La phase phallique

par Ernest Jones77

À lire de près les nombreuses contributions importantes de ces dix dernières années, celles surtout des analystes femmes, concernant le problème toujours mal élucidé du premier développement de la sexualité féminine, on est frappé par un certain désaccord entre les divers auteurs ; ce désaccord n’a pas manqué de s’étendre au domaine de la sexualité masculine. La plupart de ces auteurs ont eu le louable mérite de souligner sur quels points ils tombent d’accord avec leurs collègues, mais ils ont laissé dans l’ombre les divergences d’opinion qui n’ont pas toujours trouvé à se formuler clairement.

Je me propose ici d’aller au fond des choses dans l’espoir de dégager les points litigieux. S’il existe une confusion quelconque il est souhaitable de la démêler ; s’il y a une divergence d’opinion il serait utile de la définir pour nous permettre d’aborder les questions intéressantes auxquelles une recherche plus approfondie pourra peut-être apporter une réponse.

C’est dans ce but que j’ai choisi comme thème de discussion la phase phallique. C’est un sujet assez bien délimité, mais qui pousse des ramifications vers la plupart des problèmes plus généraux et restés irrésolus. Dans une communication présentée au Congrès d’Innsbruck en 192778, j’avais suggéré qu’au cours du développement de la sexualité féminine la phase phallique était une solution secondaire et de nature défensive du conflit psychique, plutôt qu’un processus de développement simple et direct ; l’année dernière, le Pr Freud79 déclara qu’une telle hypothèse était insoutenable. Déjà à ce moment-là, j’avais moi-même des doutes analogues au sujet de la phase phallique chez l’homme, mais je n’en avais pas fait mention puisque ma communication portait exclusivement sur la sexualité féminine. Récemment, Mme le Dr Horney80 avait exprimé quelque scepticisme au sujet de la validité du concept de la phase phallique chez l’homme, et je saisirai cette occasion pour commenter les arguments dont elle fait état.

Je vous rappellerai tout d’abord que dans la description que donne Freud de la phase phallique81, le trait essentiel, commun aux deux sexes, était la croyance qu’il n’existait au monde qu’une seule espèce d’organe génital, un organe mâle. Selon Freud, la raison de cette croyance réside dans le simple fait qu’à cet âge l’organe génital féminin n’a encore été découvert par aucun des deux sexes. Les êtres humains se trouvent ainsi divisés, non pas en ceux possédant l’organe mâle et ceux possédant l’organe féminin, mais en ceux qui possèdent un pénis et en ceux qui n’en possèdent pas. Il y a une classe qui possède le pénis et la classe des castrés. Un garçon commence par croire que tout le monde appartient à la première catégorie, et ce n’est qu’au moment où ses peurs s’éveillent qu’il commence à soupçonner l’existence de la deuxième catégorie. La fille suit une évolution analogue à ceci près que l’on devrait employer le terme correspondant d’une « classe possédant le clitoris » ; c’est seulement après avoir comparé ses organes génitaux à ceux du garçon que naît le concept d’une classe mutilée à laquelle elle appartient. Les deux sexes luttent pour continuer d’ignorer l’existence de cette seconde classe – tous les deux pour la même raison – à savoir, par désir d’ignorer une réalité possible de la castration. Ce tableau ainsi esquissé par Freud nous est familier à tous et les faits d’observations dont on dispose, et à partir desquels il a été tracé, ont été confirmés maintes fois. L’interprétation des faits, par contre, est bien entendu tout autre chose, et n’est pas si simple.

J’aimerais attirer maintenant votre attention sur une notion qui est implicite dans l’exposé de Freud, mais qui mérite qu’on y insiste davantage pour plus de clarté. Il apparaîtrait qu’il y a deux stades distincts dans la phase phallique. Freud appliquerait, je le sais, le même terme de « phase phallique » aux deux, et ainsi ne les distingue pas explicitement. La première des deux – appelons-la phase proto-phallique – serait marquée par l’innocence ou l’ignorance – du moins à l’état conscient – où il n’y a pas de conflit au sujet de ce dont il s’agit, l’enfant présumant tranquillement que le reste du monde est bâti selon sa propre image, et possède donc un organe mâle satisfaisant – pénis ou clitoris, selon le cas. Dans la seconde période ou phase deutéro-phallique, l’enfant commence à se douter que le monde est divisé en deux classes : non pas mâle ou femelle au sens propre, mais possédant le pénis ou castrée (bien qu’en réalité les deux classifications se recouvrent presque complètement). La phase deutéro-phallique apparaîtrait comme étant plus névrotique que la phase proto-phallique — du moins dans ce contexte particulier. Car la phase deutéro-phallique est associée à l’anxiété, au conflit, à la lutte contre l’acceptation de ce qui serait ressenti comme étant la réalité (c’est-à-dire la castration) et à une note sur-compensatoire de la valeur narcissique du pénis chez le garçon, et à un mélange d’espoir et de désespoir chez la fille.

Il est évident que la différence entre les deux phases est marquée par l’idée de la castration qui, selon Freud, est liée dans les deux sexes, à la constatation effective d’une différence sexuelle anatomique. On sait que selon son opinion82 la crainte ou la pensée d’être castré exerce un effet débilitant sur les pulsions masculines dans les deux sexes. Il considère que l’idée de la castration éloigne le garçon de sa mère et renforce son attitude phallique et homosexuelle – c’est-à-dire que le garçon abandonne un peu de son hétérosexualité incestueuse pour sauver son pénis ; alors que dans le cas de la fille ceci aboutit à un effet opposé, plus heureux, en la poussant vers une attitude féminine, hétéro sexuelle. Dans cette perspective donc, le complexe de castration atténue la relation œdipienne du garçon, alors qu’il la renforce chez la fille ; le complexe de castration force le garçon à s’engager dans la phase deutéro-phallique, alors la fille, après une protestation transitoire à ce niveau, est chassée de la phase deutéro-phallique par ce même complexe.

Puisqu’on croit mieux comprendre le développement du garçon, et qu’il est peut-être le plus simple, je commencerai par lui. Nous connaissons tous la qualité narcissique du stade phallique, dont Freud dit qu’il atteint son acmé vers l’âge de quatre ans, encore qu’il se manifeste certainement bien plus tôt83 ; je parle plus particulièrement de la phase deutéro-phallique. Il existe entre cette dernière et les stades précédents deux différences principales :

a) Elle est la plus sadique, et on en retrouve la séquelle dans la prédisposition aux phantasmes d’omnipotence ;

b) Elle est plus centrée sur elle-même, comme en témoigne la persistance du principal attribut allo-érotique de la phase deutéro-phallique sous la forme d’exhibitionnisme. Ainsi cette phase comporte moins d’agressivité et une relation plus distante à l’égard des autres, et surtout à l’égard des femmes. Dans quelles conditions s’est installé un tel changement ? Il semblerait qu’il s’agit d’un changement de direction des fantasmes qui l’éloigne du monde réel du contact avec les autres. Si tel est le cas, cela suffirait à justifier l’hypothèse qu’il existe un élément de fuite, et que nous n’avons pas simplement affaire à une évolution normale tendant à une intégration meilleure de la réalité et une adaptation plus satisfaisante.

Une telle hypothèse se confirme de façon évidente lors d’une situation tout à fait circonstanciée — à savoir lorsque le stade phallique persiste chez l’adulte. En examinant ce problème difficile au microscope psychanalytique nous pouvons nous servir du grossissement habituel que nous fournissent les névroses et les perversions. L’élucidation des facteurs en jeu nous fournit des indices qui nous permettent de nous orienter lors de l’examen de l’individu dit normal. On se souvient que ce fut la voie empruntée par Freud dans sa découverte de la sexualité infantile du sujet normal. Certes, dans le cas d’un adulte, il est relativement facile d’établir la présence de facteurs secondaires dans sa vie sexuelle, tout particulièrement les facteurs de peur et de culpabilité. L’exemple auquel je pense tout spécialement est celui du sujet – il s’agit souvent d’un hypocondriaque – qui s’inquiète de la taille et de la qualité de son pénis (ou de ses substituts symboliques) et chez qui ne se manifeste que des faibles pulsions à l’égard des femmes ; et une pulsion particulièrement faible voire inexistante, à la pénétration ; ceci s’accompagne habituellement, et à un degré variable, de narcissisme, d’exhibitionnisme (ou d’une pudeur excessive), de masturbation et d’homosexualité. L’analyse permet de montrer facilement que toutes ces inhibitions ne sont que des refoulements ou des défenses dus à une anxiété profonde. Nous verrons plus loin la véritable nature de cette angoisse.

Ayant ainsi exercé notre vue à reconnaître la nature secondaire du phallicisme narcissique, nous pouvons maintenant diriger notre attention sur des attitudes similaires existant chez le garçon – je me réfère de nouveau à la phase deutéro-phallique et à ses manifestations les plus marquantes – et je prétends que nous y trouverons des preuves abondantes qui nous permettront d’aboutir à une conclusion analogue. Pour commencer, le tableau est essentiellement le même. Il existe une préoccupation narcissique concernant le pénis, faite de doutes et d’incertitudes quant à sa taille et sa qualité sous le nom de « renforcement secondaire de la fierté du pénis »84. Mélanie Klein a développé dans son livre ses idées sur la valeur que possède le pénis chez le garçon pour maîtriser l’angoisse profonde provenant de diverses sources ; cet auteur prétend que l’exagération narcissique du phallicisme – (c’est-à-dire de la phase phallique, bien qu’elle n’emploie pas ce terme) – est due à la nécessité de venir à bout d’une très grande angoisse.

Il est à noter qu’à cet âge une part importante de la curiosité sexuelle du garçon – et sur laquelle Freud a tout spécialement attiré l’attention dans son premier article consacré à ce sujet85 – est absorbée non pas par l’intérêt manifesté à l’égard des femmes, mais par l’intérêt porté à la comparaison entre lui et d’autres sujets de sexe masculin. Ceci correspond à la remarquable absence de toute pulsion de pénétration, une pulsion qui logiquement devrait mener à la curiosité et la recherche de son complément. Karen Horney86 a très justement attiré notre attention sur ce caractère inhibé de la pénétration ; comme cette pulsion à pénétrer est sans aucun doute la propriété principale de la fonction du pénis, il est certainement remarquable que c’est précisément là où l’idée du pénis domine le tableau que sa propriété la plus saillante reste absente. Je ne crois pas un seul instant que cela est dû au fait que cette propriété n’est pas encore développée, un retard qui pourrait résulter d’une simple méconnaissance (ignorance) de la contrepartie vaginale. Tout au contraire, il existe à des stades plus précoces, ainsi que l’ont montré les analystes d’enfants, des preuves abondantes de l’existence de tendances à la pénétration sadique dans les phantasmes, dans les jeux et dans d’autres activités du tout petit garçon. En cela, je me trouve tout à fait d’accord avec les conclusions de Karen Horney87, à savoir « que le vagin non découvert est un vagin nié ». Je ne peux pas m’empêcher de comparer cette soi-disant ignorance du vagin au mythe ethnologique courant, qui prétend que les sauvages ignorent le lien existant entre le coït et la fécondation. Dans les deux cas ils savent, mais sans savoir qu’ils le savent. En d’autres termes, le savoir existe, mais il s’agit d’un savoir inconscient, et qui transparaît dans d’innombrables manifestations symboliques. Cette ignorance consciente ressemble à « l’innocence » des jeunes femmes, qui reste répandue même à notre époque éclairée, il s’agit tout simplement d’un savoir interdit ou redouté, et qui pour cette raison demeure inconscient.

Chez l’adulte, l’analyse des souvenirs du stade phallique nous fournit des données comparables à celles que l’on retrouve dans les cas où le stade phallique se poursuit jusque dans la vie adulte, comme nous l’avons mentionné plus haut ; mais comparables aussi aux données que nous apportent les analyses d’enfants pratiquées au cours du stade phallique. Ils permettent de constater, ainsi que Freud l’a souligné le premier, que l’investissement narcissique du pénis va de pair avec la peur de l’organe génital féminin. On s’accorde aussi pour dire que cet intérêt narcissique est secondaire à la peur de l’organe féminin ou de toute façon à la peur de castration. Par ailleurs, il n’est pas difficile de voir que ces deux peurs, celle de l’organe féminin et celle de la castration, sont en relation étroite entre elles, et que nulle solution de ces problèmes ne saurait être satisfaisante si elle n’en éclaire à la fois les deux aspects.

