Article II. Troubles du langage écrit résultant de troubles de la fonction langage (Dysgraphies)

§ I. – Dysgraphies organiques

Comme pour la parole, les troubles de la fonction langage retentissant sur l’écriture, soit qu’ils existent seuls, soit qu’ils se trouvent associés à d’autres désordres intellectuels, peuvent être distingués en organiques et fonctionnels.

Nous n’avons pas ici à nous occuper des agraphies organiques prises en elles-mêmes ; et, au point de vue de leur existence chez les aliénés, nous ne ferions que répéter ce que nous avons dit précédemment des aphasies en général.

§ II. – Dysgraphies fonctionnelles

1° Agraphies fonctionnelles

Quant aux dysgraphies fonctionnelles, en tant qu’elles consistent dans une perte plus ou moins complète, plus ou moins durable, des images graphiques, elles peuvent se présenter chez les aliénés dans les mêmes circonstances que les autres formes de dysphasies, et même la plupart du temps, les dysphasies de ce genre n’existent pas seules, mais sont accompagnées d’autres troubles variés de la fonction langage. Nous en avons déjà cité des exemples.

Un fait psychologique qu’il importe de rechercher, mais qu’il est le plus souvent bien difficile d’élucider, c’est de savoir, lorsque les agraphies fonctionnelles se rencontrent chez les aliénés, comme les mélancoliques qui disent ne plus savoir ni pouvoir écrire, s’il s’agit d’une agraphie fonctionnelle pure ; ou si cette agraphie est sous la dépendance d’autres troubles fonctionnels du langage, de même qu’il y a des agraphies organiques d’origine sensorielle ; ou enfin, s’il ne s’agit que d’une perte du pouvoir de synthèse mentale, empêchant le malade de formuler ses pensées par l’écriture bien que les images graphiques subsistent en elles-mêmes, ou de coordonner les mouvements nécessaires pour tracer les signes graphiques.

En regard de ces dysgraphies fonctionnelles, il en est d’autres qui se présentent sous une forme toute spéciale et sur lesquelles nous devons nous arrêter. Ce sont celles qui se produisent lorsque le centre cortical qui est le siège des représentations mentales des mouvements nécessaires à l’écriture, se trouve atteint par ce trouble fonctionnel particulier qui, dans les autres centres du langage, détermine les différentes variétés d’hallucinations verbales que nous avons examinées en détail.

2° Hallucinations verbales motrices graphiques ; impulsions graphiques. Mécanismes ; différents degrés ; – avec conscience ou avec délire ; coexistence ou combinaison avec d’autres hallucinations verbales

De même qu’il existe des hallucinations verbales auditives, visuelles, motrices d’articulation, il y a aussi et devant être rapprochées de ces dernières, des hallucinations motrices graphiques. C’est alors l’image graphique qui entre en jeu et, par suite de Tétât d’éréthisme du centre cortical spécial où elle se trouve localisée, le malade a la perception exacte d’un mot à l’aide des représentations des mouvements adaptés à l’écriture, qu’il accomplirait réellement s’il écrivait le mot. Nous en avons observé un exemple très net chez une dame, âgée de quarante ans environ, nullement hystérique, mais très émotive, ayant été agoraphobe, traitée comme telle par Legrand du Saulle, et qui en outre, a des hallucinations conscientes et obsédantes. Elles se présentent sous la forme commune auditive, visuelle, tactile. Elles sont aussi verbales auditives, visuelles, motrices d’articulation. Mais de plus, elle a présenté une fois à notre observation directe une hallucination verbale motrice graphique. Elle était venue à la consultation externe de la Salpêtrière, et pendant que nous parlions, nous la voyons tout à coup porter la main droite sur la région du cœur, devenir toute rouge et trembler ; ces symptômes étaient l’accompagnement ordinaire de ses hallucinations. Sur notre demande, elle nous explique que pendant que nous lui parlions, elle a eu tout à coup l’idée de prendre un porte-plume qui se trouvait sur le bureau. Elle ne Ta pas fait, mais en même temps, « elle a senti comme si sa main marchait et écrivait la réponse qu’elle voulait nous faire ». Cette malade est parfaitement consciente de toutes les hallucinations variées qu’elle éprouve et qui provoquent des angoisses incessantes. Elle n’a aucune idée délirante.

Pour interpréter ce fait particulier, n’est-il pas rationnel de supposer que la pensée de la malade a pu prendre corps, surtout au moyen des images graphiques qui, dans ce cas, acquièrent une intensité suffisante pour provoquer la perception des mouvements nécessaires pour tracer les signes graphiques, qui sont la traduction matérielle de la pensée ?

