Introduction

Dans cette partie, nous allons présenter une description séquentielle du processus de séparation-individuation et de ses précurseurs, les phases autistique normale et symbiotique normale.

Le chapitre m sera consacré aux deux premières phases du développement mental. Nous sommes conscients du fait qu’il comprend beaucoup moins de données concernant les caractéristiques du comportement que les chapitres ultérieurs. Bien que nous ayons étudié la formation des premiers patterns dans la phase symbiotique, nous avons concentré nos efforts sur l’interaction mère-enfant et le développement du nourrisson depuis l’âge de quatre ou cinq mois. Dès 1954-1955 (en collaboration avec le docteur Bertram Gosliner, à la suggestion du docteur Anne-Marie Weil10), l’auteur senior nommait cette période la phase de séparation-individuation. Le but principal de ce livre est de relater ce que nous avons appris de la séparation-individuation. Nous avons laissé le soin d’une étude extensive et en profondeur du nouveau-né, de la phase autistique normale et des tout premiers mois symbiotiques de la vie, à d’autres auteurs qui se sont acquitté de cette tâche avec beaucoup de minutie, d’ingéniosité et de talent technique et méthodologique.

En fait, les concepts mêmes des deux premières phases se situent à un plus haut niveau d’abstraction métapsychologique que les sous-phases ultérieures. Ils sont dérivés au départ d’une reconstruction psychanalytique de notre travail auprès des enfants et des adultes psychotiques et borderline, aussi bien que du travail d’observation d’autres auteurs psychanalystes.

Par contraste, les chapitres iv, v et vi présentent un condensé et une discussion, d’une très grande richesse, de données originales sur le comportement. Au cours de notre projet pilote fort peu systématique et plutôt « naturel » (à la fin des années 1950), nous n’avons pu faire autrement que de relever des faisceaux de variables à des points de croisement spécifiques du processus d’individuation. Cela laissait clairement voir l’avantage qu’il y aurait à subdiviser les données ramassées sur le processus intrapsychique de séparation-individuation selon les implications de ce processus observable dans des comportements répétitifs. Nous avons divisé le processus en quatre sous-phases : différenciation, période des essais, rapprochement et « sur la voie de la permanence de l’objet libidinal ». Les chapitres iv à vu traitent chacun d’une des sous-phases.

Le chapitre vu, traitant de la quatrième sous-phase, se situe cependant un peu à part. Ce n’est sûrement pas un hasard si nous n’avons pu donner à cette sous-phase une étiquette simple et concise. Il ne fait aucun doute que l’acquisition à la fois de l’individualité et de la permanence de l’objet sont les points capitaux de cette sous-phase du processus de séparation-indivi-duation ; toutefois, de par leur nature même, il nous est impossible de préciser quand ils commencent, et encore moins quand ils sont réalisés. Ils font partie d’un processus de développement en cours. Nous préférons dès lors parler de « début de consolidation » de l’individualité (identité du self et permanence du self, cf. G. et R. Blanck, 1974) et parler de la réalisation d’un degré de permanence de l’objet (c’est-à-dire être sur la voie de la permanence de l’objet).

De plus, il est beaucoup plus difficile d’établir les débuts et les acquisitions des représentations intra-psychiques à partir de cette sous-phase et ceux-ci varient considérablement d’un enfant à l’autre. Les processus intrapsychiques sont alors médiatisés par le verbal et d’autres formes d’expression symbolique d’où on doit les inférer - cela ressemble sensiblement à ce qui se passe en psychanalyse infantile clinique. Bien que nous ayons tenté de mettre ces processus à jour dans des « séances de jeu », ce n’était pas là le point central de notre travail de recherche. Pour toutes ces raisons, le chapitre vu devrait être compris davantage dans le sens d’une tentative et d’une spéculation que les chapitres iv, v et vi.