La libido génitale et son destin féminin

par Françoise Dolto2

Préambule

À chaque stade du développement de la sexualité, on décrit :

— une motivation consciente et inconsciente ;

— une zone érogène ;

— un objet électif ;

— un accomplissement subjectif et objectif.

La libido de la femme, arrivée au stade génital, doit donc être schématiquement décrite avec sa motivation : le désir (au service de la conservation de l’espèce) ; une. zone érogène : le sexe dans son réceptacle utéro-vaginal ; un objet spécifique : le pénis spermatophore ; un accomplissement : le coït effectif avec l’homme, lui aussi, par son désir, conduit à cet accomplissement, le coït fécondateur.

La libido génitale est donc la force pulsionnelle entraînant l’attraction hétérosexuelle créatrice de fécondité symbolique, éventuellement de fertilité humaine. C’est un donné évolutif, vital, énergétique, auquel tout être humain doit son accession à la maturité. La libido est diffuse dans le soma, précise dans les gonades.

La libido génitale est soumise aux conditions d’investissement cognitif et valoriel dont dépend l’appareil sexuel médiateur génital que porte le corps entier du sujet lui-même, dans sa personne, inséparable de valeur éthique dialectiquement structurée, en tant que représentant conscient masculin ou féminin de l’espèce humaine.

La libido, cette énergie, est de ce fait, dans ses manifestations, soumise aux plus variables distorsions quant à sa zone érogène : les voies génitales tardivement dominantes ; quant à son objet : le corps porteur ou non de pénis érectile éjaculatoire, parfois dissociable de la personne ; quant à son but : la fertilité, parfois redoutée par celles et ceux qui valorisent le désir dans sa recherche d’accomplissement érotique comme élément essentiel du sentiment de fécondité.

La maturité gonadique caractéristique de la puberté s’accompagne d’une affirmation féminine ou masculine des comportements de l’individu humain dans le monde des créatures et plus spécialement par rapport à l’ensemble des individus humains des deux sexes, et par rapport à ceux de son entourage immédiat. En même temps que s’affirme et se développe son sexe génital porteur de cellules reproductrices mûres, tout se passe comme si la libido cherchait son accomplissement à travers les individus sexués complémentairement. Les pulsions génitales actives ou passives mènent à la conservation de l’espèce par l’instinct de reproduction, en marge et au mépris souvent de la conservation de l’individu.

Alors qu’aux stades prégénitaux, cette même libido trouvait son accomplissement dans la maintenance et la croissance de l’être humain en tant qu’individu, la libido à sa période génitale accède au-delà de la conservation de l’individu, à son rôle générateur, c’est-à-dire à son dépassement spatial et temporel, et l’engage au-delà de sa responsabilité clairement assumée, au-delà de son intentionnalité si la force incluse en son désir s’accomplit, si les fruits de ses fruits portent fruits.

C’est dire à quel point l’angoisse de castration (et pour les femmes, son aspect particulier de viol éviscérateur ajouté à celui de rejet) est le mur auquel nous nous heurtons chacun en nous-mêmes dans l’élaboration de nos pensées, de nos images, de nos propos concernant la libido génitale.

Résumé du chapitre introductif

Après un préliminaire constitué de citations de Freud sur la sexualité féminine et sur la libido, une introduction expose des généralités sur la question et sur les modalités d’observation des femmes par les psychanalystes (hommes et femmes) depuis le début de la psychanalyse ; sur les difficultés de cette étude, tant sociales que transférentielles et contre-transférentielles. Le premier chapitre est consacré à une étude descriptive de comportements féminins de l’enfance à la vieillesse.

J’ai pensé nécessaire de présenter cette étude génétique avant d’aborder le sujet théorique qui m’était imparti puisque personne d’autre n’avait dans ce colloque été chargé d’un exposé sur l’évolution de la fille de son enfance à sa maturité physiologique, et de sa sexualité prégénitale en activité.

Je me suis servie de nombreuses observations directes et d’observations reconstruites d’après le vécu psychanalytique tant en psychanalyse d’adultes qu’en psychothérapie d’enfants vivant dans leur famille et dans leur groupe familial social ou pédagogique.

La femme, au singulier, est un concept.

Il est certain qu’il n’existe que des femmes, qui ont telle histoire et qui, fillettes, ont été dans telles conditions émotionnelles. Il en est de même pour la fille. Le psychanalyste ne connaît que des cas particuliers.

J’ai tenté cette description générale en ne gardant dans les conduites et les comportements observés que ce qui semblait se retrouver chronologiquement dans des processus paraissant endogènes, par lesquels passaient ou avaient passé, visiblement ou non, la plupart des filles dans leur période virginale prépubère puis post-pubère.

J’aurais aimé développer l’étude des relations pré-objectales de la fille à l’époque de la gestation et de la première enfance passive orale et anale (dans le sein et au sein de la mère ou dans le sevrage). J’ai dû y renoncer car ces relations impliquent une étude concomitante du narcissisme des adultes géniteurs et nourriciers, et de ses manifestations projetées sur leur enfant, et de ce que celui-ci peut en percevoir. Cette étude étendait trop le sujet bien que ces relations constituent en fait les processus de base du narcissisme primaire. C’est d’elles en grande partie que dépend l’image du corps ainsi dialectiquement construite avant toute conscience que peut avoir l’enfant (fille ou garçon) d’être sujet ou objet, et cela infère chez la femme ensuite sur les manifestations de sa libido génitale.

Cette image du corps anime les processus inconscients englobés dans les termes de Ça, Surmoi et Moi idéal, dans la partie précocement constituée de ceux-ci, à une époque pourrait-on dire préhistorique de l’être humain pour lui-même. L’étude psychanalytique des psychoses infantiles, et celle de troubles psychosomatiques chez l’enfant et l’adulte féminins, nous permettra sans doute d’avancer dans cette compréhension difficile.

Il y a dans ce travail des points sur lesquels j’aurais aimé avoir votre avis et discuter avec vous au nom de votre expérience clinique de psychanalystes. Certains points paraîtront – et sont peut-être – en contradiction avec ce qui a été dit jusqu’à présent dans la littérature psychanalytique sur la fille et la femme.

J’ai pensé vous en citer quelques-uns.

À propos de la phase phallique de la fille… qui commence avec la découverte faite par elle de la différence anatomique entre les garçons et les filles, j’ai distingué deux périodes dynamiques de « l’envie du pénis » :

Une première période d’envie de pénis centrifuge qui accompagne les manifestations dépressives toujours visibles de l’angoisse de castration primaire, laquelle est ressentie comme l’angoisse d’un manque, d’une incomplétude de forme, d’une infirmité injustement subie.

Cette angoisse est rapidement surmontée dans le cas de santé libidinale des personnes de l’entourage de la fillette et plus particulièrement de sa mère et de son père.

Une seconde période d’envie du pénis centripète apparaît alors en même temps que la fillette ressent et manifeste une fierté de son sexe clitorido-vulvaire, complet comme tel dans sa forme, et caractérisé par elle par « un bouton » (le clitoris), associé pour elle à ses mamelons, et un trou-réceptacle (le vagin) ; bouton et trou tous deux érogènes, ainsi que les lèvres de la vulve associées à des bordures et plis érogènes et esthétiques, soulignant l’intérêt de l’ouverture. La découverte de la conformité de son sexe avec celui de sa mère et des autres filles et femmes est une gratification, car elle lui permet une identification à elle dans toutes les supériorités dont elle la voit nantie, dans toutes les conduites et fonctions où elle la sent maîtresse, et en particulier dans le compagnonnage par moments exclusif de son mari, double objet de son intérêt car il est un très grand garçon – les garçons ont un pénis – et il a l’exclusivité de maman.

Enfin la procréation est reliée dans toutes les observations qu’elle peut en faire, en particulier dans le règne animal, est toujours reliée à la féminité ; et, dans son expérience de la vie enfantine, les bébés et les jeunes enfants semblent la possession préférentielle des femmes. La procréation dans son esprit devient chose de femme ; elle a quelque chose à faire avec la région des boutons (les seins, le clitoris), et du trou ; avec les régions érogènes.

L’envie du pénis centripète s’accompagne du désir de la capture d’un pénis et de son enfouissement dans l’ouverture vaginale, désir qui entraîne la masturbation primaire clitorido-vulvaire et non pas seulement clitoridienne comme on l’a dit.

Cette valorisation de son sexe provient d’une part de l’érogénéité des muqueuses génitales, et d’autre part des modes de valorisation des stades précédents (oral-anal), déjà structurés en référence à la symbolique du phallus, quelle qu’en soit la représentation et sa localisation dans le corps à corps avec l’autre.

La valorisation phallique en tant que preuve de puissance gratifiante manifestée, et la valorisation de la procréation en tant que preuve de puissance féminine, sont deux motivations dynamiques du comportement de la fille à cette phase phallique et ne se réfèrent pas du tout au stade génital ; et ces deux expressions de symbolique phallique ne sont pas à cette époque reliées entre elles par un lien logique mais par un lien existentiel.

Avec l’envie du pénis centripète qui domine l’éthique de la fillette à partir de trois ans, toute sa personne va se structurer en relation à elle-même et à autrui relativement à cette envie du pénis centripète, de son attraction, par la curiosité à son égard, par la curiosité concernant les jeux de corps à corps génital des adultes, et, relié à l’érectilité aperçue du pénis, les « surprises » d’apparition et de disparition et de cachotteries ; enfin, relié à l’intérêt pour la procréation, tout ce qui concerne les choses de maternage et de procréation anatomique conçue comme magiquement parthénogénétique dans un style anatomique digestif.

Il découle de cette étude du stade phallique de la fille deux notions nouvelles :

1) La valorisation du corps propre de la fille et de la femme en tant que signal attractif pour l’homme d’une zone érogène non phallomorphe et cachée ;

2) La notion nouvelle de gratification narcissique éprouvée par la fille de posséder un sexe creux érogène et un réceptacle qu’elle sait procréatif.

À propos de libido génitale et de stade génital. – Le premier accès à la libido génitale serait introduit par la demande de l’enfant concernant sa propre naissance ou les questions concernant sa descendance non pas éventuelle mais future (acceptée, désirée ou déniée et refusée). La notion génétique de couple parental mixte initialement indispensable à la procréation est intuitive, mais elle a besoin d’être confirmée par les dires de la mère pour que l’enfant accède en fait aux modes de sentir et de penser du stade génital.

L’accès au stade génital de la sensibilité et de la pensée est caractérisé par la dialectique de coopération complémentaire génératrice d’un fruit, porteur d’un dynamisme évolutif qui lui est spécifique. Auparavant l’enfant raisonne sur des notions de pouvoir magique.

À propos du complexe d’Œdipe de la fille. – Ses premiers jalons remonteraient au moment de la première curiosité génétique exprimée par un clair moyen symbolique et non pas, comme l’ont fait certains, au moment des premières attractions hétérosexuelles non assumées par la conscience de l’enfant.

La pose des composantes émotionnelles au complexe d’Œdipe nécessite pour l’enfant qu’il se connaisse clairement en tant que personne, face aux deux personnes de ses parents.

L’investissement érotique de la région anatomique génitale externe et interne de la fille à l’époque orale et anale actives (sadique orale et sadique anale), serait responsable de l’angoisse de castration et de viol mutilateur éviscérent qu’on trouve toujours chez les filles. Ces deux angoisses sont dissociées dans le temps et obéissent à des processus internes différents ; elles peuvent être réunies dans certains fantasmes.

Préexistantes chez la fille au vécu de la période œdipienne, celle-ci en hérite. – Surmontées définitivement après la résolution œdipienne et son renoncement narcissique, ces deux angoisses ont porté chez la femme leur fruit, la sublimation, qui permet à la femme sa puissance d’efficacité réparatrice et de sécurité qu’elle peut donner à ceux qu’elle aime et à ses enfants quand ils sont éprouvés dans leur personne ou dans leur corps.

L’angoisse de castration et de viol éviscérateur des périodes prégénitales entre en conflit au moment de la période œdipienne avec

Le désir érotique de viol fécondateur, spécifique du désir génital œdipien. – Ce viol désiré et recherché comme gratifiant découle de la valorisation phallique narcissique de sa propre personne pour la fille, et du désir d’une valeur plus grande de la personne de son partenaire représentatif de son père, qui, la désirant et la pénétrant sexuellement par-delà son refus ou la dissimulation consciente de son désir, valorise ses voies génitales creuses féminines et prouve l’attraction irrésistible qu’elles exercent sur son sexe masculin. Ce désir de viol persiste après la résolution œdipienne et se retrouve chez presque toutes les femmes à fleur de conscient sinon dans le conscient. Il n’est pas anxiogène lorsqu’il est dégagé des imaginations prégénitales et ne s’accompagne pas de masochisme, car le forçage inclus dans l’idée de viol n’y est pas fantasmé ni comme douloureux, ni comme humiliant, mais spécifiquement voluptueux comme confirmant le pouvoir attractif féminin et sa source non signalisée profondément enfouie dans ses entrailles procréatrices.

La prolongation énorme de la situation œdipienne chez les filles et sa non-résolution toute leur vie, est un fait d’observation courante tout à fait en contradiction avec ce qui se voit pour les garçons. Cette fixation œdipienne au couple parental initial est compatible avec une vie sociale relativement adaptée. Elle est à l’origine de graves perturbations de la relation de ces femmes à leurs enfants, perturbations entraînant de graves névroses chez ceux-ci. Cette situation œdipienne prolongée est caractérisée chez ces femmes par une homosexualité concomitante de l’hétérosexualité, une ambivalence émotionnelle longtemps supportée sans angoisse et sans symptôme.

Le rôle résolutoire de la Scène Primitive à l’égard du complexe d’Œdipe. Il s’agit de la scène primitive définie comme l’imagination vécue émotionnellement du coït des parents initial à la procréation du sujet, si cette scène est vécue après la maturation gonadique et après qu’aient été posées toutes les composantes émotionnelles de l’Œdipe. La scène voyeurisée d’un coït (qu’il soit de ses parents ou non) qu’on appelle aussi parfois dans la littérature psychanalytique du terme scène primitive, s’articule à cette scène primitive résolutoire de l’Œdipe et y apporte parfois des perturbations. Son rôle traumatisant (au même titre qu’un viol d’une enfant par un adulte et pour des raisons en partie relevant des mêmes raisons œdipiennes) découle de l’inopportunité dans le temps de la scène voyeurisée.

L’observation du fait que le mariage de la jeune fille vierge est en articulation fréquente avec la recherche de résolution œdipienne qui, réussie ou manquée devient source de déboires conjugaux ; car le conjoint n’était pas choisi pour sa personne mais pour son rôle de libérateur ou de prête-sexe masculin, pour jouer à son égard, après réalisation du fantasme œdipien transféré de la personne du père ou du frère sur la personne du mari, le renoncement nécessaire à l’évolution de la femme vers le stade génital.

Le rôle de la maternité soit dans la régression émotionnelle sexuelle après le mariage, soit, au contraire, dans le parachèvement de l’évolution génitale de la femme.

Le rôle des pulsions de mort dans l’économie génitale de la femme, vues en corrélation dynamique du don d’elle-même dans son corps et dans son cœur à l’autre pour une transformation que le fruit implique inconditionnellement. Les pulsions de mort apparaîtraient chaque fois que l’intensité de libido génitale domine le tableau de la vie émotionnelle de la femme. Les pulsions de mort sont en opposition avec les pulsions agressives, articulées régressivement à la phase phallique de l’organisation prégénitale et responsables du masochisme et du sadisme ainsi que du désir conscient de se donner la mort.

J’ai tenté un essai de théorisation basé sur l’expérience clinique, des conditions d’une pose complète des données émotionnelles dynamiques du complexe d’Œdipe. Je l’ai appelé la théorie des quatre « g » :

Zone……… ses génitoires

Objet……… son géniteur

Conduite…… corps en corps génito-génital

But………… génétique

en référence aux fantasmes que le sujet doit consciemment assumer corrélativement à son effective acquisition d’autonomie parmi ses contemporains. L’angoisse qui surgit de la constellation de ces fantasmes est vécue projectivement comme venant des parents ou de leurs substituts.

Lorsqu’une des angoisses ou un ou plusieurs des fantasmes constituants ont manqué ou ne peuvent être assumés dans des situations transférentielles, la situation œdipienne reste en activité, entraînant dynamiquement des conduites névrotiques en cbaîne.

L’accès à la conscience des fantasmes constitutifs des désirs œdipiens provoque une angoisse critique « qui se résout par le renoncement narcissique œdipien caractéristique de la résolution du conflit.

Pour les femmes, cette angoisse est double et signifie l’épreuve narcissique de deux deuils :

1) Le deuil de son pouvoir séducteur sur sa mère puis sur son père (deuil de sa personne phallique pour les parents) ;

2) Le deuil de sa puissance narcissique et fantasmatique pseudo-maternelle possessive (deuil de tout fruit que son sexe n’aura pas effectivement conçu dans les conditions viables pour sa personne à lui dans le groupe (de valeur phallique).

Dans ces quelques pages j’ai essayé de fixer certains points particuliers de mon étude qui ne seront peut-être pas admis par tous les psychanalystes.

Résumé du chapitre premier

Ce chapitre comporte en première partie l’observation et la description du développement de la femme de la naissance à la vieillesse. Voici les sous-titres de cette partie descriptive du développement dans ce qui lui paraît endogène et général.

— gestation (symbiose mère-enfant) ;

— naissance (rupture de la symbiose, dyade mère-enfant) ;

— première enfance orale-anale passive et active : incorporation et décorporation.

Premières attractions hétéro-sexuelles : L’acquisition du langage véhiculaire magique et le rôle majeur de dire « non » à la mère dans la genèse de la notion de personne. – Les conduites d’identification. – La découverte de valeur éthique par la dialectique interrelationnelle pré-objectale.

Deuxième enfance : Valorisation narcissique de toutes les sthénies érectiles, turgescentes et protrusives orale, anale, et génitale quant au perceptible sensoriel en référence au plaisir des zones érogènes.

Stade phallique :

Envie du pénis centrifuge, angoisse de castration primaire, déconvenue narcissique.

Survalorisation phallique du corps et des fétiches surcompensateurs de la déconvenue narcissique. Valorisation érogène des mamelons, du clitoris et du trou vaginal, suivie très rapidement du dépassement de l’envie du pénis centrifuge pour l’envie du pénis centripète.

La situation à deux, dialectique sublimée de la dyade mère-enfant.

Au cours de la première et deuxième enfance, importance du dire et du faire et des processus qu’ils entraînent dans les comportements, le dire et le faire de l’autre (la mère).

Les jeux verbaux et corporels érotiques entre enfants avec corps à corps sans angoisse a priori – en dialectique de plaisir et de pouvoir.

Les poupées. D’abord substitut de rôle passif joué par l’enfant dans la symbiose puis la dyade, permettant à l’enfant fille (ou garçon) de jouer le rôle de l’adulte mère à son endroit. Puis la poupée est substitut d’objet oral et anal au sens de fétiche de cet objet (à prendre, à rejeter, à manipuler, en relation narcissique projetée). Substitut de pénis paternel, elle est encore fétiche de ce pénis en tant qu’urétral, jamais génital.

Structuration de la personne par une dialectique du processus d’identification, d’introjection et de rejet de la personne phallique maternelle. Le rôle du personnage paternel, en tant que compagnon valorisé, plus phallique ou moins phallique que la mère, d’après ses conduites, sa masse corporelle, la forme connue de sa nudité corporelle thoracique et génitale.

Le jeu du papa et maman, seule avec les poupées ou avec un autre, fille ou garçon, d’identification émotionnelle aux parents dans la symbolique familiale orale et anale.

Le jeu de marchande, d’identification culturelle de troc libératoire de la dépendance du demandeur au possédant dans la symbolique sociale orale et anale.

Fin de la 3e année, entrée dans l’Œdipe. – La fierté de n’avoir pas de membre génital, la fierté d’attendre et provoquer l’attache et la pénétrance par les garçons, le rôle déterminant du milieu pour l’organisation œdipienne manifestée.

Ce qui est permis ou non de faire, de dire et d’imaginer par la personne de la mère et des autres personnes du sexe féminin ressenties phalliques si elles sont valorisées par le père et le valorisent ; ce qui est permis de faire et de dire, donc imaginer, en relation avec des sensations érotiques vulvaires et corporelles diffuses, selon l’autorisation explicite ou implicite par la personne du père et par association par les autres représentants du sexe masculin valorisés par la mère ;

Le danger de l’accomplissement du corps à corps génital, indépendant de toute composante rivale œdipienne et découlant d’un investissement de libido orale et anale de la région génitale.

L’accès à la libido génitale (quand elle est observable) s’exprime par une question indirecte ou directe concernant les modalités de la naissance, la sienne propre ou celle d’un enfant futur dont elle prévoit qu’elle en serait la mère, et en demande la modalité d’apparition au monde.

La notion de pudeur liée à l’accès à la libido génitale.C’est par la dissimulation valorisée et valorisante de liberté de fantasmer le contact et le refus du contact pour conserver la tension voluptueuse génitale, que la zone génitale devient électivement érotique. Le lieu corporel où le désir coïncide avec l’identité de sa personne, c’est-à-dire de sa liberté non aliénable, est le lieu érogène. Ce fait me paraît l’origine de l’éthique des pulsions de vie, c’est-à-dire de l’éthique phallique de la libido.

Le danger de la situation à deux prolongée. – Le complexe de virilité, ses deux modalités. La plus spectaculaire stagnation à la relation duelle avec l’identification phallique anale active moins dangereuse pour l’avenir que la régression à la situation de relation imaginaire associée à la masturbation et à la volupté orale accompagnée de comportement passif apparemment féminin.

La situation à trois pré-œdipienne (sans rivalité conflictuelle) le désir structurant du fruit incestueux reçu du père ou de la mère, apogée à 6 ans ; le danger de la relation émotionnelle fétichique camouflée de l’enfant incestueux de l’Œdipe sur un frère ou une sœur de six ans de moins.

Le complexe d’Œdipe féminin. L’angoisse de viol. – L’angoisse de viol par le père, accessoirement par la mère au service du père, à l’âge œdipien est au développement de la fille ce qu’est l’angoisse de castration (testiculaire) au développement du garçon. Elle s’affronte au désir de viol érotique fécondateur venu du père, imaginairement catastrophique pour le corps, au fruit éventuel entraînant l’éviscération raptrice de la rivale mère.

Début du stade de résolution œdipienne qui devrait être caractérisée par la situation à trois personnes, chacune d’elles assumant les désirs de son sexe.