Sans reprendre ici les considérations déjà émises à propos des hallucinations motrices, nous ne signalerons que les points plus particuliers aux hallucinations graphiques. Comme pour les hallucinations verbales motrices d’articulation, on peut distinguer, dans les hallucinations verbales graphiques, différents degrés d’intensité, suivant qu’elles ne s’accompagnent pas de mouvements correspondants (hallucinations graphiques kinesthétiques proprement dites) ; ou bien qu’il y a un mouvement réel, plus ou moins accentué, dans la main (hall, motrices graphiques) ; ou bien même que les mouvements d’écriture sont réellement exécutés, que le malade écrit. Ce dernier cas constitue l’impulsion graphique.

D’un autre côté, quel que soit le degré d’intensité que revêtent ces phénomènes particuliers, le sujet peut se rendre un compte exact de leur nature pathologique, comme dans le cas précédent ; ou bien il leur donne une interprétation délirante en rapport avec ses idées particulières. C’est ainsi qu’un persécuté prétend qu’à l’aide d’un appareil « dynamo », ses persécuteurs en arrivent à écrire avec sa propre main et à défigurer les lettres qu’il trace. Ses lettres sont très curieuses, et l’on y voit deux écritures distinctes. Par exemple, après avoir minutieusement décrit les épouvantables tortures qu’on lui a fait subir dans sa baignoire, il signe :

« Léon G…, persécuté et exécuté tous les lundis de terribles et cruelles expériences électriques sur moi, chaque fois que je suis dans ma baignoire depuis 39 mois, « et nous espérons encore en faire des expériences et te faire souffrir effroyablement dans tes contorsions et les contractions… » Suit l’annonce de souffrances nouvelles pour le jour suivant, avec le détail de tout ce qu’il endurera. Les prédictions se réalisent toujours, d’ailleurs, de point en point ; ajoutons que le malade disait écrire ainsi sous la dictée de ses persécuteurs.

Une femme que nous avons observée avec le docteur Huet, dans le service de M. Charcot, en 1888, entachée d’ailleurs d’hystérie, s’était mise deux ans et demi environ auparavant, après avoir lu Allan Kardec et sur la foi d’une voisine, à faire tourner les tables. Un peu plus tard, elle entendit des craquements dans les murs, les plafonds, le jour comme la nuit ; son mari lui disait que c’étaient simplement les meubles ; mais elle avoue que c’étaient les esprits. Quelquefois, il passait sur son lit comme une masse : elle a vu un jour à son côté gauche une bête noire, comme un monstre. Cet hiver (octobre 1887), elle a fait les écrits ; on lui a dit d’essayer : elle a pris une plume du papier et elle a écrit de suite. Avant d’écrire, elle posait une question ; elle sent alors qu’on lui prend la main, elle ressent dedans comme un fluide froid, et elle écrit malgré elle, de la ronde, de la demi-ronde qu’elle ne sait pas, signe la signature de son père, etc. L’écriture changeait à chaque fois. Quand elle écrit elle-même, elle ne sent pas sa main prise et apprécie la différence. Parfois, quand elle écrit à ses parents, l’esprit la prend et elle écrit autre chose. En écrivant l’esprit lui donne la pensée par l’estomac. La voix épigastrique n’est pas une voix, mais une pensée. Elle l’entend dans l’estomac ; elle prétend ne ressentir rien dans la langue ni dans les lèvres ; mais, ajoute-t-elle, « c’est comme si c’était moi qui parlais ». Parfois elle sent comme un fluide qui lui passe sous le nez et, après le souffle, « elle a des mouvements dans les lèvres comme un lapin qui broute, et elle sent sa langue remuer tant soit peu ». C’est l’esprit, dit-elle, qui la fait rire, mais elle pince les lèvres. Quand elle invoque les anges, elle a comme des frôlements d’ailes autour de la figure. Par moment, la voix épigastrique a dit « grosse saleté », et elle l’a entendue. « L’esprit la faisait aussi parler malgré elle. » Dans d’autres moments, elle ne pouvait pas parler quand elle entrait au confessionnal141. »

Entre autres particularités intéressantes (mécanisme de ces hallucinations, modifications parallèles dans l’aspect de l’écriture), ces exemples nous montrent que les hallucinations ou impulsions verbales graphiques peuvent ne pas être isolées, mais s’accompagner de phénomènes analogues dans les autres centres du langage. Le premier malade écrivait sous la dictée de ses tourmenteurs, mais sans préciser comment il les entendait ; chez la seconde, les choses sont plus catégoriques, et c’est par la pensée que les esprits lui parlent ; c’est une voix intérieure qui semble guider les mouvements de la main. En un mot, l’hallucination verbale graphique est accompagnée d’une hallucination verbale motrice d’articulation. Ces dernières hallucinations existent d’ailleurs chez elle à l’état isolé et d’une façon très nette.