Freud n’emploie pas le mot « anxiété » mais parle de l’horreur (Abscheu) inspirée par les organes génitaux de la femme. Le mot horreur est descriptif, mais présuppose une crainte encore plus archaïque de la castration et exige donc qu’on l’explique à son tour. À lire certains passages de Freud, il apparaît que l’horreur de la femme ne serait qu’une simple phobie, qui protégerait le jeune garçon contre l’idée même de l’être castré, de la même façon qu’elle le protégerait de la vue d’un unijambiste, mais je suis sûr que Freud admettrait un rapport plus spécifique entre l’idée de la castration et cet organe castré de la femme : ces deux idées doivent être intimement liées. Je crois qu’il sous-entend que cette horreur est un signe remémorateur associatif, tendant à rappeler ce qui peut arriver de terrible – c’est-à-dire la castration – à tous ceux qui – comme la femme – ont des désirs féminins, ou sont traités comme des femmes. Il est clair, comme nous le savons depuis longtemps, que dans le cas présent, le coït équivaut pour le garçon à la castration d’un des partenaires ; ce qu’il craint évidemment, c’est d’être ce partenaire malheureux. À ce propos rappelons que pour le garçon phallique et névrosé la femme, en tant que castrée, n’implique pas seulement l’idée que quelque chose a été tranché, mais qu’une ouverture a été transformée en un trou : il s’agit de la théorie où la vulve est constituée à partir d’une blessure (wound-theory). Dans notre pratique quotidienne, il nous serait difficile de comprendre une telle crainte, excepté en termes d’un désir de jouer le rôle féminin au cours du coït, et ceci manifestement dans le coït avec le père. Sinon, l’équivalence entre castration et coït n’existerait pas. La crainte de voir se réaliser un tel désir expliquerait certainement la peur de la castration, les deux étant par définition identiques, mais aussi « l’horreur » de l’organe féminin, en tant que le lieu de gratification de ces désirs. Mais que le garçon identifie le coït avec la castration semble impliquer une connaissance préalable de la pénétration. À la lumière de cette hypothèse, il est difficile d’estimer à sa juste valeur l’importance du lien existant entre la peur de castration et la rivalité avec le père pour la possession de la mère, c’est-à-dire du complexe d’Œdipe. Du moins pouvons-nous constater que ce désir de féminité doit être le point crucial de tout ce problème.

La signification de la phase phallique pourrait être interprétée de deux façons ; j’essaierai donc d’établir en quoi ces interprétations s’opposent et dans quelle mesure elles sont conciliables. Appelons-les respectivement : l’interprétation simple et l’interprétation complexe. D’une part on peut supposer que le garçon, dans son état d’ignorance sexuelle, croit que sa mère possède un pénis naturel qui lui appartient en propre, aussi longtemps que l’expérience vécue ne le confronte avec la découverte de l’organe féminin et que ses propres idées concernant la castration (surtout lorsqu’il en fait l’équivalent du coït) ne lui font admettre avec quelque réticence que sa mère a été castrée. Ceci concorde avec son désir de croire sa mère investie d’un pénis. Une telle présentation ne fait évidemment qu’effleurer le problème de savoir d’où, en premier lieu, le garçon tient ses idées sur le coït et la castration ; mais peut-être que ces questions ne peuvent pas recevoir de réponse à partir de ce que nous venons d’énoncer, et nous laisserons pour le moment ce problème en suspens. D’autre part, il est permis de supposer que le garçon avait depuis très longtemps une connaissance inconsciente que sa mère possédait un orifice (distinct de la bouche ou de l’anus) et dans lequel il pourrait pénétrer. Cependant la pensée de la pénétration entraîne la crainte de la castration (et ceci pour des raisons que nous verrons dans un instant) et c’est en tant que défense contre cette dernière que le garçon efface sa pulsion à pénétrer, mais aussi du même coup toute idée d’un vagin : ces idées se trouvent remplacées respectivement par son narcissisme phallique et par l’insistance avec laquelle il affirme que la mère possède un pénis similaire (au sien). La seconde de ces hypothèses nécessite une explication moins simple et plus profonde des raisons qu’a le garçon d’insister sur la possession d’un pénis par la mère. En effet, il redoute le fait qu’elle puisse posséder des organes génitaux féminins bien plus qu’il ne craint qu’elle puisse avoir un pénis ; et ceci parce que le premier cas entraînerait l’idée et le danger d’une pénétration. S’il n’existait au monde qu’un seul organe sexuel, l’organe mâle, il n’y aurait ni conflit de jalousie, ni peur de castration : l’idée même du vagin doit précéder celle de la castration. S’il n’existait pas de cavité dangereuse à pénétrer, la peur de la castration n’existerait pas. Ceci bien sûr est basé sur l’hypothèse que le conflit et le danger naissent du fait que le garçon a le même désir que son père de pénétrer dans la même cavité. Je crois que ceci est vrai (et je partage en cela les vues de Mélanie Klein et d’autres analystes d’enfants) même au stade le plus précoce, et non seulement après la découverte consciente de la cavité dont il s’agit.

Nous en arrivons maintenant à la question controversée de l’origine de l’angoisse de castration. Les divers auteurs y ont répondu différemment. Certains ne se séparent que sur des nuances, d’autres professent des conceptions franchement opposées. Karen Horney88, qui a récemment abordé ce problème à propos de la crainte du garçon face à l’organe génital féminin, défend une position très précise. En parlant de cette peur de la vulve, elle écrit : « Ce qu’en dit Freud ne permet pas d’expliquer cette anxiété. L’angoisse de castration du garçon à l’égard du père ne semble pas être une raison suffisante pour expliquer sa crainte devant un sujet qui a déjà subi cette punition. Outre la crainte du père, une autre crainte doit exister, et dont l’objet est la femme ou l’organe génital féminin. » L’auteur défend même l’opinion quelque peu exceptionnelle que cette crainte de la vulve non seulement précède la crainte du pénis paternel – qu’il soit externe ou dissimulé dans le vagin – mais encore qu’il s’agit d’une crainte plus profonde et plus grande. En fait, la crainte du pénis paternel ne serait qu’artificiellement promue pour masquer la peur intense devant la vulve89. Il s’agit certainement d’une conclusion très discutable, bien que nous devons admettre qu’il est techniquement difficile d’apprécier quelles sont les quantités d’angoisse provenant des diverses sources. Notre curiosité est éveillée par l’exploration qu’elle propose de cette anxiété intense devant la mère. Elle mentionne les vues de Mélanie Klein sur la crainte de représailles, crainte liée aux pulsions sadiques qu’il éprouve à l’égard du corps de sa mère. Mais il semble que la source la plus importante de sa peur de la vulve soit due au fait que le garçon craint une blessure d’amour-propre en constatant que son pénis n’est pas de taille à satisfaire sa mère : c’est ainsi que sont interprétés les refus que la mère oppose à ses désirs.

La peur des représailles maternelles survient ultérieurement et joue un rôle moins important que la peur du ridicule90. Il est vrai que très souvent on peut rencontrer un tableau clinique qui montre la force possible d’une telle motivation ; mais je doute que le Dr Horney en ait poursuivi l’analyse suffisamment loin. Dans ma propre expérience, la bonté dont il s’agit -— qui peut certes s’exprimer sous la forme d’une impuissance sexuelle – n’est pas uniquement due en dernier lieu à la peur du ridicule : la honte et la peur du ridicule procèdent toutes deux d’un complexe plus profond, à savoir l’attitude féminine adoptée à l’égard du pénis paternel qui est incorporé dans le corps de la mère. Karen Horney a aussi attiré l’attention sur cette attitude féminine et lui attribue même le rôle principal dans la genèse de l’angoisse de castration, mais pour cet auteur ceci reste une conséquence secondaire de la peur du ridicule. Ainsi nous nous trouvons ramenés à nouveau à la question de la féminité et il nous paraît évident que pour y répondre de façon satisfaisante il est nécessaire de résoudre le problème dans son entier.

Je vais maintenant essayer de reconstruire et de commenter la thèse de Karen Horney concernant la relation entre la peur de la vulve et la peur de castration. Au départ, la masculinité et la féminité du garçon sont relativement libres. Karen Horney cite ces hypothèses de Freud sur la bisexualité primitive pour étayer ses propres théories de la primauté des désirs féminins. De tels désirs féminins primaires existent peut-être mais je suis convaincu que le conflit ne survient que lorsque ces désirs sont développés ou sont exploités en tant que moyen d’aborder le problème que pose le pénis redouté du père. Cependant, Karen Horney pense qu’avant que cela ne se produise le garçon a déjà réagi au refus que sa mère oppose à ses désirs et, comme nous l’avons décrit plus haut, éprouve une honte et un profond sentiment d’insuffisance. À en croire cet auteur, le résultat en est que le garçon ne peut plus exprimer librement ses désirs féminins. Il y a là une lacune dans la thèse de l’auteur. Tout d’abord, on nous demande d’admettre que le garçon identifie immédiatement son insuffisance phallique et la féminité, mais sans nous expliquer comment s’établit une telle équation. Quoi qu’il en soit, il est maintenant honteux des désirs féminins qu’il avait éprouvés et redoute qu’ils ne viennent à être gratifiés, car cela entraînerait sa castration par le père. Ceci en fait est la cause essentielle de ses angoisses de castration. Ici semble exister une autre grave lacune : de quelle façon le père fait-il brusquement son apparition sur la scène ? Le point essentiel de la discussion, et là je me sépare entièrement de l’opinion du Dr Horney, semble être que le sentiment d’échec du garçon, dû au refus de la mère, l’oblige à abandonner ses désirs masculins au profit des désirs féminins ; ses désirs féminins s’adressent alors à son père mais il redoute de les voir gratifiés car cela entraînerait à admettre implicitement son infériorité masculine (et aussi l’équivalent d’une castration). Ceci nous rappelle les premières théories d’Adler sur la protestation masculine. Ma propre expérience, au contraire, me permet d’aboutir à la conclusion que c’est le complexe d’Œdipe lui-même qui constitue le pivot de l’évolution dans la rivalité redoutée avec le père. C’est pour faire face à cette situation que le garçon se replie sur une attitude féminine avec ce qu’elle comporte de risques de castration. Alors que le Dr Horney considère cette attitude féminine comme une attitude primaire que le garçon refoule à cause de la peur du ridicule à laquelle l’expose son infériorité masculine (cette peur étant l’agent dynamique actif), je pense plutôt que le sentiment d’infériorité et la honte qui l’accompagne sont tous deux secondaires à l’attitude féminine et à son motif. On retrouve toutes ces idées de façon particulièrement nette chez les hommes qui souffrent d’un complexe « d’avoir un petit pénis » (small penis complex) qui s’accompagne souvent d’impuissance. Ce sont ces cas qui nous permettent d’avoir un aperçu particulièrement lucide de la genèse de ce processus. Dans un tel cas, ce dont un homme a vraiment honte ce n’est pas d’avoir un « petit » pénis, mais des raisons pour lesquelles son pénis est « petit ».