Le conflit existentiel de rivalité à la mère, femme modèle aimée pour gagner l’amour du père et un enfant incestueux. La période de latence est souvent, sinon toujours, encore œdipienne chez la fille.

Résolution œdipienne vers 9-10 ans au plus tôt dans mes observations de filles, généralement après la puberté.

La puberté. L’angoisse de castration de 3 ans réveillée et intriquée à l’angoisse de viol éviscérateur au moment des menstrues.

La scène primitive, point final de la résolution œdipienne. Le refoulement pubertaire n’est pas de règle.

Rôle des sublimations orales anales actives et passives comme soutien de la personne et terrain de surinvestissement génital. Difficultés psychiques et somatiques de la puberté. Refoulement pubertaire sain post-œdipien, ses caractéristiques culturelles positives.

Le rôle du père réel au moment de la résolution œdipienne de sa fille.

Le rôle relatif au sien de la mère réelle et des éducatrices. Le refoulement pathologique post-pubertaire paraît le fait d’un complexe d’Œdipe non posable.

On peut distinguer :

1° Le refoulement des investissements corporels passifs et actifs et des investissements érotiques génitaux clitorido-vulvaires ;

2° Le refoulement par angoisse de viol des seules pulsions érotiques passives liées à l’investissement vaginal avec surinvestissement de la passivité sur la personne et souvent de l’activité digestive orale ou imaginaire orale (anorexie) ; 3° Le refoulement des seules pulsions érotiques actives clitorido-anales.

L’homosexualité latente avec la mère.

La masturbation chez la jeune fille vierge en cours d’évolution libidinale saine.

La défloration et le premier coït, tournant décisif pour l’évolution érotique et libidinale de la femme.

Un mot de la fonction maternelle de la femme dans son évolution sexuelle.

Un mot de la ménopause et de la vieillesse.

***

La seconde partie du chapitre premier étudie les interférences familiales et sociales dans l’évolution décrite dans la première partie. En voici les sous-titres :

Observation clinique de la fréquence chez la femme de la prolongation de la situation œdipienne sans résolution. Rôle joué par l’existence d’un frère ou d’une sœur de six ans de moins, fétiche de l’enfant incestueux – rôle plus pathologisant de la fixation fétichique à un animal ou un objet camouflant le fantasme du désir incestueux satisfait par l’existence de la relation maternante à ce fétiche – nécessité du renoncement total jusque dans l’imaginaire à un pseudo être vivant, enfant du désir incestueux de la fille. Le mystère de l’enfant incestueux de l’amour œdipien, soutien du narcissisme et de l’adaptation sociale apparemment saine et sage.

Résultats cliniques de la non-résolution œdipienne. – La compatibilité de l’homosexualité concomitante avec l’hétérosexualité chez la femme.

Observation du rôle des rencontres émotionnelles et sexuelles dans l’évolution de la femme dévirginisée.

Le mariage de la jeune fille vierge, son articulation fréquente avec la situation œdipienne.

Le rôle de la maternité dans l’évolution sexuelle de la femme et sur le couple qu’elle forme avec son conjoint légal.

Risque de régression ou possibilité de maturité génitale.

***

Le deuxième et le troisième chapitre portent à proprement parler sur le thème théorique que le rapport m’avait donné à traiter.

Chapitre II. L’érotisme féminin génital. Sa structuration. Ses manifestations chez la femme adulte

I. – Les conditions prégénitales de l’investissement érotique des voies génitales de la fille et son accès a la pose de son complexe d’œdipe

Les conditions libidinales de la non-frigidité, articulées par la situation œdipienne, non posée, en voie de résolution ou résolue.

Première étape.Avoir été reconnue et prénommée fille, en descendance génétique symbolique phallique ; c’est-à-dire savoir de ses éducateurs, que l’éducation soit assumée ou non par la mère, sa filiation organique à ses géniteurs, et les relations positives ou négatives qui ont préexisté entre ses géniteurs avant sa conception et sa naissance.

Deuxième étape. – a) Avoir reçu de l’instance éducatrice chargée de la fonction parentale, la reconnaissance filiale symbolique, laquelle permet les relations d’introjection phallique structurante : c’est-à-dire que l’enfant naturelle ou légitime, reçoive de ses parents la notion d’avoir été adoptée dans son existence sexuée.

Ce droit d’être née fille est délivré ou n’est pas délivré implicitement par l’entité parentale (représenté par tels humains précis et introjectés). S’il l’est, il donne à la fille l’accès à l’idéal du Moi génital qu’elle manifeste, dès 24 mois à 30 mois, par la verbalisation de son mariage futur et de sa fertilité désirée, attendue ; motivations éthiquement valables qui sous-tendent le travail de l’évolution de la conscience de sa personne jusqu’à son assomption moïque en tant que représentante d’un corps individualisé femelle par un sexe creux attractivo-phallique et autonome par rapport à ses besoins vitaux dans une société de personnes autonomes et sexuées mâles et femelles.

Ces deux « octrois » de droits féminins sont obtenus au cours de la première étape par une dialectique totalement inconsciente pour l’enfant, et partiellement consciente des parents. Au cours de la seconde étape, la dialectique est encore inconsciente entre les parents et l’enfant, mais médiatisée par des paroles et des comportements volontaires, à motivations inconscientes et conscientes.

b) À ces deux « octrois » s’ajoute, au cours de la deuxième étape, la conquête de sa propre gouverne, c’est-à-dire de s’assumer comme individu sexué autonome et d’assurer à soi-même la maintenance, l’entretien et l’investissement narcissique du corps en tant qu’imagé, à chaque échange substantiel ou émotionnel, davantage constitué phallique dans ses fonctionnements actifs et passifs en complémentation à ceux de sa mère.

Le nourrisson fille, comme le nourrisson garçon, est la présentification au monde des forces vives structurantes, maintenantes et pourvoyantes du sein maternel ambo-sexué, ventre creux et provende phallique à la fois. La fonction phallique maternante est subjectivement présentifiée par l’enfant dans son corps fonctionnant en relation à lui et à distance du corps ventro-mamellaire subjectivement maternel ; la fonction phallique de la libido est interrelationnelle à ces deux créatures, la mère et l’enfant humains. Elle est soumise aux impératifs de la médiation érogène qui les fait devenir, par leur fonctionnement répétitif, objet de désir l’un pour l’autre, alternativement passif et actif voluptueux, c’est-à-dire, par définition des termes actif et passif psychanalytiquement employés, masculin et féminin.

Cette dialectique créatrice s’objective chez le bébé fillette du premier âge par les jeux de poupées fétiches, préférablement bourrées de tissu et au palper rénitent, au contact tiède, représentatifs de la sensation maîtresse, au contact d’un volume de forme phallique nanti d’un visage ou plutôt d’une face qui permette de s’orienter relativement à lui. Le jour où elle aperçoit le membre du garçon, sa forme et son lieu d’implantation pubienne est alors un plus satisfaisant témoignage du sexe ressenti vivant, comme tout le reste du corps, et comme lui reçu et formé par la mère, jusqu’à l’aube du complexe d’Œdipe. Elle l’envie, il est l’image de son désir.

Le mode de satisfaction érotique est la masturbation anale centrifuge, par les rétentions et les relâchés ludiques sphinctériens, les sautillements du corps pour sentir les sensations périnéales profondes, les balancements actifs et passifs, la masturbation clitoridienne et périvulvaire, les tractions sur les lèvres de la bouche et du sexe, les doigts dans le nez, et, chez les filles beaucoup plus rarement que chez les garçons, les jeux de pénétration anale avec les doigts ou divers objets.

À partir de cette seconde étape qui se situe pour la fille vers 30 mois, le rôle du valorisé implicite ou explicite, du permis ou défendu par le milieu, est dominant. Toute la sexualité de la fille est en place pour un comportement sexuel non frigide attractif sexuel génito-génital.

Dans la plupart de mes observations, l’Œdipe est précocement engagé chez la fille, mais il est rarement posé dans son ampleur conflictuelle et n’a pas besoin d’être résolu pour que la fille soit apparemment socialement adaptée (c’est la grande différence avec la condition œdipienne du garçon). Les acquisitions d’adresse manuelle, industrieuses, ménagères et scolaires de la fille peuvent s’acquérir en période œdipienne incroyablement prolongée sans que soient renoncés pour cela les désirs œdipiens sexuels passifs homosexuels ou hétérosexuels pour l’une ou les deux personnes parentales.

Ce droit au narcissisme du sexe féminin clitorido-vulvo-vaginal et au narcissisme du corps doué de puissance sociale de type industrieux féminin pose, en effet, les jalons d’une sexualité concave, vulvo-matricielle qui valorise à distance l’image phallique civique et sexuelle phallomorphe du père, chef de file de toute la gent masculine aimable, dont un représentant phantasmé, magique, promet l’accès au mariage, magique lui aussi, qui fera d’elle magiquement une femme libre, objet de son rêve, ornée d’enfants, magiques aussi, polypes narcissiques de sa personne rêvée, enfants dont elle aimera fixer à l’avance le nombre, le sexe et le destin.

Ces rêves sont, ou non, accompagnés d’orgasmes masturbatoires, selon la liberté laissée au Surmoi oral et anal par le contre-Œdipe parental. Dans le cas de contre-Œdipe inverti (venu de la mère inconsciemment pédéraste ou homosexuelle), la masturbation peut demeurer et même remplir la vie de la fillette et de la jeune fille, provoquant une frigidité dans les relations hétérosexuelles, uniquement par non-adéquation du style d’excitation que son partenaire lui octroie avec celui duquel elle a l’habitude. Mais, dans le cas de parents non contre-œdipiens, la fillette peut renoncer à la masturbation sans pour cela poser les conditions de l’Œdipe. Son excitation narcissique s’éveillera lors des rapports sexuels, avec un représentant quelconque de la société, homme ou femme, qui voudra l’initier aux jeux érotiques. Cette femme ne sera pas frigide et pourtant sera une œdipienne, c’est-à-dire encore très fragile dans sa personne non structurée. Il y a donc deux types de non-frigidité : la non-frigidité pré-œdipienne, la plus répandue, et la non-frigidité après résolution œdipienne, et après période de latence qui, elle, est apparemment frigide, mais en fait structurant la personne sur des positions génitales d’adultes : en voie d’évolution et d’éclosion si la libido dénarcissisée (orale et anale sublimées, jointes à la libido génitale guérie de son deuil œdipien) investit des personnes aux désirs génitaux eux aussi marqués du sceau de la castration narcissique œdipienne structurante.

Les conditions de la non-frigidité saine, c’est-à-dire après dépassement de la phase de latence et après renoncement aux positions libidinales œdipiennes, sont l’acceptation narcissique d’une libido orale et anale au service du corps propre phallique polarisé par le sexe vulvo-vaginal. L’investissement utéro-annexiel peut y être tout à fait inconnu encore et n’est obtenable, lié à un amour extra-familial objectal, qu’après structuration de la personne de la femme sur des positions sublimées de libido orale et anale, et après la résolution de la situation œdipienne et sa blessure narcissique génitale, jusque dans l’imaginaire.

La conservation d’un narcissisme primaire rayonnant et la disparition du narcissisme secondaire entièrement pulvérisé par les options culturelles créatrices dans lesquelles la libido, dans ce qui n’est pas vécu inter-narcissiquement avec l’objet de relations génitales, trouve son expression, donnée au troisième terme de toute relation interpersonnelle chaste ou érotique, témoigne de l’accès de la jeune fille au niveau endogène de développement sexuel génital ; qu’elle en ait ou non conscience, elle est prête à recevoir et donner dans une relation interpersonnelle génitale. De telles jeunes filles ou femmes célibataires valorisent leur célibat d’attente mais ne le survalorisent pas narcissiquement, et le font encore moins de leur pucelage.

L’étude psychanalytique des comportements érotiques interpersonnels nous enseigne que la localisation dans la région génitale des désirs sexuels et la dominance de libido érotisant la région génitale ne veut pas dire que la fillette, la jeune fille ou la femme ait atteint ipso facto le niveau d’évolution émotionnelle caractéristique de la libido structurée génitalement. Le narcissisme secondaire peut très bien n’en être que le seul responsable, signant la stérilité symbolique des échanges avec autrui.

Le désir du pénis érectile pénétrant, support image de l’angoisse de viol n’est réveillé que par le désir prégnant de fertilité procréatrice dans des conditions de contact corporel que la magie des fantasmes, avec ou sans masturbation, tient longtemps à distance. L’éventuelle angoisse de castrer l’homme est évitée d’une part grâce au flou de la vie imaginaire magique ; d’autre part grâce à la suffisante cohésion de l’image du corps phallomorphe de la fille, établie à l’époque socialisée anale, assurée dans sa puissance pragmatique, c’est-à-dire non morcelable ; enfin grâce à la dominance clitoridienne. Les exploits imaginaires prêtés par les plus mesurées des jeunes filles à « leur futur », – situation brillante, relations, séduction – sont, à 15 ans, la continuation des contes du beau jeune homme aux épreuves triomphées qui épouse la fille du roi. Dans l’enfance, il s’agit d’une transposition littéraire et imagière du clitoris, jeune homme phallus parure ou phallus déchu par retrait de reconnaissance, ou né d’une famille ruinée mais de haute lignée.

Les rêves d’adolescentes, tout aussi narcissiques et aussi vulvaires que clitoridiens, mais œdipiens, toujours avec un accent plus ou moins hétérosexuel ou homosexuel, font intervenir les épreuves pour la jeune fille, les haines de belles-mères, les jalousies de mères, le détour difficile des entraves mises par le père jaloux à la réunion des amants. Le « futur » est parfois abusé mais jamais négatif à la jeune et sage amante qui, dans son miroir, contemple sa valeureuse image méconnue. Tranquillement frigide ou, parfois se croyant messaline par prurit nymphomane, elle reste inexpérimentée pour ce qu’il y a d’humain dans les rencontres avec les hommes, minaudière ou provocante œdipienne jusqu’au passage des bras parentaux au bras du futur que détermine la situation « en rapport » ou « l’accident » qui, hors de la responsabilité humaine, décide de la partie pour ce qui est du couplage des états civils et du patronyme de sa descendance dont les premiers représentants servent de catharsis aux désirs incestueux vis-à-vis de la mère puis du père, longtemps atermoyés mais toujours vivaces.

Les comportements émotionnels et les réactions psychosomatiques de telles mères et de leurs fœtus, de telles mères et de leurs nourrissons du premier âge, quand on analyse les soubassements psychodynamiques inconscients chez les mères, apportent la clef de cette pathologie dans la pérennité d’introjections de mère dévorante (chez la mère), concernant ses coïts féconds et ses grossesses. Surmoi oral du premier âge digestif s’opposant au Moi génital ; Surmoi anal expulsif s’opposant à la nidation ; Surmoi phallique œdipien s’opposant aux coïts frangés d’inceste ou de rivalité mortifère coupable à la belle-mère ou la belle-sœur, substituts maternels de l’Œdipe toujours actuel et transféré sur le conjoint fétiche de pénis ; ou encore Surmoi phallique rival s’opposant à l’amour pour le conjoint sous prétexte de son amitié pour la personne d’un homme qui doit être soit adorné par séduction, soit repoussé par rivalité homosexuelle patente.

L’inaccession à la résolution œdipienne, concomitante de l’acceptation créatrice de la personne au service de la génitalité du Moi liée au Surmoi génétique, est patente dans tous les cas où une jeune fille qui a atteint sur des positions œdipiennes un niveau culturel (arts, littérature, mathématiques, sciences, relations sociales, amitiés) voit, dès son accès à une vie amoureuse de femme ou de mère où son corps est engagé, se désinvestir ses positions culturelles passées ; pour ne repartir vers des intérêts culturels nouveaux qu’à travers des liaisons extraconjugales homosexuelles ou adultères survenant après quelques années de vie conjugale typiquement œdipiennes, suivies d’une phase dénarcissisante de résolution œdipienne, accompagnée de dépression légère, de traces obsessionnelles ou hystériques, dont les enfants sont la justification. L’apparition de frigidité clinique, succède aux débuts nymphomanes ou fétichiques d’une vie apparemment conjugale et maternelle qui ne peut se développer sainement. Ces éducations, sources de conflits conjugaux et maternels, répondent à une névrose maternelle qui se reconduit de mère en fille car elle n’a pas le droit endogène du fait. Un Surmoi non génital génétique interdit à l’enfant de se comporter librement et les acting-out cathartiques ne sont pas, malheureusement, comme dans le transfert analytique, ramenés à leur cause transférentielle, c’est-à-dire narcissique, à la structuration génitale de sa personne ni à des émois intrapersonnels, encore moins interpersonnels3 génitaux qu’on a qualifiés d’oblatifs et qu’on devrait qualifier de narcissiques décentrés dans le fruit. Le développement de la personne selon la topique freudienne Moi-Ça-Surmoi, idéal du Moi et Moi idéal, implique une possibilité d’autonomie du sujet par rapport à son entourage immobile, animé et humain. Il s’agit donc d’un Moi-idéal phallique constitué dès le stade oral. Le Moi phallique de la fille résulte d’un investissement de libido objectale active et passive, orale et anale, assumée par le sujet, en accord avec les adultes qui l’éduquent, vis-à-vis de son corps propre constitué comme beau phallomorphe, utile et aimable dans sa présence à l’autre et à lui-même, identifié à l’autre. Le Moi phallique de la fille subit le traumatisme de la castration primaire au moment de l’apercevance du phallomorphisme sexuel des garçons. Cette blessure narcissique, devient symbolique de l’accès à sa féminité dans le cas d’une plus-value de sa personne pour les garçons, lorsqu’elle la sait liée à cette caractéristique non phallomorphe de son sexe. Le Moi – toujours phallique de la fille – assume alors son sexe creux et clitoridien selon son option à l’idéal de son Moi phallique qui l’incite à une dynamique centripète phallique de séduction des personnes au corps et au sexe phallomorphes, par identification de comportement et introjection des désirs des femmes de son milieu (maîtresses à vivre) et plus particulièrement les femmes couplées et fécondes.

Dans le cas d’une acceptation implicite de son sexe par la fille elle-même, du fait de ses relations prégénitale à la nourrice et à son milieu, et du fait de ses parents actuels, grâce au respect tolérant de ses fantasmes œdipiens, auxquels ils ne répondent pas par un contre-Œdipe lorsqu’elle les verbalise ; grâce au respect amusé de l’expression de sa féminité culturelle qui cherche sa voie, poussée par ses pulsions œdipiennes, et que les adultes guident dans des expressions extérieures à son milieu familial, la fille développe une confiance en sa personne, venue de la non-immixion parentale dans sa vie culturelle, ce qui lui permet de s’affronter et de s’allier à d’autres filles dans des comportements de rivalité féminine culturelle créatrice avec sa mère ou son substitut et non de soumission à ses conseils ou ses goûts. En même temps la fille désire, dans son sexe creux attirer le sexe de son père et souhaite explicitement ou implicitement, dès l’âge où s’est posée l’identification à sa mère dans sa relation génétique, en avoir un enfant. L’expérience nous montre que cet enfant réel du père doit être consciemment espéré et consciemment charnellement renoncé à jamais, et qu’il en est toujours ainsi comme on l’observe quand l’enfant se permet de parler, pour que la fille entre réellement dans la sécurité d’une personne sociale autonome en vie mixte, à égalité de valeur émotionnelle et civique symbolique avec la personne de ses parents et de toutes les autres personnes, capable d’être responsable de ses actes, c’est-à-dire délimitant clairement le rêve de la réalité licite. La pérennité des traces de la vie œdipienne reste imaginaire et non refoulée, donc interhumaine mais culturellement sublimée. La conservation d’une vie imaginaire amorale concomitante d’une vie pragmatique et interhumaine morale est la seule assurance de sécurité pour sa descendance à qui est donné en fait l’exemple de la vie sensorielle comportementale interhumaine morale, tandis qu’est laissée aux dires des enfants et aux dires et aux faits culturels esthétiques, la liberté du rêve. Il n’y a pas alors contamination projective de la responsabilité génitale par une culpabilité anale névrotique.

C’est ce dégagement parental quant à ses attractions sexuelles, à ses moyens et à ses fins, qui permet les options de tendresse décharnelisée, les options de cœur dégagées de faire et recevoir plaisir sexuel. La fille ne peut y atteindre que dans le renoncement à rester une enfant, c’est-à-dire une mineure pour son père ou pour sa mère, ou une mineure civique ou sociale, et dans le renoncement à avoir un enfant réel dans le climat de leur ambiance secourable ou de toute ambiance où elle reçoit plus de secours qu’elle n’en donne à son conjoint.

Ce renoncement de l’enfant mythique de l’Œdipe dans la demi-responsabilité doit, au moment de l’Œdipe, être vécu jusque dans sa vie imaginaire, c’est-à-dire qu’elle doit renoncer à élever un enfant qu’elle adopte comme le sien dans le climat de cette ambiance amoureuse de mineure dépendante. Alors peut éclore, après l’épreuve inévitable de sa solitude intérieure dramatiquement ressentie, avec son risque encouru de rémanence de castration anale et phallique prégénitale, de rémanence du sevrage, une tendresse vraie de la fille pour ses parents, sans dépendance. Elle peut alors les aimer comme des personnes libres, dont elle est libérée aussi, à qui elle peut se montrer secourable ou leur demander amicalement secours, et elle peut librement s’engager dans une option culturelle et professionnelle qui la situe à sa place créative dans le groupe social mixte. Là, des options extra-familiales charnelles et de cœur pourront s’éveiller sans rivalité subjective d’interférence coupable avec les images familiales.

Combien voyons-nous de ces mutilations symboliques de parents, se répercutant chez leurs enfants, et qui viennent de ce non-renoncement, non pas à l’aide dans l’éducation de leurs enfants que les grands-parents peuvent et doivent donner à leurs petits-enfants, mais à l’appui indispensable et contractuel, non résiliable, des parents ou des beaux-parents, à l’abri de leur toit, à leur perfusion d’argent reçue comme un dû, bref, à l’œdipisation de la vie conjugale en résonance avec la névrose inter-œdipienne des parents et beaux-parents vis-à-vis de leur descendance ainsi prisonnière de leur propre impuissance.

De telles situations provoquées, acceptées ou subies par les ascendants vivants, font d’eux ce qu’ils sont libidinalement, de réels monstres sacrés. L’autonomie complète de la jeune fille et de la femme donnée à un homme et le plein accès à la vie responsable sont, à n’en pas douter, la seule voie d’accès à la libido génitale affective, portant, après les risques assumés par elle de ses options sexuelles, de ses rencontres émotionnelles et sexuelles, son fruit libre qui est l’accès à la stature libidinale génitale personnelle et sexuelle de tout adulte.

