Résumé

Voici comment on peut résumer les principaux arguments et leurs implications tels que je les expose dans ce livre :

1. À strictement parler, la maladie ne peut affecter que le corps ; il ne peut donc y avoir de maladie mentale.

2. La « maladie mentale » est une métaphore. Les « esprits » ne peuvent être « malades » que dans le sens où l’économie est « malade ».

3. Les diagnostics psychiatriques sont des étiquettes qui stigmatisent, elles sont énoncées sous la forme de diagnostic et appliquées à des individus dont le comportement ennuie ou offense autrui.

4. Ceux qui souffrent de leur propre comportement et s’en plaignent sont d’habitude classés comme des « névrosés » ; ceux dont le comportement fait souffrir les autres et dont on se plaint sont classés d’habitude comme des « psychotiques ».

5. La maladie mentale n’est pas quelque chose que l’on a, mais c’est quelque chose que l’on fait ou que l’on est.

6. S’il n’y a pas de « maladie mentale », il ne peut y avoir ni « hospitalisation », ni « traitement », ni « guérison ». Bien sûr, les individus peuvent changer de comportement ou de personnalité, avec ou sans intervention psychiatrique. De nos jours, on qualifie ce type d’intervention de « traitement » et les changements qu’il provoque dans un sens approuvé par la société, de « guérison ».

7. L’introduction de considérations psychiatriques dans l’application du droit pénal – par exemple quand on plaide la folie, quand on établit un verdict de folie, dans les diagnostics d’incapacité mentale, pour arrêter un procès, etc. – empoisonnent la loi et font du tort au sujet dans l’intérêt duquel elles sont apparemment employées.

8. La conduite personnelle obéit toujours à des règles et à une stratégie intelligibles. On peut établir des schémas de relations interpersonnelles et sociales des jeux et les analyser en termes de jeux : le comportement des joueurs est régi par des règles explicites ou tacites.

9. Dans la plupart des psychothérapies volontaires, le thérapeute tente d’élucider le jeu inexplicite qui règle la conduite du patient, et d’aider ce dernier à examiner les buts et les valeurs du jeu de la vie qu’il pratique.

10. Il n’existe aucune justification médicale, morale ou légale, aux interventions psychiatriques involontaires tels que le « diagnostic », l’« hospitalisation » ou le « traitement ». Ce sont là des crimes contre l’humanité.

Janvier 1972.