Par ailleurs, je suis tout à fait d’accord avec Karen Horney et d’autres auteurs, notamment Mélanie Klein91, sur le fait que les réactions du garçon devant la situation cruciale du complexe d’Œdipe sont influencées dans une large mesure par ses premières relations avec sa mère. Mais il s’agit de quelque chose de bien plus compliqué qu’une blessure d’amour-propre : des facteurs bien plus redoutables sont en jeu. Mélanie Klein met l’accent sur la peur des représailles maternelles que l’enfant redoute à cause de ses pulsions sadiques contre le corps de la mère ; et ceci indépendamment de toute notion concernant le père ou son pénis, bien que l’auteur soit d’accord pour considérer que ces derniers facteurs pourraient se surajouter au sadisme de l’enfant et rendre le tableau plus complexe. Cependant, comme elle l’a montré à plusieurs reprises92, ces pulsions sadiques ont elles-mêmes une histoire compliquée. Pour évaluer la nature des forces dont il s’agit, il faut commencer par envisager le niveau alimentaire. Des privations – et peut-être surtout des privations orales – jouent sans aucun doute un rôle de premier plan en rendant plus difficile le maniement des relations avec les parents sur le plan génital ; mais nous aimerions en connaître exactement les raisons. Je pourrais rapporter un certain nombre de cas où des hommes avaient échoué dans leur évolution vers la masculinité (que ce fut à l’égard d’autres hommes ou de femmes) et dont l’échec doit être étroitement relié à leur attitude : le besoin d’obtenir d’abord quelque chose de la part de la femme, quelque chose que de toute évidence ils ne pourraient jamais acquérir réellement. On peut se demander pourquoi le fait qu’un garçon ait eu quelques difficultés d’accéder au mamelon lui donnerait le sentiment d’une possession imparfaite de son propre pénis ? Je suis convaincu que ces deux faits sont intimement liés, encore que la relation logique n’en soit pas évidente.

Je ne sais pas dans quelle mesure un garçon, au cours de sa première année, est convaincu que sa mère possède des organes génitaux identiques aux siens, en se basant sur une identification naturelle, mais j’ai l’impression que de telles idées ne l’intéressent sérieusement qu’à partir du moment où elles se trouvent impliquées dans d’autres associations. La première de celles-ci est sans doute l’équivalence symbolique qui s’établit entre le mamelon et le pénis. Dans ces circonstances, le pénis maternel représente surtout un mamelon plus satisfaisant et plus nourrissant ; sa taille suffirait à lui assurer un avantage évident. On aimerait savoir comment un organe bilatéral, les seins, se trouve changé en un organe médian, le pénis. Quand cela se produit, est-ce à dire que chez le garçon, à travers son expérience ou ses phantasmes de la scène primitive, l’idée du pénis paternel a déjà traversé l’esprit ? Ou serait-ce possible que même plus tôt, les expériences masturbatoires précoces – si souvent associées aux expériences orales – s’accompagnant d’une attitude orale si fréquemment exprimée à l’égard de son pénis, suffisent à établir une telle identification ? Je pencherais pour cette dernière hypothèse, mais il est difficile d’apporter en sa faveur des preuves univoques. Quoi qu’il en soit de l’une ou l’autre de ces hypothèses, il est certain cependant que l’attitude à l’égard de ce pénis mythique maternel est ambivalente dès le début. D’une part il existe une conception d’un organe visible et donc accessible, bienveillant et nourrissant, un organe qui peut être pris et tété. Mais d’autre part le sadisme, stimulé par la frustration orale – le facteur qui est à la base même de ce concept – doit créer, par projection, l’idée d’un organe sinistre, hostile et dangereux, qui devrait être détruit par la déglutition afin que le jeune garçon puisse se sentir en sécurité. Cette ambivalence, qui s’installe à l’égard du mamelon (et du mamelon-pénis) maternel, se trouve considérablement accrue lorsque le pénis du père se trouve impliqué dans cette série associative. Et ceci, j’en suis convaincu, très précocement, certainement dès la deuxième année. Ceci peut être tout à fait indépendant de toute expérience réelle, indépendant même de l’existence du père et provient surtout de l’apparition des sensations libidinales que le garçon éprouve au niveau de son propre pénis, et s’accompagnant inévitablement de pulsions de pénétration. L’attitude ambivalente se trouve renforcée des deux côtés. D’une part la tendance à imiter le père se trouve liée à l’idée d’un père dont il pourrait acquérir la force, surtout par voie orale ; d’autre part nous retrouvons la rivalité et l’hostilité œdipienne, avec lesquelles il se trouve confronté au départ en termes d’une destruction orale.

Toutes ces données concernant le niveau oral permettent d’éclaircir quelque peu l’énigme mentionnée plus haut. À savoir pourquoi tant d’hommes se sentent incapables d’introduire quelque chose dans la femme, à moins d’en avoir auparavant retiré quelque chose ; pourquoi ils sont incapables de pénétrer ou – pour parler de façon plus générale -— pourquoi ils sont obligés de passer par un stade « féminin » satisfaisant avant de pouvoir se sentir à l’aise dans un stade masculin. J’ai déjà attiré l’attention sur le fait que la solution de ce problème doit se trouver dans les désirs féminins du garçon. Le premier indice en est que le stade féminin est un stade alimentaire, avant tout oral. La satisfaction des désirs de ce stade doit précéder toute possibilité de développement masculin ; un échec à ce stade entraîne une fixation orale ou anale sur la femme, une fixation qui prend initialement son origine dans l’angoisse, mais qui peut se trouver par la suite très érotisée sous la forme de perversions.

Je dois essayer de poursuivre la solution de l’énigme, et dans un souci de simplification je vais envisager séparément les difficultés respectives du garçon avec le père et avec la mère. Mais je dois souligner dès l’abord qu’il s’agit d’une distinction artificielle. Lorsque nous envisageons le couple parental sous l’aspect de deux personnes distinctes, nettement séparées l’une de l’autre, nous faisons plus que le jeune enfant n’est capable de faire, et quelque chose dont l’enfant ne tient pas compte dans ses phantasmes les plus secrets. Nous dissocions de façon artificielle un concept (le « concept du parent uni » comme Mélanie Klein l’a si justement nommé)93 dont les éléments restent encore si étroitement intriqués pour le jeune enfant. Les découvertes de la psychanalyse de l’enfant nous permettent d’attribuer une importance toujours croissante aux fantasmes et aux émotions qui se rattachent à ce concept ; et je suis tenté de dire que l’expression de « phase pré-œdipienne », utilisée récemment par Freud et par d’autres auteurs doit correspondre, au sens large, à la phase dominée par le concept du « parent uni ».

Quoi qu’il en soit, envisageons d’abord isolément la relation à la mère. Sans tenir compte du pénis du père, nous nous demandons comment le fait, pour le garçon, de s’approprier quelque chose appartenant à la mère est lié au sentiment de pouvoir disposer en sécurité de l’usage de son propre pénis. Je pense que cette relation entre l’oral et le phallique s’explique par le sadisme commun aux deux. La frustration orale suscite le sadisme, et le pénis pénétrant est employé dans le phantasme comme une arme sadique destinée à atteindre les buts oraux désirés, pour s’ouvrir un chemin vers le lait, les fèces, le mamelon, les enfants, etc., tous les objets que le nourrisson voudrait avaler. Les malades, auxquels j’avais fait allusion plus haut, pour autant qu’ils étaient fixés aux femmes oralement et de manière perverse, se présentaient tous comme extrêmement sadiques. L’équation dent = pénis est suffisamment connue, et doit prendre naissance au cours de ce stade pré-génital sadique du développement. Le pénis sadique est aussi étroitement lié au domaine anal, comme en témoigne le phantasme d’aller chercher l’enfant dans les intestins à l’aide du pénis. Ainsi le pénis vient à être associé à une attitude d’appropriation, et frustrer cette dernière équivaut à entraver l’usage du pénis ; ne pas être pas capable de se procurer du lait, par exemple, devient équivalent à ne pas pouvoir faire usage du pénis. Cette frustration peut entraîner la crainte des représailles de la mère qui pourrait détériorer les armes elles-mêmes. Dans certains cas, j’ai vu ceci devenir l’équivalent des frustrations les plus précoces. Une mère qui refuse de donner le sein devient une mère accapareuse de mamelon ou de pénis, qui garderait sûrement et pour toujours tout pénis qui viendrait à sa portée ; dans de tels cas, le sadisme du garçon se manifesterait – dans une sorte de bluff redoublé – par une ligne de conduite sadique qui refuserait à la femme justement ce qu’elle pourrait désirer, en étant impuissant, par exemple.

Encore que ce conflit avec la mère soit sans aucun doute à la base de difficultés ultérieures, il me semble d’après mon expérience qu’il faut attribuer une importance plus grande encore au conflit avec le père, en ce qui concerne la genèse de la peur de castration. Je dois de signaler cependant qu’il existe à cela une restriction importante. Dans l’imagination du garçon l’organe génital de la mère est si longtemps inséparable de l’idée que le pénis du père s’y trouve « domicilié », que l’on se placerait dans une perspective tout à fait fausse si l’on ne se préoccupait que des relations du garçon avec le père réel « externe ». C’est en cela que consiste peut-être la véritable différence entre le stade pré-œdipien de Freud et le complexe d’Œdipe à proprement parler. Ce pénis caché, vivant dans l’organe génital de la mère rend compte pour une grande part des difficultés : ce pénis qui a pénétré dans le corps de la mère ou qui a été avalé par elle – ce dragon ou ces dragons qui hantent les régions cloacales. Certains garçons essayent d’affronter le problème par une approche directement phallique, en se servant dans leurs phantasmes pour faire pénétrer le pénis dans le vagin et y détruire, en l’écrasant, le pénis du père ; ou encore, comme il m’a été donné de voir à plusieurs reprises ; prolonger ce phantasme jusqu’à pénétrer dans le corps même du père, c’est-à-dire en le sodomisant. Ceci permet de constater une fois de plus à quel point les images paternelles et maternelles sont interchangeables : le garçon peut téter ou pénétrer indifféremment l’un ou l’autre. Mais ce qui nous intéresse ici plus spécifiquement c’est la tendance du garçon à affronter le pénis du père sur un mode féminin. Il serait plus juste de parler d’un « mode apparemment féminin », car un mode féminin authentique serait bien plus positif. Je parle essentiellement de « mode sadique-oral et sadique-anal » et je pense que c’est la destruction qui règne à ce niveau qui nous apporte la clé des diverses attitudes apparemment féminines ; les agents de cette destruction sont la bouche et l’anus, les dents, les matières fécales et – au niveau phallique – l’urine.

J’ai retrouvé chez l’homme, maintes et maintes fois, cette tendance hostile et destructrice dissimulée derrière, non seulement les simples attitudes évidentes d’ambivalence à l’égard de toute féminité, mais aussi derrière le désir affectueux de plaire. Une soumission apparemment complaisante est somme toute le meilleur masque qu’on puisse imaginer pour dissimuler les intentions hostiles. Le but dernier de presque toute cette féminité est de maîtriser d’abord, puis de détruire l’objet redouté. Tant que ceci n’est pas accompli, le garçon ne se sent pas en sécurité ; il ne peut s’approcher des femmes, encore moins les pénétrer. Il projette aussi son attitude destructrice orale et anale liée au pénis paternel, sur la cavité qui est censée le contenir. Une telle projection est facilitée du fait de son association aux pulsions sadiques plus précoces, orales et anales, dirigées contre le corps de la mère et avec les représailles qu’elles entraînent. Détruire le pénis paternel signifie en outre priver la mère de son bien, du pénis qu’elle aime. Pénétrer dans cette cavité serait donc aussi destructif pour son propre pénis, que le serait pour le pénis paternel la pénétration dans sa bouche. Nous en arrivons ainsi à une formule simple pour traduire le complexe d’Œdipe : mes désirs (dits féminins – c’est-à-dire destructifs oraux) vis-à-vis du pénis de mon père sont tellement intenses, que si je pénétrais dans le vagin de ma mère tout en les portant dans mon cœur, je subirais un destin identique – c’est-à-dire, si j’avais des rapports sexuels avec ma mère, mon père me castrerai. La pénétration se trouve ainsi devenir équivalente de la destruction, ou – pour faire appel à une formulation plus habituelle que nous avons employée plus haut – la copulation devient l’équivalent de la castration. Mais – et ceci est le point capital – ce qui est en jeu n’est pas la castration de la mère, mais celle du jeune garçon ou encore de son père.

