Chapitre Premier. Premières approches

Schématiquement les contributions de Melanie Klein à la théorie et à la technique psychanalytiques peuvent être réparties en trois phases distinctes.

La première phase débute avec son article « Le développement d’un enfant » et aboutit à la publication de La psychanalyse des enfants, en 1932. Elle pose les bases de l’analyse de l’enfant et montre que l’Œdipe et le surmoi ont leur origine dans le tout premier développement du psychisme.

La seconde phase la conduit à la formulation du concept de position dépressive et du concept de mécanismes-de-défense-maniaques, concepts qu’elle expose principalement dans son article « Contribution à la psychogenèse des états maniaco-dépressifs » (1935) et dans « Le deuil et ses rapports avec les états maniaco-dépressifs » (1940).

La troisième phase porte sur le tout premier stade qu’elle appelle position paranoïde-schizoïde décrite principalement dans son article « Notes sur quelques mécanismes schizoïdes » (1946) et dans son livre Envie et Gratitude (1957).

À partir de 1934, date à laquelle elle formule son concept de positions, un changement important se produit dans son approche théorique. Jusqu’en 1934, elle suit Freud et Abraham et décrit ses découvertes en termes de stades libidinaux et en s’appuyant sur la théorie structurale du moi, du surmoi et du ça. À partir de 1934 elle formule ses découvertes avant tout en utilisant sa propre conception structurale basée sur le concept de positions. Le concept de « position » n’est pas incompatible avec les concepts de moi, de surmoi et de ça, mais cela implique qu’on définisse la structure réelle du surmoi et du moi, et le caractère de leur relation en termes de position paranoïde-schizoïde et de position dépressive.

Je consacrerai ce chapitre à l’œuvre de Melanie Klein avant 1934, et je montrerai comment sa théorie s’est développée à partir de la théorie freudienne classique, à quel moment elle a commencé à s’en éloigner et comment ses premières idées laissent entrevoir les formulations ultérieures.

Dans les années vingt, lorsque Melanie Klein commence à analyser des enfants, elle fait apparaître leurs tout premiers développements sous un jour nouveau. Comme souvent dans la recherche scientifique, l’utilisation d’un outil nouveau entraîne de nouvelles découvertes, et celles-ci en retour vont permettre un raffinement de l’outil. Dans l’analyse des enfants, le nouvel outil était la technique du jeu. À partir de l’observation clé de Freud (1920) du jeu de l’enfant avec la bobine, Melanie Klein découvre que le jeu de l’enfant peut représenter symboliquement ses angoisses et ses fantasmes. Étant donné qu’on ne pouvait pas demander aux jeunes enfants d’associer librement, Melanie Klein traite leur jeu de la même manière que leur expression verbale, c’est-à-dire comme une expression symbolique de leurs conflits inconscients.

Cette approche lui ouvrit le chemin de l’inconscient de l’enfant. Se tenant au plus près du transfert et des angoisses comme dans l’analyse des adultes, elle découvre la richesse de l’inconscient de l’enfant, de ses fantasmes et de ses relations d’objet.

Ce qu’elle observe dans le jeu des enfants confirme directement les théories freudiennes sur la sexualité infantile. En outre elle put observer des phénomènes auxquels elle ne s’attendait pas.

On pensait que le complexe d’Œdipe commençait vers les trois ou quatre ans, mais elle observa chez des enfants de deux ans et demi des fantasmes et des angoisses œdipiens qui de toute évidence remontaient à un passé éloigné. En outre des tendances prégénitales aussi bien que génitales semblaient impliquées dans ces fantasmes et jouer un rôle important dans les angoisses œdipiennes. Dans le complexe d’Œdipe d’enfants plus âgés, ces tendances prégénitales semblaient également jouer un rôle important et contribuer de manière significative aux angoisses œdipiennes. Le surmoi apparaissait beaucoup plus tôt qu’on ne le pensait d’après la théorie classique et semblait posséder des caractères très cruels d’ordre oral, urétral et anal. Ainsi par exemple le surmoi maternel d’Erna2, la « Marchande de poisson » et la « Femme caoutchouc » présentaient des traits anaux et oraux que l’on retrouvait dans les fantasmes sexuels d’Erna. Rita3, qui avait deux ans et neuf mois, au cours de ses frayeurs nocturnes se sentait menacée par une mère et un père qui voulaient mordre et arracher ses organes génitaux et détruire ses bébés. La peur de ces imagos parentales paralysait ses jeux et ses activités. D’autres jeunes patients montraient qu’ils avaient eux aussi, un surmoi sévère.

