Troisième partie. Troubles du langage mimique

La folie imprime à la physionomie, à l’attitude, aux gestes, des caractères spéciaux, parfois en rapport avec la variété particulière des désordres psychiques, c’est le masque de la folie, dont l’appréciation exacte peut aider puissamment un diagnostic. Mais il faut une longue pratique, des observations patientes afin de voir, comme le dit Guislain, « dans cet ensemble de phénomènes, une foule de détails où d’autres ne voient que des généralités ou parfois rien du tout… Ne croyez pas que la plus subtile, la plus rare intelligence reconnaîtra mieux une maladie quelconque que le plus médiocre médecin, si cette intelligence n’a pas été initiée aux secrets de la science et de l’observation, et si elle ne sait transformer en idées scientifiques les impressions que lui fournissent les sens »152.

Cependant ce serait une exagération de dire qu’à chaque forme de folie correspond un faciès caractéristique ; car il y a des aliénés dont l’aspect ne trahit pas la maladie et qui par leur attitude, leur maintien à certains moments, ne diffèrent pas des individus réputés sains d’esprit ; et, d’un autre côté, il n’est guère de maladies mentales qui restent identiques à elles-mêmes pendant toute leur durée, et à chaque variation correspondront des modifications de la mimique générale. Il en résulte que, si l’étude attentive de la mimique de l’aliéné peut servir souvent à mettre sur la voie d’un diagnostic précis de la forme morbide, de symptômes particuliers, elle est surtout utile pour apprécier une prédisposition, pour constater l’apparition de la folie, ses variations, le retour à la convalescence.

Des modifications imprimées à la mimique par les variations que peut subir dans sa marche, dans sa symptomatologie, une seule et même affection, il résulte qu’il est bien difficile de tracer un tableau exact de la mimique, en rapport avec chacune des formes vésaniques figurant dans les classifications actuelles. Nous ne pourrions que répéter ce qui se trouve décrit dans tous les traités de psychiatrie, sur l’aspect du malade dans chacune de ces formes153. Il nous semble préférable, pour rester dans l’esprit de ce travail, d’envisager la question à un point de vue plus général, en examinant dans leur ensemble les troubles de la mimique chez l’aliéné, en signalant les aspects différents qu’ils peuvent revêtir, plutôt que leur rapport spécial avec telle ou telle maladie mentale.