L’envie

Ce besoin de se mettre à l’abri d’une perte ou d’un danger intérieur ou extérieur conduit certaines personnes à accumuler et à entasser toutes les choses bonnes qu’elles peuvent obtenir ; dans le cercle sans fin du désir, de la frustration et de la haine, il se peut que cela nous ramène à l’envie, à moins qu’une quantité d’amour plus importante ne permette de s’en évader. Car dès que le besoin de beaucoup se fait fortement ressentir, il est clair que des comparaisons commencent à s’établir. Mais une comparaison entre nous-même et les autres n’est pas en elle-même une situation primitive simple ; c’est une version plus élaborée et plus compliquée de la situation primitive, déjà décrite, du bébé qui perçoit la différence entre des états de bien-être, bons et plaisants, et des sentiments et des états douloureux et dangereux. Toutes les comparaisons ont commencé avec celle-là. Restaurer l’état de bien-être devient le besoin immédiat. Étant donné que chez un bébé cet état s’établit principalement par l’intermédiaire de sa bouche et du lait, le processus d’absorber et d’obtenir acquiert pour nous une signification importante en tant que moyen d’écarter ou de déloger une douleur et les dangers des sentiments agressifs qui en sont la conséquence. Cette tendance à absorber une chose bonne afin d’accroître le sentiment de bien-être intérieur est liée au processus mental connu sous le nom d’introjection – corrélatif de la projection qui est le processus d’expulser dans le monde extérieur ce qui est ressenti en nous comme mauvais et dangereux. Qu’il existe ou non des différences constitutionnelles chez les individus quant à l’importance de la tendance à thésauriser, il n’en est pas moins vrai qu’une exagération du désir d’absorber – en tant que défense contre une désintégration interne – est un facteur important duquel la voracité n’est pas absente. Les rapports de la voracité et de la thésaurisation avec la sécurité sont en tout cas évidents.