Avant-propos

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[III] À l’origine de ce travail, je n’avais pas en tête de le publier. La pensée m’en vint seulement à mesure qu’il avançait. Je ne me suis certes pas caché les exigences qui paraissaient faire obstacle à sa publication, notamment le souci de ménager certaines personnes encore en vie. Je pense fermement, cependant, qu’il serait utile à la science et à la reconnaissance des vérités religieuses que, de mon vivant encore, des autorités compétentes puissent venir faire des vérifications sur mon corps et constater les vicissitudes que j’ai traversées. Cette considération doit prévaloir sur tout scrupule d’ordre personnel.

Le travail dans son ensemble a été rédigé :

pour les Mémoires proprement dits (chap. I-XXII), pendant les mois de février à septembre 1900,

pour les Compléments (I-VII), d’octobre 1900 à juin 1901,

pour les Compléments-deuxième série, à la fin de 1902.

Ma vie a connu des fortunes extérieures radicalement diverses pendant le temps qui s’est écoulé depuis les tout premiers commencements de ce travail. Alors qu’à l’origine je vivais dans un isolement presque encore carcéral, alors que surtout j’étais privé de la fréquentation de personnes d’une certaine culture, et que j’allais jusqu’à être exclu de la table familiale du directeur de l’asile (où pourtant prenaient place des pensionnaires de l’asile, comme on dit), et cela sans pouvoir jamais franchir les murs de l’établissement, etc., par la suite on m’a accordé davantage de liberté de mouvement et permis d’étendre toujours plus mes relations avec des personnes cultivées. J’ai finalement obtenu (bien qu’en seconde instance seulement) gain de cause dans le procès en mainlevée de l’interdictiona dont il sera question au chapitre XX, en ce que le jugement d’interdiction rendu le 13 mars 1900 par le tribunal de première instance du Land de Dresde a été annulé par le jugement de la cour d’appel du Land en date du 14 juillet 1902, jugement qui prend désormais autorité de chose jugée. Ce jugement reconnaît ma capacité légale, et on me rend la libre disposition de mes biens. Pour ce qui est de mon séjour à l’asile, j’ai entre les mains depuis quelques mois un certificat écrit de la direction : aucune objection de principe ne s’oppose à ma libération ; j’ai donc l’intention de retourner à ma vie familiale dès le début sans doute de l’année prochaine.

Tous ces bouleversements m’ont donné l’occasion d’élargir radicalement le champ de mes observations personnelles. Nombre de points de vue exprimés par le passé mériteraient en conséquence d’être révisés ; il est surtout hors de doute désormais que les « malicesb », comme on les appelle (commande mécaniquec de faits et gestes par voie de miracle), ne s’exercent que sur ma personne et sur [V] mon entourage le plus immédiat exclusivement. En conséquence, je donnerais peut-être aujourd’hui un tour différent à de nombreux passages de mes Mémoires. Néanmoins, je m’en suis tenu à leur conserver pour l’essentiel la forme en laquelle je les avais tout d’abord rédigés. Des changements de détail seraient préjudiciables à la fraîcheur première de l’exposé. C’est ainsi qu’il est à mon avis sans importance significative que les constructions auxquelles je m’étais livré par le passé à propos de la relation attentatoire à l’ordre de l’univers qui s’est nouée entre Dieu et moi, soient plus ou moins entachées d’erreur. Seules, au demeurant, peuvent prétendre être de portée universelle celles des conclusions auxquelles je suis parvenu en me fondant sur mes impressions et mes expériences vécues ayant trait aux données permanentes qui sont là en cause, et qui touchent à l’essence de Dieu et à ses attributs, à l’immortalité de l’âme, etc. Sous ce rapport, je n’ai, même après mes expériences les plus récentes, pas la moindre modification à apporter à mes croyances fondamentales d’autrefois, celles notamment développées aux chapitres I, II, XVIII et XIX de mes Mémoires.

Maison de santé du Sonnenstein, Pirna, décembre 1902