Glossaire des concepts

Ambitendance : La présence simultanée de deux tendances manifestes dans le comportement et contrastantes ; par exemple, un enfant peut virtuellement pleurer et rire au même moment, s’approcher de la mère et changer de direction à la dernière minute, ou embrasser sa mère et soudain la mordre. L’ambitendance comprend deux phases de comportement ; elle peut, ou non, être bientôt remplacée par l’ambivalence, dans laquelle la tendance en deux phases est intégrée et n’est désormais plus observable.

Clivage : Un mécanisme de défense souvent rencontré au cours de la sous-phase de rapprochement (une fois atteint un certain degré de développement du moi) ; le bambin ne peut tolérer facilement les sentiments d’amour et de haine simultanés envers la même personne. L’amour et la haine ne sont pas amalgamés ; la mère est perçue alternativement comme toute bonne ou toute mauvaise. Une autre possibilité est que la mère absente soit perçue comme toute bonne, alors que les autres deviennent tout mauvais. Ainsi, le bambin peut déplacer son agressivité sur l’univers autre-que-la-mère tout en exagérant son amour (sur-idéa-lisation) pour la mère absente et son aspiration vers elle. Lorsque la mère revient, elle rompt l’image idéale, et les réunions sont souvent douloureuses puisque la fonction synthétique du jeune moi ne peut réparer le clivage. Dans la majorité des cas, une synthèse graduelle du tout « bon » et du tout « mauvais ». par le moi en voie de croissance, devient possible.

Consolidation de l’individualité et permanence de l’objet émotionnel : La quatrième sous-phase de la séparation-individuation, qui commence vers la fin de la deuxième année et ne connaît pas de fin. Au cours de cette période, un certain degré de permanence de l’objet est acquis, et la séparation des représentations du self et de l’objet est suffisamment établie. La mère est clairement perçue en tant que personne séparée dans l’univers extérieur, et existe en même temps dans l’univers des représentations intérieures de l’enfant. Voir également Différenciation, Essais, Rapprochement.

Crise du rapprochement : Une période qui survient chez tous les enfants au cours de la sous-phase de rapprochement, mais avec une plus grande intensité chez certains et au cours de laquelle la conscience d’être séparé est aiguë. La croyance du bambin en sa toute-puissance est gravement menacée et l’environnement est réduit alors qu’il tente de restaurer le statu quo, ce qui est impossible. L’ambitendance qui se transforme en ambivalence est souvent intense : le bambin veut être réuni à sa mère et en même temps séparé d’elle. Les accès de colère, le pleurni-chage, les humeurs tristes et les réactions intenses à la séparation sont à leur apogée.

Départ-précipité-en-flèche : Voir Filature el départ-précipité-en-flèche.

Différenciation : La première sous-phase du processus de séparation-individuation, qui se manifeste depuis l’âge de cinq à neuf mois. La dépendance corporelle totale à l’égard de la mère commence à diminuer alors que la maturation des fonctions partielles de la locomotion entraîne la première tentative de s’éloigner d’elle. Les comportements caractéristiques qui permettent la démarcation du self du non-self sont l’exploration visuelle et tactile de la figure et du corps de la mère ; se repousser de la mère pour explorer un univers plus vaste et la regarder ; revérification depuis la mère jusqu’aux autres. Le plaisir pris à l’émergence des fonctions du moi et à l’univers extérieur s’exprime dans une proximité étroite avec la mère. En

même temps semble se produire la différenciation d’un schéma corporel primitif mais distinct. Voir également Essais, Rapprochement, Consolidation de l’individualité.

Distance optimale : À mesure que le nourrisson croît et se développe, il y a, pour chaque stade, une position entre la mère et l’enfant qui est la meilleure pour permettre au nourrisson de développer ces facultés dont il a besoin pour croître, c’est-à-dire pour s’individuer. Au cours du stade symbiotique, le nourrisson se moule au corps de sa mère ; au cours de la sous-phase de différenciation, il commence à se repousser de la poitrine de sa mère afin de pouvoir l’explorer librement par une approche tactile et visuelle à proximité. Le nourrisson, au moment des essais, se distancie dans l’espace afin d’avoir la chance d’explorer ; au cours du rapprochement, le bambin ressent le besoin d’aller et de venir pour trouver sa mère disponible, mais non intrusive. La distance optimale est dictée par le développement du narcissisme secondaire tout autant que par le changement dans la relation d’objet et le développement des fonctions du moi.

Eclosion ; Le processus qui consiste à émerger de l’état sym-

......biôtique de fusion avec la mère, au sens intrapsychique.