II. – Étude chez la fille de l’image libidinale du corps propre, médiation langagière intra-narcissique ; puis de l’image érogène, médiation langagière avec l’objet, enfin socialisée a la recherche de sa complémentation génitale et de son fruit, hors des limites propres de sa corporéité

Nous considérerons le développement sexuel de la fille en ce qu’il est sous-tendu par la libido génitale, c’est-à-dire par ce qui, en elle, va devenant adulte fertile. N’oublions pas qu’aux débuts de la vie, elle a été morcelée imagièrement et ressentie fonctionner en participation au mode des rencontres de la phase orale, anale et cloacale avec l’objet libidinal du moment.

Dans le processus du développement sexuel de la fille, on assiste à la succession des étapes suivantes :

1. La phase passive orale et anale. – Réceptivité du mamelon ; préhension du sein ; succion ; relation additive, réplétive de cavité, centrale à la masse de son corps par la partie polaire du tube digestif au centre de la masse céphalique ; expulsion passive d’une partie polaire au centre du siège, masse de la région sacro-pelvienne ; relation soustractive, libératoire passive (à plaisir) de ce dont la masse est remplie tubulairement en relation avec la masse centrale.

2. La phase sadique orale et anale. – Le « faire » obligeant ou désobligeant, repousser par plaisir le trop-plein énergétique par les pôles connus ; les sens vocalisés, la parole, action manœuvrante de même style, à distance (la curiosité, la médisance, le mensonge sont des sublimations datant de cette phase, l’imagination et l’hallucination s’y articulent aussi).

3. La phase phallique. -— Attraction à soi du pénis d’autrui, sur un mode attractif fonctionnel oral, pour une absorption puis une exhibition expulsive sur un mode anal d’un pénis centrifuge ; tentative de survalorisation du pénis centrifuge que représente le clitoris ; le déplacement sur toutes les émissions sthéniques ; la capacité d’apprendre pour acquérir du savoir et le montrer par le « dire », par le « faire », substituts phalliques péniens, déplacement de l’éthique de « ne pas l’avoir », pour susciter la séduction, et découverte du pouvoir attractif d’être femme, pouvoir monnayable.

4. La phase vulvaire. – Presque concomitante : découverte des replis puis découverte et survalorisation clitoridienne et vaginale ; les valorisations de creux, les secrets, les cachettes, les boîtes ; l’intérêt ménager pour les voiles, les rideaux, les plis ; dévalorisation des « faux plis » inesthétiques et importance de la vestimentation, saisonnièrement désaffectée, pour être toujours incomparables et mises en valeur, à la localisation du dérisoire pénis centrifuge, le clitoris, ce bouton érectile, les deux autres à la poitrine, tous trois insuffisamment gratifiants pour qu’on en parle. Valorisation des « ballons » charnels : seins, fesses, joues.

Cependant, certaines fillettes malgré les déplacements culturels décoratifs continuent, quand il n’y a personne à s’exhiber, à se donner quelques voluptés localisées masturbatoires narcissiques :

— les tractions sur mamelons et lèvres vulvaires ;

— l’excitation clitoridienne à sensation ambiguë érectile éveillant l’option juxtaclitoridienne, l’ouverture vulvaire.

On assiste au passage de l’envie du pénis centrifuge, souvent facilement renoncée, à l’envie du pénis centripète avec érectilité des petites lèvres et du vagin orbiculairement érectile à pulsions passives, attractives, raptrices, cachées dans les replis de la vulve appétitive. On assiste alors, dans le médiatisé, au développement des forces attractives, séductrices, agressives mais passives, non extérieurement signifiables de façon immédiate et cependant verbalisées d’une attente assoiffée, affamée, patiente, continue, rusée, guetteuse (regards intenses liés à des postures de défense ou de fuite, curiosité déniée). Soins aux représentants du pénis excrémentiel, médiatisé dans le fétiche du corps propre valorisé en tant qu’être animal, parfois humain, c’est-à-dire ayant un visage, la poupée « maniable », manipulable, maîtrisable.

En clinique, on peut voir des traumatismes en cas de grandes dimensions du fétiche car il est support de représentation du corps phallique en trois dimensions. L’image spéculaire plane est déjà traumatisante et schizoïdante dans une fascination morbide qui n’apparaît qu’en l’absence d’objet vivant d’échanges oral et anal.

5. Continuation de l’investissement vulvo-anal. – Un temps – en tant que fonctionnement attractif, pour le père par l’odeur, dédouanant pour la mère par le matériau fourni (les selles) et l’entente caractérielle de sexe homosexuel intergratifiante qui en résulte entre elles.

6. L’envie renoncée d’être porteuse de pénis centrifuge fait place à la mise en œuvre d’attirer le pénis centripète et son désir de pénétrance, par la valorisation dans les images de bases (statiques) du corps propres, de parures, d’enveloppement de voiles et de rideaux au dessin des fenêtres des maisons, représentées en transparence, le phallus lumière visible à travers les murs et attirant à l’intérieur, représentation allégorique de son corps interne creux accueillant, de tentures, d’objets creux pleins de trésors attractifs qui sont magiques s’ils réussissent à obtenir un regard qui la remarque. La fille développe une conduite de recherche : un sourire, un hommage (être saluée), une fréquentation (une danse), un cadeau de l’objet masculin significatif de son désir d’intromission (bague), de possession (bracelet), de sceau de secret (baiser). C’est la recherche d’un signe venu d’un homme susceptible de devenir objet de désir par reconnaissance mutuelle.

7. La valorisation dans l’image du corps fonctionnelle d’expression kynétique et d’échanges des mouvements gracieux, plaisants, c’est-à-dire enveloppés, souples (plis) de la danse, péristaltiquement ondés plus qu’articulés segmentairement ;

8. La valorisation d’une intériorité de relation à autrui enveloppante, captante, une éthique corporelle voilée.

Odeur, couleur, brillance cachée, secrète, dans les replis du corps qui, donné ou prêté pour un contact même parcellaire, signe un pacte de cosensibilité ; cette symbolisation passe dans un objet-contenant : sac, poche, écrin, bijoux.

L’illusion de castration a fait place à l’acceptation d’un fait spécifique du sexe et, en cela a rendu la fille beaucoup plus attentive à ses sensations réceptrices qu’avant la découverte de la différence de forme en relation d’objet, échanges de secrets, de menus dons magiquement valorisés (porte-bonheur), représentants médiatisés de non périssable, consommation orale ou d’excréments non périssables.

9. Si elle peut savoir qu’elle a été désirée fille par son père, elle accepte la découverte de sa forme trouée en surface, creuse et réceptive en profondeur, comme une valeur pour les garçons, valeur semblable que possède sa mère et qu’il approuve donc. Elle apprend que les autres filles et sa mère sont ainsi faites et sa déconvenue fait place à la découverte d’une dialectique des sexes basée sur la valeur éthique et esthétique contradictoire à celle des seules identifications et rivalités des formes et où s’ébauchent les prémices de l’éthique génitale de la complémentarité sans échange additif ou soustractif de masse nécessaire à prouver la valeur de l’échange, et sans la notion commerciale du troc, dévolu aux échanges de chose ou de matériau oral et anal, même valorisées. La notion du pouvoir du dire et du faire sur l’émotionnel non signifié a préparé, par l’utilitaire et le plaisir la notion d’un pouvoir sexuel par l’acceptation d’une dépréciation formelle apparente, d’un pouvoir féminin d’amour différent du pouvoir masculin et qui vise à le circonvenir : bagues, colliers, bracelet encerclant les segments de corps symboliques d’érectilité corporelle de la fille. Lui, le garçon, au contraire, doit toujours se défendre dans les périodes intermédiaires de son désir à composantes naturelles d’exhibitionnisme sexuel érectile (car il pourrait paraître castré), par un exhibitionnisme de puissance dont sa bourse est le témoin. Une fillette voyant une statue hindoue couverte de bagues aux mains et aux pieds s’exclame : « Eh bien, celle-là, elle est vraiment mariée ! » La fillette, elle, développe la valeur de son intériorité corporelle sexuelle et émotionnelle par des qualités de réserve, de contention d’émois qui s’exprime par le comportement modeste, comportement sécurisé, sans nécessité d’aucune arme pour se défendre ni de preuve pour en témoigner. On assiste au développement du « charme » qui s’exagère en maniérisme si l’angoisse de viol traumatique contamine le désir de viol voluptueux.

10. L’enfance de la petite fille qui a accepté son sexe inapparent est donc beaucoup moins anxiogène que celle du garçon, ce que nous constatons en éducation et en pédiatrie psychosomatique. Il ne lui est demandé socialement que d’être « sage », c’est-à-dire concentrée en elle-même, absorptive de valeurs, de processus, de comportements de corps phalliques actifs et passifs d’un entourage qui la valorisent en elle-même déjà dans la société des personnes parentales dont les corps sont comme le sien, symboles phalliques. Lorsque son avidité sexuelle transparaît, le danger endogène apparaît. Le thème culturel du conte de flocon d’or et des trois ours aux droits respectifs de phallus hiérarchisés, le grand, le moyen, le petit, raconte les risques d’une féminité avide qui sauve son narcissisme. Il illustre cette époque. Sans que nul n’ait à démasquer en elle les émois sexuels qu’elle enfouit et réserve pour le prince charmant de l’avenir monté sur son fougueux animal, à la fois décidé, tendre et séduit, alors qu’elle les éprouve invisiblement naturellement déjà. Elle gagne l’estime des adultes dans tout ce qui est culturel et selon qu’elle accepte cette adaptation par identification et par introjection, dans un comportement apparemment émotionnellement assez passif quoique kynétiquement actif comme une – petite – personne et qu’elle développe corporellement des qualités maîtrisées d’exhibitionnisme kynétique charmeur à distance, qui ne la mettent absolument pas directement en danger.

Nul doute que la personne, c’est-à-dire la libido du Moi, est gratifiée chez la fille par le non-souci de ce membre précieux, le phallus, vecteur à angulation variable sur le corps propre, ce dernier représentatif phallique aussi, et pour autrui, hélas ! bien supérieur dans sa forme et sa taille à ce membre tour à tour triomphant et décevant, lié fonctionnellement jusqu’à la puberté, à la décharge excrémentielle dont le souci ne le lâchera pas, même quand cette décharge dont le pénis est l’instrument passif, n’apportera plus la volupté ambiguë qu’elle apporte au petit garçon.

Pour le garçon, la phase pré-œdipienne est marquée par le dilemme : qu’est-ce qui est important ? Ce membre érectile et puissamment érotogène et que n’ont pas les filles, ou son corps entier kynétique à verticaliser, à assumer soi-disant invulnérable, aux issues qui doivent rester à fonctionnement énergétique visiblement centrifuge pour rester inviolables, corps qui souvent, au même âge qu’elles par rapport à celui des filles ne lui rapporte pas autant de plaisir narcissique que le leur et bien des déboires d’impuissance subjective.

Le vecteur de l’éthique masculine est soumis à une double valorisation : exhiber le sexe phallique et exhiber sa personne dans sa représentation polyphallique et poliphallique (c’est-à-dire dans sa valeur fonctionnelle de mâle et dans sa prestance sociale exemplaire).

Le narcissisme du garçon est pris entre ces deux exhibitionnismes à sens perpendiculaires, celui de la grandeur et de la rectitude du corps éthique du prestige paterno-maternel et la rectitude affichée du pénis par mépris des attitudes cachées, sournoises des filles, éthique du pouvoir membré, percutant, violent, conquérant par les armes visibles. La dissimulation, la prudence corporelle, l’économie, le sens de conservation sont choses de filles. La franchise et l’attaque risquée, choses de garçon.

La fragilité du terrain narcissique conquis par le garçon vient de son angoisse de castration et, en même temps, chaque conquête l’entretient – son pénis est peut-être jalousé par son père, son pénis est peut-être moins grand que celui de son frère, son pénis va peut-être éclater, rapetisser, que sais-je ? un enfant craignait que son pénis ne se vengeât de lui parce qu’il lui avait parlé comme à un chien (les mères l’appellent la bébête) pour le gronder de s’ériger contre son gré ou de ne pas faire le beau en s’érigeant à son gré. Il va disparaître comme les fèces, il va casser, pourrir comme une branche ; ou bien peut-être ne va-t-il plus jamais s’ériger, ou, au contraire, plus jamais le laisser en repos. Que de soucis endogènes visibles et non dissimulables à soi-même et peut-être à autrui et quel danger sûrement localisé, impossible à cacher à l’ennemi, le grand guetteur, le géant, curieux, jaloux, très fort, l’adulte, celui dans lequel il voit son image agrandie, la mère, puis le père, assez maître de la mère pour se l’être acquise après l’avoir châtrée.

Plus il sent la mâle turgescence pénienne, plus il lui faut partir en guerre pour la risquer, fendre ou pourfendre, afin d’assurer la certitude de sa personne par-delà les éclipses de son érectilité pénienne. Ces morceaux de bravoure et de prestance, quand ils sont répétés par les dires de l’entourage admiratif, lui permettent de souffler pendant les moments dépressifs ; il peut espérer que ses prouesses sportives et guerrières le mettront à l’abri des vérifications de puissance génitale localement pénienne.

L’agressivité masculine a, dit-on, et c’est vrai, les moyens corporels et les droits sociaux de s’exprimer. C’est ce fait social qu’on retrouve à la base des revendications des filles et des femmes mal adaptées à l’épreuve de la vie sociale mixte, où la condition masculine y est parfois vue comme avantageuse aux hommes par les femmes dites féministes. Mais, le devoir de reconnaître une responsabilité dépensière ou fertile qui ne lui incombe souvent pas, d’entretenir la sécurité matérielle de celle qu’il a choisie et qui se dérobe, elle, parfois à ses propres responsabilités, ce devoir masculin d’amant, d’époux et de père bien souvent plus lourd que ses droits, ne lui sont pas contestés. Le prestige mâle a, fort heureusement, la pérennité du nom dans les sociétés patriarcales, dont la nôtre ; mais que d’épreuves à surmonter ! Marquer de son nom et de sa loi la femme et les enfants qu’elle porte de ses œuvres de chair, c’est à l’angoisse de castration due à l’érectilité pénienne capricieuse, un réconfort symbolique qui n’est pas de trop. Dans bien des unions légitimes, s’il ne donnait pas son nom et son argent, quel cas ferait-on du mari !

Le garçon, l’homme, doit surmonter ses pulsions passives orales et anales car elles sont non seulement menace de castration mais aussi de viol ! Ce n’est pas lui qui s’habille avec des plis, valorise les détails attrayants, les mouvements enveloppants. Et il doit aussi, en plus de lui-même, de sa personne et de ses biens à ciel ouvert, assumer, protéger et défendre les engagements qu’il a pris. Et c’est là qu’est le masochisme masculin, dans le fait qu’il doive se refuser à une régression maternante alors qu’elle serait souvent tentante et surtout nécessaire à la restauration du morcellement auquel il est soumis subjectivement beaucoup plus que les filles et encore plus objectivement. En effet, ce morcellement castrateur, il le risque réellement dans le corps à corps des combats, il le risque imaginaire-ment dans les fantasmes érectiles de conquêtes sexuelles suivis de flaccidité pénienne, il le risque symboliquement à travers son nom dans les agissements extra-conjugaux de sa femme, dans les échecs de sa fratrie, de sa descendance.

Quant à son rapprochement du père, dès qu’il l’ébauche corporellement et non fantasmatiquement ou culturellement par une médiation symbolique, s’il est dominé par les affects qui découlent de sa subjectivité projetée, il est terrorisé par l’angoisse de castration pénienne ou testiculaire s’il veut médiatiser par son sexe son amour pour la femme, ou par l’angoisse de viol anal s’il veut s’approcher de son père ou des hommes en rival des femmes, après avoir introjecté sa mère. Ces deux types d’angoisse ont comme effet dynamogène la recherche de médiateurs. C’est pourquoi l’instruction, mais surtout la culture et la création sont affaire d’hommes. Il doit assumer cependant son affrontement au père pour défendre ses armes, développer sa dynamique pragmatique, son corps, son droit à l’érectilité de sa personne en société. Pour son apprentissage il doit recevoir aide et conseils du père ou de son substitut, et, subjectivement encore, il risque aussi l’angoisse de viol si sa masse valorielle n’est pas en mesure de se tenir à distance d’échanges avec lui.

Le dilemme du masochisme et du narcissisme est beaucoup plus important dans l’enfance des garçons que dans celle des filles. Il est même curieusement étrange que cette condition libidinale critique soit, jusqu’à présent, passée inaperçue et que le sort des mâles soit aussi, par les psychanalystes, jugé enviable.

Voyons donc maintenant les raisons d’angoisse exogène du garçon. Qui donc fait la guerre soi-disant « fraîche et joyeuse » ? Par quelles épreuves se rend-on digne, non seulement devant les femmes mais devant les hommes ? (Davy Crocket, celui qui n’a jamais mal, n’a jamais peur.) Un garçon ne pleure pas, la fille, elle, en a le droit. Filles, femmes, père, rivaux, si le mâle ne s’exhibe pas érectile et turgescent, le jugent châtré, le plaignent ou le rejettent. À quelles dures conditions de témoignage constant « d’une forme phallique », l’homme doit-il le droit de se considérer porteur de son sexe ?

À ses côtés, la compagne riche de ce qu’elle cache, se construisant d’émois dont nul n’est témoin dans une continuité et une stabilité physiologique rythmée sans caprice, au rythme immuable des lunes, oui, certes, la femme toujours sûre de sa maternité, sans nécessité du nom en commun avec l’enfant, de son authenticité humaine indépendamment de son expression culturelle et de l’appréciation d’autrui, la femme que, subjectivement, son option seule suffit à authentifier est, certes, au jeu des sorts narcissiques, la mieux partagée.

III. – Étude des sensations érogènes génitales chez la femme. L’orgasme

Je ne crois pas inutile d’étudier les divers types d’orgasmes qu’on peut observer chez la femme, tant objectivement par le témoignage des hommes, que subjectivement par le témoignage des femmes. Bien que les uns et les autres soient suspects d’erreurs, une grande variété de témoignages permet d’approcher d’une certaine véracité.

D’origine endogène, le désir, quelle que soit parfois sa provocation occasionnelle apparente par une cause exogène sensorielle, le désir une fois signifié aux sens de la femme, se focalise dans sa région génitale. Elle éprouve une sensation d’érectilité clitoridienne et de turgescence orbiculaire, vaginale accompagnées de chaleur, de sécrétions humorales et de plaisir excitant d’intensité croissante jusqu’à un maximum, l’orgasme aussi appelé jouissance. Ce plaisir très aigu s’accompagne parfois, chez la femme, d’une émission humorale encore plus sensiblement observable que pendant la phase croissante du plaisir, parfois non. En tout cas, il s’accompagne toujours d’une acmé de tumescence et de volupté, après quoi l’intensité d’excitation décroît plus ou moins rapidement jusqu’à l’apaisement total de tension, caractérisé par la détumescence de la zone érogène et l’arrêt du processus humoral sécrétoire, du besoin local physiologique de repos qui rend pénibles et parfois douloureux les essais d’excitation artificielle par manœuvres externes, et très souvent, d’une détente corporelle générale entraînant un sommeil plus ou moins long et totalement réparateur des fatigues antérieures.

On peut distinguer :

— l’orgasme clitoridien ;

— l’orgasme clitorido-vulvaire ;

— l’orgasme vaginal ;

— et l’orgasme utéro-annexiel, que l’on confond à tort, dans les descriptions, avec les orgasmes vulvaire et vaginal, dont je pense qu’il doit être distingué tant pour des raisons descriptives que pour des raisons libidinales concernant la théorie psychanalytique. Ces orgasmes peuvent être obtenus isolément ou, au contraire, en chaîne, l’un appelant les conditions qui vont entraîner l’autre, mais il peut arriver qu’ils soient non dissociés et que leur obtention soit concomitante.

Les femmes adultes sainement sexuelles, seraient, pour la plupart, dans l’impossibilité de discriminer ces niveaux progressant de leur plaisir, d’autant plus qu’elles n’ont que la conscience subjective de la jouissance vaginale qui précède l’orgasme dans son extension et son ampleur caractéristique.

Cette étude analytique offre un intérêt psychanalytique du fait du processus progressif qui, à chaque niveau (comme dans les niveaux d’évolution libidinale de la femme) peut être stoppé, refoulé, nié, remplacé par une symptomatologie pathologique.

La durée nécessaire à l’obtention des orgasmes est très variable même pour une même femme, l’intensité et la qualité de la jouissance sont aussi très variables. Le temps de repos entre les coïts, pour qu’ils soient satisfaisants, est aussi variable avec chaque femme. Tous ces facteurs dépendent d’ailleurs non seulement de la femme, mais du couple organo-psychique qu’elle forme avec son partenaire, dans leurs rapports émotionnels de personnes et au moment même du coït. Il est intéressant de savoir que l’orgasme, dans une modalité une fois ressentie au cours d’un coït, est, en l’absence d’éléments très perturbants dans les relations du couple, toujours répétable avec une qualité et une intensité qui peut varier mais sans descendre au-dessous d’un degré minimum de volupté très satisfaisant. Je pense que la variation d’intensité érotique et de valeur émotionnelle accompagnant les orgasmes d’une femme adulte au cours des coïts avec le même partenaire, est le fait le plus spécifique de la sexualité génitale de la femme.

Il est classiquement admis que l’excitation clitoridienne sert de déclencheur aux sécrétions vulvo-vaginales concomitantes du désir. Celles-ci appellent l’intromission du pénis dans le vagin et rendent cette pénétration coaptante voluptueuse pour les deux partenaires. L’excitation des mamelons doit, par clinique et surtout par définition théorique, être rapprochée de l’excitation clitoridienne. C’est-à-dire qu’elle peut ne pas exister, comme n’existe pas l’excitation clitoridienne ou, au contraire, elle peut exister compensatoirement à une atrésie ou une absence totale de clitoris et elle ne peut apporter de plaisir au-delà du moment où l’intensité de l’excitation du vagin est entrée dans sa phase croissante.

Il y a même des vaginismes primaires, chez des vierges, qui ne sont dus qu’à la prolongation de masturbations mamelonnaires devenues exclusives du sens des rencontres de leur amant qui a trop longtemps atermoyé l’intromission.