Après avoir passé en revue les diverses sources de l’angoisse de castration et le problème de la féminité chez l’homme, nous allons revenir maintenant à la question originelle de savoir pourquoi le garçon dans la phase phallique éprouve le besoin de s’imaginer que sa mère possède vraiment un pénis ; et j’aimerais y rattacher l’autre question, rarement posée, de savoir à qui ce pénis appartient en réalité. On en trouve la réponse dans ce qui précède et pour éviter de me répéter, je l’exprimerai simplement sous la forme d’un énoncé : La présence d’un pénis visible chez la mère signifierait à la fois une réassurance concernant les besoins oraux précoces et la négation du besoin de recourir à un sadisme dangereux pour faire face à la privation ; mais surtout elle affirmerait qu’aucune castration n’avait eu lieu, et que ni lui, ni son père ne s’en trouvent menacés. Une telle conclusion répond aussi à la question de savoir à qui appartient le pénis que doit détenir la mère94. Ce pénis n’appartient en propre à la mère que pour une part minime, celle qui dérive des besoins oraux les plus précoces du garçon. Pour sa part majeure, il s’agit du pénis paternel ; encore que dans un certain sens on puisse aussi le considérer comme appartenant au petit garçon, pour autant que son destin se trouve à lui lié par le danger commun de la castration, tant du père que de lui-même.

Il nous faut maintenant donner la raison pour laquelle le fait d’apercevoir les organes génitaux de la femme signale le passage de la phase proto-phallique à la phase deutéro-phallique. Tout comme les expériences vécues de la puberté cette expérience fait passer dans la réalité95 ce qui avait jusqu’alors appartenu exclusivement à la vie fantasmatique : elle présentifie la peur de la castration. Et ceci non pas en suggérant l’idée d’une castration de la mère par le père (ceci n’étant qu’un masque rationalisant au niveau de la conscience) mais en soulevant la possibilité qu’un désir dangereux et refoulé pourrait trouver sa gratification dans la réalité : à savoir le désir d’avoir des rapports sexuels avec la mère et de détruire le pénis paternel. En dépit des opinions contraires, le complexe d’Œdipe fournit la clé au problème de la phase phallique, comme il le fait pour tant d’autres.

Nous sommes très loin de la conception où le jeune garçon, ignorant la différence entre les sexes, est horrifié à la découverte qu’un homme a créé de force cette différence en castrant son compagnon et en le transformant ainsi en femme, créature castrée. Même en dehors de ce que nous apporte l’analyse directe au cours des premières années de l’enfant, il est difficile de soutenir du point de vue logique la proposition que le garçon ne possède aucune intuition de la différence des sexes. Nous avons vu que la phase (deutéro-) phallique dépend de l’angoisse de castration, et que ceci implique à son tour le danger de la pénétration ; ceci suffirait pour conclure que l’intuition d’une cavité pénétrable est une supposition sous-jacente survenant précocement dans tout ce processus complexe. Lorsque Freud nous dit que le jeune garçon renonce à ses désirs incestueux à l’égard de sa mère afin de sauvegarder son pénis, ceci implique que le pénis était le porteur coupable de ces désirs (au cours de la phase proto-phallique). Et qu’auraient pu être ces désirs du pénis qui mettraient son existence en danger, sinon de remplir la fonction naturelle du pénis, c’est-à-dire la pénétration ? Une telle conclusion est amplement confirmée par la recherche.

Il est maintenant possible de résumer les conclusions auxquelles nous avons abouti, et dont voici la principale : c’est que le stade phallique typique du garçon constitue un compromis névrotique plutôt que révolution naturelle du développement sexuel. Sans doute y a-t-il des variations dans son intensité, probablement en relation avec l’intensité de ses peurs de castration, mais on peut seulement l’appeler inévitable que pour autant que la peur de la castration – c’est-à-dire la névrose infantile – l’est elle-même ; seule notre expérience plus poussée de la psychanalyse de l’enfant nous apprendra dans quelle mesure cette peur de la castration est inévitable. De toute façon, ce n’est pas le simple besoin de renoncer aux désirs incestueux qui la rend inévitable ; la phase phallique n’est pas engendrée par la situation extérieure, mais par des complications – peut-être évitables – du développement interne du jeune garçon.

Pour éviter les dangers imaginaires delà situation œdipienne, dangers qu’il crée lui-même, le jeune garçon au cours de la phase phallique abandonne l’attitude masculine de pénétration, en même temps que tout intérêt qu’il porte aux contenus du corps de sa mère et en vient à fortifier sa croyance en l’existence de son propre pénis, ainsi que du pénis externe « maternel ». Ceci équivaut à cc que Freud a appelé le déclin du complexe d’Œdipe96, la renonciation de la mère à sauver le pénis, mais ceci ne représente pas un stade direct de l’évolution ; au contraire, le jeune garçon doit ultérieurement revenir sur ses pas pour être capable d’évoluer ; il doit réclamer à nouveau ce à quoi il avait renoncé : sa pulsion masculine d’atteindre le vagin. De la position provisoire d’une phase deutéro-phallique névrotique il doit revenir à une phase protophallique normale, originelle ; ainsi la phase phallique typique – c’est-à-dire la phase deutéro-phallique – représente pour moi un obstacle névrotique au développement plutôt qu’un stade naturel au cours de ce dernier97.

Si nous envisageons le même problème chez la fille nous remarquons dès le départ que la distinction établie entre la phase proto – et deutéro-phallique est encore plus marquée chez la fille que chez le garçon. À tel point que lorsque j’écrivis que la phase phallique de la fille représentait une solution secondaire du conflit, je désignai sous le nom de phase phallique ce qui ne représente – ainsi que je le sais aujourd’hui – que la seconde partie de cette phase : le Pr Freud avait relevé cette erreur dans une lettre récente qu’il m’adressa. À ce propos sa critique de ma conception était due en partie à ce même malentendu, puisqu’il croyait que je me référais à la phase toute entière98. Cependant il faut remarquer que dans son article Freud ne donna pas une description globale de la phase phallique de la fille, qu’il considérait comme mal élucidée ; la définition qu’il en donna (une phase où la différence entre les sexes est pensée en termes de présence et d’absence du pénis, d’êtres phalliques et d’êtres castrés) ne s’applique en toute rigueur qu’à la phase deutéro-phallique car on présuppose que le pénis demeure ignoré durant la première phase.

La différence entre les deux parties de ce stade est, pour Freud, identique à celle que nous avons déjà décrite pour le garçon. Freud soutient qu’une suprématie du clitoris s’installe à un certain âge, lorsque la fillette ignore encore la différence entre le clitoris et le pénis et se trouve ainsi dans un état de parfaite félicité ; j’appelle, en attendant, cette phase la phase proto-phallique de la fille, qui correspond à cette même phase chez le garçon, la phase où on suppose que la différence des sexes est ignorée. Au cours de la phase deutéro-phallique, que j’avais cru pouvoir désigner comme une réaction de défense secondaire, la fillette s’aperçoit de la différence des sexes et, comme le garçon, peut soit l’admettre à contre-cœur (et dans ce cas avec quelque ressentiment), soit essayer de la nier. Cependant cette dénégation implique, contrairement à ce qui se passe chez le garçon, une véritable connaissance de cette différence ; car la fillette ne s’accroche pas à sa croyance que les deux sexes possèdent un clitoris satisfaisant mais désire avoir un autre organe sexuel que celui qu’elle possédait jusqu’à maintenant ; à savoir, un vrai pénis. Dans le cas des femmes homosexuelles, qui montrent implicitement par leur comportement et explicitement dans leurs rêves qu’elles croient vraiment posséder un pénis, ce désir peut se poursuivre jusqu’à sa réalisation imaginaire ; cependant, au cours de la phase deutéro-phallique même chez la fillette la plus normale, on voit alterner la croyance de posséder effectivement un pénis avec le désir d’en avoir un.

Comme chez le garçon, les deux parties de la phase sont séparées par l’idée de la castration, l’idée que les femmes ne sont rien d’autre que des êtres castrés, puisqu’il n’existe pas de véritable organe sexuel féminin. Le désir du garçon au cours de la phase deutéro-phallique est de rétablir le sentiment de sécurité de la phase proto-phallique qui a été troublé par la soi-disant découverte de la castration ; son désir étant de revenir à l’identité originelle des sexes. Le désir de la fille au stade deutéro-phallique viserait de même à rétablir le stade de la quiétude proto-phallique, et d’en exagérer même le caractère phallique et de retrouver ainsi l’identité originelle des deux sexes. Je pense que ceci représente une formulation plus explicite de la conception de Freud.

On voit se dessiner ainsi deux conceptions distinctes concernant le développement sexuel féminin : afin d’en rendre l’opposition plus évidente je vais l’exagérer dans les formulations très simplifiées suivantes. L’une prétend que la sexualité de la petite fille est essentiellement masculine au départ (du moins dès le sevrage) et qu’elle est forcée à s’engager dans la voie de la féminité par l’échec que subit l’attitude masculine (sa déception par le clitoris). L’autre théorie postule que la fille est essentiellement féminine au départ, et qu’elle est contrainte à adopter la masculinité phallique – de façon plus ou moins provisoire – par l’échec de l’attitude féminine.

Ceci, de toute évidence, constitue une formulation imparfaite et qui ne rend justice à aucune des deux théories, mais nous permet d’orienter le débat. Je désignerai les deux conceptions respectivement par A et B et j’y apporterai quelques modifications évidentes qui permettront d’en préciser le sens et aussi de réduire quelque peu une opposition trop grossière. Les partisans de la théorie A seraient d’accord pour admettre l’existence d’une bisexualité précoce tout en maintenant que l’attitude masculine (clitoridienne) prédomine ; ils seraient d’accord aussi sur les facteurs dits régressifs (angoisse) au cours de la phase deutéro-phallique, bien qu’ils leur attribuent moins d’importance qu’aux pulsions libidinales pour étayer la masculinité originelle. Les partisans de la théorie B, de leur côté, admettraient aussi une bisexualité précoce, une masculinité clitoridienne précoce qui viendrait se surajouter à une féminité plus marquée ; ou – en termes plus prudents pour éviter toute pétition de principe – la coexistence des buts actifs et passifs qui auraient une tendance à se trouver associés à tel ou tel domaine génital particulier. Ils seraient d’accord aussi sur le peu d’amour apparent à l’égard du père, considéré avant tout comme un rival, au cours des stades précoces de la fixation maternelle ; et ils reconnaîtraient, qu’au cours de la phase deutéro-phallique, l’envie du pénis directe, auto-érotique et donc libidinale, joue un rôle important concurremment avec les facteurs anxiogènes pour obliger la fille de passer de la féminité à la masculinité phallique. D’autre part, tout le monde tomberait d’accord sur le fait que la vue d’un pénis aurait une influence déterminante sur le passage de la phase proto-phallique à la phase deutéro-phallique, bien qu’il y ait des divergences sur les raisons de ce phénomène. Enfin, si les partisans des deux théories admettent qu’au cours de la phase deutéro-phallique la petite fille désire un pénis99 et accuse sa mère d’être la cause de ce manque, ils seraient plus réticents quant à dire de quel pénis il s’agit (appartenant à qui ?) et pourquoi elle le désire.

Néanmoins, malgré ces modifications, une divergence de vues persiste concernant les deux parties de la phase phallique, et il ne s’agit pas d’une simple nuance. En essayant de résoudre les problèmes analogues qui se posaient à nous à propos du développement sexuel de l’homme, il parut utile de porter l’accent sur la corrélation entre les problèmes posés par l’angoisse de castration et la terreur de la vulve. J’aimerais insister ici sur une autre corrélation : le désir de la fille d’avoir un pénis et sa haine pour la mère, car je suis certain que d’expliquer un de ces problèmes serait du même coup expliquer l’autre. Je peux dès maintenant faire remarquer que dans ma conclusion il sera possible de combiner en une seule formule l’équation masculine et l’équation féminine.

Je vais essayer d’élucider l’opposition des théories que je viens d’exposer, en m’aidant de deux indices, tous deux fournis par Freud. Le premier se trouve dans un passage100 où il dit que l’attachement le plus précoce de la fille à sa mère « m’a semblé, au cours des analyses, être tellement insaisissable, perdu dans un passé si estompé et si vague (schattenhaft), si difficile à revivre comme si ceci avait été soumis à quelque refoulement particulièrement inexorable ». Nous serons tous d’accord lorsqu’il nous dit que la solution dernière de tous ces problèmes se trouve dans une analyse plus poussée de la période de l’attachement le plus précoce de la fille à la mère ; il est plus que probable que toutes les divergences théoriques concernant les stades ultérieurs du développement sont surtout – et peut-être exclusivement – dues aux différences d’opinion à propos de ce stade précoce.