C’est la « seconde » expérience de naissance, la naissance psychologique - processus par lequel l’univers autre-que-^ la-mère commence à être investi. Le nourrisson qui a éclos a quitté l’état vague et crépusculaire de la symbiose et est devenu plus constamment alerte et perceptif aux stimuli de son environnement, plutôt qu’à ses propres sensations corporelles, ou aux sensations émanant seulement de l’intérieur de la sphère symbiotique.

Essais : La seconde sous-phase de la séparation-indivi-duation, qui va environ de l’âge de neuf mois à l’âge de quatorze mois. Pendant cette période, le nourrisson est capable de s’éloigner activement de sa mère et de retourner vers elle, d’abord en rampant, puis, plus tard, grâce à la maîtrise de la locomotion en position verticale. C’est une période au cours de laquelle l’exploration de l’environnement, animé et inanimé, et l’exercice des talents

moteurs sont hautement investis d’énergie libidinale. Voir éga/emenîDifférenciation, Rapprochement, Consolidation de l’individualité.

Filature et départ-précipité-en-flèche : Au cours de la sous-phase de rapprochement, à certains moments l’enfant suit chaque mouvement de sa mère (il la « file ») ; il ne peut supporter qu’elle soit hors de son champ de vision ou de son voisinage immédiat. A certains moments, nous pouvons observer le comportement inverse : l’enfant se précipite loin de sa mère et il attend et compte sur le fait que sa mère le soulève dans ses bras, annulant ainsi, pour de brefs moments, le sentiment « d’être séparé ».

Investissement proprio- et entéroceptif : L’investissement de l’intérieur du corps, dont il fait l’expérience par le biais des tensions et des sensations qui en émanent, et qu’il décharge en toussant, crachant, vomissant, se tortillant, pleurant, etc. C’est l’investissement dominant pendant les premières semaines de la vie.

Investissement sensori-perceptif : Investissement du senso-rium et de la périphérie du corps, en particulier des organes sensori-perceptifs - tactiles, visuels à proximité, auditifs. Le déplacement vers l’investissement sensori-perceptif est une étape importante du développement, qui se produit à l’âge de trois ou quatre semaines (remplaçant l’investissement proprio- et entéroceptif qui prédominait jusqu’alors).

Narcissisme primaire : Un état qui prédomine au cours de la première semaine de la vie et dans lequel la satisfaction des besoins n’est pas perçue comme venant de l’extérieur et où il n’y a aucune conscience de l’agent maternant. Il est similaire à la « toute-puissance infantile absolue » de Ferenczi. Ce stade est suivi par un stade de conscience diffuse du fait que la satisfaction des besoins ne peut venir de soi-même.

Patterns d’approche-distanciation : Les patterns changeants d’après lesquels le nourrisson se distancie de sa mère et revient vers elle. Chaque sous-phase a ses patterns caractéristiques, déterminés par la progression du développement moteur et cognitif de l’enfant et par le changement de ses besoins de distance ou de proximité.

Peur du réengloutissement : Peur de la régression au stade symbiotique à partir duquel le bambin ne s’est individué (n’a émergé) que récemment. La peur du réengloutissement constitue la défense contre l’aspiration perpétuelle de l’être humain à la réunion avec la mère jadis symbiotique, une aspiration qui menace l’entité et l’identité individuelles, et qui doit donc être écartée, même au-delà de l’enfance.

Phase autistique normale : Les premières semaines de la vie extra-utérine au cours desquelles le nouveau-né ou le jeune nourrisson semble être un organisme presque purement biologique, ses réponses instinctuelles aux stimuli étant à un niveau réflexe et thalamique. Au cours de cette phase, nous ne pouvons parler que d’appareils du moi primitifs et non intégrés et de mécanismes de défense purement somatiques, consistant en des réactions de débordement et de décharge, dont le but est le maintien de l’équilibre homéostasique. La position libidinale est essentiellement viscérale, ne comportant aucune discrimination entre l’intérieur et l’extérieur, entre l’animé et l’inanimé. Initialement, à cause du seuil très élevé des stimuli extérieurs, le nourrisson semble être dans un état de désorientation hallucinatoire primitive et négative, dans lequel la satisfaction des besoins appartient à sa propre sphère autistique toute-puissante.