La co-existence d’une hallucination graphique avec l’hallucination auditive n’a rien qui puisse paraître étrange. Car les rapports qui unissent les images verbales auditives et graphiques sont nettement mis en relief dans d’autres circonstances par les fait d’agraphie consécutive à la surdité verbale.

Mais, d’après ce que nous avons pu observer, l’hallucination graphique semble être plus fréquemment associée à une hallucination verbale motrice d’articulation, qu’à une hallucination verbale auditive, et cela, d’ailleurs, n’aurait rien qui puisse surprendre, car ce sont des phénomènes psychologiques de nature identique, symptômes d’une dissociation de la personnalité individuelle.

Il est une catégorie spéciale d’individus chez lesquels l’hallucination graphique sous toutes ses formes, et surtout l’écriture automatique, que nous étudierons tout à l’heure, est très fréquente. Ce sont les médiums dits écrivains ou psychographes. Or, il en est parmi eux qui, en même temps qu’ils sentent l’impulsion donnée à leur main, entendent la pensée suggérée par. l’esprit. Ils n’entendent pas cette pensée par l’oreille, comme les médiums auditifs ; ils l’entendent intérieurement. Ce sont les médiums écrivains intuitifs ou semir mécaniques ; ils ont, en un mot, une hallucination motrice d’articulation qui semble précéder l’impulsion graphique.

Il ne serait pas, d’ailleurs, étonnant que l’hallucination verbale motrice d’articulation pût accompagner, plus fréquemment que les autres hallucinations verbales, l’hallucination graphique ; car il s’agit là de phénomènes de même nature, et à l’état normal par le fait même de l’éducation, il existe aussi entre les deux images motrices des associations préétablies.

Lorsqu’on regarde écrire un enfant qui apprend l’écriture ou un individu peu exercé, on les voit en même temps remuer les lèvres, la langue, souvent même on les entend épeler. Ils font donc appel à l’image d’articulation, pour provoquer ou renforcer l’image graphique plus récente, moins solide que la première ; créant ainsi entre ces deux images des associations telles qu’elles pourront se réveiller aisément l’une l’autre.

On en a la preuve par certains cas d’aphasie. M. Féré cite celui d’un individu, devenu agraphique par suite d’une lésion cérébrale, qui répétait un certain nombre de fois chaque syllabe du mot qu’il voulait écrire et finissait par y parvenir.

M. Déjérine a rapporté, d’un autre côté, plusieurs faits d’agraphie qui étaient sous la dépendance de l’aphasie motrice.

De plus, l’analyse de certains cas de « lapsus calami » peut encore montrer l’association souvent étroite des images motrices d’articulation et des images graphiques.

« J’étais, dit M. Féré, en train de rédiger un protocole d’autopsie, je voulais écrire « poumon droit », j’écrivis « poumon 3 ». Les mouvements de la main nécessaires pour figurer le chiffre « 3 », et pour écrire le mot droit » n’ont aucune analogie ; mais les mouvements nécessaires à l’articulation des mots « trois » et « droit », en ont une grande. Il semble donc que ce lapsus calami ait été un lapsus linguae qui s’est trouvé enregistré par l’écriture. Cette observation semble montrer que la représentation mentale d’un son articulé s’accompagne de mouvements des muscles spécialement adaptés à l’articulation, et que lorsqu’on veut représenter graphiquement un son, on l’écrit d’abord avec la langue. »

Cette association des deux images graphique et motrice d’articulation peut se faire, même lorsqu’on écrit sous la dictée ; car on voit souvent certains individus remuer les lèvres, pour répéter, en récrivant, le mot qu’ils viennent d’entendre.

