Chapitre VII. L’interaction entre le bébé et son père

Dans les vues traditionnelles, le père ne s’intéresse pas aux bébés et ne commence à jouer avec ses enfants que lorsqu’ils parlent, lorsqu’ils peuvent trouver leur identité, surtout s’ils sont des garçons. Les petits enfants restent confinés au gynécée, même si leur père est fier de sa prolificité.

Dans la vie des sociétés urbanisées occidentales, les fonctions du père ont changé et les jeunes hommes participent à l’élevage du bébé, non sans compétence. La législation sociale permet d’ailleurs aux pères de remplacer la mère de leurs enfants dans diverses formes du congé de maternité.

Ces perspectives radicalement opposées ne doivent pas faire oublier que le désir de maternité n’est pas propre aux femmes : les petits garçons déclarent toujours qu’ils vont être mères. Ce n’est pas sans raison non plus que le désir de procréation peut être assimilé à cette aspiration fondamentale. On s’est souvent demandé si la création artistique et l’enthousiasme qui la marquent n’indiquent pas la « présence-en-soi », comme celle du dieu intérieur qui définit étymologiquement ce mot. Les déesses mères les plus primitives ont toujours été les plus puissantes et les dieux pères sont tués par leurs fils qui, eux-mêmes, enfantent comme Zeus le fit pour sa fille Athéna, sortie toute armée de sa tête et pour Dionysos qui jaillit de sa cuisse281. Enfin, pour compléter ce bref rappel, rappelons que de nombreuses peuplades soumettent les gar-

çons de sexe masculin à la subincision de la face inférieure du pénis, pour qu’ils soient obligés d’uriner assis et puissent prétendre être capables d’enfanter, comme leurs femmes. B. Bettelheim va même jusqu’à penser que la circoncision n’est pas seulement un sacrifice de virilité fait pour s’épargner la colère de Dieu et s’autoriser de son alliance, mais qu’elle est aussi une trace atténuée de la subincision pénienne (Bettelheim, 1954)282.

La psychanalyse définit le rôle du père dans l’organisation et le déclin du complexe d’Œdipe après une assez longue période préœdipienne. Il est le lieu de projection du sadisme pulsionnel tourné vers le dehors et il personnalise le surmoi, aussi bien chez les garçons que chez les filles. A ce moment l’enfant se situe dans la réalité de la différence des sexes et de celle des générations, ce qui implique chez lui la coexistence des fantasmes primaires de la castration et de la scène primitive.

Mais le mouvement œdipifiant a diversement été apprécié par les psychanalystes postfreudiens : Melanie Klein et ses successeurs estiment que le père reçoit les projections du mauvais objet interne clivé et que de ce fait la triangulation œdipienne existe dès le début de la vie dans ses aspects génitaux et prégénitaux. Les autres analystes qui tiennent compte du développement de l’enfant pensent qu’il existe une période préœdipienne et que la connaissance de la différence entre le père et la mère permet sans doute de parler de triangulation, alors que le moment d’œdipification se caractérise par l’introduction de la médiation paternelle dans la crudité du « se-faisant interactif » entre la mère et le bébé. Rappelons cependant que nous avons repris à Freud la notion d’identification primaire du bébé à sa mère et/ou à son père dans cette période d’échanges affectifs préreprésentatifs qui s’ins-tituent dans les relations primaires marquées par les qualités préperceptives communes attribuées aux parents.

1)    De fait l’observation montre à la fois que le père peut fort bien jouer un rôle dit maternant dans l’élevage des bébés et qu’il est capable d’y montrer une grande habileté et

2)    que sa conduite est légèrement différente de la mère. Son comportement implique moins de portage proche et plus de rythmicité. Le père tient son bébé plus à distance que la mère. Il le berce plus verticalement.

D’un autre côté, on a vu que sa voix grave semble le calmer davantage. Le père semble aussi davantage profiter sensuellement de la nidation du bébé contre son cou.

Tout indique donc l’habileté du père à élever les bébés, la relative spécificité de son comportement mieux fait pour réguler les rythmes moteurs et de ce fait introduire des valeurs excitantes d’agression.

Par ailleurs, ressentant, semble-t-il, les filles comme fragiles, ils sont plus efficaces avec les bébés du sexe masculin et ont avec eux des échanges préverbaux plus riches.

