Introduction

Nous prions le lecteur de prendre les trois chapitres qui suivent comme un ensemble, et cet ensemble comme un tout.

Une communauté d’expériences et d’objectifs résulte naturellement dans la communauté de nos vues.

D’une part, en effet, nous assumons des responsabilités dans la conduite des cures psychanalytiques, et des responsabilités dans la formation des psychanalystes. D’autre part nous assumons des responsabilités d’ordre institutionnel dans des organismes de soins psychiatriques. Nous connaissons donc la double expérience des problèmes de la pratique et de la formation psychanalytiques et des problèmes de l’influence psychanalytique en milieu institutionnel. Les pages qui suivent montreront que nous sommes parvenus à des positions toujours proches, parfois complémentaires et souvent identiques.

Mais, plutôt que de rédiger un unique chapitre commun, et sachant qu’entre les styles respectifs de notre expérience, de nos conclusions et de l’expression de notre pensée il existe suffisamment de nuances distinctives, assurés au demeurant de notre accord sur le fond, nous avons choisi de rédiger et présenter chacun notre contribution propre. Nous croyons que le lecteur y gagnera, y compris si d’un chapitre à l’autre et sous des angles divers il nous voit suivre les mêmes vues.

Notre objectif commun est tout à la fois de mettre en lumière les ressources et même la nécessité de l’application de la connaissance psychanalytique aux problèmes psychiatriques institutionnels, et de rappeler fermement la complexité de ces problèmes et la difficulté de cette application, dont on ne saurait oublier qu’elle exige autant de tact et de réflexion que d’expérience.

Les psychanalystes qui, pour consacrer leurs efforts aux tâches institutionnelles, choisissent de quitter leur fauteuil, savent, comme l’évoquera l’un de nous, qu’ils renoncent pour une part de leur temps Racamier. – Le Psychanalyste sans divan. 2

aux satisfactions assurées que donne l’exercice toujours approfondi d’une technique patiemment et solidement mise au point. Hors du champ privé de leur bureau, ils s’engagent dans des situations publiques et dans des voies par nature difficiles, où leur action ne manquera guère d’éveiller d’inévitables résistances. Du moins, dans l’intérêt même des malades et des traitements, sont-ils en droit d’espérer n’avoir point à payer comme citoyens le prix de leurs travaux de techniciens, et que leurs efforts soient préservés des attaques inspirées parfois par l’impuissance scientifique et l’opportunisme politique ou financier.