L’excitation clitoridienne ne peut être supportée seule longtemps et son orgasme, quand il survient avant le déclenchement des autres jouissances est décevant, discordant, ambigu, frustrant, absolument contradictoire au plaisir vulvaire qu’il a cependant déclenché. Ce fait serait peut-être dû aux correspondances érectiles tensionnelles du clitoris avec le système musculo-squelettique. Celui-ci est médiateur de l’organisation et de la conservation de l’image kynétique du corps ; or, l’orgasme, chez la femme, ne revêt son ampleur érotique totale qu’avec la résolution musculaire de tous les muscles de la vie de relation à l’exclusion des muscles périnéaux servant la préhension pénienne et les muscles intra-abdominaux et ceux-ci n’ont pas à s’investir en relation d’objet à l’époque phallique de l’évolution libidinale. D’autre part, le clitoris est peut-être, à l’époque ancestrale, orale, associé à une langue ou à une dent dont la protrusion s’accompagne de sécrétion mais, alors, son importance exclusive n’amène guère d’émois associatifs bien différenciés.

Contrairement à ce que pensent les hommes, bien des femmes n’ont pas de désirs focalisés électivement dans le clitoris ou, en tout cas, pas d’une façon constante, et beaucoup de femmes ont, d’emblée, dans le coït, le désir focalisé dans la concavité vulvo-vaginale, l’éveil du clitoris érogène est comme accessoire au moment de la jouissance vaginale maximum, peut-être au moment de l’éveil du col utérin qui est, pour beaucoup de femmes, un organe ambigu, dressé phalliquement au fond de la cavité vaginale. Bref, l’orgasme clitoridien qui survient seul n’apaise pas la tension sexuelle. Dans la vie génitale de la femme adulte comme dans la masturbation infantile, le clitoris est décevant.

Si cette évidence n’est pas davantage connue des hommes, c’est que ceux-ci sont généralement très désireux de donner aux femmes, lorsqu’ils ne sont pas égoïstes, un plaisir qui leur paraît très excitant pour la femme parce qu’ils y comprennent quelque chose et que sans doute ce plaisir à l’érectilité de ce petit pénis de leur partenaire est, pour eux, fort amusant et moins dangereux que la béance attractive du vagin tellement souvent appréhendé denté et gouffre, dans les fantasmes masculins.

L’excitation vaginale entraîne des sensations voluptueuses de tumescence des muqueuses vulvo-vaginales et des mouvements orbiculaires rythmés à progression ondulatoire de l’extérieur vers l’intérieur des voies génitales. Ces sensations internes exigent impérieusement, à partir d’un certain degré d’intensité, la pénétration du pénis dont la représentation mentale s’impose inconsciemment comme seul objet désiré. La coaptation ondulatoire du pénis qui nécessite une tonicité minimum des muscles périnéaux est voluptueuse pour les deux partenaires, augmentée par les mouvements de va-et-vient masculin concomitants de mouvements péristaltiques vaginaux et de pressions pariétales vaginales dues aux muscles périnéaux. Ceux-ci sont ressentis consciemment par la femme mais non complètement maîtrisables par elle. Au cours de cette volupté vaginale et à partir de l’intromission, si la femme n’est pas frigide, une modification du tonus musculaire général s’observe ; il y a relaxation des muscles du corps locomoteur et un relâchement parallèle du sens critique nécessaire à l’auto-observation, à l’auto-contrôle. Il semble que, dès la possession corporelle du pénis, la notion inconsciente ou préconsciente du phallus chez l’autre est dépassée et avec elle sont disparues les références de l’existence pragmatique. Le rythme, l’intensité et la qualité de ces échanges perceptivo-moteurs du coït semblent liés à l’entente physiologique formelle et posturale tant des organes sexuels des partenaires qu’à celle de leurs corps, plus encore à l’entente émotionnelle des partenaires.

De l’observation de ces conditions on a conclu que l’accord sexuel pouvait s’obtenir par une stratégie anatomo-physiologique relevant de la kinésithérapie. Il n’est pas faux que le contact concomitant du clitoris et du col par le pénis peut déclencher un orgasme jusque-là retenu mais il s’agit beaucoup plus du versant masturbatoire et fétichique des rapports sexuels satisfaisants que du versant libidinal génital qui nous occupe aujourd’hui.

La mésentente, à ce niveau vaginal du coït, peut venir d’incompatibilités dimensionnelles ou formelles des organes sexuels ou de contradictions rythmiques entre les partenaires ou de bien d’autres dysharmonies perçues ; mais il faut aussi qu’elles soient sentimentalement liées à des représentations mentales discordantes qui, elles seulement, dénient aux rapports sexuels, leur valeur de vécu gratifiant pour la femme.

Cette mésentente corporelle ou émotionnelle pendant les premiers rapports sexuels avec le premier partenaire masculin peut être à l’origine de nombreuses frigidités du couple conjugal.

Dans le cas d’une entente favorable, les mouvements orbiculaires ondulatoires deviennent de plus en plus violents et réflexes entraînant une réaction de turgescence sécrétoire du col utérin qui, s’il est atteint par les chocs du pénis, provoque au point maximum de l’excitation vaginale, des spasmes vaginaux dont l’effet sur l’appareil sexuel masculin est l’éjaculation spermatique au point maximum orgastique de la jouissance féminine. La femme, agissante en général jusqu’à ce point de volupté, ne peut plus qu’être passive, entièrement envahie de sensations réceptives, surtout après le déclenchement érogène du col utérin dont la participation provoque un orgasme authentiquement satisfaisant. La résolution tensionnelle qu’il apporte n’est cependant pas aussi durable que celle qui est apportée par l’orgasme utéro-annexiel. L’insuffisance résolutoire de la tension sexuelle par un orgasme vaginal peut, chez certaines femmes dont l’orgasme a été obtenu très rapidement, entraîner un spasme vaginal orbiculo-vulvaire de quelques minutes, plus rarement un spasme de l’anus, signes (cliniquement hystériques) d’une tension pulsionnelle rémanente (ce qui est bien instructif pour la compréhension du vaginisme pathologique).

L’entrée en scène dans le coït, de l’utérus et du ligament large est généralement déclenchée par l’excitation pénienne tactile, mécanique du cul-de-sac postérieur du vagin, du col, ou par l’inondation spermatique du col utérin.

L’orgasme utéro-annexiel est caractérisé par des mouvements du corps utérin qui bascule d’avant en arrière et d’arrière en avant, avec une certaine articulation rythmée du col utérin sur le corps, de mouvements ondulatoires du corps de l’utérus continuant ceux du vagin mais à type de succion aspiration – au point que les spermatozoïdes sont projetés en quelques secondes dans les trompes, ce que l’observation a permis de confirmer. Sans orgasme, leur temps de cheminement est beaucoup plus long. Ces mouvements sont absolument réflexes, la femme est très vaguement consciente de leur déclenchement et c’est lui qui apporte la jouissance maximum secrète et silencieuse, caractéristique de cet orgasme, jouissance tellement vive qu’elle n’est pas compatible avec la maintenance de la moindre sensation narcissique d’exister. Le partenaire de la femme en est le seul témoin. C’est immédiatement après la fin de cette révolution organo-psychique que la femme retrouve sa conscience un moment disparue, emportée qu’elle se souvient d’avoir été dans sa jouissance au dernier point d’impact vaginal, emportée comme un bouchon par le déferlement d’une lame de fond, en même temps qu’elle en éprouve une sensation convaincante de bien-être, de « premier matin ».

L’orgasme utéro-annexiel est, pour une femme, toujours pleinement résolutoire de toute tension. Il n’est jamais suivi de douleurs spastiques ni de vaginisme passif ou actif. Son effet de rénovation énergétique se fait sentir dans tous les domaines psychosomatiques et émotionnels.

Devant les effets bénéfiques des orgasmes sexuels, on comprend que Aldous Huxley, dans son roman Le meilleur des mondes, ait humoristiquement fantasmé l’organisation sociale de satisfactions orgastiques obligatoires. On voit aussi les motivations rationnelles théoriquement justifiées d’un psychanalyste comme Reich, qui l’ont conduit à chercher une technique psychothérapique qui « entraîne » le sujet à l’orgasme. Cependant, l’absence totale de sens critique, tant de l’analysé que de l’analyste au cours de ces « exercices » fait que la lecture de ces travaux est très décevante. L’idéal du Moi (scientifique) qui s’en dégage, idéal d’une fornication béate, scientifique et thérapeutique, paraît ce qu’elle est, c’est-à-dire perverse et touchant à une sorte de pseudo-mystique dangereuse de la psychanalyse ou plutôt à sa déformation reichienne fétichique du bonheur, l’orgasmo-thérapie.

Toute autre est la valeur de l’orgasme survenant dans l’union sexuelle de deux personnes reliées l’une à l’autre par le lien symbolique de l’amour. Les coïts sont alors symboliques du don réciproque de leur présence attentionnée et de leur existence où l’éphémère pouvoir imaginaire qu’ils se promettent et se donnent réciproquement d’accéder au phallus focalise le sens de leurs désirs, c’est-à-dire de leur sens. Il est tout de même significatif que ce soit dans l’étreinte des corps accompagnée d’orgasme que les plus chastes amours trouvent la représentation médiatrice de leur ineffable et créatif bonheur.

Le fruit pour la femme d’un authentique orgasme utéro-annexiel éprouvé à l’occasion d’un coït effectif, est triple : l’apaisement total de toute tension, la béatitude nirvanique et, à chaque fois, la conviction d’un bonheur jamais encore éprouvé aussi esthétique. Elle ressent une tendresse reconnaissante pour son partenaire dont la personne toute entière active, convoyante et seul témoin humain de son existence pendant la faille de temps et de conscience de son orgasme, est typiquement peut-être symbolique de la justification de sa « fente » formelle sans lui injustifiable. La personne de son amant est associée à sa rénovation.

Il s’ajoute des résonances émotionnelles d’une qualité toute particulière lorsque ce coït a des chances (même minimes) d’avoir été fécond, surtout si chacun des partenaires est prêt socialement, à assumer son éventuelle descendance. Cette dernière résonance est certainement très particulière à l’orgasme génital féminin. Est-ce parce qu’il est un écho de l’archaïque désir du pénis paternel à qui la poupée fétiche avait suppléé ? Est-ce par l’ouverture des temps à venir d’un acte qui, en lui-même déjà totalement alogique, avait cependant été marqué de son acceptation la plus totale et qu’alors, l’enfant à venir, le situe éventuellement dans une dialectique de fertilité qui le justifie ?

Le coït est bien l’acte surréaliste au sens plein du terme. C’est un acte délibéré dans un temps suspendu, dans un lieu où deux corps se déréalisent, par la perte de leur commune et complémentaire référence formelle pénienne au phallus. Le point où se manifeste la puissance phallique impersonnelle, née de leur narcissisme abandonné, est l’acmé de la courbe de l’affrontement dans chacune des personnes du couple, des pulsions de vie au rythme végétatif circulatoire et respiratoire intensifié dans leur amplitude jusqu’au galop cardiaque, et des pulsions de mort dans le silencieux, total et profond abandon de l’accomplissement orgastique.

L’accomplissement de son désir exige, pour la femme, un don que le narcissisme ignore et qu’il ne peut ni inventer, ni reproduire. C’est encore la dimension surréaliste que l’orgasme authentique entraîne à sa suite une satisfaction émotionnelle irrisée du prisme de la libido dans son évolution génétique – la sensation de plénitude sensorielle, éthique, esthétique de rassasiement au sens de libido orale apaisante, d’élimination des tensions au sens de libido anale rénovante, de reconnaissance à l’autre, à son corps, au sien propre, au monde, d’annulation totale d’angoisse de vie ou de mort. Bref, une restitution ad integrum de toute la personne physique et émotionnelle dans un temps zéro, dans un lieu absent.

Chaque coït orgasmique ne rejoindrait-il pas, philogénétiquement, la scène primitive de chacun des partenaires, leur apportant ainsi, avec la régression ontogénique imaginaire, la sécurisation impersonnelle de la conformité aux lois créatrices de l’espèce, en conformité elles-mêmes avec les lois cosmiques.

L’excitation accessoire, parfois la défrigidisation de la femme par des comportements sadiques verbaux, émotionnels ou corporels du partenaire sexuel aimé peut se comprendre à partir de ce danger de se sentir devenir rien dans le coït orgasmique. Des sensations liminairement douloureuses à des parties du corps ailleurs qu’aux régions génitales seraient un gage d’intérêt anal pour un objet perdurable. L’envie d’être contrainte, réduite à subir l’acte sexuel pourrait s’expliquer par l’impossible dérobade au danger orgastique. Sans compter le danger rémanent de l’investissement sadique oral, sadique anal et phallique agressif urétral prégénital de tout le corps, ajouté aux investissements passifs sexuels de tous les stades, y compris du stade génital, dans le lieu même sexe féminin survalorisé d’être promu au viol catastrophique.

IV. – La frigidité

Si les représentants mâles de l’espèce humaine sont très généralement gratifiés du plaisir de désirer et du plaisir d’accomplissement sexuel génital, comment se fait-il donc que les femmes en soient si souvent frustrées ? Serait-ce vraiment dû, comme on l’entend dire, à l’égoïsme masculin, aux nécessités d’une jouissance prolongée pour la femme précédemment à l’orgasme et que les hommes ne lui accorderaient pas ? Je ne crois pas. Je pense que les maladresses masculines dans les premiers rapports déflorateurs existent très souvent. Je pense aussi qu’elles pourraient être évitées, si les pères remplissaient vis-à-vis de leur fils le rôle d’éducateurs sexuels, et les mères vis-à-vis de leurs filles.

Je pense qu’un élan puissant de désir sexuel génital chez une femme amoureuse et bien préparée dans sa jeunesse mais mal déflorée peut emporter les inhibitions et les craintes dues aux premiers coïts douloureux du fait d’un partenaire maladroit.

La modification du comportement frigide peut aussi venir d’une brève aventure avec un substitut marital entreprenant. Le sens de responsabilité lié à un amour authentique de son conjoint permet à leur union de trouver tardivement l’harmonie sexuelle un instant compromise.

Cependant, même dans ces cas où, semble-t-il à l’anamnèse, on voit avec justesse le rôle de l’homme avoir été déclenchant au moment de l’installation de la frigidité, c’est de la femme seule que dépend sa guérison à elle et souvent celle du couple. On en est à se demander si l’échec initial de son amant n’avait pas entièrement été induit par elle et c’est souvent le cas avec des hommes qui étaient, jusqu’à elle et avec d’autres femmes, des amants appréciés.

J’en ai pour témoignage la cure de femmes frigides chez qui le mari ou l’amant ignore le traitement de sa femme, assiste aux transformations du sens de leurs rapports sexuels et en conséquence au plaisir qu’il éprouve à lui donner le plaisir, alors qu’il y avait renoncé. Cela prouve qu’il faut chercher la clé de la frigidité, plus du côté de la femme que du côté de l’homme.

L’intervalorisation narcissique d’un partenaire par l’autre dans les jeux sexuels, est toujours importante dans la dialectique génitale ; mais si elle est relative pour l’homme, et c’est à discuter, elle est fondamentalement nécessaire pour la femme, surtout non expérimentée. C’est de l’absence de ce savoir chez les partenaires masculins que proviennent des frigidités devenues habituelles chez des femmes primitivement absolument capables d’orgasmes, c’est-à-dire qui ont au moins abordé la situation œdipienne et dont la première expérience n’avait pas été absolument traumatisante.

C’est pourquoi il me paraît que l’ignorance érotique imaginaire dont certaines femmes évoluées culturellement sont atteintes, n’a pas toujours son origine dans le refoulement des pulsions génitales mais dans leur présence encore non dévoilée et muette avec leur sens authentique d’investissements latents de régions en elles encore vierges, mais destinées à être données dans une complémentarité sexuelle adulte avec l’objet du choix réciproque, tant dans sa personne que dans son sexe. Si l’homme aimé en tant que personne et que représentant phallique se montre carencé dans son option objectale pour la femme, ou que du fait d’une homosexualité insuffisamment sublimée ou d’une fixation à sa mère il ne puisse verbalement valoriser sans danger d’angoisse de castration en retour le sexe de sa partenaire, sexe qui pour elle n’est encore qu’un « trou » au pourtour orbiculaire seul connu et sensible, celle-ci risque de ne pas investir narcissiquement les parois muqueuses internes du vagin, ni les émois nuancés qui sont reliés par nature à ses sensations profondes. Car tant qu’elle n’a pas été reconnue dans la valeur du don qu’elle en fait, le sexe de la femme est inconnu pour sa conscience, quoique présent dans son efficience sublimée et culturelle qu’elle doit à son amour vrai.

De même que les phonèmes, agréables sensations auditives, ont besoin d’être assemblés dans une organisation que les rencontres interhumaines constituent en langage, de même dans la rencontre des sexes les émois doivent s’échanger dans une médiation émotionnelle exprimée, pour que les jeux érotiques deviennent entre partenaires un langage d’amour humain et pas seulement des figures de copulation stéréotypée ou acrobatique à effet hygiénique certain et fécondateur possible.

Insatisfaction génitale érotique ou amoureuse et refoulement. – Les rapports sexuels et amoureux entre deux partenaires qui, chacun dans leur propre évolution ont atteint le niveau de la réalisation génitale les conduisent, comme amants, par une dialectique intime interémotionnelle verbalisable pour eux seuls, de leur union corporelle, à une connaissance réciproque de leur sensibilité que traduit leur accès à un accord entre leurs désirs et un accord de leurs orgasmes concomitants. Cet accord est signifiant d’une entente interpersonnelle de couple génital dont l’enfantement symbolique sera manifeste, médiatisé ou non par des enfants de chair nés de leur conjugaison biologique. Mais l’accord érotique n’existant pas, au moins du côté de la femme, ne signifie pas l’absence d’entente interpersonnelle créative. Il y a – tout au moins du côté de la femme -— des modalités très variables de couplage conjugal, qui satisfont et utilisent ses possibilités libidinales sans refoulements, sans névroses, caractérisées seulement par des réactions transitoires réactionnelles symptomatiques d’une inutilisation libidinale.

La plasticité de la femme est très grande, à mon avis, et j’en attribue le fait, contrairement à ce qu’a dit Freud, au moindre refoulement chez les femmes que chez les hommes et à une structuration moins précoce par l’Œdipe et plus longtemps labile que chez eux.

Pour peu qu’elle ait assez bien vécu son enfance et relativement posé le complexe d’Œdipe, elle organise ses investissements libidinaux sexuels selon les impératifs explicites sexuels de l’homme qui l’a distinguée et l’a choisie comme objet d’amour. Quand la femme est encore inexpérimentée et qu’elle rencontre une relative impuissance ou même une perversion sexuelle chez son partenaire, elle se montre étonnamment adaptable et utilise ses pulsions libidinales dans une organisation axée par les exigences de son conjoint.

Les femmes sont beaucoup plus tolérantes que ne le sont les hommes à la frustration de leur propre jouissance orgasmique. On peut se demander même si une organisation véritablement génitale de sa libido, pour ce que l’on peut en observer d’après les sublimations, ne serait pas compatible avec de seules effusions émotionnelles intenses à l’égard de leur objet d’amour dans des étreintes chastes où le seul émoi essentiel pour elle vis-à-vis de lui est leur foi dans sa personne qui, pour elle est représentative du tout insécable du sens de leur existence inconditionnelle, qui ne s’est jamais posé la question d’avoir ou de n’avoir pas de plaisir aux corps à corps sexuels.

Il est très important enfin, de remarquer que les femmes narcissiques, phobiques, obsédées, homosexuelles manifestes ou hystériques même et des femmes atteintes de psychoses ne sont pas frigides dans le coït et peuvent éprouver non seulement des sensations voluptueuses et des orgasmes clitoridiens mais encore des orgasmes vulvo-vaginaux. Il est douteux qu’elles éprouvent des orgasmes utéro-annexiels. En tout cas, ce n’est certes pas un signe d’équilibre mental d’éprouver des sensations voluptueuses au cours de rapports hétérosexuels ni de savoir donner la réplique dans les jeux érotiques. J’en ai connu incapables d’amour pour la personne de leur partenaire, d’autres capables seulement de dépendance passive, agressive, d’autres qui ne voulaient à aucun prix d’un attachement durable, encore moins de devenir mère (bien que le désir en soi de devenir mère ne signe pas la maturité libidinale), bref des femmes dont le sexe apparemment savant était lié à une personne absolument non structurée ou de structure encore très infantile.

Ce fait d’observation courante fait réfléchir. Avant de parler de névrose lorsqu’on est en face d’une femme frigide, alors qu’aucun autre symptôme n’est observable et que son attachement social émotionnel et corporel à son conjoint et à leurs œuvres communes est ressenti par elle comme donnant son sens plein à son existence. Certains auteurs et de nombreux hommes appelés à témoigner disent, en effet, que telle femme qui se dit sans besoins sexuels, qui se soumet sans déplaisir au coït, dit cependant qu’après les rapports qui ne lui sont pas indifférents, elle éprouve un grand bien-être généralisé. Alors que de telles femmes nient toute volupté corporelle, leurs partenaires affirment qu’ils perçoivent des manifestations de leurs voies génitales profondes, des spasmes du corps utérin tels, qu’en effet, on les décrit dans l’orgasme le plus achevé dans la progression des orgasmes féminins. Ce fait, lié à l’absence de symptômes névrotiques authentiques de leurs rapports émotionnels avec leur conjoint et en particulier vis-à-vis de son œuvre et de leurs enfants, nous font penser que la jouissance ou la frigidité de la femme pose un problème théorique qui n’est pas encore résolu.

L’absence de sensibilité des voies génitales antérieures, la seule consciente, est peut-être plus souvent liée à une certaine éthique organisatrice de ses pulsions libidinales, que la femme soit ou non névrosée. C’est dire là encore l’adaptabilité culturelle de la femme.

Après avoir affirmé l’existence de sentiments inconscients de culpabilité, la psychanalyse qui a découvert l’importance de la vie inconsciente et sa dynamique se trouve peut-être ici en face de sentiments inconscients de félicité.

