gratifiante. Les parents sont convaincus —■ probablement à juste titre d’ailleurs —■ que le bébé ressent comme eux ce sentiment de bonheur, et le bébé leur apparaît désormais plus proche, comme si, avec ce sourire, il était entré véritablement dans le monde de la communication humaine.

Emde et ses collaborateurs166 ont cherché à savoir si les expressions du visage apparaissant chez les bébés étaient interprétées de la même manière par différents adultes. Pour répondre à cette question, ces auteurs ont utilisé un jeu de photographies représentant un certain nombre de mimiques de bébés. Il semblerait que 25 évaluateurs adultes aient été capables de considérer ces mimiques comme l’expression d’affects déterminés avec un accord satisfaisant entre les juges.

Une telle découverte rappelle celle d’Ekman167 : cet auteur a montré que les expressions du visage humain sont probablement universellement les mêmes et ne dépendent pas pour l’essentiel de facteurs culturels. Pour démontrer cela, il a proposé des photographies de visages exprimant différents affects à des adultes issus de différentes cultures et finalement observa que ces expressions étaient perçues et reconnues de la même manière, quelle que soit la culture de l’adulte observant ces photographies. Ces recherches ont permis de montrer que dans les sociétés occidentales, aussi bien que dans les sociétés de tradition orale de Nouvelle-Guinée, les hommes expriment et perçoivent les émotions de la même manière. Ceci tend à soutenir l’idée selon laquelle les expressions du visage se développent à partir de facteurs innés et non à partir d’influences externes. De plus, elle donne un certain crédit à l’hypothèse selon laquelle, non seulement les expressions du bébé nous évoquent tel ou tel affect, mais encore, le bébé ressent effectivement l’affect, que nous sommes tentés de lui attribuer à ce moment-là.

Ainsi, entre l’âge de 2 et 6 mois environ, on peut dire que le bébé et la mère pratiquent un dialogue essentiellement affectif et on a pu dire que les affects —■ et leur expression — étaient une des premières formes du langage humain. Le bébé et la mère explorent ensemble diverses modalités de la relation duelle et de la mutualité. Les personnages tiers sont relativement exclus de cet échange : l’échange porte essentiellement sur la relation duelle, qu’elle ait lieu entre mère et bébé ou entre père et bébé, d’ailleurs.

Vers 7-9 mois, un nouvel affect se différencie nettement : la peur et la détresse devant l’étranger. Désormais, à l’inverse de ce qui se produisait avec la réponse par le sourire (où n’importe quel visage déclenchait cette réaction), les attitudes du bébé sont très clairement différentes selon qu’il est en relation avec sa mère ou une personne qu’il ne connaît pas. La réaction d’angoisse devant l’étranger a été interprétée par Spitz comme une réaction devant l’absence de sa mère : « Lorsqu’un inconnu s’approche d’un bébé de 8 mois, celui-ci est déçu dans son désir d’avoir sa mère. L’angoisse qu’il montre ne répond pas au souvenir d’une expérience désagréable avec un étranger mais à la perception du visage de l’inconnu en tant que différent des traces mnémoniques correspondant à celui de la mère168 ». De plus, une telle réaction implique que le nourrisson anticipe mentalement une situation de déplaisir en relation avec l’arrivée de l’étranger et que c’est cette anticipation qui donne lieu à la peur. En d’autres termes, la peur ne peut probablement venir que d’une opération cognitive au cours de laquelle le bébé « prévoit » avec angoisse un événement imaginé comme dangereux. « L’enfant exprime sa peur à des niveaux faibles de stimulation et avant toute stimulation nociceptive, et ceci implique que c’est la signification de la stimulation, et pas seulement la stimulation elle-même qui produit la réaction de l’enfant. » De même, « à 9 mois, le nourrisson rit quand il anticipe le “ retour ” de la mère dans un jeu de “ cache-cache ”, plutôt qu’en réponse à la réapparition effective de la mère »169.