L’observation, dans le transfert de la symbolisation et de la répétition chez l’enfant, des premières relations d’objet et des angoisses primitives, amène Melanie Klein à constater que les relations d’objet chez l’enfant remontent loin dans le passé jusqu’aux objets partiels, comme le sein et le pénis, qui précèdent la relation aux parents en tant que personnes totales. Elle découvre également que l’angoisse provoquée par ces toutes premières relations d’objet peut avoir une influence durable sur les relations d’objet ultérieures et sur la forme que prendra le complexe d’Œdipe. Ce qui caractérise ces premières relations d’objet c’est l’importance du fantasme. Il n’est pas étonnant de constater que plus l’enfant est jeune, plus il est sous l’influence toute-puissante des fantasmes. Elle a pu observer, d’une part, le jeu complexe entre les fantasmes inconscients de l’enfant et son expérience réelle et, d’autre part, la façon dont l’enfant peu à peu établit une relation plus réaliste avec ses objets externes. Le conflit entre l’agressivité et la libido, bien connu dans l’analyse des adultes, s’avère d’autant plus intense dans les premiers stades du développement ; et elle remarque que l’angoisse (en accord avec la dernière théorie de Freud sur l’angoisse) est due plus au travail de l’agressivité, qu’à celui de la libido, et que c’est avant tout contre l’agressivité et contre l’angoisse que sont dressées les défenses. Il lui apparaît que parmi ces défenses, le déni, le clivage, la projection et l’introjection sont des mécanismes de défense qui entrent en activité avant que le refoulement ne se constitue. Melanie Klein découvre que, sous la poussée de l’angoisse, les jeunes enfants tentent sans cesse de cliver leurs objets et leurs sentiments, en même temps qu’ils s’efforcent de conserver leurs bons sentiments et d’introjecter les bons objets tout en rejetant les mauvais objets et en projetant les mauvais sentiments. En observant la destinée des relations d’objet chez l’enfant et le va-et-vient incessant entre la réalité et le fantasme, le clivage, la projection et l’introjection, elle est amenée à découvrir que l’enfant construit en lui-même un monde intérieur complexe. On savait déjà que le surmoi était un objet interne fantasmatique ; mais en découvrant comment il se construit peu à peu dans le monde intérieur de l’enfant, Melanie Klein en vient à s’apercevoir que ce que l’on connaissait du surmoi au stade génital n’était que le dernier stade d’un développement complexe. On pouvait constater également que non seulement le moi a des relations de différentes sortes avec ses objets internes, mais que les objets internes eux-mêmes sont perçus par l’enfant comme ayant des relations les uns avec les autres. Ainsi par exemple les fantasmes de l’enfant au sujet de la sexualité parentale, lorsque le couple parental est introjecté, deviennent une par de importante de la structure de son monde intérieur.

Son travail avec les enfants et les adultes, qu’elle expose dans un certain nombre d’articles et dans La psychanalyse des enfants, l’amène à formuler les premiers stades du complexe d’Œdipe et du surmoi en termes de relations d’objet archaïques, l’accent étant mis sur les angoisses, les défenses, les relations d’objets partiels ou complets.

Au stade sadique-oral l’enfant attaque le sein de la mère et l’incorpore à la fois comme objet détruit et destructeur — « un mauvais sein interne et persécuteur ». C’est là pour Melanie Klein l’origine profonde de l’aspect persécuteur et sadique du surmoi. Parallèlement à cette introjection et dans des situations d’amour et de gratification, le nourrisson introjecte un sein idéal aimé et aimant qui est à l’origine de l’aspect du surmoi qui est l’idéal du moi.

Bientôt, et en partie sous l’influence de la frustration et de l’angoisse liés à la relation au sein, les désirs et les fantasmes de l’enfant s’étendent au corps tout entier de la mère. Le corps de la mère est fantasmé comme contenant toutes les richesses, à savoir les nouveaux bébés et le pénis du père. Étant donné que cet intérêt pour le corps de la mère apparaît au moment où prédominent les sentiments et les fantasmes archaïques, la toute première perception qu’a le nourrisson des rapports sexuels entre les parents est de nature orale, et la mère est conçue comme incorporant le pénis du père pendant les rapports sexuels. Ainsi l’une des richesses du corps de la mère est ce pénis incorporé.