Sans aller jusqu’à me faire dire, parodiant Knock, qu’une femme qui jouit dans les rapports sexuels est une frigide qui s’ignore, ou bien qu’une femme frigide et sensoriellement insensible est le modèle de toutes les tendresses sublimes, je dirai tout de même que les valeurs éthiques et esthétiques de la personne chez une femme, peuvent avoir canalisé puis sublimé une telle quantité de libido narcissique que sa libido d’objet n’est pas assez riche si son partenaire ne l’y entraîne pas, pour investir encore activement sa région génitale pourtant investie passivement par elle-même comme médiatrice de son accès au corps de l’homme qu’elle désire et attend, représentatif phallique de son sexe. Je pense qu’une femme qui a de fortes satisfactions sexuelles, surtout si elles sont précoces, prégénitales corporelles, puis génitales, est beaucoup plus narcissisée qu’une autre et de ce fait moins portée à intensifier sa libido objectale et que ce sont les femmes à libido objectale différenciée qui caractérisent les femmes les plus culturellement valables. Bref, il y aurait une contradiction entre la richesse des investissements culturels chez une femme et l’investissement narcissique du sexe. Je pense aussi qu’une femme qui n’éprouve jamais de satisfaction sexuelle n’existe pas.

La plupart des femmes devraient donc, et peuvent arriver avec leur conjoint de corps, si elles l’aiment d’affection, c’est-à-dire de cœur, à des modalités de rapports sexuels pour elles satisfaisants.

Seules échappent à ce pronostic favorable, les femmes qui ont été sadiquement déflorées au cours de dévirginisation brutale (après mariage dont elles ignoraient le contrat corporel et sa valeur érotique, bref, acte sexuel non désiré encore), par un homme à qui elles avaient été livrées par des parents aimés. Échappent aussi à ce pronostic favorable les femmes qui ont été violées dans l’enfance par un adulte estimé, œdipiennement investi, soit directement, soit plus gravement encore dans un coït anal ou lors de pratiques masturbatoires manuelles ou autres. Le viol dans l’enfance par intermédiaire d’animaux est cliniquement plus déstructurant encore pour les filles qui y ont été soumises par une adulte perverse, et plus encore les viols avec témoins participants dans une scène sado-masochiste socialisée. Il faut y ajouter les fessées publiques ressenties comme viols mineurs du fait de l’éprouvé corporel abréagissant et du contexte intercaractériel érotisé par l’adulte qui donne la correction ; les lavements répétés, compulsifs pour la mère et subis par la fillette en complaisance à cet érotisme maternel. Pires sont les dénudations corporelles publiques imposées brutalement lors de consultations hospitalières et ressenties comme viol généralisé de la personne, de sa liberté que la pudeur respectée lui confère. Ce qui est ainsi mis à nu est le mal, c’est-à-dire le laid dont témoigne ce corps, alors que pour s’investir au service de son sexe féminin ressenti beau et désirable, le corps dans sa présentification doit être objet de signal phallique, beau pour attirer le signifiant beau de sexe, le pénis masculin à la suite du regard de l’homme captivé admiratif. Ces exhibitions imposées par les médecins et acceptées par la mère généralement témoin sont pervertissantes. La même exigence scientifique n’aurait aucune importance névrosante chez l’adulte ou la jeune femme déjà en activité sexuelle.

La santé ou la maladie émotionnelle et sexuelle génitale ne se déduisent pas du simple fait de l’obtention ou de la non-obtention d’orgasmes, pas plus que du bon ou du mauvais caractère entre conjoints. C’est l’engagement de la personne vis-à-vis d’une autre personne dans une option sexuelle et émotionnelle de don de soi qui signe ou non la santé de la libido narcissique chez la femme. Il y a entre le narcissisme de sa personne phallique remarquée par autrui, industrieuse et œuvrante, et le narcissisme de son sexe non visible et non représentatif, une antinomie dont le mode d’intégration signe dans chaque cas particulier la personnalité d’une femme. Le corps tout entier de la femme peut, sans refoulement, par un infléchissement de libido génitale du sexe creux non valorisé sur les formes pleines du corps propre survalorisées, sceller un investissement secondaire sexuel narcissique du corps parce qu’il se voit à distance et qu’il est très apprécié des mâles concupiscents tenus à distance. Ce déplacement de la libido narcissique peut dépouiller plus ou moins durablement d’investissement libidinal les voies génitales internes cachées et non éloquentes hors du coït risqué. Quant à la libido objec-tale elle peut se transférer de l’homme objet phallique sur son œuvre, objet des soins et de l’intérêt de l’amante d’un homme admiré, estimé d’elle et dont le caractère s’accorde au sien.

La force séductrice du phallus, représenté formellement par l’homme et par son pénis peut, sans refoulement, contrairement à ce qu’a dit Freud et à sa suite beaucoup d’analystes, détourner la femme de toute masturbation manuellement dérisoire, de toute pratique masturbatoire à l’aide d’objets qui, quoique choses pénétrantes, n’ont que la valeur d’outils, à peine de fétiches.

Lorsque, pour une raison émotionnelle plus ou moins justifiée par une raison circonstancielle, un couple jusque-là heureux voit son ardeur sexuelle réciproque disparaître, et surtout lorsqu’ils n’osent en parler ni entre eux, ni à un médecin psychologue ou sexologue, il est difficile, au bout d’un certain nombre d’échecs orgastiques, tant pour la femme frigide déçue, lasse sans espoir ou revendicante tacite que pour l’homme humilié et non moins tacitement revendicant, de rectifier la situation. L’homme avec le réveil de son angoisse de castration lié à des sentiments d’impuissance à faire jouir l’autre, qui réveillent l’infériorité masochique de la période infantile, n’a pas le goût ni le courage d’aborder celle qu’il croit être un mur ou une panthère. Il rumine son échec (car les hommes sont tout autant masochistes moraux que les femmes), fantasme tout haut de se dédommager ailleurs ou devient impuissant. Le cercle vicieux s’installe alors. Dénarcissisée par ces déclarations, la femme se replie masochiquement sur son anomalie ou sur ses activités ménagères, maternelles ou sociales, d’une façon obsédante qui la déculpabilise vis-à-vis du Surmoi génital d’incompétence, mais une régression latente se fait à des émois d’infériorité œdipienne et au rôle d’objet dérisoire qu’elle a été pour son père que le mari remplace.

Il faut une solide estime sociale réciproque pour que de tels couples tiennent unis, devenant peu à peu des couples fraternels faussement chastes où l’un des deux admet passivement son impuissance génitale dans le couple cependant culturellement et socialement valable pour l’entourage. On voit de tels couples à l’occasion des consultations psychologiques d’enfants. L’enfant a été, dans son être, le révélateur de conflit génital des parents, quelque chose ne peut se faire dans la résolution œdipienne chez l’enfant et pourtant la personne des parents, de la mère n’est pas cliniquement atteinte de symptômes névrotiques.

La tolérance, sans symptômes de pareilles situations sexuelles, peut durer assez longtemps, jusqu’à une poussée libidinale liée à une tentation extra-conjugale qui, si elle est refoulée, provoque alors des symptômes soit chez la femme, soit chez ses enfants, soit chez le mari.

Je pense aussi que l’attitude émotionnelle interpersonnelle du jour, avec le partenaire, joue, pour la femme, au moment du coït, un rôle érotique diffus pour colorer ou non d’échange d’émotion et de tendresse les jeux érotiques, qu’ils soient pour la femme, accompagnés ou non d’orgasme complet. C’est cette modulation sentimentale interpersonnelle qui peut, par son intensité négativante, entraîner la frigidité chez une femme jusque-là non frigide. Il est certain alors que ce sont des composantes sexuelles et émotionnelles orales et anales actives réactivées qui débordent l’attitude génitale réceptrice encore présente. C’est cependant cette ambivalence due au parasitage du registre de relation de corps lié aux relations interpersonnelles de cœur sur le registre des relations de corps intergénitales qui justifie la demande consciente ou inconsciente d’agressivité soi-disant sadique, plus ou moins marquée du partenaire sexuel, à son égard. Le but de ce fantasme associé à un simulacre d’exécution est d’annuler, par une maîtrise musculaire symbolique l’ébauche de défense active phallique réactionnelle qui gêne l’obtention de la résolution musculaire du corps locomoteur, condition indispensable à la primauté de l’investissement érotique vaginal intense et surtout à l’orgasme utéro-annexiel. Il s’agit là de fantasmes et non de masochisme vécu.

Je pense que toutes les perversions masochiques dans lesquelles la douleur par contusion, effraction, entraîne l’orgasme, sont le propre d’homosexuelles au moins latentes, au corps narcissiquement investi comme phallus fœtal ou anal de la mère, soumis et abandonné à un objet érotique actif jouant le rôle de mère ou père phallique en situation de consommation orale ou anale imaginaire bien que le coït puisse effectivement se consommer de façon génito-génitale.

Le vaginisme dont je n’ai vu que quelques cas et qui apparemment est une exagération de la frigidité, contrairement à elle, est toujours symptôme de refoulement de libido à tous les stades mais surtout génital, le refoulement culpabilisé de désirs intenses intriqués à une agressivité sans objet ou dont l’objet imaginaire est d’une puissance suprahumaine ou magique.

Il est très souvent associé à une compulsion à sucer le pouce, soit pendant la vie consciente, soit pendant le sommeil.

Les cas que j’ai vus étaient très probablement des séquelles de viol par le père ou par un substitut avant l’âge des fantasmes possibles de maternité matricielle. Les rêves de vaginiques sont des rêves de dangers élémentaires cataclysmiques, fournaises, éclatements, phobogènes après le réveil et à peine verbalisables. À une étude sommaire, on a l’impression que le vaginisme essentiel se montre chez des femmes présentant dans leur psychisme des enclaves psychotiques.

Chapitre III. La relation d’objet génital chez la femme sa structuration, ses modalités

I. – Les conditions narcissiques aux relations d’objet chez la femme et chez l’homme

Réflexions sur la réalité corporelle des rencontres interhumaines charnelles électives et sur la réalité émotionnelle des rencontres interhumaines électives non charnelles. La Symbolique phallique. – La complémentarité d’amour humain depuis l’époque enfantine préœdipienne se construit sur la confiance dans l’autre. L’effusion du cœur pour l’autre, cet autre désiré, est liée à des perceptions corporelles et plurisensorielles actives et passives qui, dans leur genèse sont liées à la première créature soutien et provende, la présence réplétive palpante morcelable et morcelante, ressentie vitalisante de la première présence animée provende et soutien, la mère nourrice.

Pendant les absences de la mère, lorsque l’enfant ressent dans son corps des sensations dévitalisées de faim et de soif que le métabolisme provoque, cet autre est désiré parce que lié à la vitalisation de façon répétitive connue. II la reconnaît grâce aux sons, rythmes et mimiques, médiations sensori-motrices accompagnant l’approche de satisfaction qui est la réplétion. En cours de réplétion, au contact érogène de la mère, se produit la diminution puis l’annulation des médiations plurisensorielles accessoires aux sensations vitalisantes.

L’enfant présentifie imagièrement sa satisfaction par des réminiscences sensorimotrices qui, pour lui, sont son désir et son plaisir. Sa première amie, sa première image de lui-même heureux, c’est le visage de sa mère et sa voix connue, au moment qu’elle s’approche de lui, ou au moment qu’elle s’éloigne de lui sans l’avoir satisfait sensoriellement et substantiellement, c’est-à-dire sans avoir réuni son centre existentiel et la zone érogène distale qu’elle emporte accrochée imagièrement à sa masse à elle ; sa mère est donc l’image de son plaisir et la permission de son être apaisé.

À cette première référence génétique s’articulent ensuite toutes les situations qui, de partenaires liés par l’évocation commune d’un plaisir répétitivement retrouvé au contact de leurs personnes, rend leur rencontre significative de similitude émotionnelle. Les sensations complexes de cet accord dans des désirs médiatisés et les satisfactions simultanées avec ces créatures rencontrées, en font des amis, des semblables, en qui nous nous connaissons et qui se connaissent en nous.

Le cœur (parce qu’il est joyeux ou meurtri) est devenu le lieu des émois caractérisant une vivance en communion émotionnelle à distance de l’aimé, cet autrui ressenti semblablement constitué émotionnellement et fonctionnant semblablement, celui qui sait ce que nous sommes ; qui nous connaît et en qui nous nous reconnaissons unifiés dans notre être et dans nos fonctionnements.

Si nous n’avions jamais été séparé dans le temps et dans l’espace de ceux avec qui nous avons éprouvé des plaisirs structurants communs, nous ne saurions pas ce qu’est aimer. Aimer est alors cet émoi, ce mouvement du cœur vers l’image de l’aimé, pour soulager en soi la souffrance de son absence. La souffrance ressentie et verbalisée par l’autre comme semblable par-delà la distance entre leurs corps séparés font que deux êtres humains se sentent accordés, mais ne le savent chacun que pour lui seul, grâce au souvenir de la satisfaction encore attendue au lieu médiateur de son corps à la zone érogène blessée dans l’image de son corps référencé à l’autre par la séparation, en un lieu qui, dans notre temps vécu, a présentifié notre relation à l’être ancestralement associé par nos émois rémanents à ceux que nous éprouvons pour l’élu d’aujourd’hui et à son sens vitalisant pour nous. C’est grâce à la séparation douloureuse et à la plaie imagière du corps, non fermée, alors que les plaies du corps se ferment, que les hommes savent que leur corps est symbolique en sa masse et en ses fonctionnements de liens plus existentiels, plus prégnants et plus électifs que ceux de la chair auxquels ils ne sont plus nécessairement référencés dans l’actuel spatio-temporel.

Jusqu’à l’accès au niveau de conscience formelle réflexive de son autonomie corporelle statique et motrice liée à la symbolique spécificité de l’espèce humaine, un être humain ne sait pas que seul l’être humain est doué du langage parlé et de son pouvoir créatif dans l’imaginaire de l’autre. Sa dépendance émotionnelle à l’adulte tant dans son sentir que dans son agir fait prendre, au petit des hommes tous les comportements de dépendance observés hors de lui ou obtenus par lui, comme des apparentements. Tout apparentement de dépendance est paire puis couple selon l’idée qu’il en ressent de dominance passive ou active. C’est par l’observation du langage parlé d’un être animé en réponse au langage parlé d’un autre être humain qu’il accède au niveau de l’éthique sociale du couple humain. Deux créatures ne sont humaines que si elles sont capables de coopération ou de non-coopération concertée.

Cette conformité de sentir et d’agir, née de la coopération concertée ou de son refus, n’est structurante pour l’être humain qu’avec un semblable constitué à l’image de sa mère nourrice, c’est-à-dire de la personne de laquelle son corps attend tout dans la sécurité, s’y réfère, parce qu’il y a du fait de la naissance et des premières impressions perceptives distales liées aux perceptions internes d’exister, un fait illusoire et primordial, l’illusion de la similitude structurale spécifique et son corollaire, la totale inaltérable et aveugle conduite de relations répétitives à cette mère, de relations coopérantes à elle par coaptation identifiante passive, de relations complémentaires aux siennes par introjection suivie de l’identification active. C’est après l’épreuve face au miroir, des mimiques, des gestes, du parlé, face à cette image de lui apparemment « bébé » qui ne répond pas de façon complémentaire concertée, mais toujours par la même imitation, c’est après l’épreuve de s’être heurté à une surface plane, miroir, écho, lors de l’illusion de la rencontre de l’autre qu’il cherchait, que l’enfant commence à saisir la différence entre l’image visuelle de son propre corps et l’image ressentie qu’il a de lui, entre l’image visuelle et sensorielle du corps des autres dans un miroir ou dans une image visuelle (portrait, photo), auditive (voix seule, téléphone, enregistrement, appel) et les émois contaminants modifiants de son ressenti qu’il en éprouve ; c’est après l’épreuve du contemplé son image fixée dans un instantané photographique et son image mobile dans un film cinématographique4 qu’il peut percevoir la différence entre ce qu’il ressent et sa place d’agissant et ce qui en est perceptible à la place du témoin.

C’est par les épreuves répétées du témoignage, médiatisé par le geste et la parole, de l’image qu’autrui se fait de sa personne, qu’il perçoit la très grande solitude et l’immensité d’un désir qu’aucune expression ne saurait satisfaire, qu’aucune complémentarité ne saurait combler. Cette très grande solitude d’exister en tant qu’être de désirs, est liée à son corps, à ses demandes satisfaites d’exigences digestives orales et anales surgies de son métabolisme de croissance. Mais sa connaissance de lui-même est focalisée dans le lieu symbolique appelé cœur, centre vivant permanent avant, pendant et après les satisfactions digestives de ses émotions libidinales, lieu de ses désirs de voir, d’entendre l’autre, de dire et de faire avec l’autre, l’ami, dans une avidité de complétude, d’action pragmatique jamais apaisable, visant à manifester de façon permanente ses manières de percevoir et de réagir, à distance temporelle et spatiale de son corps que les consommations apaisantes font tour à tour apparaître et disparaître à sa conscience. Par la perte ou l’absence de ses amis reliée occasionnellement à sa permanente source de désirs (et non à ses besoins impermanents que sont les besoins), l’être humain connaît les épreuves qui structurent sa personne. L’être humain est seul au milieu d’une multitude où ses choix électifs ne lui permettent que de rencontrer chez l’autre, le dérisoire écho de son cri d’abandonné.

C’est à cause de cette distance, ressentie absence lorsqu’elle est spatiale, ressentie passé ou avenir lorsqu’elle est temporelle que l’objet du désir de possession charnelle a pris une imagière et créative phallique signifiance chez l’être humain, quel que soit le lieu érogène de ses désirs en son corps formellement phallique mais fonctionnellement et créativement impuissant quant à son existence émotionnelle solitaire, toujours stérile hors les rencontres interémotionnelles. Cette phallique signifiance de l’objet de désir est référencée à toutes les turgescences formelles morcelées dans l’expérimenté sensoriel, prometteuse d’une force jaillissante autochtone qui a laissé répétitivement le souvenir d’un ressenti réunifiant. Du désir de cet objet, prometteur d’une réconciliation de son corps et de son cœur, la tension croît en ses zones érogènes, et l’éprouve jusqu’à ce qu’il s’empare possessivement de l’objet porteur de cette phallique, vivante et créative signifiance. C’est le désir.

Toute tension liée associativement à l’attente gratifiante de l’objet désiré promet la contamination de cette phallique signifiance et fait la valeur-désir de l’objet qui hérite de toutes les sensations rémanentes de plénitude dont la mémoire a conservé les traces imagières, passivement et voluptueusement éprouvées dans les satisfactions antérieures connues et répétitivement attendues. C’est à cause de cette tension accompagnant le désir érotique ou émotionnel à satisfaire, que l’objet aimé ou l’objet désiré est toujours représentativement phallique, du seul fait du désir en un lieu focal érogène de notre corps, c’est-à-dire de la sensation de prégnance attractive du corps de l’autre, symbole phallique de puissance fonctionnelle émissive jaillissante dont il suscite par référence et inférence en nous l’image. L’objet du désir génital n’est donc valeureux que s’il a valeur de présentification subjective phallique et cela chez les humains des deux sexes pour ce qui concerne le symbolique, quelle que soit la forme creuse ou protrusive sensorielle de leurs organes de contact somato-somatique intentionnel ou occasionnel et qui peut alors par simultanéité de temps et d’émoi relationnel signifier l’appel médiateur.

Or, cette distance intercorporelle nécessaire à l’amour interémotionnel s’abolit entre les corps enlacés et entre les sexes compénétrés dans le coït. Les désirs du cœur sont-ils contradictoires aux désirs du corps ?

N’est-ce pas là l’épreuve narcissique agonique qui accompagne toutes nos joies terrestres, toutes nos rencontres interhumaines ? L’angoisse scandée par la naissance, le sevrage, la différence morphologique des sexes, la dysparennie des âges, la mort, la décomposition de la chair, notre signifiance insignifiante, cette angoisse inhérente à notre condition humaine trouve dans la fonction symbolique interhumaine et dans l’imaginaire où le conditionnement est votivement déréalisé, un relatif atermoiement à notre souffrance sans que, cependant, jamais les pulsions tentatrices consolatrices de mort ne nous puissent longtemps apaiser des pulsions tentatrices et dynamiques de vie sauf dans la dernière étape de notre vie, où, enfin rassasié de phallique illusion, notre Moi s’apaise de se découvrir voué à la seule symbolique a-sensorielle, a-spatiale et a-temporelle existence. C’est l’arrivée sereine au port après le voyage d’une vie, est-ce là le destin féminin de la libido ? Oui, c’est aussi, je pense, son destin masculin. Le saurons-nous jamais ? Peut-être et pourquoi pas notre humaine existence ne serait-elle qu’une mesure pour rien.

Mais, au cours de ce destin, dans les conditions temporo-spatiales que la raison reconnaît à nos sens quintuplement reconnus, les hommes rencontrent ou croient rencontrer les femmes, et cela fait à nos oreilles beaucoup de bruit… Même si c’est pour rien, ces rencontres donnent un sens à leurs émois, à leurs actes, et c’est l’objet de notre actuel propos. Aussi, continuons…

II. – Le complexe d’Œdipe, épreuve narcissique génitale. L’angoisse de castration la soumission a la loi endogène le renoncement au désir pour le géniteur la chute des dents, son importance génitale symbolique. La règle des quatre « g »

Les marques de cette épreuve initiatique qu’est la chute des dents de lait, se retrouvent dans l’inconscient où beaucoup de rêves de chutes des dents sont associés au travail d’acceptation d’un abandon d’investissement narcissique, d’une sorte de mort, agonie endogène acceptée comme seule issue résultante d’un conflit libidinal. Ces rêves sont toujours, lorsqu’on les analyse, relatifs à un conflit endogène d’ordre génital.

C’est pourquoi je pense qu’il ne peut jamais être question de complexe d’Œdipe psychanalytiquement parlant, c’est-à-dire dynamique et clinique – avant l’âge révolu de la chute des dents de lait et de l’acquisition de la dentition adulte et (surtout pour la fille), avant l’abandon effectif de tout secours de relation de corps à corps avec l’adulte pour l’entretien et le maintien de sa vie, cela chez les humains des deux sexes. Cet abandon de l’enfance que signifie somatiquement la chute des dents de lait, s’inscrit à la suite de l’abandon délibéré de la mère dyadique rendu possible par l’acquisition de la marche, puis de la déambulation autonome, dans des intiatives actives libres venues elles-mêmes après le sevrage après le renoncement à la mère symbiotique, la naissance perte de la relation ombilicale que remplace la respiration aérienne et le nourrissonnage ; le sevrage et le langage parlé sont deux promotions que les dents avaient rendu possibles.