Étant plus conscient de la distinction entre la mère et lui-même, le nourrisson de 8-9 mois est capable de se représenter la séparation d’avec sa mère comme une éventualité possible : il peut être seul, et peut se représenter sa solitude. Il peut évoquer mentalement l’idée qu’il se retrouve seul avec

„rflONS PRÉCOCES. DESCRIPTION 196    LES INT£RACi

0ue d’une figure étrangère a pour effet un étranger. La surve    t secourablej pobjet que le nour.

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1 étranger n est pas ceja l’attente du bébé. Nous sommes

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tentés de penser    de    projection d’une situation « ima-

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de 1 étranger » est^sou    réponse à l’étranger n’est pas exac-

logique de 1 angoisse j>^vo]utjon de l’angoisse de séparation.

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Même si elle 1 était,    en soj dangereuse, ou bien les dangers

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Mais que se PasSf nouvelle — la peur —■ quand le nour-

devient cette capaci mère ? Il existe, certes, un nombre

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mère qu il est effraye P vjs_à_vjs de sa mère    à cette époque,

sur ses réactions    tout étranger. Plus exactement, ces

en dehors de 1 arrive    t positif de la relation mère-nour-

études concernent    dans la perspective de la relation

risson, souvent consi    -ns    p aspect négatif, c’est-à-dire les

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vicissitudes de la peU    x mère-bébé tournent souvent autour

A cette époque, _esJ    .^ Q>est le sens du « jeu de la

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la mère disparaît e consiste pour la mère à faire peur au

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un processus moir\ , en dehors de la survenue de tout

la relation mère-béce, étranger. Il s’agit des tentatives actives du bébé vers la séparation d’avec sa mère. Mahler a décrit ce phénomène : « ... pendant le septième et le huitième mois, on peut observer les tentatives “ expérimentales ” du nourrisson pour se séparer physiquement de sa mère, comme par exemple lorsqu’il s’éloigne un peu de sa mère en la repoussant, ou quand il glisse de ses genoux pour jouer sur le plancher à ses pieds. Alors qu’auparavant il dépendait totalement de sa mère et se moulait dans ses bras passivement, désormais, d’une manière qui contraste avec son attitude antérieure, le bébé commence à prendre activement du plaisir à utiliser son propre corps, et, de même, à se tourner activement vers le monde extérieur à la recherche de plaisirs et de stimulations ». Dans les semaines suivantes, les nourrissons « ... “ s’en vont ”, c’est-à-dire s’éloignent de la mère en rampant sans se soucier beaucoup de l’endroit où elle se tient. Ils paraissent ne pas être pleinement conscients du fait que leurs mères ne constituent pas une partie d’eux-mêmes. Cependant, s’ils tombent ou se font mal, alors ils regardent autour d’eux d’un air surpris, en remarquant que leur mère n’est pas automatiquement à portée de main pour leur porter secours ». Enfin, et ceci est probablement très important, « d’une importance particulière pour la formation du sens de l’identité est l’effet stimulant de ces activités pour l’établissement des frontières corporelles et une prise de conscience accrue des parties du corps et du Self corporel. L’investissement libidinal se déplace de manière substantielle au service du Moi à l’autonomie grandissante et à ses fonctions, et le jeune enfant paraît infatué par ses propres facultés et par la grandeur de son monde à lui. Le narcissisme est à son comble »u. Nous dirions plutôt que l’investissement narcissique tend à se déplacer depuis l’ensemble que le nourrisson formait avec sa mère vers le nourrisson lui-même et sa perception grandissante d’un self distinct de celui de sa mère.

Nous nous demandons si, devant le plaisir tiré de cette autonomisation, le bébé ne ressent pas une peur de son désir de séparation d’avec sa mère. Il est possible que la séparation

n. M. S. Mahler et J. B. McDevitt, « The Séparation-Individuation Process and Identity Formation », in The Course of Life, vol. 1 : Infancy and Early Child-Hood, S. I. Greenspan et G. H. Pollock (Eds.), us Department of Health and Human Services, dhhs Publication n° (ADM) 80-786, 1980.

soit vécue par lui comme un acte agressif vis-à-vis de sa mère, et que cela alimente ses craintes d’être abandonné en retour.