Ces diverses particularités ont déjà été étudiées dans la section I de la troisième partie de ce livre par S. Stoléru et nous nous contenterons ici de souligner que le père joue donc un rôle spécifique et précoce.

La description initiale par Spitz de la phobie du visage de l’étranger (René Spitz, 1965)283 fait du père le prototype de ce dernier. Il s’agit en fait plus d’un modèle que d’un fait d’observation. On constate la possibilité de repérer la triangulation qui va organiser, comme on vient de le voir, les fantasmes œdipiens. De fait, le père est connu beaucoup plus tôt par le bébé et il ne joue pas le rôle de l’étranger dans sa vie psychique, bien que plus tard sa présence repère le danger de la perte de la mère et de l’amour de celle-ci. Souvent d’ailleurs le bébé préfère se réfugier dans les bras de son père, lorsque l’étranger arrive, pour mieux l’explorer. Le père permet une bonne mithridatisation vis-à-vis des terreurs de l’inconnu.

Du côté du père, le désir de maternité s’associe aux effets de la paternité sur sa vie fantasmatique et ses modalités œdipiennes. L’identification au grand-père paternel y est engrangée ; d’où l’importance des résurgences conflictuelles au moment de la naissance de l’enfant. Elle donne droit à la cou-vade dans certaines cultures. Chez nous la fierté du jeune père n’est pas dépourvue d’inquiétude, de culpabilité et de honte.

Lorsqu’on veut étudier les interactions entre le père et le bébé, il est plus difficile de les isoler en une unité dyadique, à moins qu’on ne veuille considérer que le rôle du père dans les soins d’élevage parentaux. Les relations du couple père-mère interviennent forcément. On sait par exemple que les prématurés se développent mieux quand les pères accompagnent leurs femmes dans les services de soins ; la mère joue de son côté son rôle de pare-excitant pour pouvoir retourner vers sa famille et son mari. C’est donc à ce propos qu’on saisit mieux les places respectives des appartenants au système familial, comme on va le voir maintenant à propos de quelques cas.

Le premier cas est assez simple et il montre l’influence correctrice que le père peut exercer dans l’interrelation entre une mère et un bébé.

Le petit bébé a 5 mois (Cas n° 13). La mère, d’origine étrangère, a donné son prénom à sa fille. Elle vient d’un pays de l’Est, elle est arrivée en France après avoir correspondu avec son futur mari. Elle voulait cet enfant que ne souhaitait pas le père.

Au cours de l’observation, la petite fille est sur les genoux de sa mère, assise en position de présentation. Elle porte un objet à sa bouche ; sa mère le lui retire en lui disant : « C’est sale. » Le père essaie alors de distraire l’attention de l’enfant et lui propose un objet. La mère empêche la petite fille de s’approcher. Elle recule et éloigne l’enfant du père.

La mère va expliquer qu’elle s’est bien habituée à la vie parisienne, mais qu’elle n’est pas à l’aise chez « leurs parents ». Elle parle ainsi de ses beaux-parents et révèle ainsi la complexité ambivalente de ses sentiments à l’égard de son mari et de ce qu’il représente pour elle, d’autant plus que si elle a pu quitter son pays, c’est grâce à son mariage.

Le bébé a pendant ce temps une activité intense d’exploration. Il veut attraper ses chaussures. La mère lui tient ses mains, pour l’empêcher de saisir ses pieds. Lorsqu’on lui demande pourquoi elle refuse que l’enfant prenne ses chaussons, elle répond qu’elle laissera plus d’indépendance à sa fille plus tard. Maintenant, elle est heureuse de sentir le dos du bébé contre son ventre et elle attire en même temps sa fille contre elle, en redressant son tronc. Le père manifeste en même temps un certain agacement.

On peut voir dans ces quelques remarques quelle est la complexité de la vie fantasmatique de la mère. Celle-ci n’est pas capable d’une tenue cohérente lorsqu’elle est aux prises avec son désir de lutter contre la saleté. Le père intervient alors et essaie de modérer les effets des affects maternels.

La deuxième observation témoigne de la difficulté à être père dans une famille d’Afrique du Nord.

Le bébé (Cas n° 14), légèrement prématuré, est un petit garçon qui a été examiné pour la première fois à un mois.