Phase de séparation-individuation : La phase du développement normal qui commence vers l’âge de quatre à cinq mois à l’apogée de la symbiose, recoupant celle-ci. Le nourrisson manifeste une capacité accrue à reconnaître la mère en tant que personne spéciale, à investir et à inspecter l’univers autre que la mère, et à s’éloigner d’abord très légèrement, puis de façon fort délibérée, de la mère. C’est une phase du développement qui dure environ de cinq mois à deux ans et demi, et qui comporte deux voies séparées mais qui s’entrecoupent : celle de la séparation, conduisant à la conscience intrapsychique d’être séparé, et celle de l’individuation, conduisant à l’acquisition d’une individualité distincte et unique. Quatre sous-phases du processus de séparation-individuation ont été identifiées. Bien qu’elles s’entrecoupent, chaque sous-phase a ses propres faisceaux caractéristiques de comportements qui la distinguent des autres. Les quatre sous-phases sont : 1) la différenciation ; 2) les essais ; 3) le rapprochement ; et 4) la consolidation de l’individualité et le début de la permanence de l’objet émotionnel.

Phase symbiotique normale : La symbiose normale est précédée par la levée de la barrière innée contre les stimuli protégeant le jeune nourrisson des stimuli intérieurs et extérieurs jusqu’à la troisième ou la quatrième semaine de sa vie. Puisque, chez le jeune humain, l’instinct d’auto-conservation est atrophié, le moi doit prendre en charge le rôle d’aménager l’adaptation de l’être humain à la réalité. Cependant, le moi rudimentaire du jeune nourrisson est inadapté à la tâche d’organiser ses stimuli intérieurs ou extérieurs de façon à assurer sa survie ; c’est le rapport psychobiologique entre la mère qui assure les soins et le bébé qui sert de complément au moi indifférencié du nourrisson. L’empathie de la part de la mère représente, dans des circonstances normales, chez l’être humain, le substitut de ces instincts sur lesquels s’appuie l’animal qui a longtemps besoin de soins nourriciers pour sa survie. La symbiose normale se développe parallèlement à l’abaissement de la barrière innée contre les stimuli (Benjamin, 1961), grâce à l’expérience qu’il fait, de manière répétée et prévisible, d’un agent maternant extérieur, soulageant les besoins, la faim, et la tension venus de l’intérieur, c’est-à-dire fonctionnant comme moi auxiliaire (Spitz).

La symbiose renvoie à un stade d’interdépendance socio-biologique entre le nourrisson de un à cinq mois et sa mère, un stade de relation préobjectale et de satisfaction des besoins, dans lequel les représentations intrapsychiques du self et de la mère n’ont pas encore été différenciées. À partir du deuxième mois, le nourrisson se comporte et fonctionne comme si sa mère et lui constituaient une unité duelle toute-puissante à l’intérieur d’une limite commune (la « membrane symbiotique »).

La disponibilité de la mère et la capacité innée du nourrisson à s’engager dans la relation symbiotique sont essentielles à ce moment. Cette relation marque le début de l’organisation du moi par la création de connexions intra-psychiques chez le nourrisson entre les traces mnésiques de gratification et la gestalt du visage humain ; il y a un déplacement d’investissement depuis l’intérieur du corps, depuis la position essentiellement viscérale de la phase autistique à la périphérie, aux organes sensori-perceptifs (d’une organisation cénesthésique à une organisation diacritique).

Précurseurs des défenses : Au cours du processus de sépa-ration-individuation, nous trouvons des comportements primitifs qui peuvent être considérés comme des précurseurs des mécanismes ultérieurs de défense. Par exemple, se repousser de la mère, ne pas la regarder, changer de direction, ignorer sa présence ou son départ sont des comportements qui conduisent aux mécanismes de déni ou de désaveu. Nous trouvons également une identification primitive avec la mère - « devenir la mère » - en son absence et une indépendance prématurée (faux self) lorsqu’il y a défaut de maternage. Ces mécanismes sont relativement instables ; ils vont et viennent. Ils servent à l’adaptation autant qu’à la défense. Le choix de ces mécanismes dépend des caractéristiques de l’enfant et de la réponse sélective des parents à l’enfant.

Psychose infantile autistique : Dans le syndrome d’autisme infantile, il y a fixation ou régression à la phase autistique de la toute première enfance, c’est-à-dire que la mère ne semble pas perçue du tout par l’enfant comme représentative de l’univers extérieur. Il y a un mur de glace entre l’enfant autistique et l’environnement humain. L’autisme psychotique constitue une tentative de réaliser la dédifférenciation et la perte de la dimension animée ; il sert à contrecarrer les multiples complexités des stimuli extérieurs et des excitations internes qui menacent d’annihilation le moi rudimentaire de l’enfant autistique. Le maintien de la similitude est le trait dominant du syndrome de psychose autistique.