L’enfant tourne vers le corps de sa mère tous ses désirs libidinaux, mais, à cause de la frustration, de l’envie et de la haine, il dirige aussi sur le corps de la mère toutes ses pulsions destructrices. Ces désirs comprennent aussi des objets fantasmés à l’intérieur du corps de la mère, au sujet desquels l’enfant a des désirs libidinaux de convoitise et le fantasme de les extraire pour les dévorer ; ou encore, à cause de sa haine et de son envie, il a des fantasmes agressifs de morsure, de déchirement et de destruction — comme Erna qui dans son fantasme faisait une « salade d’yeux » avec le contenu du corps de sa mère.

Puis, au sadisme oral, s’ajoute le sadisme urétral, avec des fantasmes de destruction par noyade, coupure et brûlure, et le sadisme anal qui tout d’abord dans une première phase se manifeste avant tout par l’éjection explosive et dans une seconde par la rétention empoisonnée. Ces attaques contre le corps de la mère amènent à fantasmer le corps de la mère comme étant un lieu terrifiant plein d’objets détruits et avides de vengeance parmi lesquels le pénis du père prend une importance toute particulière.

C’est grâce à sa compréhension de la relation de l’enfant au corps de la mère que Melanie Klein a fait ressortir l’importance du fantasme et de l’angoisse inconsciente dans la relation de l’enfant au monde extérieur et qu’elle a dégagé le rôle de la formation du symbole dans le développement de l’enfant. Lorsque, à l’apogée de l’ambivalence orale, l’enfant est au cœur de son fantasme et attaque le corps de la mère et son contenu, le corps de la mère devient un objet d’angoisse, ce qui oblige l’enfant à déplacer son intérêt du corps de la mère au monde qui l’entoure. Ainsi par l’intermédiaire de la symbolisation son intérêt pour le corps de la mère commence à s’étendre au monde environnant. Une certaine dose d’angoisse est nécessaire à ce développement. Cependant, si l’angoisse est excessive, tout le processus de formation du symbole s’arrête. Dans son article « L’importance de la formation du symbole dans le développement du moi » (1930), Melanie Klein décrit un enfant psychotique, Dick, chez lequel le processus de formation du symbole était sérieusement entravé à la suite de quoi il ne parvenait pas à investir le monde et à y trouver le moindre intérêt. Dans son cas, l’analyse révélait que ses attaques contre le corps de la mère entraînaient une telle angoisse qu’il réagissait par le déni de tout intérêt qu’il pouvait lui porter et qu’il ne pouvait pas par conséquent symboliser cet intérêt en le transférant sur d’autres objets et d’autres relations. La description que fait Melanie Klein, chez Dick, du fantasme de pénétration du corps de sa mère, et des mécanismes de projection et d’identification, annonce ses formulations ultérieures du mécanisme de l’identification projective. Elle fut aussi la première à voir que dans le processus psychotique c’est la nature même de la formation du symbole qui est affectée. Cet aspect de son œuvre a eu une influence fondamentale sur les recherches ultérieures concernant la nature des états psychotiques.

Au fur et à mesure que l’enfant prend conscience de l’identité respective de ses parents et qu’il les voit de plus en plus comme un couple ayant des relations sexuelles plutôt que comme une mère incorporant le père, les désirs de l’enfant, de même que ses attaques lorsqu’il est en colère et jaloux s’étendent au couple parental. Ces attaques sont de deux sortes : ou bien le nourrisson fantasme qu’il attaque lui-même directement les parents, ou bien il projette son agressivité et fantasme que ses parents s’attaquent l’un l’autre, la scène primitive étant alors éprouvée comme un événement sadique et terrifiant. Ainsi le couple parental, comme le corps de la mère, devient un objet de crainte.

La peur de l’enfant à l’apogée de ses fantasmes peut prendre deux formes : c’est à la fois la peur de ses parents externes et la peur de ses parents internes, étant donné que d’abord la mère, puis les deux parents sont introjectés, ce qui engendre des imagos internes punitives et terrifiantes. C’est en rapport avec ces fantasmes que Melanie Klein a attiré l’attention pour la première fois sur l’importance du clivage et sur l’interaction de l’introjection et de la projection, qui lui sont apparus dans ses observations comme des mécanismes psychiques très actifs chez les jeunes enfants. Confronté à l’angoisse que suscitent ces figures internes terrifiantes, l’enfant tente de cliver, d’une part, l’image des bons parents de l’image des mauvais parents et, d’autre part, ses bons sentiments d’amour de ses sentiments de destruction.