Cette interaction affective dépend, bien entendu, des affects de la mère lors des tentatives d’autonomisation de l’enfant. Il apparaît de plus en plus clairement que si la mère peut vivre sans être trop frustrée ou sans se sentir trop abandonnée, le glissement de l’intérêt du bébé vers des objets extérieurs à elle, l’autonomisation en sera favorisée et le bébé se sentira libre d’explorer et d’investir l’environnement ainsi que le père et les autres personnes de l’entourage. Si la mère se sent abandonnée et ne supporte pas l’autonomisation de l’enfant, celui-ci sentira des communications affectives négatives associées à son autonomisation. Il lui sera difficile, d’ailleurs, de percevoir si son angoisse de séparation est liée à ses propres besoins ou à ceux de sa mère. D. W. Winnicott12 a développé ce dernier point, bien qu’il le formule d’une manière différente. Il évoque des sujets qui sentent qu’ils doivent réparer la dépression de leur propre mère et ne peuvent pas, en conséquence, élaborer leur propre sentiment dépressif ni leur propre culpabilité.

J’évoque ici une situation analogue : le bébé qui doit réparer l’angoisse de séparation de sa mère et ne peut élaborer la sienne propre.

Il est clair que l’angoisse de séparation et l’angoisse de l’étranger ne sont ici mises en relation avec le désir d’autono-misation et le nouveau mode d’investissement narcissique du corps propre que pour autant qu’elles se rapportent à cette nouvelle phase de la maturation psychologique de l’enfant. En d’autres termes, si la relation mère-nourrisson n’a pas été satisfaisante dans les premiers mois, l’angoisse de séparation reflétera et exprimera des conflits liés à des stades antérieurs de la vie mentale du bébé. L’angoisse de séparation extrême que nous observons dans les situations pathologiques, par exemple chez les nourrissons d’un an et demi, est probablement liée à des conflits dont l’origine est à chercher non seulement dans la phase de séparation-individuation du développement mais aussi dans celle de « symbiose mère-nourrisson ».

ia. D. W. Winnicott, « La réparation en fonction de la défense maternelle organisée contre la dépression », in De la Pédiatrie d la Psychanalyse, Paris, Payot, 1969.


165 Les observateurs de l’interaction parent-nourrisson rencontrent souvent un obstacle théorique dans le postulat freudien selon lequel le plaisir est lié à une décroissance de l’excitation et le déplaisir à un accroissement de l’excitation. En effet, l’observation des interactions parent-nourrisson montre que le bébé recherche activement des sources de stimulation. Probablement, la contradiction n’est-elle qu’apparente : la formule freudienne s’applique aux pulsions du bébé ; tandis que la recherche de stimulations s’applique en fait aux tout premiers essais d élaboration de l’excitation pulsionnelle au cours desquels la communication ne se fait pas seulement sous la forme de décharges pulsionnelles mais sous la forme d’échanges de signaux et par le détour de la communication distalc qui, peut-être de manière indirecte, réduisent en dernière analyse le niveau d’excitation pulsionnelle.

a. R. Emde, T. J. Gaensbauer et R. J. Harmon, Emotional Expression in Infancy. A Biobehavioral Study. Psychological Issues, A Monograph Sériés, Inc., vol. 10, n° 37, New York, International Universities Press, 1976 ; R. A. Spitz, avec la collaboration de W. G. Coblinbr, De la Naissance d la Parole. La première année de la vit, Paris, puf, 1968.

166    Emde, op. cit.

167    P. Ekman,« L’exprewion des émotions », La Recherche, n, 1408-1415, 1980.

168 Spitz, op. cit.

169 10. Emde, op. eit.