Nous allons en donner un exemple. Freud, dans la critique qu’il adresse à Karen Horney101, lui fait dire que la fille, dans sa crainte de s’engager dans la féminité, régresse au stade deutéro-pballique. Il ne doute pas un seul instant que le stade précoce (clitoridien) ne peut être que phallique. Mais c’est là justement un des points contestés : quiconque adopterait le point de vue opposé verrait dans le processus qu’on vient de décrire, non pas une régression, mais une néo-formation névrotique. Et c’est sûrement une question à débattre. Nous ne devrions pas tenir pour acquis que l’usage fait du clitoris est absolument identique du point de vue psychologique à l’usage du pénis, en nous basant simplement sur le fait de leur homologie physiogénétique. Le simple fait de l’accessibilité de l’un et de l’autre peut aussi jouer un rôle. Du point de vue clinique, la relation qui existe entre la masturbation clitoridienne et l’attitude masculine est très loin d’être invariable. D’une part, j’ai pu observer un cas où une malformation congénitale empêchait la fonction clitoridienne, mais dans lequel la masturbation vulvaire était typiquement masculine (decubitus ventral, etc.). Mais d’autre part on rencontre couramment des cas où la masturbation clitoridienne de l’adulte est accompagnée par des fantasmes hétérosexuels féminins des plus explicites, et Mélanie Klein affirme qu’une telle association est caractéristique de la toute première enfance102. Dans mon rapport au Congrès d’Innsbruck, j’avais exprimé l’opinion que l’excitation vaginale joue dans la première enfance un rôle plus important qu’on ne lui accorde habituellement (m’opposant ainsi à l’avis exprimé par Freud103, qui ne lui fait jouer de rôle qu’à partir de la puberté) ; cette idée avait déjà été exprimée par un certain nombre d’analystes femmes, Mélanie Klein (1924)104, Josine Müller (1925)105 et Karen Horney (1926)106. J’avais tiré mes propres conclusions à partir d’un matériel clinique très proche de celui que cite Josine Müller, à savoir des femmes qui présentaient des forts penchants masculins associés à une anesthésie vaginale. Ce qui importe dans cette fonction vaginale précoce, si profondément refoulée, est qu’elle s’accompagne d’une quantité extraordinaire d’angoisse (bien supérieure à celle qui accompagne les fonctions clitoridiennes) ; nous aurons l’occasion d’y revenir. Les médecins considèrent souvent que la véritable masturbation vaginale est plus fréquente que la masturbation clitoridienne au cours des quatre ou cinq premières années de la vie, alors qu’il n’en est certainement pas de même à la période de latence ; ce qui pourrait nous faire penser qu’il s’agit du passage d’une attitude féminine à des attitudes plus masculines. Mais en dehors de l’activité vaginale en tant que telle, les analyses d’adultes et d’enfants nous apportent des preuves abondantes en nous montrant l’existence de fantasmes et de désirs féminins au cours de la première enfance : des phantasmes qui concernent la bouche, la vulve, l’utérus, l’anus et l’attitude de réceptivité du corps en général. Pour toutes ces raisons, je pense qu’il faut garder en suspens le problème de la soi-disant primauté clitoridienne, et donc de la primauté masculine de la petite fille, jusqu’au moment où nous en saurons davantage concernant la sexualité au cours de ce tout premier stade.

Le problème de l’intensité et de la direction (du but) qui caractérisent la phase deutéro-phallique nous confronte avec un autre malentendu analogue au précédent et qui résulte de préconceptions fondamentales différentes. Freud, qui défend la thèse que l’intensité et la direction doivent s’expliquer par rapport à la phase proto-phallique masculine et que le traumatisme dû à la vue du pénis ne fait que les renforcer, critique Karen Horney qui croit que seule la direction est donnée par la phase, proto-phallique, mais que l’intensité dérive de facteurs plus tardifs (l’anxiété)107. Pour autant néanmoins que Karen Horney se range parmi les partisans de la théorie B – et je ne saurais dire précisément jusqu’où va son accord – elle devrait soutenir un point de vue contraire à celui qui lui est attribué par Freud : elle devrait être d’accord avec lui que l’intensité de la phase deutéro-phallique dérive de la phase précédente (mais soumise au déplacement) et ne devrait s’écarter de Freud qu’en ce qui concerne la direction de la phase : cette direction ne découle pas de la phase précédente mais est déterminée par des facteurs secondaires. Tout ceci est fonction de la conception qu’on a de cette phase précédente, qu’on l’envisage comme étant de façon prévalente soit masculine et auto-érotique, soit féminine et allo-érotique.

Il semble que Freud108 considère le problème résolu par le simple fait que beaucoup de petites filles ont un attachement durable et exclusif à la mère. Il décrit un stade de développement pré-œdipien, où le père joue un rôle réduit et de toute façon négatif (rivalité). Ces faits d’observation ne peuvent être mis en doute ; je pourrais moi-même citer un cas extrême où l’attachement exclusif à la mère se prolongea jusqu’à la puberté, se trouvant alors remplacé par un transfert tout aussi exclusif sur le père.

Mais ces faits ne permettent pas d’exclure l’existence d’un complexe d’Œdipe positif dans l’imagination inconsciente de la fille : dans ce cas, les faits nous permettent seulement d’affirmer que l’Œdipe n’a pas encore appris à s’exprimer par rapport au père réel. Ma propre expérience analytique, ainsi que celle de certains analystes d’enfants comme Mélanie Klein, Melitta Schmideberg et Nina Searl, avec ce genre de cas typiques, ont montré qu’à partir d’un âge très précoce les filles ont d’une part des pulsions bien déterminées concernant un pénis imaginaire, incorporé dans la mère mais provenant du père, et d’autre part des fantasmes très élaborés concernant le coït parental. J’aimerais rappeler ici que nous avons insisté plus haut sur le « concept de parents unis », l’image des parents fusionnés dans le coït.

Nous sommes ainsi amenés à envisager la deuxième des hypothèses à laquelle je viens de me référer, à savoir, les théories de la petite fille concernant le coït, qui jouent un rôle très important dans son développement sexuel. Ces théories devraient nous être d’un grand secours dans notre contexte puisque – comme Freud l’a depuis longtemps montré – les théories sexuelles de l’enfant reflètent sa constitution sexuelle personnelle. Il y a quelques années le Pr Freud m’écrivait que, dans tout ce domaine ohscur qu’est le développement sexuel de la femme, deux points lui paraissaient acquis ; un de ces points étant que la première idée que la petite fille pouvait avoir concernant le coït était qu’il s’agissait d’un coït oral, c’est-à-dire d’une fellation109. Ici, comme souvent, Freud toucha du doigt un point capital. Mais il est probable qu’il s’agit de quelque chose de plus compliqué. Quoi qu’il en soit, cette formulation centrale entraîne certains corollaires qui valent la peine d’être explorés. Tout d’abord, il est peu probable qu’une conception exclusivement orale serait élaborée, si les premières idées concernant le coït ne survenaient que plusieurs années après les expériences orales du nourrisson ; des analyses détaillées de cet âge précoce, surtout conduites par les analystes d’enfants, ont confirmé ce qu’on avait prévu, à savoir que les expériences vécues et les conceptions sont liées non seulement du point de vue de leur genèse, mais aussi dans le temps. Mélanie Klein110 attache une grande importance au fait que les désirs de l’enfant se trouvent stimulés par les imperfections et les insatisfactions inévitables de la période de l’allaitement, et elle voit une relation étroite entre le sevrage d’une part, et d’autre part les origines les plus profondes de l’hostilité à la mère, et l’idée vague d’un objet qui ressemblerait à un pénis et qui constituerait une sorte de mamelon plus satisfaisant. Les désirs concernant le mamelon sont transférés sur l’idée du pénis et nous sommes habitués à considérer ces deux objets comme étant facilement identifiables dans l’imagination, mais il est difficile de dire à quel moment ce transfert s’applique à la personne du père. Je pense qu’il est certain que pendant un temps relativement long cela s’applique plus à la mère qu’au père, c’est-à-dire que la fille recherche le pénis chez sa mère. Vers la deuxième année, cette aspiration vague se précise et se trouve liée à l’idée que le pénis maternel a été dérobé au père au cours de l’acte de fellation imaginé par l’enfant.

Par la suite, l’idée de fellation ne peut certes pas se réduire à n’être qu’une « tétée » dénuée de toute signification. L’enfant sait bien que l’on tète pour obtenir quelque chose. Le lait (ou le sperme) et le pénis (-mamelon) deviennent des choses à avaler ; l’équation symbolique et les expériences alimentaires de l’enfant aboutissent à l’idée des excréments et de l’enfant nouveau-né, pouvant être également obtenus au moyen de cette tétée primitive. D’après Freud111, l’amour et la sexualité de l’enfant sont essentiellement sans but (ziellos) et pour cette même raison condamnés à décevoir l’enfant. On peut aussi soutenir la proposition contraire en considérant qu’il existe des buts précis dans l’inconscient et que la déception est due au fait que ces buts ne sont pas atteints.

J’aimerais souligner qu’à mon avis il s’agit ici de désirs essentiellement allo-érotiques. La petite fille n’a pas encore eu l’occasion de voir se développer une envie auto-érotique à la vue du pénis du garçon ; le désir de posséder elle-même un pénis vient plus tard, pour des raisons que Karen Horney a si clairement exposées112. À un stade précoce, le désir d’incorporer le pénis par la bouche et de le transformer en un bébé (fécal), malgré le fait qu’il se passe encore à un niveau alimentaire, est néanmoins très proche de l’allo-érotisme de la femme adulte. Freud affirme que lorsque la petite fille est déçue dans son désir de posséder un pénis113, le désir d’avoir un enfant s’y substitue. Je serai néanmoins d’accord avec Mélanie Klein114 que l’équation pénis = enfant est plus naturelle et que le désir de la petite fille d’avoir un enfant – comme le désir de la femme normale – est un prolongement direct de son désir allo-érotique de posséder un pénis ; elle aimerait avoir la satisfaction d’inclure le pénis dans son corps et d’en faire un enfant, plutôt que d’avoir un enfant parce qu’elle ne peut posséder elle-même un pénis.

La nature strictement libidinale de ces désirs se manifeste de plusieurs façons, mais je me contenterai de n’en donner qu’un exemple. L’introduction du mamelon dans la bouche est suivie du plaisir érotique anal de la défécation, et tous les soins de propreté sont souvent vécus par la petite fille comme une expérience sexuelle avec la mère (ou la nourrice). Soulignons qu’à cette occasion la main ou le doigt de la mère deviennent l’équivalent d’un pénis et constituent l’acte de séduction qui mène à la masturbation.

Si la mère reçoit du père, tout ce que précisément la fille convoite, il doit sûrement exister une situation de rivalité œdipienne normale exactement proportionnelle à l’insatisfaction de la fille. L’hostilité concomitante se situe dans le prolongement direct de celle que la fille éprouvait à l’égard de sa mère au cours de la période d’allaitement, et étant du même ordre cette hostilité renforce la première. La mère possède quelque chose que la fille désire et qu’elle ne veut pas lui donner. Dans ce quelque chose l’idée du pénis paternel se précise de plus en plus, la mère tenant du père le pénis et du même coup la possibilité d’en faire un enfant, après l’avoir emporté sur la fille dans la rivalité qui les opposait. Ceci s’oppose à l’affirmation massive de Freud115 que le concept du complexe d’Œdipe ne peut s’appliquer en toute rigueur qu’aux enfants de sexe masculin et « ce n’est que dans le cas d’enfants de sexe mâle que se rencontre la conjonction inévitable de l’amour pour l’un des parents et de la haine de l’autre en tant que rival ». Nous sommes obligés d’être sur ce point plus royaliste que le roi116.