Plus ses fantasmes envers ses parents sont sadiques, et en conséquence plus les imagos de ses fantasmes sont terrifiantes, plus l’enfant se sent contraint de les tenir éloignés de ses bons parents et plus il tente d’introjecter de nouveau ses bons parents externes. Cependant l’introjection de mauvaises figures est inévitable. Ainsi, dans les premiers stades du développement, le nourrisson introjecte à la fois le bon et le mauvais sein, le bon et le mauvais pénis, le corps de la mère et le couple parental. Il tente de réduire les mauvais introjects qui sont assimilés aux fèces par des mécanismes anaux de contrôle et d’éjection.

Pour Melanie Klein le surmoi non seulement précède le complexe d’Œdipe, mais permet son développement. L’angoisse provoquée par les mauvaises figures intériorisées conduit l’enfant à chercher d’autant plus désespérément le contact libidinal avec ses parents en tant qu’objets externes. Le désir de posséder le corps de la mère n’est pas lié uniquement à des visées libidinales et agressives, mais il est provoqué par l’angoisse qui conduit l’enfant à chercher une réassurance dans la personne réelle de la mère contre sa figure terrifiante interne. Il y a également un désir de restitution et de réparation à l’égard de la mère réelle dans une relation sexuelle réelle pour compenser les dommages dont en fantasme elle a été victime. De la même manière en ce qui concerne le père, le père réel et son pénis sont une réassurance contre les figures internes terrifiantes que sont le père et le pénis introjectés. En tant qu’objet libidinal, le bon pénis du père est recherché comme réassurance contre le mauvais pénis interne et, en tant que rival, le père réel est bien moins terrifiant que sa représentation interne déformée. Ainsi c’est la pression des angoisses provoquées par les objets internes qui pousse l’enfant à une relation œdipienne aux parents réels. En même temps les angoisses du stade oral et du stade sadique anal poussent l’enfant à abandonner cette position pour la position génitale qui est moins sadique.

Les investigations de Melanie Klein concernant les premiers stades du complexe d’Œdipe l’amenèrent à diverger sur certains points importants des formulations freudiennes au sujet de la sexualité féminine et en particulier de l’importance du stade phallique. Selon elle, la petite fille lorsqu’elle se détourne du sein pour se tourner vers le corps de sa mère, tout comme le petit garçon, fantasme qu’elle vide le corps de la mère pour s’emparer de ce qu’il contient, notamment le pénis du père et les bébés. Comme pour le petit garçon, étant donné que ses fantasmes sont très ambivalents, le contenu du corps de la mère y compris le pénis peut être perçu comme très bon ou très mauvais, mais sous l’impact des premières frustrations et de l’envie elle se tourne de plus en plus vers le pénis du père, tout d’abord le pénis à l’intérieur du corps de la mère, puis le pénis comme attribut externe du père, ceci sur le mode d’incorporation orale. Melanie Klein observe que la petite fille a très tôt conscience de son vagin et que l’attitude orale passive va se déplacer de la bouche au vagin, ouvrant la voie à la position œdipienne génitale. Dans cette première attitude vis-à-vis de la mère, on trouve les éléments d’un développement à la fois hétérosexuel et homosexuel. Il se peut que le surmoi maternel archaïque soit trop terrifiant pour que la petite fille puisse affronter la rivalité avec la mère, ce qui conduit à l’homosexualité. De la même manière, si le pénis du père devient un objet trop mauvais, cela peut conduire à une peur des relations hétérosexuelles. Sous l’impact de la culpabilité et de la peur, les fantasmes de restitution relatifs au corps de la mère peuvent également devenir une détermination importante de l’homosexualité. D’autre part, le désir archaïque de prendre la place de la mère et de posséder ses richesses, le fait de se tourner vers le pénis du père en tant qu’objet de désir, de restitution et de réparation relativement à la mère interne, et le désir de donner à cette mère interne un bon pénis et des bébés, tout cela contribue au développement hétérosexuel.