Sa mère a 19 ans et c’est sa première grossesse. Elle-même est la quatrième enfant d’une famille de sept filles d’origine algérienne, mais qui vit en France depuis vingt ans sous la direction d’un patriarche, le grand-père maternel ; il est redouté et garant des coutumes. Le grand-père paternel n’a pas la même position sociale, car il a la nationalité française : il n’a donc pas été fidèle à ses origines algériennes. La grand-mère paternelle, d’ailleurs elle-même Française, avait abandonné son fils, le père du bébé, ce qu’il n’apprit que lorsque son père mourut.

Le père et la mère du bébé sortaient ensemble, mais le grand-père maternel refusa longtemps de marier sa fille à son futur gendre pour les raisons qui ont été indiquées plus haut : elle fit une fugue et elle a habité avec son mari. Le grand-père accepta alors le mariage religieux, alors qu’en fait la jeune femme était déjà enceinte de six mois. Ce fait fut en principe caché au grand-père qui n’aurait pas été au courant de la naissance de son petit-fils. Lorsqu’il passait voir ses enfants, le grand-père ne pouvait pas savoir que le bébé vivait, puisqu’on le cachait dans un placard et qu’il y était d’ailleurs sage.

Nous ne discuterons pas ici de la description des interactions observées entre la mère et le bébé. On notera simplement que l’ensemble des consultations a eu lieu en présence du père.

La mère est plutôt excitante et le père intervient toujours lorsque le bébé se trouve dans l’inconfort : par exemple, sa femme le tient sur ses genoux pour lui donner un biberon, mais sa main est posée sur la cuisse, sans tenir l’enfant. La mère paraît assez intrusive avec lui, en particulier dans sa manière de tourner la tétine dans la bouche et d’enlever brusquement le biberon. Ces gestes brusques s’aggravent lorsqu’on lui parle de la relation qu’elle a avec son mari. Elle devient prolixe et l’enfant disparaît de ses préoccupations.

Une des ces séances d’observation fut filmée : on put alors apercevoir deux mères différentes : l’une regardant son enfant, échangeait avec lui des affects apaisants. Elle regardait peut-être le futur homme. Lorsqu’elle manipule l’enfant et le soigne, elle devient intrusive. Tout se passe comme si c’était alors l’enfant de son mari, celui qu’elle est forcée de cacher à son père à cause précisément de son mariage : c’est cet enfant manipulé sans douceur, qui est le représentant du mari dans sa vie psychique. La vision au ralenti de cette bande montre qu’elle a alors un regard glacé : l’enfant fantasmatique du mari n’est donc finalement que le représentant d’un père qui n’est pas accepté par le père œdipien.

Pendant ce temps, le père n’agit que lorsque la mère ne s’occupe pas de son enfant. Exclu du roman maternel, il n’a droit à intervenir que dans ces conditions. A ce moment, l’enfant est généralement très passif : ses membres inférieurs pendent et les gestes de ses membres supérieurs sont très restreints en amplitude. Quand il proteste et que le père agit pour essayer d’améliorer la situation, la mère oppose une réponse stéréotypée : elle place la sucette dans sa bouche.

On montra cette bande aux parents dont le bébé marchait maintenant. Ils le reconnaissaient à peine « car il avait beaucoup grandi ». Le grand-père maternel en connaissait maintenant l’existence à titre officiel et l’acceptait puisque c’était un garçon, alors que lui-même n’avait eu que des filles. Mais le père de l’enfant ne s’en trouvait pas pour autant valorisé. Sa femme se plaignit du fait qu’il s’occupait trop du petit garçon. De fait, pendant cette réunion, il ne cessa de se précipiter pour prendre l’enfant, chaque fois qu’il s’agitait. Il fit en fin de compte cette déclaration dramatique et plusieurs fois répétée : « Moi, je n’ai pas grandi ! »

Le troisième cas est plus complexe et il montre à la fois comment un enfant et un père interagissent en fonction de la structure du fonctionnement psychique de ce dernier et ce que celui-ci attend de ses enfants (Cas n° 15).