Cependant l’interprétation de Freud du coït-fellation qui nous a servi de point de départ, ne permet pas d’expliquer le fait d’observation sur lequel il insiste, à savoir que la petite fille se sent la rivale de son père. La conception fellative du coït ne semble être en fait qu’une moitié de l’histoire. On retrouve aussi la notion complémentaire que le père ne se borne pas à donner à la mère, mais qu’il en reçoit aussi quelque chose ; bref qu’elle le nourrit au sein. Et c’est en ceci que la rivalité directe avec le père atteint toute son intensité, puisque la mère lui donne ce que justement la fille lui demande (le mamelon et le lait), mais il faut mentionner aussi d’autres sources de la rivalité, de la haine et de la rancune à l’égard du père. Lorsqu’une telle conception mammalingus pourrait-on dire, est investie par le sadisme, nous sommes confrontés avec l’idée féministe de l’homme qui « profite » de la femme, l’épuise, la draine, l’exploite, etc.

La petite fille s’identifie sans aucun doute à ce double aspect, mais par la nature même des choses ses désirs de recevoir sont plus prononcés que ses désirs de donner ; à cet âge elle désire tant de choses et elle a si peu à donner.

Qu’en est-il de l’activité phallique dirigée contre la mère dont parlent Hélène Deutsch, Jeanne Lampl de Groot, Mélanie Klein et d’autres analystes femmes ? N’oublions pas que c’est à un âge précoce que l’enfant conçoit le pénis non seulement en tant qu’un instrument d’amour, mais aussi en tant qu’arme de destruction. Dans sa fureur sadique contre le corps maternel la petite fille, motivée surtout par son incapacité à supporter la « frustration »117, se cramponne à toutes les armes dont elle dispose : la bouche, les mains, les pieds, et dans ce contexte l’usage du pénis que la petite fille envie peut-être le plus aux garçons est sa fonction sadique et la possibilité qu’il donne de diriger le jet destructeur d’urine. Nous savons que la « frustration » favorise l’installation du sadisme et à en juger tant par les fantasmes que par le comportement on ne saurait surestimer la quantité de sadisme qui existe chez le petit enfant. La loi du talion entraîne une peur correspondante et ici encore il serait difficile de surestimer l’intensité de cette peur chez l’enfant. Nous devons considérer que le développement sexuel tant du garçon que de la fille est influencé à tout moment par la nécessité de maîtriser cette peur ; et je suis d’accord avec Mélanie Klein lorsqu’elle exprime son scepticisme118 concernant la tentative entreprise par Freud119 de décrire le développement sexuel sans faire appel au Sur-Moi, c’est-à-dire sans se référer aux facteurs de peur et de culpabilité.

Arrivé à ce point de mes réflexions, je suis forcé de me demander si Freud n’attache pas trop d’importance à l’intérêt inquiet que porte la fille à ses organes génitaux externes (clitoris-pénis) aux dépens des peurs effroyables concernant l’intérieur de son corps. Je suis certain que pour la fille l’intérieur de son corps constitue une source d’anxiété bien plus intense et que bien souvent l’inquiétude qu’elle affiche à propos des organes externes lui sert d’attitude défensive. Mélanie Klein a pu montrer à quel point une telle conclusion correspondait à la vérité, comme il apparaît grâce aux nombreux détails qu’elle rapporte dans ses recherches minutieuses concernant les premières années du développement de la femme120. Josine Müller a noté avec justesse121 que ce qui permet à la fille de déplacer l’érogénéité des organes génitaux internes (lorsqu’ils se trouvent menacés) aux organes génitaux externes est la disposition anatomique qui dote la fille de deux organes génitaux : un organe interne, le vagin (et l’utérus) et un organe externe, le clitoris.

Mais après tout, la fille qui se sent coupable craint foncièrement – même de façon consciente – qu’elle ne soit jamais capable de procréer, c’est-à-dire que ses organes génitaux internes aient été mutilés. Cela nous rappelle la triade des angoisses féminines dont parle Hélène Deutsch : castration, défloration et accouchement – encore qu’en ce qui concerne la première il serait nécessaire de bien la définir – et aussi les craintes tout à fait caractéristiques de la femme adulte à propos des « maladies internes » et plus particulièrement du cancer de l’utérus122.

Cette peur précoce de la mère, tout comme la haine de la mère, est transférée au père, et il est curieux de voir la crainte et la haine focalisées sur l’idée du pénis lui-même. Tout comme le garçon qui projette son sadisme sur les organes féminins, et qui exploite alors ces organes devenus dangereux en tant que moyen de destruction homosexuelle du père, la fille projette son sadisme sur l’organe sexuel mâle et dans un but analogue. C’est une des choses les plus étranges que de voir une femme qui s’est consacrée à une carrière qui lui permet l’acquisition du pénis (de façon homosexuelle), ressentir en même temps la peur, le dégoût et la haine à l’égard de tout pénis réel. De tels cas permettent d’entrevoir la peur et l’horreur inspirées par le pénis, la plus redoutable de toutes les armes mortelles, et à quel point peut être terrifiante l’idée de pénétrer à l’intérieur d’un corps123. Cette projection est si importante que l’on doit se demander quelle part jouent les désirs sadiques de trancher le pénis avec les dents (et de l’avaler) dans la genèse de l’angoisse de la fille ; arracher le pénis à la mère, et plus tard au père, entraîne la crainte que ce pénis dangereux, conçu essentiellement comme sadique, ne la pénètre. Il est difficile de le dire avec certitude, mais il est possible que nous soyons là au centre du problème.

Au fur et à mesure que la fille grandit, elle transfère souvent sa rancune de la mère au père, lorsqu’elle s’aperçoit qu’en réalité c’est lui qui détient (et retient) le pénis. Freud cite ce curieux transfert de l’hostilité, de la rancune, de l’insatisfaction à l’égard de la mère sur la personne du père, pour montrer qu’il ne saurait s’agir d’une rivalité avec la mère124 ; mais nous venons de voir que ce n’est pas la seule explication possible. Il est facile de comprendre que la rancune naît lorsque le désir allo-érotique du pénis se trouve être frustré, désir qui se trouve renforcé par la présence du père ; et que la rancune s’exprime d’abord à l’égard de la mère, puis du père. Mais un autre affluent vient grossir la rancune à l’égard du père qui s’oppose aux désirs libidinaux ; cette « frustration » expose la fille à être confrontée avec la terreur que lui inspire la mère. Car s’il existe une peur d’être punie pour avoir désiré une telle chose, la gratification de ce désir peut être la meilleure défense contre l’angoisse ; ou du moins l’inconscient peut le croire communément. Il en résulte que celui qui refuse la gratification commet un double crime : il refuse à la fois le plaisir libidinal et la sécurité.

Lorsque nous essayons de reconstituer le développement de la phase deutéro-phallique, il nous faut garder présente à l’esprit toute cette toile de fond, qui ne représente pourtant qu’un échantillon de la véritable intrication des phénomènes. En ce point la fille prend conscience de l’existence du vrai pénis que possèdent les êtres de sexe mâle, et elle y réagit de façon spécifique en désirant en posséder un. Pourquoi un tel désir surgit-il en elle ? À quel usage destine-t-elle ce pénis ? C’est une question cruciale, et y répondre doit aussi nous fournir la réponse à cette autre question, toute aussi capitale, concernant l’origine de l’hostilité de la fille à l’égard de la mère. Pouvoir préciser ce qui distingue la théorie A de la théorie B nous semble indispensable pour poursuivre notre travail d’élucidation.

La réponse que la théorie A apporte aux deux questions a indiscutablement le mérite d’être plus simple que celle donnée par la théorie B. À l’en croire, la fille désire posséder un pénis comme celui qu’elle a vu parce qu’il représente cette sorte de chose qu’elle a toujours appréciée, parce que dans ses rêves les plus osés elle a toujours désiré un clitoris efficace élevé à la ne puissance. Ceci ne provoque pas de graves conflits intérieurs, mais un ressentiment, et plus particulièrement contre la mère qu’elle tient pour responsable de la déception inévitable. L’envie – du pénis constitue la raison principale pour se détourner de la mère. La véritable valeur du clitoris-pénis apparaît ainsi comme essentiellement auto-érotique, et c’est à Karen Horney que nous devons le meilleur exposé sur cette question125. Ce désir est presque entièrement libidinal, et pointe dans la même direction que les premières tendances de la petite fille. Lorsque ce désir est déçu, la fille se replie sur une attitude féminine incestueuse, allo-érotique, mais en tant que pis-aller. Toute soi-disant défense contre la féminité est imposée non pas tant par quelque crainte profonde de la féminité en soi, que par le désir de conserver la position masculine clitoris-pénis qui s’en trouverait menacée. En d’autres termes, il s’agirait de la même objection que pourrait élever le garçon si le choix lui était offert, à savoir que cela équivaudrait à la castration. La théorie qui explique à la fois la haine de la mère et la force de la phase deutéro-phallique par un même facteur principal, le désir auto-érotique de posséder un clitoris-pénis, est à la fois simple et logique. Reste à savoir cependant si une telle théorie rend complètement compte des faits, c’est-à-dire si les présuppositions qui la supportent dans la phase protophallique tiennent compte de tous les facteurs dont nous disposons.

La réponse donnée à ces questions par la théorie B est qu’à l’origine la fille désire le pénis de façon allo-érotique, mais qu’elle est obligée d’adopter une position auto-érotique (au cours de la phase deutéro-phallique) pour les mêmes raisons que le garçon, à savoir par la crainte des dangers présupposés qui se rattachent aux désirs allo-érotiques. Je pourrai citer à cette occasion quelques auteurs qui ont défendu ces théories contradictoires. D’une part, Hélène Deutsch126 qui, en accord avec Freud, écrit : « Je considère que le complexe d’Œdipe de la fille est inauguré par le complexe de castration. » D’autre part, Karen Horney127 parle de « ces motifs typiques qui déterminent une fuite dans un rôle masculin – des motifs dont l’origine siège dans le complexe d’Œdipe », et Mélanie Klein128 affirme qu’elle considère « que les défenses de la fille contre son attitude féminine dérivent non pas tant de ses tendances masculines, que de sa peur que lui inspire sa mère ».

Ainsi la forme masculine de l’auto-érotisme n’est ici qu’un pis-aller ; elle n’est adoptée que pour autant que la féminité, qui est la chose désirée, apparaît dangereuse et provoque une angoisse intolérable. L’origine de la rancune à l’égard de la mère siège au niveau d’une certaine insatisfaction orale, qui pousse la fille à rechercher un mamelon plus puissant, un pénis, dans le sens allo-érotique et plus tard hétéro-érotique. L’attitude libidinale à l’égard du mamelon s’exprime ici sous la forme de fantasmes féminins concomitants de la masturbation vulvo-vaginale ou clitoridienne, solitaire ou avec la participation de la nourrice au cours des manipulations de propreté. À ce stade elle est attachée à la mère de façon homosexuelle, mais c’est de sa mère et de sa mère seulement qu’elle peut espérer obtenir la satisfaction désirée du pénis, par ruse ou par force. Ceci est d’autant plus facile que la mère représente effectivement à cet âge l’unique source de toute gratification libidinale (allo-érotique). Et elle dépend de sa mère non seulement en ce qui concerne l’affection et la gratification, mais aussi la satisfaction de tous ses besoins vitaux. La vie serait impossible sans la mère et sans l’amour de la mère. Il existe donc pour ce profond attachement de la fille à la mère les motifs les plus valables.

Pourtant l’inconscient connaît un autre aspect des choses, et un aspect plus redoutable. Les pulsions sadiques à attaquer et dépouiller la mère entraînent une peur intense de représailles, peur qui peut se transformer, ainsi que nous l’avons vu plus haut, en une crainte du pénis pénétrant. Ceci est revécu lorsqu’elle se trouve confrontée au pénis réel, non pas de la mère, mais du père ou du frère. En fait elle ne se trouve pas dans une situation pire que la précédente, car elle a toujours son clitoris et la mère ne lui a rien pris. Mais pourtant elle accuse la mère de ne pas lui avoir donné davantage, un pénis. Derrière ce reproche adressé à sa mère de n’avoir pas comblé suffisamment ses désirs auto-érotiques, on trouve un ressentiment plus profond ; celui d’avoir été frustrée de ses véritables besoins féminins, qui correspondent à sa nature réceptive et accaparante et d’avoir été menacée par sa mère d’une destruction corporelle si elle persistait dans ses désirs. La théorie B semble donc apporter des arguments plus valables pour justifier l’hostilité à l’égard de la mère, que la théorie A. Toutes deux s’accordent pour affirmer la « frustration » prégénitale imposée par la mère, mais elles se séparent sur l’importance qu’il convient d’accorder à cette « frustration » sur le plan génital. Car, au niveau de ce plan génital, dans la théorie A, la mère ne prive la fille de rien, mais celle-ci par contre lui garde rancune de ne pas avoir reçu davantage ; la théorie B soutient que la mère interdit à la fille la poursuite de ses buts féminins (à l’endroit du pénis) et la menace aussi d’une mutilation corporelle, c’est-à-dire d’une destruction des véritables organes de la fille destinés à recevoir le pénis et à porter l’enfant, à moins que la fille ne renonce à ses buts. Dès lors, il ne paraît pas étonnant que la fille y renonce, à un certain degré toujours, mais souvent complètement.