Ces conditions successives de séparation, inscrites dans le corps, rendent élective la zone érogène dévolue au corps à corps érogène par-delà la séparation opérée. Au moment du deuil narcissique esthétique infantile de la bouche, le désir est prêt à se manifester électivement au sexe et, le corps étant ressenti achevé ou presque, ce sexe est attendu fécond, non pas dans le sens additif et soustractif métabolique pour la masse corporelle du sujet, mais fécond au sens génétique humain, d’engendrement, hors des limites de son corps, d’un être vivant, homologue en espèce symbolique, de laquelle l’enfant œdipien se sent être lui-même un représentant sexué. N’est à proprement parler œdipien qu’un désir d’enfanter un être humain à aimer et éduquer, bref un être vivant semblable en espèce, qui puisse devenir autonome à son tour, un désir d’enfanter après couplage incestueux génito-génital avec son propre géniteur hétérosexuel, adulte surestimé et subjuguant en sa personne et en son sexe.

Toute théorie du complexe d’Œdipe doit poser ainsi ses caractéristiques constitutives qu’on peut appeler la règle « des 4 g ». Les représentations subjectives sont en relation de désir à :

1° L’objet hétérosexuel géniteur ;

2° Pour des relations génitales ;

3° À son sexe génitalement valorisé ;

4° Pour un espoir de fertilité génétique humaine.

Enfin, ces fantasmes ne sont œdipiens que si le sujet est parvenu pratiquement à l’autonomie de sa conduite et de son entretien, c’est-à-dire qu’il est capable, dans sa réalité temporo-spatiale, de maintenance, de survivance et de croissance corporelle, sans le recours nécessaire maternant prothétique à un autre être humain, ce qui implique que son insertion au groupe est entièrement médiatisée et symbolique.

Ces longs développements ont leur importance, nous verrons, pour expliquer les écueils des poses incomplètes ou perverties du complexe d’Œdipe et, par conséquence, les résolutions œdipiennes conflictuelles, non totalement créatrices. Il faut dire que les écueils sont très souvent provoqués par les difficultés sociales et familiales exogènes, source de névroses surajoutées aux difficultés endogènes du sujet par le contre-Œdipe de parents névrosés et encore infantiles, l’absence de ceux-ci ou leurs attitudes perverses caractérisées. Ces difficultés surimposées aux sujets arrivés à l’âge de résoudre leur complexe d’Œdipe et concernant leurs fantasmes inconscients et leur affleurement à la conscience rendent parfois impossibles la pose, le développement et la résolution de ce complexe spécifique.

Résumons ainsi cette théorisation de l’Œdipe :

Les conditions libidinales endogènes théoriquement nécessaires à l’atteinte du niveau de résolution du complexe d’Œdipe sont : l’existence subjective des fantasmes des k 4 g » et l’existence objective, en milieu social mixte d’âge et de sexe, de l’autonomie pratique en ce qui concerne tous les besoins corporels du sujet et ses libres initiatives les concernant.

L’observation des enfants en psychanalyse et des enfants en cours de croissance nous montre que le terme de complexe d’Œdipe ne doit être réservé qu’aux phénomènes sexuels conflictuels qui surviennent après la constitution de l’autonomie de la personne de l’enfant dans ses rapports d’entretien et de maintenance de son propre corps, c’est-à-dire pour la fille quand elle sait vivre en société en l’absence de sa mère et des soins maternels dont elle s’est sevrée d’elle-même mais, surtout, quand elle sait consciemment qu’elle a accepté le fait que le couplage des rapports sexuels procréatifs entre deux corps est concerté entre deux personnes libres. Les conditions mêmes pour que l’obtention de cette image du corps complet et géni-talisé se soit constituée, impliquent toute une dialectique émotionnelle de libido orale et anale (érotisme additif et érotisme soustractif) et un développement physiologique et émotionnel que l’enfant des hommes n’atteint qu’après un minimum d’épreuves angoissantes vécues dans son corps, épreuves synonymes pour lui de promotion quand elles sont dépassées et qu’il en constate après coup la valeur mutante dans ses relations à tout autrui des générations précédentes à la sienne et des générations postérieures à la sienne dans sa famille.

Cette phase œdipienne qui de sa pose à sa résolution ne devrait pour une santé psychique de la femme ne durer que jusqu’à 8 ans maximum, se prolonge parfois indûment du fait de l’impossibilité de poser une de ses conditions (un des « g » ou l’autonomie effective de conduite). Une des entraves fréquentes est la confusion subjective des entrailles excrémentielles avec les entrailles utéro-annexielles. Cette confusion est, d’une part le fait de l’angoisse endogène de castration et de viol ressentie par la fille à cause de son désir de l’objet incestueux relié à sa localisation génitale d’échange corporel que la notion du tabou incestueux tant homosexuel qu’hétérosexuel n’a pas éclairé par la verbalisation et elle est aussi, d’autre part, le fait d’une relation souvent névrotique de la mère et du père de la fillette jouant à son égard leurs positions œdipiennes résiduellement non résolues5.

Après la perte des espoirs œdipiens, toujours narcissique-ment éprouvante, le fonctionnement interrelationnel vivant créatif se rétablit, mais un mode de vie est révolu. Une mort sexuelle à la famille, après une mort sexuelle de ses parents pour l’enfant a été vécue de façon irréversible sans qu’aucun être vivant prothétique phallique maternel puisse en éviter l’épreuve endogène spécifique de la croissance humaine, et c’est cette irréversibilité spatiale et temporelle entièrement acceptée qui permet l’obtention du fruit de l’expérience dénarcissisante mortifère qui porte le nom de résolution œdipienne.

Une des épreuves organiquement perceptible et réflexivement angoissante pour tous est la chute des premières dents ; elle angoisse tous les enfants. Elle les fait mourir à un mode de sentir et d’agir d’une zone érogène qui a été élective et qui est encore, entre 6 et 7 ans, très investie de libido. La chute des dents gêne pour manger, pour parler et se faire entendre, parfois elle ridiculise, toujours elle les enlaidit à leurs yeux dans le miroir. Il n’y a pas de mère imaginaire ou réelle à qui régresser, qui puisse empêcher cette épreuve réelle, sensorielle, organique et interrelationnelle. Lorsqu’une denture définitive a remplacé la précédente, cette expérience physiologique a porté son fruit physiologique et c’est cette intégrité nouvelle de la bouche, après sa dévastation, qui est par elle-même inconsciemment et consciemment une épreuve vécue initiatique d’une angoisse triomphée, d’une zone érogène archaïquement dominante, blessée puis rénovée, transfigurée. La cicatrice ombilicale est une première expérience mutante, mais elle est tout à fait oubliée ; la chute des dents s’inscrit comme une semblable expérience mutante, mais cette fois consciente. Il m’a paru, dans mes observations, qu’elle existait encore, présente dans les rêves symbolisant la castration, plus chez les filles longtemps nourries au sein que chez celles nourries au biberon. J’aimerais savoir si cette observation est confirmée. Le sevrage oro-mamellaire et la mère charnellement et expérimentalement phallomorphe pour la zone buccale serait donc, pour la fille, dans l’arrière-plan du renoncement génito-génital au père. Le premier phallus en image formelle et fonctionnelle serait le mamelon perfusant, sa première perception sensori-émotionnelle complémentaire formelle serait la langue en U coaptée au palais et sa première condition de fonction vitalisante serait la succion, le continuum muqueux oral des muqueuses maternelles aux muqueuses de l’enfant serait le premier mode de relations vivantes scandées par des sensations rythmiques pulsatiles amorties sur un fond pulsatile entretenu, circulatoire et respiratoire, l’odeur de la mère, le premier langage de celle-ci pour l’enfant.

III. – Le risque féminin et la dialectique phallique

L’enfant introjecte une manière de sentir dérivée du sexué que les voluptés transitoires orales et anales ont préformé en référence à la dialectique de fonctions complémentaires de zone érogène et de l’objet partiel érotique présent-absent. Cette manière de sentir à la phase d’intérêt dominant pour le sexuel génital, apparemment sans liaison à des besoins, et sans autre but que le plaisir, est signalisée par le partiel phallus qu’au sexe qu’il a ou qu’il n’a pas et qui fait qu’il se sait un garçon ou une fille. Cette petite personne autonome (dessinée avec une canne ou un sac contenant des biens consommables) est, pour le « culturel oral » ou l’éthique orale, représentée par la pipe, la belle cravate chez le garçon et le bon goût des nœuds, des bijoux chez les filles.

En introjectant une éthique sociale à travers des médiateurs référentiels culturels oraux de son sexe – par exemple le beau visible, le bon goût, le bien parlé – l’enfant développe des qualités sociales de personnes correspondant à l’éthique anale où tout échange juste est un troc à sens utilitaire, où l’additif et le soustractif sont toujours à lui profitables. Ce troc additif se porte au bénéfice de sa sexualité diffuse dans et sur tout le corps mais ressenti clitorido-vulvaire dans la solitude masturbatoire. Dans l’imaginaire, cette sexualité encore non humanisée, est représentée par un objet à roulettes ou à pattes : animal, camion, train, tous jouets que l’enfant tire, articulés à lui d’une façon cordonale, dépendante de lui comme lui l’est à sa mère et à son père, et plus tard, sur laquelle il s’asseoit, l’enfourchant pour le localiser en son sexe.

Tout objet du désir libidinal, quel que soit le stade considéré, est préfigurant le phallus, jusqu’au moment génital de la claire option sexuelle pour la dominante érogène de l’ouverture attractive vulvo-vaginale, signalisée par l’ambiguë excitation phallique clitoridienne. Cette dominance sexuelle génitale est orientée par le désir du pénis masculin centripète valorisant, auquel se donne, orbiculairement turgescent et castré, un sexe ouvert que son possesseur ne connaît qu’indirectement par l’attraction de sa personne focalisée par le phallus possédé par l’homme au lieu électif de leur disparité corporelle.

L’enfant en arrive dans la dialectique sexuelle génitale phallique, au désir de pénétrance effectuée ou subie – selon qu’il est garçon ou fille – avec le réveil de l’angoisse de castration de style dental-oral (morcellement) et de style expulsif lingual ou anal (séparation). (Sans compter que si l’accouchement a été critique pour le fœtus, l’angoisse de castration réveille une insécurité de toutes les images du corps.)

Cette dialectique de pénétration voluptueuse centripète subie ou que l’on fait subir centrifuge, réveille aussi l’angoisse de viol articulée au naître, au « trop manger » oral, aux maux de ventre spastiques de l’époque anale, à toutes les sensations trop violentes pour les oreilles, pour les yeux (tics des yeux, surdité, bégaiement) et, chez les filles particulièrement, une angoisse de viol du corps de la mère auquel leur corps s’identifie, si elles osent imaginer une naissance consécutive à la pénétration correspondant aux réalités biologiques du coït.

L’importance chez les enfants des deux sexes, de l’angoisse de castration et de l’angoisse de viol liée à la tentation génitale que l’adulte suscite dans l’enfant, le situe par rapport au sexe : pénétratif phallique chez le garçon, attractif phallique chez la fille.

C’est le phallisme urétral et non le phallisme anal du garçon qui va dominer, car s’il a l’expérience des retours réguliers d’érection – comme du retour régulier des excréments – il se sent conservateur, gardien et maître du phallus grâce à la pérennité de ce sexe dans sa forme flaccide pendant les intervalles des érections, alors qu’il n’a rien à l’anus pendant les intervalles des défécations ; il est moins castré phallique devant que derrière.

Quant à la fille, l’angoisse de castration primaire suractive l’investissement (plastique et sthénique) membré de sa personne, l’angoisse latente se traduit chez elle très souvent par des gestes de membres collés au corps. Dans les formes représentées, elle évite que les prolongements phalliques des objets, membres des animaux, branches d’arbres, bras des humains puissent être atteints par des éléments supposés castrateurs : c’est dû à l’angoisse de castration et de viol rapteur projeté de leur comportement actif oral sur toute représentation phallique. Le mouvement des petites filles refermant les bras sur leur poitrine, serrant les cuisses, refermant les bras sur les poupées-fétiches du pénis paternel, fétiches de leur propre boudin fécal, fétiches de leur phallisme oral (tous les discours, monologues, psychodrames avec leurs poupées) et la protection des seins encore absents, sont les gestes traduisant ces mécanismes de défense à cette angoisse de castration grâce à laquelle elles se sentent davantage filles.

Quant à l’angoisse de viol, chez le garçon comme chez la fille, elle réveille toutes les sensations subies douloureusement trop fortes dans les divers lieux réceptifs du corps, particulièrement dans les lieux creux et sensibles : articulaires, auriculaires, oculaires et les issues, limites cutanéo-muqueuses : bouche, anus, méat urinaire, narines. Chez le garçon, l’investissement de cette angoisse de viol provoque une image trouée de sa personne, en contradiction avec le génie masculin qui l’habite et qui lui fait valoriser davantage tous les investissements actifs et phalliques. Il investira donc de plus ses comportements phalliques de personne et de sexe et sera obligé de résoudre la situation œdipienne très tôt. C’est pour lui une économie de libido narcissique s’il peut prêter à son père la responsabilité causale de son renoncement au retour régressif (« marsupial ») à sa mère ou au viol de sa mère dont le désir pour elle est tout à la fois revendicateur, récupérateur et destructeur du dangereux idéal maternel. L’angoisse de castration relative à la personne du père est, du fait de tout cela, une nécessité ainsi que l’imaginaire certitude de sa présence incluse à celle de la mère.

Chez la fille, l’angoisse de viol valorise l’image phallique qui, dans l’autre, lui donne de plus en plus de sensations aux zones creuses et trouées de son corps, aux orifices muqueux, avec une terreur (qui valorise sa féminité) de la pénétration au-delà de tous les anneaux orbiculaires frontières surinvesties : orifice vulvaire et anal en particulier.

Axé dans une dialectique phallique, possédant le pénis et cherchant à l’enfouir dans les trous passifs de l’autre, ou ne possédant pas le pénis et cherchant à l’attirer dans ses trous actifs, tel est le génie de la dialectique phallique des sexes à l’âge œdipien.

Pour le garçon, l’objet électif est la mère et les parents féminins proches qui intéressent le père et, pour la fille, c’est le père en tant qu’objet de désir sexuel de la mère, s’il l’est (ou tout autre qui l’est). C’est le père, plus que tout autre homme même s’il n’est pas objet de désir de la mère et doublement s’il l’est, car il est représentatif du style patriarcal que la société lui confère.

Après l’Œdipe résolu et la scène primitive vécue, la dialectique phallique restera la même mais le renoncement à l’enfant de l’attraction phallique incestueuse permet au sujet de surmonter les plus grosses angoisses de castration et de viol grâce à l’investissement d’une responsabilité des voies génitales, en projetant dans l’avenir une séduction réussie, licite, sociale et une fécondité humaine.

Pour que l’on puisse parler de libido génitale, il faut encore que le don de soi à l’autre pour le plaisir de l’autre soit plus valorisé que la promesse du plaisir à ressentir pour le sujet lui-même. La mutation de libido post-œdipienne en libido génitale vraie n’est faite que lorsque la libido narcissique de la mère se décentre et investit son enfant ou l’œuvre commune à elle et à son conjoint, non pas possessivement mais oblativement. Ce qui veut dire, en permettant par son comportement à l’enfant d’acquérir l’autonomie et de librement accomplir son destin personnel et sexuel. Constituée entière en assumant la passivité et l’activité de sa personne au service de ce sexe à fonctionnement attractif mais passif par rapport au pénis, la fille peut alors se développer vers une discrimination de l’objet qui n’était pas possible tant que, n’ayant pas vécu la scène primitive, chaque garçon porteur de pénis représente pour elle tout le phallisme subjugant, d’autant plus attirant, que la fille veut ignorer par refoulement le désir qu’elle a de son propre père et de son pénis. Elle attend en le déniant ou en l’espérant, de la rencontre de n’importe quel mâle porteur du pénis envié, la certitude d’être femme. Après la scène primitive vécue imaginairement comme une sorte de choc salutaire où sa tierce participation dynamique d’incarnation lui est signifiée comme une tierce responsabilité constitutive de sa vie avant que de s’être connue, elle sait dire oui ou non à ce qu’elle désire parce qu’elle valorise la complémentarité génitale à sa valeur de condition de sa responsabilité pour sa personne identifiée à celle de sa mère, de toute femme et pour celle du partenaire masculin identifié à son père. Elle peut dire non aux demandes de ceux des garçons qu’elle ne désire pas soit de corps, soit de cœur, soit d’éthique, en tant que compagnon de vie et père d’une descendance éventuelle commune. Elle n’attend pas du seul contact des corps le droit d’avoir un sexe, ni celui d’être une personne. La connaissance du coït parental de la scène primitive le lui a donné. Elle a introjecté sa mère sauf son sexe génital, son père sauf son sexe génital et elle situe son Moi dans le devenir de sa personne devenue sensée. À l’identification de sa mère et des femmes, elle est motivée par son propre sexe féminin médiateur du phallus, dans l’amour pour celui qu’elle choisit de se faire choisir, comme vecteur de son désir et compagnon de vie. Tout pour elle est définitif au moment de ce choix parce que le don d’elle-même qu’elle fait n’est valorisé dans sa dialectique sexuée féminine que s’il est complet, engageant sa descendance et assumant à la fois le risque de viol et celui de mort. La valeur subjective du phallus pour la femme vient d’une rencontre à ce prix.

IV. – Le risque féminin et la dialectique imagière de la rencontre : le corps et le cœur, le désir et l’amour

Les échanges créatifs corporels organiques sont des échanges de désirs, toujours sexués avant que d’être sexuels. Les échanges créatifs culturels sont des échanges émotionnels, toujours d’aimance sexuée avant que d’être d’amour.

C’est quand les rapports de corps et les rapports de « cœur » sont des recherches de corps à corps génital et de cœur à cœur personnel qu’on peut parler de fixations amoureuses. La possibilité de les éprouver commence très précocement. Elles sont toujours ressenties dangereuses, trop additives (angoisse de viol, de mort) ou trop soustractives (angoisse de castration, de rapt) pour le corps et le cœur, selon une dialectique orale et anale dont elles sont issues et contaminées.

Il n’y a pas de corps sans tête dans l’expérience vécue, il n’y a pas de cœur sans sexe. Toute la vie prégénitale conduit l’être humain, à l’insu de lui-même, à valoriser sa tête, son corps et ses membres dans des rapports sexués que son cœur seul, gratifié ou frustré d’émotions complémentaires, humanise par une hiérarchisation des valeurs entièrement déterminée par une échelle verticale comme la posture humaine spécifique de la dignité, allant de bas en haut, c’est-à-dire de rien à bien mais aussi de haut en bas, de bien à mal. Je m’explique. Les rapports de l’enfant petit à l’adulte grand montent à lui et redescendent de lui. Ce que l’adulte reçoit est justifié bien. Ce que l’adulte ne reçoit pas lui reste. C’est rien. Ce que l’adulte rejette est mal. C’est au visage situé à la tête de l’adulte plus grand et plus fort que lui que l’enfant par le jeu des issues ouvertes ou fermées, par le jeu signal (les mimiques muettes ou bruitées, harmonisées, impassibles ou dysharmonisées, c’est par elles que l’enfant connaît ce qui plaît ou déplaît à l’adulte et méconnaît ou rejette de sa conscience narcissisée ce qui n’est pas ainsi reçu, ce qui sera venu de l’adulte pour lui symboliquement humanisé, mal, bien. En miroir, et par contamination énergétique d’origine complexe (cf. les aveugles sourds-muets qui introjectent après identification aussi), le petit humain est induit et contaminé de l’échelle des valeurs comportementales et émotionnelles des adultes compagnons de sa vie jusqu’à l’âge de la crise œdipienne.

À ce moment, l’enfant, siège d’introjection du corps, avec un sexe, des valeurs éthiques de sa mère puis de son père, doit, pour naître à sa propre individuation sexuée, vivre imaginairement, en s’identifiant à l’adulte de son sexe objet du désir de l’adulte parental de l’autre sexe, une scène conjugale dont l’imagination est insoutenable pour une structure mentale liée à la représentation corporelle qui, elle, est issue d’une dialectique encore actuelle où l’actif triomphe par destruction partielle ou totale du passif aux stades oral, anal et phallique. Pour le garçon, l’acte délibéré de l’initiative pénétrante dans la scène conjugale sexuelle lui incombant, il est tenu d’y renoncer délibérément, consciemment et inconsciemment.

Pour la fille, une fois constituée l’imagière existence prégénitale au corps, toute son option d’aimance se fait imagièrement dans son cœur au service de l’option à la satisfaction attractive attendue aussi par son corps, la pénétration créatrice phallique du pénis du père et le don à lui de son être, corps et cœur, dont la représentation imagée attractive est le sexe de l’homme le plus valeureux qu’elle connaisse, le père, ou l’homme que sa mère désire et lui enseigne à respecter.

Au nom même de son option d’attente attractive pénienne et de survalorisation phallique du père, la fille peut demeurer dans ce statu quo œdipien un temps considérable. Elle peut même renoncer pour lui à l’échelle des valeurs qu’elle avait construite avec lui, ce qui se passe dans le viol incestueux de la fille par le père, pas si rare que l’on pense. Le prestige du phallus est tel que la plupart des femmes amoureuses adoptent toutes les opinions de leurs hommes.

La psychanalyse nous a appris que les rapports de corps, quels que soient le mode sensoriel médiatisé ou non, de consommation substantielle ou de perception subtile, et le lieu des contacts, ont toujours servi symboliquement la relation interhumaine créatrice. Tout échange interhumain ressenti par un des comparses porte fruit de ressenti bon ou mauvais suivant que les pulsions actives ou passives sont apaisées (le sujet est justifié) ou suractivées (le sujet est soumis à une tension augmentée, c’est-à-dire qu’il est modifié).

La non-modification ou la non-justification par l’autre valable, c’est-à-dire si l’autre ne satisfait aucun besoin, n’éveille ni ne justifie aucun désir, le contact, l’essai d’échange correspond à une non-rencontre, le sujet a été rien pour l’autre. Le sujet continue sa recherche ou, s’il valorise beaucoup cet autre parce qu’il satisfait ses besoins sans éveiller de désir, il est devenu un rien de son désir qui le fait se nier narcissique-ment dans son sexe, et par les satisfactions de dépendance pour ses besoins, lui fait nier l’existence de l’autre comme personne libre ou lui-même en tant qu’être autonome.

Toute cette dialectique de la rencontre est valable dès l’origine de la vie humaine (stades pré-génitaux).