Psychose infantile symbiotique : La phase symbiotique du développement a été atteinte, bien que grossièrement déformée ; l’enfant traite la mère comme si elle faisait partie de son self, c’est-à-dire non pas extérieure au self mais fusionnée à lui. Il est incapable d’intégrer une image de la mère en tant qu’objet distinct et objet total extérieur, mais semble plutôt maintenir des images partielles et fragmentées (introjectées), bonne et mauvaise, de l’objet. Il alterne entre son désir d’incorporer et celui d’expulser. Sans thérapie, il y a une interférence insurmontable dans tout progrès vers la séparation-individuation, c’est-à-dire qu’il y a fixation ou régression à la phase symbiotique pathologique. Les mécanismes de restauration qui créent les diverses symptomatologies sont des tentatives de restaurer et de perpétuer l’unité symbiotique mère-enfant toute-puissante et délirante ; à cause de la présence continuelle de profonds états de panique, le patient est forcé, de manière compulsive, de recourir à une retraite secondaire dans un autisme (secondaire) quasi stabilisateur. Les « accès de panique » et le comportement autoagressif dominent souvent le tableau clinique.

Rapprochement : La troisième sous-phase de la séparation-individuation, qui dure de l’âge de quatorze-quinze mois jusqu’à environ vingt-quatre mois, et même au-delà. Elle est caractérisée par la redécouverte de la mère, maintenant un individu séparé, et un retour vers elle, à la suite des incursions nécessaires de la période des essais. Le bambin adore partager ses expériences et ses possessions avec la mère, qui est maintenant perçue plus clairement comme séparée et à l’extérieur. L’inflation narcissique de la sous-phase des essais est lentement reniplacée par une conscience croissante d’être séparé et, aussi, de sa vulnérabilité. Les réactions adverses à de brèves séparations sont fréquentes, et il n’existe pas facilement de substitut pour la mère, même parmi les adultes familiers. Cette sous-phase culmine souvent dans une crise du rapprochement plus ou moins passagère, qui revêt une grande signification dans le développement. Voir également Différenciation, Essais, Consolidation de l’individualité.

Réactions à la séparation : Celles-ci varient quant à leur espèce et à leur intensité au cours de la progression du processus de séparation-individuation. Pendant la différenciation, il est caractéristique d’observer un état « en sourdine » à la suite de brèves séparations, qui cependant culminent parfois dans des pleurs désespérés ; au cours de la période des essais, il y a oubli relatif de la présence de la mère ; pendant le rapprochement, une variété de réactions, telles que chercher, pleurer, ou ignorer manifestement la mère, peuvent se produire. Au cours de la quatrième sous-phase, de brèves séparations sont généralement mieux tolérées.

Réactions devant l’étranger : Une variété de réactions devant les personnes autres que la mère, particulièrement prononcées à la sous-phase de différenciation, lorsqu’une relation particulière à la mère est bien établie, ainsi qu’on peut en voir la preuve dans le sourire spécifique qui lui est adressé. Les réactions devant l’étranger incluent la curiosité et l’intérêt, tout autant que l’inquiétude et l’angoisse légère ou même profonde. Elles s’estompent au début de la période des essais, mais réapparaissent à divers moments au cours du processus de séparation-individuation.

Recharge émotionnelle ou libidinale : Au cours de la sous-phase des essais, le nourrisson s’éloigne de sa mère, mais lorsqu’il est fatigué ou qu’il manque d’énergie, il cherche à rétablir le contact corporel avec elle. Cette « recharge » le ranime et restaure son élan antérieur pour faire des essais et explorer.

Signalisation réciproque : Processus circulaire d’interaction établi très tôt entre la mère et le nourrisson, grâce auquel ils lisent « empathiquement » leurs signes et signaux réciproques et réagissent l’un à l’autre. Par exemple, la mère apprend la signification des différents pleurs et mouvements du bébé ; le bébé apprend à anticiper les soins de la

mère ; il apprend également très vite à quels signaux sa mère est sensible (inconsciemment) et auxquels elle ne l’est pas. Nulle mère ne répond parfaitement aux signaux de son bébé, mais une incompatibilité sérieuse de signaux constitue un obstacle à un développement harmonieux.

Sphère symbiotique : La mère et toutes les parties et attributs de la mère - sa voix, ses gestes, ses vêtements, et l’espace dans lequel elle va et vient - qui forment le cercle magique de l’univers symbiotique mère-nourrisson.

rnité duelle : L’unité symbiotique de la mère et de l’enfant, à laquelle l’enfant attribue des qualités de toute-puis-sance, et dans laquelle il y a un vague sentiment de la moitié symbiotique du self (le « moi extérieur » de Spitz).