Émilie a été observée pour la première fois dans le service d’accouchement où elle était née, à l’occasion d’une de ses premières tétées où la jeune mère, primipare, manifeste une grande inhabileté et une extrême détresse. L’enfant fut revue à 5 mois, à son domicile, en présence de la mère et du père, qui appartient à un milieu d’ouvriers très spécialisés et de grande responsabilité. Les conditions d’habitation sont très bonnes. A 11 mois, l’enfant commence à marcher et on la voit faire ses premiers pas au cours d’une deuxième visite au domicile de la famille. Celle-ci accepte de participer à la recherche et est examinée lorsque la petite fille a 13 mois : c’est une enfant très vive, qui dispose d’une gamme riche d’expressions et sait bien se faire comprendre. C’est au cours de cet examen que l’enfant utilise pour la première fois le jeu de « coucou » : elle commence en effet à soulever une jolie robe que lui a tricotée sa grand-mère, ce qui provoque des réprimandes du père, à quoi la petite fille répond de manière jubilatoire en répétant un phonème consonantique « ke-ke ». Elle va alors jouer avec sa mère, qui est assez retirée, à coucou.

Pendant cette longue période où la mère échange des objets avec sa fille qui les cache ou les donne, l’observateur intervient parfois et est traité par l’enfant comme elle traite sa mère, en alternant les coucous et les objets qu’elle reprend.

Pendant ce temps, le père va pérorer : c’est un grand gaillard dont la figure est couverte de cicatrices et dont la voix est à la fois haute et aiguë ; il connaît celle qui devait devenir sa femme depuis de longues années car il était déjà le commensal de ses beaux-parents. Il leur doit une grande reconnaissance, car il avait eu un accident d’auto au cours de son service militaire, en rentrant de permission et son futur beau-père lui fit confiance pour conduire sa propre voiture. Il a donc vécu ensuite chez ses beaux-parents et a eu des rapports sexuels avec sa future femme, d’où la grossesse de celle-ci.

Ce faisant, le père va expliquer combien il est fixé à son beau-père qu’il admire. Il ne s’est pas marié avec sa fille pour pouvoir, dit-il, donner à l’enfant le nom de sa mère et le sien propre, ce qui perpétuera le nom du beau-père.

Il va ensuite parler de sa crainte phobique que la petite fille ne meure, pendant leur sommeil. Il en résulte qu’elle couche dans la chambre des parents et tout près de leur lit. Il est très attentif à sa respiration. En même temps qu’il a peur pour elle, elle le dégoûte, car elle ne s’endort qu’en suçant une couche qu’elle mouille entièrement de sa salive. Il en a des nausées et en même temps ses craintes s’accroissent qu’elle ne meure par étouffement.

Pour être bref, tout indique donc que le père a d’autant plus peur pour sa petite fille qu’il est dégoûté par elle : sa phobie est une phobie des femmes qui est l’organisation élaborée de sa vie pulsionnelle et de la direction homosexuelle qu’elle a prise, comme cela se reflète dans la relation d’admiration tendre qu’il a avec son beau-père.

Quelques mois plus tard, les parents viendront avec leur petite fille pour visionner le document vidéoscopique qui vient d’être commenté : la mère, gênée, parle de sa détresse à la clinique, mais son mari rit vigoureusement. Il a des gestes affectés ; lorsqu’il s’observe lors de la consultation, il se trouve affecté et dit qu’il remue trop les mains en parlant. Il est vraiment sur le point, à ce qui semble, de parler de son allure féminine.

La mère est à nouveau enceinte. Elle est très discrète sur ses sentiments concernant cette deuxième grossesse, et dit ne pas se rappeler ce qu’elle éprouvait à l’égard de son premier enfant, ni pendant la grossesse, ni après l’accouchement. Elle espère maintenant avoir une fille, et n’a prévu aucun nom de garçon, car si, par malheur, ce devait être un garçon, ce serait au mari d’avoir le droit de choisir un prénom.

C’est ce qui donne l’occasion au père de parler de sa phobie. Il la décrit maintenant comme une véritable phobie qui comporte un certain élément d’impulsion : il ne peut plus se séparer de sa fille. Il déclare de lui-même et tout de go que ce deuxième enfant devrait le guérir de ses peurs. Si cela n’est pas, il se demande quel traitement il lui faudra subir.

Un garçon est né et l’examen a lieu lorsque ce bébé, qui s’appelle François, suivant les vœux du père, a 6 semaines. On n’en connaissait pas le sexe avant la naissance. Le père a assisté à l’accouchement, sans dégoût, mais en trouvant que cela a été trop vite et qu’il n’a pas eu le temps de se rendre compte.