Il existe, d’autre part, dans l’histoire des agraphies de cause organique, des cas dans lesquels, sans lésions du centre cortical présidant aux mouvements de l’écriture, l’agraphie résulte d’une destruction du centre de la mémoire visuelle des signes graphiques, amenant la cécité verbale. Or, bien que nous ne connaissions pas de cas d’hallucinations verbales visuelles et graphiques associées, nous ne croyons pas néanmoins que la chose soit impossible. L’individu copierait alors en quelque sorte le mot que lui fournit l’hallucination de la vue. Il est, d’ailleurs, un fait qui vient à l’appui de cette hypothèse, c’est que chez beaucoup d’hystériques anesthésiques, l’écriture automatique inconsciente « est guidée en quelque sorte par un état de conscience visuel. Les sujets interrogés avec précision affirment presque tous qu’ils se voient écrivant ; en d’autres termes ils se représentent dans leur esprit l’image de leur main qui écrit, ou l’image de la lettre qu’ils écrivent. C’est ce modèle que copie le mouvement graphique inconscient »142.

3° Écriture involontaire et inconsciente Dans les cas d’hallucination et d’impulsion graphiques que nous venons surtout d’examiner, le sujet peut avoir pleine conscience des mouvements, qu’il accomplit, ou bien, tout en se rendant compte qu’ils existent, se borne à leur donner une interprétation erronée. Mais il est encore d’autres cas où l’inconscience est absolue : c’est l’écriture automatique proprement dite, l’écriture inconsciente. Non seulement alors le sujet n’a pas conscience des mots qu’il trace involontairement ; mais souvent même, il ne se rend pas compte qu’il exécute des mouvements d’écriture. Ce phénomène est d’autant plus curieux, lorsqu’on voit que les mots ainsi tracés ne sont pas incohérents, mais constituent souvent des phrases très intelligibles.

Cette écriture inconsciente et intelligente n’est pas rare chez certains médiums (médiums mécaniques) qui écrivent sans avoir conscience des mots tracés, ou même des mouvements graphiques. De plus, son existence a pu être expérimentalement constatée en particulier chez les hystériques.

L’étude expérimentale la plus spéciale et la plus complète sur l’écriture automatique est le travail de MM. Binet et Féré143. Des recherches du même genre et absolument confirmatives ont été également faites par MM. Pierre Janet144, Charles Richet145, M. Myers146, Binet147, Gley148 P. Blocq149. De notre côté, nous avons pu faire les mêmes constatations sur différentes hystériques aliénées, internées à la Salpêtrière.

Si chez un sujet hémianesthésique droit, par exemple, on cache à l’aide d’un écran la main dans laquelle on a placé un crayon, le malade le prend et place sa main dans l’attitude nécessaire pour écrire, sans en avoir conscience. Puis, si l’on imprime à la main un mouvement quelconque, ce mouvement se reproduit d’une manière plus ou moins complète et suivie, et le sujet peut ainsi répéter inconsciemment, plusieurs fois de suite, le signe graphique qu’on lui a fait tracer une première fois. Cette répétition inconsciente peut avoir lieu, non seulement à la suite d’un mouvement passif, mais encore à la suite d’un mouvement volontaire, ainsi qu’en témoignent les nombreuses répétitions de lettres ou de mots qu’on rencontre dans les écrits des hystériques, et qui donnent lieu à ce qu’on a appelé le bégaiement de l écriture.

Dans les cas où l’on imprime des mouvements passifs d’écriture, il est un fait important à noter, qui démontre l’intelligence qui préside à cette écriture, cependant inconsciente, c’est que le sujet corrige après coup les fautes d’orthographe qu’on a pu lui faire commettre en guidant sa main.

Au lieu de se borner à la répétition pure et simple d’une lettre qu’on lui a fait tracer, le sujet peut aussi continuer à écrire inconsciemment un mot commençant par cette lettre, ou une phrase entière.

De plus même, on peut assister ainsi, sans que l’on intervienne en rien, à la traduction inconsciente par l’écriture d’un état de conscience. Et c’est ainsi qu’il suffit de mettre un crayon dans la main du sujet en expérience, pour qu’il écrive sans s’en douter des réponses aux questions qu’on peut lui poser. Comme le dit très justement M. Binet : « Lorsque l’hystérique tient, entre les doigts de la main anesthésique, une plume dans la position nécessaire pour écrire, cette plume enregistre l’état de conscience prédominant du sujet. Si le sujet pense spontanément à une personne, ou à une chose, ou à un chiffre, ou si on le prie de penser à tout cela, sa main anesthésique qui tient une plume écrit aussitôt le nom de cette personne, ou de l’objet, ou du chiffre. Lorsque ses yeux sont fermés ou que son attention est portée ailleurs, le sujet ne s’aperçoit pas du mouvement de sa main qui révèle à l’expérimentateur le fond intime de sa pensée. »

Nous avons contrôlé maintes fois le bien fondé de ces expériences et nous pensons que leur connaissance peut rendre parfois de réels services dans la.clinique mentale, lorsque l’on a affaire à des hystériques aliénées, dissimulant leur délire.