La phase deutéro-phallique représente donc la réaction de la fille devant cette situation, sa défense contre le danger du complexe d’Œdipe129. Son désir s’y exprime de posséder un pénis qui lui appartienne et la mette à l’abri de la libido menaçante en la déviant dans une direction plus sûre, auto-érotique ; tout comme elle aurait été en sécurité si elle avait dévié vers la perversion. Ce glissement sur un plan autoérotique (et donc plus syntone au Moi, ego-syntonic) s’accompagne d’un renforcement névrotique, mais se trouve à son tour exposé à une nouvelle déception. Peu de filles qui ne se leurrent, et à un certain point toute leur vie, quant à l’origine de leurs sentiments d’infériorité. La véritable origine est une interdiction interne causée par la culpabilité et la peur, comme toujours lorsqu’il s’agit de sentiments d’infériorité, et ceci s’applique bien plus aux désirs allo-érotiques qu’aux désirs auto-érotiques.

Mais cette position phallique procure des avantages supplémentaires d’où sa grande force. Elle lui permet une réfutation complète des attaques que la mère redoutée lance contre sa féminité, puisqu’en niant cette féminité dans son existence elle abolit toutes les raisons d’une telle attaque. Mais il existe encore d’autres phantasmes irrationnels, inconscients. C’est ainsi que la fille peut se défendre contre son ambivalence à l’égard de sa mère. D’une part, la fille se trouve maintenant en possession de la plus puissante des armes d’agression et donc de défense. Joan Rivière a tout spécialement attiré notre attention sur ce point130. D’autre part, grâce au mécanisme de restitution (auquel Mélanie Klein a consacré d’importants travaux), ses désirs dangereux de vouloir dépouiller sa mère d’un pénis sont devenus tolérables : elle possède maintenant un pénis qu’elle peut restituer à cette mère démunie. Ce processus joue un rôle important dans l’homosexualité féminine. De plus, elle ne court plus aucun risque de subir une attaque sadique par le dangereux pénis de l’homme. Freud131 se demandait où la fuite devant la féminité pouvait prendre sa source sinon dans les ambitions masculines132. Nous venons de voir que la fille dispose de sources d’énergie émotionnelle bien plus profondes que les ambitions masculines, encore que ces dernières puissent servir de déguisement133.

Je pense que sur un point du moins tout le monde tombera d’accord, à savoir que le désir de pénis chez la fille est lié à sa haine pour sa mère. Ces deux problèmes sont étroitement liés, mais c’est sur la nature même de cette relation qu’apparaît clairement le désaccord. Alors que Freud défend l’opinion que la haine est une rancune ressentie par la fille de n’avoir pas reçu un pénis qui lui appartienne en propre, nous avons soutenu, et en ceci d’accord avec les thèses présentées par Mélanie Klein134, que la haine représente essentiellement une rivalité à propos du pénis paternel. Les uns voient dans la phase deutéro-phallique une réaction naturelle devant un fait anatomique malheureux, et lorsqu’une déception s’en fait sentir la fille se replie sur l’inceste hétéro-érotique. Les autres considèrent que l’inceste hétéro-érotique, qui s’accompagne d’une haine œdipienne de la mère, se manifeste chez la fille à un très jeune âge et que la phase deutéro-phallique représente la fuite devant les dangers intolérables d’une telle situation : ces phénomènes correspondent à leur exact équivalent chez le garçon où ils ont une signification analogue.

***

J’aimerais en guise de conclusion comparer de façon plus globale, les problèmes respectifs chez le garçon et chez la fille. Chez l’un comme chez l’autre, l’idée d’un fonctionnement dans une voie hétéro-érotique, selon leur constitution respective (pénétrante chez le garçon, être pénétrée chez la fille) manque au cours de la phase deutéro-phallique (s’agit-il d’un renoncement ?). Chez l’un comme chez l’autre, il existe une dénégation135 du vagin également marquée (s’agit-il d’une répudiation ?) : tous les efforts tendent à maintenir la fiction d’un pénis présent dans les deux sexes. Il doit sûrement exister une explication commune de cette composante centrale de la phase deutéro-phallique dans les deux sexes et pourtant les deux théories envisagées en fournissent chacune une différente. La première théorie affirme que la cause en est dans la découverte de la différence sexuelle, avec ses conséquences fâcheuses. L’autre théorie soutient qu’il s’agit de la peur du vagin qui provient de l’angoisse concomitante liée aux idées que se font les enfants du coït des parents, une angoisse qui est souvent réactivée lorsqu’ils aperçoivent l’organe génital du sexe opposé.

La différence fondamentale entre ces deux théories – à laquelle nous devons consacrer notre recherche, car cette différence en entraîne d’autres – porte sur l’importance plus ou moins grande accordée par les divers analystes aux premiers phantasmes inconscients d’incorporation du pénis paternel dans la mère. Un tel phantasme a été reconnu par les analystes depuis plus de vingt ans, mais c’est le mérite des travaux de Mélanie Klein d’avoir montré que ce phantasme est un fait constant dans la vie de l’enfant et que le sadisme et l’angoisse qui l’accompagnent jouent un rôle prédominant au cours du développement sexuel de la fille et du garçon. On pourrait étendre une telle généralisation à tous les phantasmes décrits par Mélanie Klein et d’autres analystes d’enfants, en relation avec son concept du « parent uni », dont j’ai dit plus haut qu’il était étroitement apparenté à ce que Freud appelle le stade pré-œdipien du développement.

Non seulement la manifestation principale de la phase deutéro-phallique – la répression du fonctionnement hétérosexuel136 – est essentiellement identique dans les sexes, mais le motif de cette manifestation l’est tout autant. Le renoncement s’effectue dans tous les cas pour sauvegarder l’intégrité corporelle, pour préserver les organes sexuels (organes sexuels externes du garçon, internes de la fille). La fille ne veut pas courir le risque de voir endommager son vagin ou son utérus, pas plus que le garçon ne tient à exposer son pénis. Dans les deux sexes, les motifs les plus valables existent pour nier tout ce qui concerne le coït, c’est-à-dire la pénétration, et c’est pour cette raison que toutes leurs pensées se bornent à considérer l’extérieur du corps137.

Dans les deux parties de mon article je me suis servi comme point de départ d’un double problème : celui que pose au garçon l’angoisse de castration et la peur de la vulve, à la fille le désir de posséder un pénis et la haine envers la mère. Nous sommes en mesure à présent de montrer qu’essentiellement ces problèmes, en apparence dissemblables, se retrouvent en fait tant chez l’un que chez l’autre. Le facteur commun est constitué par l’évitement de la pénétration et la crainte d’être blessé par le parent de même sexe. Le garçon redoute la castration par son père s’il pénètre dans le vagin : la fille craint la mutilation par sa mère si elle se permettait d’avoir un vagin pénétrable. Le fait que le danger se trouve être associé par projection au parent de sexe opposé, est une manifestation secondaire : son origine réelle se trouve dans l’hostilité éprouvée à l’égard du parent rival de même sexe. En fait, on retrouve ainsi la formule typique de l’Œdipe : le coït incestueux déclenche la crainte de la mutilation par le parent rival. Ceci vaut aussi bien pour le garçon que pour la fille, en dépit du masque homosexuel que cette dernière peut être obligée de revêtir plus communément.

Revenons-en au concept de la phase phallique. Si notre théorie est valable, alors le terme de proto-phallique, que j’avais proposé plus haut, ne saurait s’appliquer qu’au garçon. Il est inutile, car en fait il recouvre simplement le génital ; mais il peut même nous induire en erreur en nous faisant croire que le fonctionnement génital précoce du garçon serait exclusivement phallique – c’est-à-dire auto-érotique – en éliminant tout l’allo-érotisme qui pourrait exister au départ, au cours de la première année de la vie. Mais le terme serait encore plus trompeur en ce qui concerne la fille, surtout pour ceux qui considèrent que son développement dans ses premiers stades est essentiellement féminin. En ce qui concerne l’ignorance sexuelle qui serait caractéristique de la phase proto-phallique, sans doute est-ce vrai au niveau conscient ; mais il existe de nombreuses preuves que cela n’est pas vrai du point de vue de l’inconscient ; et l’inconscient constitue une part importante de la structure de la personnalité.

J’en arrive maintenant à la phase deutéro-phallique, celle désignée habituellement par le terme de « phase phallique ». Ainsi que nous l’avons vu, la théorie A aurait tendance à considérer cette phase deutéro-phallique comme une séquence normale du développement qui prolonge la phase protophallique et ceci dans les deux sexes, en suivant une direction identique dans les deux cas. La théorie B insiste davantage sur le fait que la phase deutéro-phallique représente une déviation par rapport à la première et qu’elle adopte dans certains de ces aspects les plus importants, une direction opposée à celle poursuivie dans la phase plus précoce. On pourrait l’exprimer plus clairement en disant que l’allo-érotisme hétérosexuel de la phase initiale est, pour une grande part, transformé en un auto-érotisme homosexuel substitutif au cours de la phase deutéro-phallique ; et ceci dans les deux sexes. Cette dernière phase ne serait donc pas tant une simple évolution libidinale, qu’un compromis névrotique entre la libido et l’angoisse, entre les pulsions libidinales normales et le désir d’éviter la mutilation. Au sens strict, il ne s’agit pas d’une véritable névrose, pour autant que la gratification libidinale qui reste accessible est une gratification consciente, alors qu’elle est inconsciente dans la névrose. Il s’agit plutôt d’une aberration sexuelle qu’on pourrait appeler la perversion phallique, qui s’apparente intimement aux inversions sexuelles, ce qui est particulièrement évident chez la fille. Cette relation est si étroite que je vais me permettre d’appliquer au problème des inversions sexuelles certaines données empruntées à mon propos, encore que ce ne soit pas à proprement parler l’objet de cet article. Il semble que l’inversion soit essentiellement une hostilité à l’égard du parent rival, libidinisée grâce à la technique particulière d’appropriation de l’organe dangereux du sexe opposé -— organes qui sont devenus dangereux par le mécanisme de la projection sadique. Nous avons dit plus haut à quel point le sadisme génital dérivait du sadisme oral plus précoce, de sorte que le sadisme oral auquel j’avais fait allusion138 comme étant la source spécifique de l’homosexualité féminine, pourrait aussi bien être celle de l’homosexualité masculine139.

Pour éviter tout malentendu, je voudrais rappeler que la phase phallique, ou la perversion phallique, ne doit pas être envisagée comme une entité définitivement fixée. Nous devons la comprendre en termes dynamiques et économiques, comme nous le faisons pour tous les processus analogues. En d’autres termes, elle peut être soumise à toutes les variations possibles. Elle varie en fonction des différents sujets, allant d’un simple indice à la perversion la plus patente. Et chez le même sujet elle peut varier d’intensité d’un moment à un autre en fonction des fluctuations auxquelles est soumise l’excitation des facteurs sous-jacents.