C’est à partir de la notion de promesse à une fécondité par la fameuse question concernant sa naissance ou sa descendance et comment on contribue à transmettre la vie en tant que personne pourvue du sexe féminin que commence, pour la fille, l’éducation génitale, c’est-à-dire l’initiation symbolique aux correspondances de désir et d’amour au service d’une fertilité responsable dans le lieu survalorisé des sensations voluptueuses de son sexe creux.

Pour parler autrement, peut-être plus simplement, une tête, un corps, bras et jambes, un sexe doivent marcher d’accord sans nuire aux autres tête, corps, bras et jambes pour que cela fasse un être humain sociable, cette « bonne femme » telle que la fille se représente (avec son sac à main allégorique de son sexe). Cette petite personne qu’elle se sent être doit, pour subsister, être siège en son corps actif et passif d’apports et de déports de mouvements liminaires : les besoins nécessaires – ni bons, ni mauvais – accessoires, les désirs bons ou mauvais selon qu’ils entraînent le bien et le mal chez autrui. Leur effet modificateur de forme et de mouvement sur les autres « bonshommes et bonnes femmes », les personnes objets, est bon – mauvais – ou rien, le rien n’étant pas créatif d’humain, reste au sujet à la « petite personne », siège de désirs non perçus par l’autre. Non reçu par son semblable, ce qui émane de son corps est nié par elle en tant qu’humain ; c’est « rien ». C’est ce rien — ressenti a-humain – que le culturel va combler, au bénéfice de chacune de ces personnes, petites ou grandes, masculines et féminines, poussées par leurs désirs immanents à leur vie, de se connaître au-delà de leurs besoins dans leurs désirs et de se reconnaître semblables, après leur expression, satisfaite si elle est reçue, ou non satisfaite si elle ne l’est pas, ou encore revenant sur eux si elle n’est pas reçue. C’est par les expressions de ses désirs et émois que l’être humain se fait connaître en bien ou en mal afin d’exister responsablement et de fuir le rien qui le néantise.

Le cœur est le lieu symbolique où nous situons nos émois. Le corps est le lieu symbolique où nous situons notre Moi et c’est dans ce corps aux formes limitées, aux issues délimitées que nous situons les lieux des satisfactions de nos besoins et de nos désirs. C’est au ventre, partie centrale du corps où la femme situe la fertilité qu’elle désire et que son sexe appelle. Ventre et cœur sont si intriqués l’un à l’autre dans la même masse ovoïde du tronc chez la femme, et si peu différenciés aussi dans sa dialectique génitale que le don véridique du cœur chez elle, aime à se compléter par le don de son corps ou, plutôt par son abandon et que bien souvent elle se croit amoureuse d’une personne par le seul fait qu’elle désire recevoir son sexe en elle.

Le cœur, siège symbolique des modes d’aimance, s’est élaboré au cours des années d’enfance et de jeunesse, années de dominance orale et anale et puis phallique, toujours relié à des relations de corps, les unes pour les autres délimitées phalliques.

La perte de sensation des limites du corps de l’époque œdipienne tel qu’il existe depuis la conquête de la station debout et de la marche, la perte des limites extérieures dans les sensations de volupté qui imposent une relaxation qui, spontanément, n’existe que pendant le sommeil, modifie donc, pour la personne de la femme, les modes émotionnels connus et référencés de son existence au monde.

En termes psychanalytiques, on peut parler d’une résistance qui tendrait à jouer soit au niveau de la personne, soit au niveau du corps devant l’imminence du premier coït avec un homme auquel elle livre l’issue aux régions creuses de son sexe, inconnues d’elle-même. Pour la femme chez qui le deuil du pénis imaginaire centrifuge, puis le deuil de l’enfant imaginaire, pénis centripète du père, n’avait été surmonté que grâce à la validité surcompensée de sa personne sociale phallique ou grâce à une éthique d’intériorisation des affects en un lieu inviolé, inviolable jusqu’au jour lointain encore de l’amour, voilà que l’excitation par l’autre, confirme la castration non du clitoris mais du schéma corporel prégénital et œdipien, synthèse résiduelle des images liminaires existentielles statiques et de fonctionnement de tous les stades et qu’il consomme le viol jusqu’à son tréfonds de l’intériorité ventrale inconnue, bien en deçà des régions palpables les plus enfouies.

La première qui lâche le contrôle est la tête, représentante capitale de la conscience et du sens logique et critique inhibiteur au nom de la raison, car tout est déraisonnable dans les affects de l’excitation sexuelle. Puis ce sont les membres squelettiques incapables de continuer leur étreinte toniquement phallique dès que l’excitation vaginale croît. Enfin, si la jouissance monte, disparaissent les références même de ce qui faisait le corps pour l’autre et soi (l’extérieur) et le corps pour soi (l’intérieur), de ce qui faisait le cœur qui aimait sans contact et le sexe qui cherchait le contact. On comprend qu’une telle irruption déréalisante soit ressentie menaçante de toutes les références de vie, c’est-à-dire menaçante de mort.

C’est de la hiérarchisation narcissisante de ces références perceptives répétées et imaginairement conservées dans la mémoire, que s’était construite éthiquement la prépersonne de la fille, à l’époque du nécessaire concours de sa mère gestante, porteuse puis soignante, pourvoyeuse et convoyeuse.

C’est de la coordination de ces images éthiques et des perceptions expérimentées au monde et aux êtres humains, après l’époque de l’autonomie des comportements, que la personne de la fille, dans son adaptation sociale à son sexe, se construit morale, c’est-à-dire maîtresse et responsable de ses comportements actifs ou passifs toujours ressentis « bien » lorsqu’ils sont agréables, utiles et structurants pour l’individu et pour le groupe social dont il fait partie, « mal » s’ils sont désagréables, nuisibles et dissolvants pour l’individu et pour le groupe social dont il fait partie dans le cas contraire.

Quant au représenté cœur, après une accélération de ses battements, parfois violents, au cours de l’excitation, il est, lui aussi, subjugué et anéanti. Or, ce « néant », ce rien que doit risquer la femme dans le coït, c’est ce qu’elle a eu le plus à craindre au cours de son éducation. Pour peu que ses émois de cœur ou de sexe aient été très violemment humiliés au cours de sa vie virginale, le danger du don d’elle-même s’associe inconsciemment à la perte de sa valeur. C’est peut-être la raison de la fréquente frigidité primaire des jeunes filles. C’est sûrement la raison de la frigidité secondaire aux déflorations mal faites, non précédées de jeux verbaux ou corporels ludiques et affectueux, sans l’amour de la personne de l’homme et qui, alors, lui paraît dans le coït n’être motivé que par le rut. Il en est de même des rapports sexuels conjugaux ressentis comme des abus de confiance sinon des viols du fait du manque de formation culturelle, sexuelle et érotique du mari, de son inhibition émotionnelle dont triomphe son seul besoin de décharger, confondu pour lui, tout innocemment avec la preuve de son amour très souvent authentique mais qu’il ne sait pas médiatiser dans un climat, de plaisir aux jeux interpersonnels et sexuels et surtout, pas faire suivre de propos affectueux par-delà sa satisfaction érotique obtenue.

Cette constitution des références hiérarchisées du cœur et de celles du corps est difficilement articulable pour la fille à chaque étape de son évolution, à l’axe topique homogène. La cause en est l’absence hors du perceptible pour elle d’une référence aux perceptions de l’autre que le phallomorphisme seul permet dans une dialectique signifiée sexuelle, et le phallisme dans une dialectique signifiée éthique.

Les mots n’ont pas pour les femmes le même sens que pour les hommes et les mêmes mots pour deux femmes n’ont pas non plus le même sens, lorsqu’il s’agit d’émois sexuels et émotionnels se rapportant au désir. C’est ce fait qui est, à mon sens, la cause de ces choix et de ces fixations objectâtes génitales à proprement parler insensés auxquels nous assistons chez les femmes, cela parce que dans l’intimité des échanges sexuels « rien ne ressemble plus à rien » et que, si les sensations voluptueuses seules qu’apporte narcissiquement le sentiment d’aimer qui la désire ou de désirer qui ne l’aime ni ne la désire sont recherchés en référence à cette absence de référence éthique, la voie est ouverte pour le désir le plus absurde, le plus abscons (le plus a-privatif de toute signification pour elle-même et pour autrui) dont le désir pervers est encore un moyen de défense phallique contre ce danger féminin.

La femme génitale plus encore que l’homme, est source par nature, de pulsions de mort, attractivement narcissiques, au moment de l’angoisse de castration primaire, attractivement narcissiques encore au moment de l’angoisse de viol liée au désir et encore attractivement objectales au moment vécu du don génital de sa personne, de son corps et de son narcissisme, c’est-à-dire quand son unique amour coïncide vitalement avec son unique désir.

Conclusions

I. – La différence au stade physio-psychologique de relations génitales entre les hommes et les femmes

peut être étudiée dans la subjectivité différente ressentie dans leur image de puissance réunifiée post-coïtale

L’homme. – L’homme qui a éprouvé du plaisir est réunifié narcissiquement à son image totale de corps propre, réconcilié avec son impuissance intercoïtale solitaire, c’est-à-dire réconcilié avec son sexe flaccide, appendu, à son corps phallique. Il peut ne pas aimer électivement par le cœur la femme par laquelle il a éprouvé ce plaisir, cela n’infirme pas ce plaisir de s’être comporté dans sa totalité imagière existentielle narcissique et spécifique de son espèce. La femme, dans ce cas, est pour lui, pendant le coït, un objet partiel qui le réunifie, la possédant sthéniquement dans son corps phallique et la pénétrant phalliquement en son intérieur avec son pénis érigé, dent, palpe, membre pour sa forme subjective statique, jaillissement pour sa forme subjective fonctionnante (image de corps du garçon oral, anal, urétral et génital). La femme quelle qu’elle soit, pendant l’acte sexuel lui présentifie son pouvoir.

Si la femme donne à son partenaire les preuves, médiatisées à ses sens de perception, qu’elle a éprouvé, elle aussi, du plaisir au cours du coït, outre la réunification narcissique de son corps somatique phallique, l’homme éprouve la sensation d’un accord interpersonnel relativement au plaisir, symbolique alors d’un troisième terme, il a fait jouir une femme, il l’a refaite femme.

Il peut arriver que l’homme soit jaloux du plaisir éprouvé par sa partenaire, plaisir dont il n’est pas certain qu’elle le doive à sa propre personne actuelle exogène à elle mais à son expérience endogène éprouvée ailleurs et seulement répétitivement éveillée en elle. C’est l’origine du désir électif de certains hommes pour les femmes de rien, inexistantes sans eux (Pygmalion), pour les femmes vierges et qui, parfois, quand ils les ont déflorées, surtout si c’est la difficulté d’y arriver qui excitait leur désir, ne sont plus pour eux, quand elles ne se défendent plus d’eux, que des objets cassés, symboliques de leur propre castration œdipienne non acceptée (Don Juan). C’est aussi l’origine du désir des hommes pour des femmes frigides avec tous les hommes ou qui doivent se dire telles pour leur plaire afin de leur donner le piment excitant qui les fait « s’acharner » comme me le disait l’un d’entre eux attiré seulement par les femmes frigides, sortes de vierges à dévirginiser sur le plan d’un plaisir qui leur serait dû pour la première fois à eux seuls, plaisir prometteur pour eux d’une plus-value phallique sur tous les hommes que ces femmes ont connus.

Bref, cette électivité pour le troisième terme plaisir de la femme à s’adonner à soi-même et non à lui donner pour elle-même, me paraît plaider en faveur d’une castration symbolique de plaisir passif anal non résolue, ou d’une image du corps de l’époque du stade anal actif non renoncée. Il est probable qu’au moment de l’époque de la pose des forces génitales conflictuelles œdipiennes, la rencontre émotionnelle du père phallique, dans une scène de séduction rivale de la mère a fait fantasmer une scène primitive vécue dans la non-acceptation, pour le garçon, de l’existence valorielle du vagin féminin rival ridicule mais dangereux et triomphant, et ce n’est pas seulement le pénis mais l’issue ano-rectale du garçon qui, dans la compétition engagée avec sa mère essaie de son pouvoir attractif sur le père. Chez de tels anciens petits garçons, des coïts avec des femmes extra-conjugales à l’époque génitale adulte doivent alors, par la gratification de puissance anale liée au plaisir non fertile, surcompenser la blessure narcissique qu’est pour eux, le fait de donner des enfants gratifiants et rivaux dans son amour à leur femme légitime, dans des coïts orgasmiques ou non pour elle.

Lorsque les hommes sont restés marqués de l’angoisse de castration anale mortifère que représente l’acceptation que c’est du ventre des femmes que sortent des enfants vivants et jamais du corps des hommes (angoisse de castration phallique anale primaire du garçon datant du stade phallique anal du garçon en relation à la mère ou au père, patente chez tous les obsédés et les homosexuels), ils présentent un désir électif pour les femmes frigides ou non, fétiches de trou rectal fécond, qu’ils s’adornent par les liens du mariage parfois ou par la reconnaissance légitime d’un enfant qu’ils leur « font » pour le rapter légalement, et, le confiant à leur lignée maternelle ou paternelle, guérir ainsi émotionnellement leur blessure narcissique de la fixation encore actuelle homosexuelle à leur père ou celle de leur fixation phallique orale, anale ou urétrale encore à leur mère.

Voici tout ce qui, subjectif à l’homme dans son désir pour la femme, joue pour rendre la rencontre génito-génitale des corps narcissiquement et endogènement valable indépendamment de toute rencontre émotionnelle interpersonnelle et qui fait que, pour un homme, tout coït somatiquement réussi est une confirmation phallique narcissisante. On peut même dire que toute pénétration pénienne d’un corps (masculin, féminin ou animal) par une issue du corps du partenaire qui, dans son propre corps a été érotisée ou l’est encore et qu’il peut projeter dans le corps de l’autre, apporte narcissiquement ce fruit phallomorphe réunifiant.

Il m’a paru indispensable d’éclairer par cette rapide étude la subjectivité masculine liée à l’acte sexuel avant d’engager l’étude de ce qui fait l’originalité de la subjectivité féminine.

La femme. – Le désir chez la femme, pour se manifester conformément aux nécessités fonctionnelles du coït, dans la zone génitale de son corps, présume que son sexe creux ait été justifié à l’époque orale et anale en dépit du danger de castration que, par l’investissement oral de son vagin elle risque d’infliger à l’homme dans le coït et du danger de viol qu’elle risque d’en subir elle-même, pour la part d’investissement anal phallique centrifuge dont elle a pu investir son sexe6

Ce désir polarise l’appel attractif d’un pénis centripète valable en tant que plus puissant que ses options destructives qui peuvent avoir polarisé ce désir contaminé de libido anale dans la zone orbiculaire vulvo-vaginale. Il permet à la femme de se faire subjectivement une image unifiée phallique de sa personne selon la dialectique de l’attente unifiante phallomorphe polarisante génitale de l’objet phallomorphe polarisé homologue, et une image de l’issue sexuelle creuse, érotisée comme lieu d’attente de la rencontre complémentaire.

Ce fonctionnement interphysiologique et imagier du coït ne nécessite pas, chez la femme, la résolution œdipienne mais seulement l’acceptation depuis l’époque prégénitale, d’un atermoiement de satisfaction et d’un transfert de dépendance parentale à son partenaire. Les composantes érogènes fantasmées de sadisme dévorant sur le sexe du partenaire ne sont pas visiblement conflictuelles ; elles ne le sont qu’en cas de grossesse car le fruit étant homologue, la femme est le théâtre d’une culpabilité narcissique entraînant les vomissements incoercibles. Si ce sont des composantes masochiques ou sadiques anales qui dominent, hors de la gestation, ce sont les intercoïts qui sont occupés de douleurs psychosomatiques de son ventre, ses grossesses seront douloureuses, à type défécatoire morbide d’éclatement, de viol centrifuge, mais non les coïts. Ces accouchements psychopathologiques laissent des traces profondes dues aux projections maternelles à l’époque symbiotique et dyadique, dans la structuration narcissique de l’enfant qui est né de ces viols catastrophiques de leur mère, et très particulièrement si ce sont des filles.

Chez la femme, le soin de la présentification de sa personne comme objet phallique promu au rôle attractif pour le mâle se fait par transfert de libido orale et anale sur son corps en tant que signal ou langage de son sexe, donc narcissique pour son image, pour l’autre comme miroir, lorsqu’elle s’identifie homosexuellement à l’homme qu’elle brigue d’intéresser à sa personne. Le transfert de cet intérêt se fait culturellement sur la toilette, soins de corps et vêtements. L’homme ne connaît cela que peu et à l’époque adolescente de son évolution génitale, quand il est encore peu sûr de sa combativité sociale valable, de son audace vis-à-vis des filles, de son pouvoir érectile et pénétrant pénien puissant. Son honneur narcissique, c’est son sexe envié pour ce qu’il est érectile et, surtout, pour ce qu’il est efficace à éclipser activement les rivaux, puis à œuvrer activement dans les femmes séduites. Aussi, arrivé à sa pleine puissance génitale endogène adulte, l’homme bien que narcissique, n’éprouve plus grand intérêt aux soins de séduction passive à sa personne mais il soigne sa réputation de prouesses phalliques hétérosexuelles et combatives homosexuelles où ses propos imagés lui confèrent toujours le rôle actif.

La femme, au contraire, si elle n’est pas centrée dans sa personne par l’intérêt de l’homme qu’elle veut attirer, se sent veuve avant d’avoir été mariée – elle a été veuve en effet, de son père et bréhaigne de leur enfant incestueux, elle a été auparavant veuve de sa mère et châtrée par elle (approuvée par son conjoint) de la protrusion formelle signalisant ses désirs génitaux ; elle éprouve en son sexe des options que jamais ne confirme aucun signe autre que ce sang menstruel signifiant l’infertile béance de sa personne non fécondée. Qu’elle la leur cache donc par le balancement narguant de ses hanches, par le ballonnement attractif de ses seins, par la grâce exposée ou voilée de sa taille où se signalise, par sa finesse ou son mystère, sa disponibilité matricielle provoquant les palper et les enlacements masculins, par son costume qui masque à demi ses formes, par son visage dont les issues érogènes sont ornementées et attractives, par ses regards aguichants, par ses fuites feintes après que la proie masculine se soit montrée touchée à distance. L’attractivité exorbitante émotionnelle qui accompagne la valorisation de ce phallus doublement formel qu’est un homme, peut rendre une femme jalouse de toutes les femmes qui, antérieurement à elle, ont attiré cet homme ou qui actuellement l’intéressent aussi bien dans leur personne culturelle que dans un but de conquête sexuelle. C’est comme si elle éprouvait de ces fantasmes, une réactivation du manque de puissance phallique. Elle en éprouve douloureusement une avidité, rémanente de sa blessure narcissique œdipienne, de retirer de cet homme la puissance et la séduction de son sexe dont elle veut se faire, elle seule, la possesseuse. Elle veut la certitude, par sa présence formelle à ses côtés, d’une complémentation phallique qui est sensée signifier son propre pouvoir de séduction. Elle veut obtenir l’exclusivité de cet homme, de sa personne, de son sexe, de sa valeur sociale, de sa puissance anale, de son admiration, de ses hommages, de sa fécondité, bref de tout ce qui, pour elle, a valeur phallique. C’est probablement la raison endogène de ce jugement général des femmes concernant la personne des hommes avec qui elles ont des relations émotionnelles liées à des relations de corps : les hommes sont égoïstes, ils ne pensent qu’à eux-mêmes, alors que ces mêmes femmes ne pensent aux hommes que pour leur prendre tout : leurs affections, leurs amitiés, leurs enfants, leur argent, les priver de toute joie qu’elles ne surveillent, de leur liberté de mouvements et d’options hors de leurs moments de rencontres sexuelles avec elles, au cours desquels (toutes ces femmes le disent), le plaisir que l’homme prend est parfaitement égoïste !

Le désir vulvo-vaginal des femmes dans ce qu’il a de référencé à leur libido narcissique orale et anale est castrateur du pénis, rapteur de son exprimé jaillissement spermatique, adorneur d’enfant fétiche de bonne denrée alimentaire7dont elles feront, à retardement parasitant si le mari est bon fécondateur, une bonne denrée excrémentielle, l’enfant beau et bien « fait » et toujours plus ou moins fétiche de ballon vésical bien plein turgescent, sinon de ballon mamellaire gratifiant phallique envié par les autres, sinon de chose bien moulée sortie d’elle bien polie, bien propre, bien sage, bien perroquet et honorant leur contenance palpo-phallisante extrapolée de l’utéro-rectal. Tout ceci le plus possible à distance émotionnelle des personnes de leur conjoint et de cet enfant dont elles ne ressentent, captatrices qu’elles sont ou rejetantes, que leur égoïsme dénarcissisant pour elles ou la liberté de mouvement et d’option par lequel le génie proprement sexuel prégénital de leur enfant, fille ou garçon, et le génie masculin se manifeste dans l’homme authentiquement génital et authentiquement couplé à sa femme. Elles jugent leurs conjoints odieux, incompréhensifs qu’ils sont des « sacrifices » qu’elles font à leur « intérieur » et aux enfants qui, dans leur relation à elles naturellement, ne peuvent, en cherchant leur autonomie à coups de troubles de caractère, que leur paraître ce qu’elles les ont induits à être, des excréments qui se défendent d’en être. (Ces caractéristiques génitales narcissiques, dont ce tableau est à peine caricatural, sont différentes chez l’homme, époux et père narcissique. Cela est sans doute dû au fait que sa génitalité, lorsqu’elle porte fruit, assiste sa compagne mais ne geste pas l’enfant, instruit et forme l’enfant à la société par la correction paternelle castrante et le soutien du Moi social valeureux alors que la femme porte son fruit en cachette et le construit dans sa forme individuelle.)

Vu par de telles femmes, leur conjoint ou leur partenaire sexuel se devrait, tels la mère et le père réunis à l’époque orale et anale, de les porter socialement, les nourrir, les vêtir, leur procurer du plaisir, les montrer en public comme leur phallique signification et leur laisser à dominer et posséder les enfants-choses parthénogénétiques qu’elles ont conçus, accouchés, nourris, soignés possessivement, fétiches de l’amour d’elle-même dans la personne de l’homme admiratif qui leur a servi de vivant miroir grâce auquel elles se connaissent mais qu’elles méconnaissent.