C’est ainsi que, par le secours de l’écriture automatique inconsciente, nous avons pu dépister chez une hystérique aliénée des plus méfiantes que nous interrogions vainement depuis plusieurs jours, des idées de suicide que nous n’avions fait que soupçonner, et qui déjà, à l’insu de tout l’entourage, avaient reçu un commencement d’exécution, la malade avalant depuis quelque temps du laudanum à haute dose. Il nous a été possible par la suite de contrôler les faits révélés par l’écriture inconsciente. Grâce à ce procédé, il nous a maintes fois été facile de prendre notre malade en flagrant délit de mensonge, savoir ce qu’elle cherchait à cacher, et cela à son plus grand étonnement ; car elle n’avait nullement conscience de ce qu’elle écrivait et nous eûmes bien garde de l’en instruire.

Dans tous ces cas, le sujet a donc une représentation mentale consciente et rien de plus. À cette représentation mentale vient s’ajouter une image motrice graphique, qui détermine le mouvement de la main ; mais cette image motrice graphique reste inconsciente.

Au point de vue des signes graphiques, l’écriture automatique est souvent gauche, embarrassée, indéchiffrable, ou affecte la forme en miroir.

Quant à la pathogénie de ce phénomène psychologique, il existe différentes théories pour l’expliquer. Sans entrer dans les détails, nous nous bornerons à citer les principales.

M. Myers voit là des faits de suppléance de l’hémisphère droit du cerveau, analogues à ceux qu’on admet – dans la restauration des aphasies organiques. Pour lui, l’écriture automatique serait fonction de l’hémisphère droit. Le défaut d’éducation, l’infériorité d’action des centres de cet hémisphère, expliqueraient les caractères de cette écriture, son inconscience, ses irrégularités, sa forme en miroir, son contenu trivial, obscène, etc.

Cette théorie semble bien peu acceptable et les raisons qu’en donne M. Myers ne sont pas faites pour entraîner la conviction. Les objections dont elle est passible ont d’ailleurs été bien formulées par M. P. Janet.

M. Gley fonde sa théorie sur les associations des quatre espèces d’images verbales. Il pense que dans toute image il entre des éléments moteurs dont les résidus s’associeraient à ceux qui résultent des mouvements de l’écriture. La représentation d’un mot éveillerait toujours, plus ou moins inconsciemment, l’image graphique correspondante dont l’exécution active se produit dans l’écriture automatique.

Pour M. Pierre Janet, de l’opinion duquel se rapproche au fond M. Binet, il s’agirait là d’un fait de désagrégation psychique. Les faits de rééducation que l’on observe chez les aphasiques, par développement d’une représentation nouvelle à la place de celle qui fait défaut (la représentation auditive, par exemple, remplaçant la représentation visuelle), montrent qu’il peut se produire chez un même individu plusieurs espèces de langages, différant par les images psychologiques employées, plutôt que par l’hémisphère cérébral qui les produit. C’est une différence de ce genre qui semble exister dans les divers langages des médiums, dans l’écriture inconsciente. Il se forme plusieurs personnalités partielles, constituées par une synthèse d’images se groupant autour de centres différents et non nouveaux. Ces images sont bien les mêmes, mais leur groupement, leur répartition sont changés. Elles sont agrégées en groupes plus petits qu’à l’ordinaire qui donnent lieu à la formation de plusieurs personnalités incomplètes, au lieu d’une seule plus parfaite. Ces différentes synthèses ont une existence plus ou moins indépendante et ne sont point ramenées à cette synthèse supérieure qui constitue l’idée du moi, de la personnalité.

Cette explication de M. P. Janet ne contredit point, en somme, celle de M. Gley. Elle est seulement plus complète et rend mieux compte, à notre avis, et du mode de production et de la nature de l’écriture automatique inconsciente. Elle peut, d’ailleurs, s’appliquer aussi à la parole automatique et inconsciente.

Ces phénomènes qui représentent en fait le dernier terme de l’hallucination motrice d’articulation et graphique, nous montrent la signification qu’elles peuvent avoir au point de vue des désordres de la personnalité. Toutes deux, même dans leurs états les moins accentués, ne représentent que des faits d’automatisme psychologique, de désagrégation de la personnalité.