Préface

La détermination de l’état mental d’un individu comprend, outre l’appréciation des facultés intellectuelles en elles-mêmes, de leur niveau, de leur fonctionnement, celle de leurs perversions morbides et en particulier du délire proprement dit (conceptions délirantes), des troubles psychosensoriels (illusions, hallucinations), du sentiment, de la volonté, la recherche des actes pathologiques du malade.

Pour pratiquer cet examen psychologique il faut de toute nécessité recourir à l’interrogatoire de l’aliéné. Il n’est possible d’entrer en communication avec le malade que par un seul procédé qui est le langage sous ses différents modes, et, chez l’aliéné comme chez l’homme sain, ce sera toujours par l’intermédiaire du langage, parole, écriture, gestes, que se traduiront au-dehors les modifications de la pensée et les différentes émotions.

Or, si l’on n’est pas familiarisé avec le langage des aliénés, bien des symptômes de leur maladie peuvent passer inaperçus, être mal interprétés ; bien des indications précieuses pour le diagnostic, le pronostic, le traitement peuvent être négligées. De plus, lorsque l’on réfléchit que, sauf quelques variations tenant au milieu social, à l’éducation, etc., les aliénés d’autrefois comme ceux d’aujourd’hui, ceux de pays de langues différentes expriment tous au fond leur délire de la même manière, on se rend compte de l’importance qu’il y a à se familiariser avec leur langage.

Ce sont ces considérations qui nous ont amené à penser qu’un exposé des différents troubles du langage, que l’on peut observer chez les individus atteints de maladies de l’esprit, pourrait présenter quelque intérêt.

Et cela d’autant plus que si l’on peut rencontrer dans la littérature des travaux sur tel ou tel point particulier de la question, elle n’a jamais été, du moins à notre connaissance, étudiée dans son ensemble1.