Pour ce qui est de l’Œdipe du petit garçon il va y avoir également un certain changement d’éclairage. Dans la conception de Melanie Klein la toute première relation au sein de la mère et les fantasmes au sujet de son corps jouent un rôle important dans le développement du complexe d’Œdipe du petit garçon aussi bien que dans celui de la petite fille. Très tôt, le petit garçon, comme la petite fille, se détourne du sein pour se tourner vers le pénis, et c’est ce qui constitue la base de la position féminine du petit garçon ; tout de suite après, chez le petit garçon comme chez la petite fille il y a conflit entre cette position féminine dans laquelle il se détourne de la mère pour se tourner vers un bon pénis paternel et sa position masculine dans laquelle il veut s’identifier au père et désire sa mère. Les angoisses provoquées par ses objets internes l’amènent progressivement à diriger ses désirs sexuels vers sa mère réelle externe.

Il n’est pas facile de dire quelle fut la contribution principale de Melanie Klein à la théorie et à la pratique analytique à ce stade de sa réflexion. Ses découvertes concernant les toutes premières relations d’objet ont certainement jeté une lumière nouvelle sur la sexualité masculine et féminine, révélant chez les deux sexes une conscience précoce du vagin et l’importance des fantasmes relatifs au corps de la mère et à son contenu. La sexualité féminine apparaît comme ayant une existence propre et non comme une version châtrée de la sexualité masculine, et la position féminine du petit garçon acquiert une importance plus grande. Melanie Klein a d’abord exploré l’histoire du complexe d’Œdipe et mis en relief l’importance des stades prégénitaux et des relations d’objets partiels dans le développement à la fois de l’Œdipe et du surmoi. Puis le rôle de l’agressivité subit une certaine réévaluation : Melanie Klein décrit en détail le conflit précoce entre la pulsion de vie et la pulsion de mort, et les angoisses et les mécanismes de défense auxquels ce conflit donne lieu. L’étude des objets introjectés permet de comprendre, d’une manière plus précise qu’on ne l’avait fait auparavant, la structure interne du surmoi et du moi.

Dans ses premiers travaux elle ne fait pas de distinction conceptuelle entre l’angoisse et la culpabilité (sauf dans son article « Le développement précoce de la conscience chez l’enfant », 1933), mais les considère toutes deux comme des éléments contribuant au développement du moi aussi bien que, dans les cas pathologiques, à ses inhibitions. L’étude de l’interaction entre l’agressivité et la libido l’amène à observer le rôle de la réparation dans la vie psychique. Dans son article « L’importance de la formation du symbole dans le développement du moi » (1930), Melanie Klein décrit le rôle de l’angoisse et de la culpabilité relatives aux attaques contre le corps de la mère et elle montre que la compulsion à réparer est un facteur important de l’impulsion créatrice — un thème qu’elle devait élaborer pleinement plus tard lorsqu’elle en vint à formuler les caractéristiques de la position dépressive.

Melanie Klein parvint à la compréhension de la structure interne de l’enfant en étant attentive au transfert et au symbolisme qui sont à l’œuvre dans le jeu de l’enfant. Cette compréhension du jeu de l’enfant comme symbolisation de ses fantasmes l’amena à prendre conscience que non seulement le jeu mais toutes les activités de l’enfant — même celles qui sont le plus tournées vers la réalité — en même temps qu’elles remplissent leur fonction d’adaptation à la réalité, servent à exprimer, contenir et canaliser au moyen de la symbolisation les fantasmes inconscients de l’enfant. Le rôle fondamental joué dans le développement de l’enfant par les fantasmes inconscients et leur expression symbolique la conduisit à étendre et à reformuler le concept de fantasme inconscient.

Bibliographie

FREUD (S.) (1920), Au-delà du principe de plaisir, in Essais de psychanalyse, nouv. trad. franç., P. B. Payot, 1981.

KLEIN (M.) (1923), Le rôle de l’école dans le développement libidinal de l’enfant, in Essais de psychanalyse (1921-1945), Paris, Payot, 1968, chap. II.

—    (1929), Les situations d’angoisse de l’enfant et leur reflet dans une œuvre d’art et dans l’élan créateur, in Essais de psychanalyse, chap. X.

—    (1930), L’importance de la formation du symbole dans le développement du moi, in Essais de psychanalyse, chap. XI.

—    (1932), La psychanalyse des enfants, trad. franç., Presses Universitaires de France, 1959.