De telles femmes ne sont pas toujours frigides. Elles éprouvent des orgasmes nymphomanes de style masturbatoire camouflé, avec le morceau de corps que l’homme met à leur disposition, surtout si elles rencontrent des hommes qui désirent des femmes-enfants à plaisir clitorido-vulvaire et cutané diffus sur tout le corps, et en particulier aux mamelons et aux seins, dont la masturbation, dans l’enfance, est liée à celle du clitoris et à des émois fantasmés sado-masochistes, des femmes passives ou masochiques sexuellement, totalement dépendantes en échange-troc de leur totale ou relative impuissance phallique industrieuse et sociale.

Elles sont frigides parfois avec leur conjoint socialement gratifiant si elles ont des raisons de penser que leur jouissance serait gratifiante pour l’homme et ne le sont pas avec leurs amants auxquels elles prennent ce troisième terme plaisir en compensation de la puissance phallique argent ou enfant qu’elles ne lui soutirent pas. Bref, leur relation endogène à leur mari sont ambivalentes, agressives émotionnelles et passives corporelles, passives émotionnelles et agressives corporelles si la zone érogène pénienne du mari est fétichiquement élue et plus encore si la dépendance sociale à lui a permis le transfert à son égard de la dépendance situationnelle à ses parents dans sa jeunesse.

C’est en effet stupéfiant de voir la vie émotionnelle et sexuelle des humains de notre civilisation européenne de plus en plus arrêtée avant la résolution de l’Œdipe ou régressée à ce stade (après une tentative d’escapade à deux, la « fugue » ratée du voyage de noces). La situation œdipienne est, chez l’adulte, déplacée des géniteurs tabous et périmés, sur des contemporains, patrons ou supérieurs en réussite sociale ou sexuelle. C’est le style courant des relations affectives et sexuelles. Cette situation œdipienne continuellement remise en question avec des pions guignolesquement variés, alterne avec (ou s’intrique à) une sexualité érotisable à n’importe quel contact, érotisation sans référence à la personne possédant le corps fétiche, et à la persistance consciente ou non de relations passionnelles prégénitales avec les géniteurs, les collatéraux et les engendrés et avec les contemporains des deux sexes.

C’est bien là toute l’instabilité de la vie sexuelle œdipienne, menacée de castration valorisante pour l’homme, de viol valorisant pour la femme et d’une présence implicite ou explicite rivale menaçante.

C’est cette intrication de relations d’objet œdipien qui fait le style érotique soi-disant génital de notre culture ; je dis soi-disant génital parce qu’il n’y a de génital que la zone érogène. Il semble que les conditions d’une actualisation de situation de transfert préœdipien ou œdipien chez l’adulte sont nécessaires et suffisantes à l’obtention de volupté orgastique de décharge nerveuse physiologique réconfortante et narcissisante pour l’homme, parfois aussi pour la femme, et inutiles même pour celle-ci, suffisamment valorisée qu’elle se trouve par sa possessivité légale revendicante de ses droits à l’égard de la liberté d’option et d’action de l’homme et de celle de ses enfants, ses fétiches phalliques au service de ses désirs homosexuels directs ou indirects.

Toute cette étude de conditions endogènes essentiellement et parfois exclusivement narcissique d’une vie hétérosexuelle manifeste chez l’homme et chez la femme nous montre que dans le contexte social de notre civilisation, et quel que soit le niveau social observé, le fonctionnement génital dans le coït et dans ses corollaires émotionnels narcissiques et ses conséquences sociales peuvent exister, la maturité physiologique étant atteinte pour le corps, en dépit d’une relative résolution œdipienne chez l’homme et d’une absolue non résolution œdipienne chez la femme.

Quant aux liaisons homosexuelles avec les contemporains, conscientes ou inconscientes, il faut bien dire que celles qui sont conscientes et assumées émotionnellement et érotiquement impliquent souvent davantage les deux personnes humaines et les deux sexes des éléments du couple, et, de ce fait, portent des fruits symboliques culturels plus valables que ne le sont les fruits, les enfants et les œuvres, des relations hétérosexuelles courantes.

C’est peut-être parce que, à ce niveau général de l’évolution libidinale où la situation œdipienne inconsciente est partout valorisée dans les romans, le théâtre, la vie, le fait d’affirmer en l’assumant, une option sexuelle en opposition au consensus social (pour lequel le guignol des corps apparemment couplés selon la complémentation morphologique sexuelle suffit à rassurer), c’est peut-être parce que la non-fécondité génitale (cette triste ou fatale fécondité subie et qui « dédouane », si j’ose dire, les unions interpersonnelles et intersexuelles les moins valables oralement, analement et génitalement) pousse deux personnes du même sexe qui s’entr’aiment sans fécondité corporelle possible, à créer trinitairement, à donner la vie à une œuvre qui, sur un plan symbolique, est génitalement conçue de façon souvent plus authentique que bien des enfants de chair nés de coïts rapaces ou sado-masochistes (avec ou sans orgasmes).

Quoi qu’il en soit, l’important ici est de souligner :

1° Que les orgasmes clitoridien, vulvaire et vaginal ne sont pas du tout signifiants de l’accès à une libido génitale mais seulement d’un investissement narcissique oral et anal déculpabilisé (« ça avale et ça sert » donc c’est en règle) des voies génitales du sujet féminin observé ;

2° Que la fixation érotique à une personne de l’autre sexe n’est pas en elle-même signifiante d’un amour génital au sens émotionnel du terme, que l’intérêt émotionnel à la progéniture n’est pas un signe en lui-même d’un amour objectal génétique de style génital, que toutes ses fixations érotiques ou émotionnelles peuvent être narcissiques et qu’à notre connaissance, elles sont, clans notre société, presque toujours organisées par ou pour le narcissisme du fait de l’absence presque totale d’éducation sexuelle et d’exemple trop rare du sens génital de la structure du couple que forment les parents pris comme modèles.

II. – Caractéristiques de l’amour génital de la femme

On peut certifier que l’amour au sens émotionnel et génital du terme, d’une femme pour un homme avec qui elle a des relations sexuelles, n’est tangible pour elle, de façon endogène, que s’il est le sens de son attraction phallique par-delà l’indépendance matérielle, par-delà l’éloignement dans l’espace, par-delà la bonne entente émotionnelle symbolique phallique médiatisée et créatrice qu’elle entretient avec les adultes des deux sexes qui l’entourent et qu’éventuellement, elle peut désirer. Ce mode génital d’amour n’est pas nécessairement ressenti pour un homme avec qui les coïts sont orgasmiques conscients pour la femme, ni pour un homme qui a l’exclusivité pour elle de lui procurer des orgasmes. La qualité de sa valeur subjective phallique vient du désir répétitif qu’elle a de se donner à lui et non du plaisir local qu’elle en éprouve.

On peut aussi certifier que l’amour, au sens émotionnel et génital du terme, d’une femme pour un homme qui l’a fécondée, ne se ressent pas pour elle, de façon endogène, au sentiment de culpabilité narcissique qu’elle aurait à le tromper en éprouvant un désir sexuel satisfait ou non avec un autre homme (et qui relève toujours d’une angoisse de castration ou de viol articulé à la situation conflictuelle œdipienne), mais au sens qu’elle donne à consacrer ses forces libidinales de personne à l’épanouissement de l’œuvre culturelle de l’homme qu’elle aime et de ses enfants – qu’ils soient conçus par une autre femme ou qu’ils soient conçus par elle.

Lorsqu’il s’agit de ses enfants, l’amour maternel qu’elle leur porte, elle le porte narcissiquement de façon excentrée hors d’elle-même au témoignage de la personne du géniteur de ces enfants tout au long de leur éducation (qu’elle reste elle-même génitalement ou non couplée dans son sexe au sexe de leur père) à travers le truchement concerté de sa propre personne. Cet amour maternel, elle le porte à des personnes originales et respectées comme telles, celles de ses enfants, qu’elle conduit à l’expression émotionnelle féconde et sociale valable de leurs libres options créatrices intrinsèques, heureuses qu’elles sont de leur bonheur même s’il doit les éloigner spatialement, esthétiquement ou éthiquement, prêtes qu’elles sont par-delà le hiatus spatial et temporel, à un investissement d’amour grand’maternel génétique à la deuxième et troisième génération.

Il n’y a pas pour la femme comme pour l’homme somatiquement et génitalement adulte, de sens rémanent narcissique phallique de sa personne à se joindre génitalement dans des transferts polyandres à n’importe quel homme, comme ceci peut exister pour l’homme si fréquemment polygame, ni à valoriser des sensations génitales comme des prouesses, car le plaisir du coït, en lui-même n’est pas, pour elle, phallisant. Passé le moment du coït, pendant lequel son corps et le corps de son partenaire ne font qu’un, et son désir excité est momentanément satisfait, la femme se retrouve appauvrie, émotionnellement non gratifiée, si son cœur n’est pas épris valoriellement de la personne de son partenaire. Cela signifie que plus que sa jouissance physique au moment du coït qui s’accompagne pour elle toujours de plaisir émotionnel, elle désire croire en lui, en la valeur inatteignable et secrète de son cœur.

Ce qu’elle désire ainsi, médiatisé par les corps, est symbolique pour elle de son propre et inaccessible lieu de plaisir dont l’ouverture et même ses profondeurs corporelles, dans ce qu’elle peut en éprouver, ne peuvent jamais dans leur don maximum signifier l’immense et phallique puissance qui, dans l’amour, la bouleverse au sens propre du terme parce qu’il la déréalise. La pensée de l’aimé réveille toujours en elle l’épreuve de son impuissant amour, car elle n’a encore à ses yeux jamais su rien lui donner, à part ses forces, ses enfants, en échange de cette gratification que c’est pour elle, femme, d’avoir un homme vrai, pas un rêve, à aimer en silence, à son insu, d’en être entièrement et symboliquement sensée par l’attraction polarisée de son cœur, de sa personne et de son sexe creux dans lequel, grâce à lui, son désir pour lui demeure de façon ressentie endogène et dont la phallique puissance rayonnante l’habite symboliquement, cela indépendamment de toute satisfaction corporelle érotique spatio-temporelle par la confiance qu’en elle-même elle lui porte, qui la tient vivante et féconde dans tous ses instants, dans ses plus humbles occupations pragmatiques qui, des soins de son corps aux soins des enfants en passant par les soins à leur foyer, deviendraient stérilement obsessionnelles si lui ne leur donnait leur sens au-delà des sens.

C’est ce conditionnement émotionnel et génital corporel de la femme qui explique, dans toutes les civilisations, la spécificité des vierges et des veuves de toutes époques, qui ont transféré leurs désirs sur la personne imaginaire de Dieu (ou d’un dieu), immanence phallique, à travers les soins attentifs donnés pour lui à une œuvre dont elles sont les esthétiques gardiennes et gestantes légales soignantes sociales des humaines faiblesses dans un détachement érotique vrai et chaste, don qui confère le rayonnement heureux que l’on sait aux vocationnées pauvres de toute possessivité, riches de toute leur « oblativité » pour un objet jamais obtenu, toujours désiré, présent symboliquement pour elles par l’œuvre à laquelle elles se consacrent et qui est porteuse de la signifiance de leur amour et lui donne son sens humain vivant.

Je pense que certains cultes de vierges païennes obéissent aux mêmes lois de la libido génitale dans son destin féminin de chasteté vocationnée. Je pense aux actuelles geishas qui, quoique œuvrant avec leur sexe sont chastes dans le culte qu’elles entretiennent. Si leur option génitale est consciemment valorisée et authentiquement renoncée dans toute phallique représentation humaine, et que leur érotisme corporel, pourtant existant dans ses désirs mais renoncé du fait de l’a-temporalité et de l’a-spatialité de leur objet, l’œuvre à laquelle ces femmes adultes consacrent leur génitalité obéit aux lois de la dialectique génitale car elle est symbolique de leur don du cœur à l’Esthétique dans un au-delà d’œuvre de chair qui y est symboliquement incluse.

Cette pseudo-oblativité du stade génital, qui aux yeux des témoins paraît une authentique oblativité « désintéressée », parce qu’elles sont des êtres de dévouement, est, en fait, la preuve que la dialectique génitale (toujours de nature libidinale érogène symbolique même dans les amours entre deux humains corporéisés) porte son fruit hors des corps présents dans une existence temporo-spatiale ; dans ce fruit se décentre puis s’excentre totalement le narcissisme de la femme aimante. Cette puissance d’effectif dévouement, lui aussi chaste et soumis aux règles qui le délimitent, est un érotisme génital sublimé. Elle est le fruit de la joie d’appartenir à la puissance phallique déréalisée relativement au corps monopersonnel d’un humain et dévolu à la puissance impersonnelle phallique, présentifiée dans un leurre socialisé ou rituel, plus consciemment admis comme leurre que dans les amours objectaux érotisés. Cette joie, si elle est vraiment génitale, symbolique de la rencontre impersonnelle phallique à travers le don de leur personne et de leur cœur, porte, chez certaines d’entre elles, à une fécondité symbolique et à un rayonnement maternel créatif (il y en a de stériles symboliques, mais y en a-t-il plus que chez les femmes charnellement mères ?). Toutes ces femmes heureuses (et non masochiques) d’avoir mené une vie féconde dans une joie indissociable de leur option totale à leur conjoint, éprouvent à travers les épreuves de la vie quotidienne négligeables, la joie incomparable de donner leur intelligence, leurs forces et leur cœur à des manifestations symboliques socialisées plus durables que leurs caduques personnes et qui, tels les enfants de leur chair pour les épouses des hommes, ont plus de droits à la vie que leur propre personne et le soin à leur conservation plus de valeur éthique que celui de leur propre conservation.

III. – Si ce n’est donc ni l’organe mâle ni l’orgasme comme tel, recherchés en eux-mêmes, quel est donc alors le mode de satisfaction génitale spécifiquement féminin ?

Cette question est d’importance. Ne serait-ce pas l’effusion transposée de son option somatique orbiculairement béante et désirante du phallus créatif signifié pour elle par le sexe masculin érigé, et signifiant par son jaillissement spermatique une fécondité qu’elle ne désire, dans sa personne donnée, librement consentante, que si sa personne à lui la désire, à travers sa personne à elle ? Cette effusion s’exprime alors dans le don qu’elle lui fait de son corps et de ses forces jusque dans l’abandon et le renoncement de sa fertilité somatique non désirée par l’homme, pour être son épouse, médiatrice du phallus, que cet homme identifie avec l’éclat de sa carrière et sa réussite matérielle.

Pour peu qu’une femme accède au-delà de l’apparence phallique des corps à l’immanence émotionnelle de la réalité de son sexe, elle se comprend réflexivement encore moins qu’elle ne comprend l’homme et, ici encore, comme au moment de la masturbation clitoridienne, c’est une blessure narcissique pour son intelligence qui cherche, comme celle de l’homme, la logique et la raison, en s’appuyant sur des mécanismes dérivés des sublimations prégénitales et phalliques. Toutes ses motivations authentiques et dynamiques sont sexuelles. Et son sexe, alors qu’elle le ressent en son tréfonds, quoi qu’elle vive de ses options, lui reste intangible, inapparent, invisible, polymorphe dans ses sensations érotiques qui sont des plus verbalisables et des plus localisables dans la périphérie et les fonctions de son corps, aux plus ineffables et aux plus diffuses dans l’intimité de son corps interne et dans toute sa personne et même au-delà de ses limites temporelles et spatiales, donc aux plus déraisonnables. Ce sexe qu’elle assume depuis son enfance sans discontinuer et qui est, pour elle, une source permanente d’émois inconditionnés, sexe formellement abscons hors la dialectique de la fertilité, et celle-ci même tellement hors de proportion entre les émois vécus qu’elle promet et ceux qu’elle tient, que les mères en confondent innocemment dans la révélation qu’elles font de son usage matriciel, le viscère utérus et le viscère cœur, tellement plus honorable peut-être mais peut-être plutôt tellement plus vraisemblable.

Quant à la fertilité, elle aussi est valoriellement inappréciable du point de vue des corps et même des cœurs quand il s’agit d’êtres humains essentiellement éthiques et dont, alors, le sens est dans le sens du fruit de leur fruit, le sens génétique sublimé et non dans l’enfantement formel, ni dans les soins puériculteurs et éducatifs qu’elles sont justifiées de leur prodiguer, ni dans les performances spectaculaires, dérivées de l’esthétique phallique érectile, ni dans la réussite sociale dérivée de l’esthétique anale et qui peuvent les flatter. Leurs souffrances et leurs bonheurs sont inappréciables, incommunicables, incompréhensibles.

Et, dans tout cela, il n’est question que de psychologie génitale saine ; une femme saine, qu’est-ce donc ?

IV. – Le deuil du fruit vivant de l’amour symbolisé par l’enfant réveil de castration symbolique et pulsions de mort

La mort de son enfant surtout s’il est l’enfant de l’homme qu’elle aime, est la pire épreuve, pour une femme, et cela, quel que soit l’âge de cet enfant. Épreuve terriblement dramatique qui lui demande, pour rester génitalement aimante, tant dans sa personne que dans son sexe, le plus grand sacrifice. Il lui faut passer d’abord l’épreuve des sentiments de culpabilité découlant de son Surmoi génétique toujours narcissique. L’a-t-elle bien armé pour la vie ? Était-elle assez donnée à sa maternité, ne l’a-t-elle pas contaminé de ses idéaux à elle, au lieu de lui permettre de lui échapper plus vite et d’éviter ainsi ce qui (pour sa personne phallique) est un abandon de poste, le poste où se trouve en sentinelle la femme, à la frontière entre les pulsions de vie et les pulsions de mort, celle qui introduit à l’agressivité au service de la maintenance et de la croissance du corps, celle qui introduit au respect de la morphologie phallique des êtres vivants. C’est la mort de qui elle aime qui met la femme en question, dans son existence incarnée ; mais la mort d’un enfant fille ou garçon, c’est plus, c’est la disparition de son sens symbolique. C’est aussi le deuil de son narcissisme excentré qui rencontre dans l’épreuve l’expression de la douleur de son conjoint. Il réagit souvent complètement différemment d’elle. Elle rencontre la douleur des autres membres de la famille, parfois leur indifférence, quelquefois chez les frères et sœurs l’absence de peine, sinon la réjouissance (un rival en moins). Que d’épreuves d’impuissance et de solitude.

C’est encore et surtout la tentation narcissique des pulsions de mort, auxquelles la femme est beaucoup plus que l’homme soumise, surtout si elle est sexuellement évoluée, c’est-à-dire très dégagée dans ses options génitales du narcissisme phallique de sa personne pour elle-même. C’est la tentation narcissique de fuir dans les fantasmes qui la relieraient imaginairement à cet enfant – son membre manquant -- niant sa réalité temporo-spatiale.

C’est enfin l’agressivité rémanente contre la nature, mère inhumaine, déplacée sur les dieux ou Dieu pour les monothéistes, ce Dieu, recours materno-paternel impuissant, ou entité pré-œdipienne jalouse, vengeresse.

La seule attitude pour une femme, si elle est à prédominance de libido génitale, est la ré-acceptation de l’angoisse de castration primaire narcissiquement articulée à la mort de son enfant. Cet événement qui concerne une possession imaginaire qu’elle avait illusoirement crue réelle, ou comme un événement signifiant la liberté du destin de la personne de son enfant, et non sa dépendance filiale. Aucune gratification narcissique n’en découle. L’épreuve d’un tel deuil est impensable, comme la mort, pour qui ne l’a pas connue et dépassée. Elle doit continuer dans ses options inconditionnées de phallomorphisme qui est vie ou de disparition terrestre qui est mort, à œuvrer dans sa chair et dans sa personne effleurée par le mystère, éprouvée par lui et retenue à ce qui est encore là présent, dans sa phallique présence et qui demande à son corps et à sa personne de jouer le jeu du vivre sous-tendu par ses pulsions de vie en complémentarité du jeu du non vivre sous-tendu par les pulsions de mort, mais diamétralement opposé à la tentation égoïste du désir de mourir, leurre du narcissisme féminin blessé, inversion perverse de l’éthique féminine.

V. – Son désir a-t-il une spécificité féminine signifiable pour elle ?

La femme, en tant qu’être sexué féminin est, pour l’espèce humaine, un phénomène impensable. Une femme est aussi un être humain, comme dit Freud, elle juge sa propre sexualité en tant qu’être humain avec la logique (« boiteuse ») homosexuelle qu’elle garde de son enfance prégénitale. C’est donc grâce à sa bisexualité qu’elle peut essayer de se considérer dans son rôle génital. Ce qu’elle est pour les représentants mâles de l’espèce, elle l’est aussi pour elle-même : une créature charnellement symbole de l’intangible plus elle se donne, de l’insensé plus elle parle, de l’anéthique plus elle est morale. Oui, une femme ne peut que formuler ce jugement et ne peut en même temps que s’éprouver gratifiée d’être, pour l’homme, sans en comprendre le sens, l’absurde nécessité de son désir et la grave complice de l’incarnation du « JE » dans une rencontre phallique qu’elle est incapable d’assumer dans la lucidité.


2 Selon le vœu de son auteur, ce texte est publié sous la forme où il a été présenté comme rapport au Colloque d’Amsterdam, et ceci pour respecter le style d’une communication parlée. L’introduction et le chapitre premier ont été résumés en raison de l’abondance des textes figurant au sommaire du présent volume (N.d.l.R.).

3 Intrapersonnels et interpersonnels sont les termes qu’a heureusement introduits dans la littérature psychanalytique le Pr Lagache lors de son rapport aux Journées de Royaumont, 1958.

4 Un enfant de 4 ans voit sur un film familial un jardinier arrosant et lui qui court dans le jardin ; il dit : « Voilà moi, j’arrose le jardin et le bébé court. » Il passe ensuite derrière l’écran pour voir l’autre côté du jardin. Quelques jours après, il veut se voir quand il était jardinier et montre l’emplacement dans la pièce où l’écran était dressé.

5 Voir au chapitre Ier, p. 1, supra : Observation de la fréquence de la non-résolution œdipienne chez la femme et ses conséquences cliniques, l’homo – et l’hétérosexualité concomitante et la contamination névrotique des descendants.

6 Ce type d’investissement et de l’image du corps qui en est concomitante est la cause des accouchements si douloureux qu’on qualifie d’accouchements par les reins. Les poussées parturiantes se dirigent subjectivement par derrière en bas, au lieu de se diriger subjectivement par rapport à l’image du tronc (selon l’anatomie) par devant en remontant, l’axe du corps du fœtus tendant à devenir, après la déflexion de la tête et du tronc, à la sortie des voies génitales de sa mère, d’abord perpendiculaire puis parallèle à l’axe du corps de sa mère (si le poids de sa masse ne le faisait tomber).

7 Le bébé de concours.