Je ne saurais non plus défendre le point de vue que la phase phallique soit forcément de nature pathologique, encore qu’elle puisse évidemment le devenir, par son intensité ou à la suite d’une fixation. Elle représente une déviation sur la voie directe du développement et une réponse à l’angoisse ; mais néanmoins, pour autant que nous le sachions, nos recherches pourraient aboutir à la conclusion que la première angoisse infantile est inévitable et la défense phallique la seule possible à cet âge. Seul la poursuite de notre expérience analytique des premières années de la vie, pourra nous apporter une réponse à de telles questions. De plus, les conclusions auxquelles nous avons abouti ici, ne nient pas la valeur biologique, psychologique et sociale de la composante homosexuelle de la nature humaine ; nous sommes ramenés ainsi à notre seul et unique critère, le degré de liberté et d’harmonie dans le fonctionnement de notre économie psychique.

Qu’il me soit permis de mettre en évidence les conclusions qui me paraissent les plus significatives.

D’abord que la phase (deutéro-) phallique typique constitue une perversion, qui favorise, comme toute perversion, la fonction de sauvegarder certaines possibilités de gratification libidinale, jusqu’au moment – pour autant qu’il arrive – où la peur de la mutilation peut être maîtrisée et où le développement hétéro-érotique, provisoirement abandonné, peut être repris à nouveau. L’inversion qui sert de défense contre la peur, repose sur le sadisme qui avait donné naissance à la peur.

Ensuite il nous semble que nous serions en droit de nous porter garant de la valeur de ce qui fut peut-être la plus grande découverte de Freud : le complexe d’Œdipe. Je ne trouve aucune raison pour douter du fait que la situation œdipienne, dans sa réalité et dans le phantasme, ne soit autant pour la fille que pour le garçon, l’événement psychique le plus décisif de sa vie.

Enfin, il semble utile de rappeler la parole extraite d’un livre de sagesse bien plus ancien que ceux de Platon : « Au commencement… Dieu les créa mâle et femelle. »


77 Titre original : The Phallic Phase, paru in Internat. J. Psycho-Anal, vol. XIV, 1933. Ce texte, présenté dans une première mouture abrégée au XII* Congrès international de Psychanalyse, Wiesbaden, le 4 septembre 1932, et dans sa version définitive à la Société britannique de Psychanalyse, séances du 19 octobre et 2 novembre 1932, a été repris in Papers on Psycho-Analysis (5th Edition). 1948, Baillère, Tindall & Cox, London (traduit de l’anglais par Madeleine et Victor Smirnoff). Nous prions les éditeurs anglais de trouver ici nos remerciements pour nous avoir accordé leur autorisation de publier ce texte d’Ernest Jones.

78 Voir l’article de E. Jones, La Phase Précoce Du Développement De La Sexualité Féminine (1927) (traduit dans ce même volume).

79 S. Freud, Über die weibliche Sexualität, Int. Ztschr. Psycho-Anal., vol. XVII, 1931 (cf. G.W., XIV).

80 Karen Horney, The Dread of Women, Internat. J. Psycho-Anal., vol. XIII, 353, 1932.

81 Freud, The Infantile Genital Organisation of the Libido, Coll. Papers, vol. II, p. 245. [G.W., XIII, 294] [On trouvera entre crochets les références à l’édition allemande de l’œuvre de Freud].

82 Freud (S.), Some Psychological Conséquences of the Anatomical Distinction between the Sexes, International Journal of Psycho-Analysis, vol. VIII, pp. 133, 141, 1927 [cf. aussi Ges. W., XIV, 17].

83 Lorsque cette conférence fut prononcée devant la Société britannique de Psychanalyse, trois analystes d’enfants (Mélanie Klein, Melitta Schmideberg et Nina Searl) prétendirent que d’après leur expérience on pouvait détecter des traces de la phase deutéro-phallique dès avant la fin de la première année.

84 En anglais secondary reinforcement of penis pride. Cf. Mélanie Klein, The Psychoanalysis of Children, The Hogarth Press. London, 1950, p. 341.

85 Freud (S.), The Infantile Genital Organisation of the Libido, loc. cit., p. 246 [G.W., XIII, 295].

86 Karen Horney, loc. cit., pp. 353, 354.

87 Ibid., p. 358.

88 Karen Horney, The Dread of Women, op. cit., p. 351.

89 Ibid., pp. 352, 356.

90 Ibid., p. 357.

91 Mélanie Klein, Early Stages of the Œdipus Conflict, International Journal of Psychoanalysis, IX, 1928, p. 167 [Cf. Contributions to Psycho-Analysis, Hogarth Press, London, p. 202-214.

92 Cf. les nombreuses publications parues dans le International Journal of Psychoanalysis.

93 The « combined parent concept ».

94 Mélanie Klein, in La psychanalyse des enfants, répond catégoriquement à cette question. « La femme au pénis » signifie, je pourrais dire toujours, la femme qui détient le pénis du père.

95 lt makes manifest.

96 En angl. passing of the œdipus complex, traduction de l’Untergang des Odipuskomplex.

97 Il paraît intéressant de noter dans quelle mesure les conclusions auxquelles nous aboutissons concordent ou s’écartent de celles de deux auteurs, Freud et Karen Horney, avec lesquelles nous eûmes le plus souvent l’occasion de les confronter. Sur le point fondamental que le passage de la phase proto-phallique à la phase deutéro-phallique est dû à la peur de la castration par le père, et ceci en tant que conséquence de la situation œdipienne, nous nous trouvons d’accord avec Freud. Par contre Freud, je suppose, dirait aussi que les désirs féminins que l’on trouve derrière une grande partie de la peur de castration naissent en tant que moyen de s’en arranger avec le père aimé et redouté. Freud insisterait probablement sur l’idée d’une conciliation libidinale, alors que j’ai souligné le côté hostile et destructif des pulsions qui se dissimulent derrière l’attitude féminine. D’autre part je ne peux pas souscrire à l’opinion d’une ignorance sexuelle sur laquelle Freud insiste constamment ; encore que dans un passage sur les scènes primitives et les phantasmes primitifs (Ges. Sch.t Bd XI, p. 11) il semble avoir laissé cette question ouverte. Quant à moi, je considère que l’idée de la mère castrée correspond essentiellement à l’idée d’une mère dont le mari a été castré. Je ne pense pas non plus que la phase deutéro-phallique représente un stade normal du développement.

Par contre, je me trouve en accord avec Karen Horney lorsqu’elle professe un scepticisme concernant l’ignorance sexuelle, avec ses doutes concernant la « normalité de la phase deutéro-phallique » et avec son opinion que les réactions du jeune garçon devant la situation œdipienne, sont grandement influencées par ses relations antérieures avec sa mère.

Mais je pense qu’elle se trompe dans la manière dont elle cherche à relier entre eux ces deux derniers phénomènes et je considère que la peur manifestée par le jeune garçon devant ses désirs féminins – que nous semblons tous détecter derrière la peur de castration – provient non pas comme une manifestation de honte devant son infériorité masculine effective dans sa relation avec sa mère, mais qu’elle naît des dangers présentés par son sadisme alimentaire lorsque celui-ci devient opérant dans la situation œdipienne.

98 Freud, Female Sexuality, op. cit., p. 297. [G.W., XIV, 537.]

99 À ce propos j’aimerais insister ici sur la regrettable ambiguïté d’expressions telles que « désirer un pénis » (to desire a penis), le « désir du pénis » the wish for a penis). En fait il est possible de retrouver à ces expressions, pour autant qu’elles se rapportent à la sexualité féminine, trois sens distincts : 1) Le désir d’acquérir un pénis, généralement en l’avalant et de le garder à l’intérieur du corps, où il se transforme souvent en un enfant ; 2) Le désir de posséder un pénis dans la région clitoridicnne : et dans ce but le pénis peut être acquis de plusieurs façons ; 3) Le désir adulte d’être satisfait par le pénis au cours du coït.

Je vais essayer d’expliciter le sens dans lequel j’emploie cette expression, chaque fois qu’il en sera question.

100 Freud (S.), Female Sexuality, op. cit., p. 282. [G.W., XIV, p. 519.]

101 Freud (S.), Female Sexuality, op. cit., p. 296. [G.W., XIV, 537.]

102 Mélanie Klein, The Psycho-Analysis of Children, op. cit., p. 288.

103 Freud (S.), Female Sexuality, op. cit., p. 283. [G.W., XIV, 520.]

104 Mélanie Klein, From the Analysis of an Obsessional Neurosis in a six-year-old Child ; Première Réunion Psychanalytique Allemande, Würzbourg, 11 oct. 1924. (Repris dans le chap. III de La Psychanalyse des Enfants, loc. cit.)

105 Josine Müller, A contribution to the Problem of Libidinal Development in the Génital Phase in Girls, Int. J. Psa., XIII, 361, 1932.

106 Karen Horney, The Flight from Womanhood, Int. J. Psa., VII, 334, 1926. L’auteur a repris et élargi ses vues sur cette question dans un article publié dans le Int. J. Psa., XIV, 57.

107 Freud, Female Sexuality, op. cit., p. 296. [G.W., XIV, 537.]

108 Freud, Female Sexuality, op. citp. 296. [G.W., XIV, 537.]

109 Je pourrai aussi citer l’autre point dont il se sentait certain, puisqu’une formulation venant d’une telle source doit nous intéresser. C’était que la fille renonce à la masturbation parce qu’elle tient le clitoris pour insatisfaisant (par comparaison au pénis).

110 Mélanie Klein, The Psychoanalysis of children, op. ci/., p. 326.

111 Freud, Female Sexuality, op. cit., p. 286. [G.W., XIV, 524.]

112 Horney, On the genesis of the Castration Complex in Women, Int. J. Psa., V, pp. 52-54, 1924.

113 Freud, Some Psychological Consequences, etc., op. cit., p. 140. [G.W., XIV, 27.]

114 Mélanie Klein, The Psychoanalysis of Children, op. cit., p. 309.

115 S. Freud, Female Sexuality, op. cit., p. 284. [G.W., XIV, 521.]

116 En français dans le texte.

117 Nous avons traduit le terme anglais thwarting par « frustration » (entre guillemets), encore que le mot supporte aussi le sens de contrarier, contrecarrer, barrer le chemin à, etc.

118 Mélanie Klein, The Psycho-Analysis of Children, op. cit., pp. 323

119 S. Freud, Female Sexuality, op. Cit., p. 294. [G.W., XIV, 534.]

120 Mélanie Klein, The Psycho-Analysis of Children, op. cit., pp. 269 et suiv.

121 Josine Müller, op. ci/., p. 363.

122 Hélène Deutsch, The Significance of Masochism in the Mental Life of Women, Int. J. Psycho-Anal., IX, 48, 1930.

123 D’où, parmi d’autres choses, la fréquence des phantasmes de violences physiques (battre, être battue) où l’idée de la pénétration est évitée.

124 S. Freud, Female Sexuality, op. cit.y pp. 281, 286. [G.W., XIV, 518, 524.]

125 Karen Horney, On the Genesis, etc., loc. cit.

126 Hélène Deutsch, The Signiflcance, etc., op. cit., p. 53.

127 Karen Horney, The Flighl, etc., op. cil., p. 337.

128 Mélanie Klein, The Psycho-Analysis of Children, op. cil., p. 324.

129 Cette thèse fut soutenue par moi au Congrès d’Innsbruck, mais avait été avancée par Karen Hornf.y (cf. On the Genesis, etc., op. citp. 50) et développée par Mélanie Klein, in The Psycho-Analysis of Children, op. cit., p. 271, etc.

130 Joan Rivière, Womanliness as a Masquerade, supra, Int. J. Psycho-Anal., X, 303, 1929 (traduit en français dans ce volume).

131 S. Freud, Female Sexuality, op. cit., p. 297. [G.W., XIV, 537.]

132 Masculine strivings.

133 A well disguised outlet.

134 Mélanie Klein, The Psycho-Analysis of Children, op. cit., p. 270.

135 Dénial : déni, refus, dénégation : c’est ce dernier sens qui nous a paru ici être le plus proche du texte. (N. d. T.)

136 The suppression of hetero-sexual functionning.

137 Je ne veux pas dire que c’est là le seul motif. Comme l’a souligné Joan Rivière au cours de la discussion de cette communication à la Société britannique, ceci concorde avec la tendance générale à l’extériorisation que l’on retrouve au cours du développement de l’enfant lors de sa tentative d’établir le contact avec le monde extérieur.

138 Op. cit.

139 Mélanie Klein (op. cit., p. 326) le rattache à une « fixation de succion orale ».