Article I. Troubles de la mimique indépendants des troubles intellectuels. Caractère habituel de la mimique : des causes diverses qui peuvent modifier la mimique en dehors des troubles intellectuels

L’étude de la mimique s’adresse à la fois à la physionomie, aux attitudes, aux gestes.

Pour bien apprécier à leur valeur les modifications imprimées à la mimique par un état d’aliénation, il importe d’abord d’être bien fixé sur les trois points suivants :

1° La connaissance exacte de la physiologie, en ce qui concerne l’expression des émotions à l’état normal.

2° La connaissance de certains facteurs, ayant pu imprimer à la mimique habituelle du sujet en observation, un caractère spécial.

3° L’existence de causes pathologiques, pouvant modifier la mimique par elles-mêmes, indépendamment de l’état mental.

En ce qui concerne le jeu des muscles de la face, les différentes expressions de la physionomie à – l’état normal dans leur rapport avec les émotions, nous nous contenterons de renvoyer aux ouvrages spéciaux écrits sur ce sujet, car cette question purement physiologique sortirait du cadre de ce livre154.

Il importe toutefois de remarquer que même avec ces données physiologiques, il n’est pas facile d’interpréter la valeur de chaque expression mimique. Ce serait chose aisée si à un même phénomène psychique correspondait toujours le jeu de muscles déterminés à l’avance. Malheureusement le problème est beaucoup plus compliqué. Au moment où une émotion tend à se traduire au moyen d’un certain nombre de muscles, il intervient souvent une cause perturbatrice ou modératrice qui vient modifier la mimique et le résultat final peut être ainsi complètement changé. Dans la mimique les émotions simples sont les plus rares : en général ce sont des émotions mixtes qui se traduisent au-dehors et nous avons sous les yeux une résultante de forces diverses opposées, se modifiant, s’équilibrant et qu’il nous faut autant que possible chercher à déterminer.

D’un autre côté il est des facteurs qui ont pu imprimer à la mimique du sujet un caractère tout à fait particulier. Les éléments individuels qui contribuent le plus à modifier la mimique sont l’habitude, l’imitation, l’éducation, le milieu, la condition sociale, la profession, la race, le caractère, l’âge, le sexe. C’est ainsi que les habitudes peuvent modifier l’expression de la physionomie. Il est des individus, par exemple, qui par raison de mode, s’habituent à porter un monocle, qu’ils ne peuvent maintenir en place que grâce à la contraction de muscles faciaux. Avec le temps, la physionomie se déforme, et dans la suite ne revêt plus l’expression qu’elle eût dû avoir d’ordinaire dans la traduction d’une émotion déterminée.

L’influence de l’éducation, du milieu, delà profession, de la condition sociale n’est pas moins évidente.

Avant qu’une personne ait parlé on peut juger approximativement au moins, d’après ses manières, de l’éducation qu’elle a reçue. Or les manières ne sont autre chose que les gestes, la mimique. L’éducation tempère toute exagération d’expression, et raffine la mimique, de façon à lui imprimer avec de petits mouvements les expressions les plus variées.

Dans les milieux populaires, les grimaces, les gestes triviaux ou obscènes, accompagnent souvent l’expression de la pensée. La rigidité conventionnelle qu’affectent les classes aristocratiques impose aux membres de ces classes une physionomie quelque peu identique. Il en est de même des professions : comme chez les prêtres, les artistes, les magistrats. Quant à Faction de la race, il suffit de rappeler la mimique exubérante des races méridionales par opposition aux allures flegmatiques de celles du nord.

Le caractère imprime aussi à la mimique des expressions particulières : chez l’homme prédisposé à l’ironie le rire même le plus franc est toujours un peu moqueur. L’orgueil donne de même à tous les gestes d’un individu un caractère spécial.

D’un autre côté, l’expression mimique tient souvent des traits individuels spéciaux, de la conformation particulière de certaines parties du corps* qui sont mises en évidence si elles sont belles ou dissimulées si elles sont défectueuses. C’est ainsi que certaines personnes abusent du jeu des yeux, de la bouche, de la main.

Au point de vue du sexe, la mimique de la femme, pauvre pour les expressions intellectuelles, est riche pour les expressions affectives. D’autres modifications sont dues à sa faiblesse musculaire : aussi les expressions de volonté, de commandement sont-elles plus raffinées chez l’homme.

L’âge imprime également des variations à l’expression mimique. On pourrait dire à ce propos avec Mantegazza que la mimique du petit enfant est forte et pauvre ; celle de l’enfant plus âgé est forte et assez riche en particularités ; celle du jeune homme est forte, riche et surtout expansive ; celle de l’adulte est mieux équilibrée, plus riche en particularités que forte en expression, elle devient de moins en moins expansive ; enfin chez le vieillard elle est débile, incertaine, les gestes sont répétés avec insistance comme si cette répétition était destinée à suppléer à l’insuffisance de l’expression.

De plus, il est encore des causes qui peuvent contribuer à modifier le jeu de la physionomie, indépendamment de l’état mental ; ce sont les troubles moteurs (paralysies, convulsions, contractions, tremblements, désordres de coordination des mouvements) ; et trophiques (hémiatrophie faciale, atrophies musculaires). Ils peuvent être préexistants ou apparaître avec l’affection mentale. Dans ce dernier cas, ce peut n’être que de simples complications (hystérie, chorée, etc.), ou bien ils relèvent du même processus que les désordres psychiques (démence apoplectique, paralysie générale).