Le petit garçon est dans son berceau. Il va pleurer et se calmer lui-même en suçant ses doigts. Il ne s’endormira jamais. La mère ne fera aucun mouvement pour le prendre, jusqu’à ce que le père le mette dans ses bras : il garde l’enfant très à distance de lui, mais éprouve un grand plaisir à le caresser. La petite fille s’est très bien développée. Elle va à l’école et a des activités symboliques tout à fait satisfaisantes.

Nous voulons insister sur l’état psychique du père : lorsqu’il a pris rendez-vous, il s’est plaint de l’accentuation des phobies. Son dégoût se manifeste maintenant à l’évocation du sexe du petit garçon : « Je sais que c’est un garçon, parce qu’il urine en avant. Mais je ne m’y suis pas laissé prendre comme ma femme qui s’est laissée avoir. » Il faut reconnaître que cette expression « se laisser avoir » est bien significative et montre une identification inconsciente à sa femme. Par ailleurs, il s’inquiète de la fragilité du bébé. Le prenant alors sur ses genoux, il est beaucoup plus habile et obtient rapidement la détente de son fils.

On verra la mère donner un biberon au petit garçon. Elle assume mieux ses fonctions, encore que la manière de mettre la tétine dans la bouche soit précédée d’un tremblement de la main, à la fois adapté au rythme respiratoire du fils, mais peu harmonieux.

Les parents ne veulent pas qu’on tape dans le dos du petit bébé pour obtenir « le rot » : « Ce sont des habitudes de vieille femme, bonnes pour la belle-mère ou la mère. » Le père explique qu’il faut repousser les grand-mères et que l’un des parents doit toujours être là quand on s’occupe d’un bébé. Il peut y avoir en effet une mort subite des grands-parents.

Pendant que le bébé est examiné par la méthode d’évaluation de Brazelton, le père insistera à nouveau sur ses phobies et demandera comment il peut guérir.

On se demande si le besoin qu’il a de médiatiser les contacts entre le deuxième bébé et les grand-mères ne représente pas une évolution intéressante dans ce couple où la mère ne prend son rôle maternel que quand elle y est autorisée par le père des enfants.

Ceux-ci sont l’un et l’autre en bon état et l’on est en droit de se demander comment l’identification féminine culpabilisée et douloureuse du père pourra conduire à une bonne organisation des conflits œdipiens chez les deux enfants.

Ce dernier cas nous paraît très illustratif de deux perspectives que l’introduction du père dans l’étude des interactions permet de souligner :

a)    La vie fantasmatique de ce père ne semble pas pour le moment entraver la qualité du développement de ses deux enfants. Une étude prolongée de ce cas paraît donc tout à fait souhaitable.

b)    L’enfant prend une place dans sa famille : ici, il est chargé de guérir le père d’une phobie liée à ses identifications féminines. On peut noter au passage que le père souhaitait un garçon pour le guérir de sa phobie à l’égard de sa fille aînée. Il a obtenu satisfaction, mais n’est pas recru nar-cissiquement par l’existence du pénis du petit bébé, car il reste identifié à une femme qui peut « se laisser avoir ». La persistance de ses identifications féminines interdit en outre à sa femme de jouer son rôle pleinement maternant, du moins en sa présence : elle doit rester une mère discrète ou cachée.

Il reste à signaler à propos de cette observation qui se trouve d’ailleurs en confirmer d’autres, que la détresse initiale des jeunes primipares, en particulier lors de tétées initiales, ne semble pas laisser de séquelles dans les capacités maternelles. D’ailleurs, la dramatisation du sens donné à l’inexpérience risque de dissimuler d’autres interactions, moins dominées par la nécessité d’une réussite instrumentale. Le document, enregistré lors de la tétée, examiné au ralenti284, montre une très remarquable qualité du regard maternel qui offre manifestement un autre type de ravitaillement affectif que la manipulation désespérée pour la tétée. Il y a là une leçon à tirer de conclusions trop rapidement tirées d’un examen rapide et parcellaire. Cette leçon vaut aussi bien pour les interprètes trop audacieux que pour les spécialistes de la micro-observation comportementale.