Schizophrénie : le nœud nosologique*

Don D. Jackson

En mars 1967, Jackson a présenté au premier congrès international de Rochester sur « les origines de la schizophrénie » ses opinions sur cette entité très problématique et sujette à de nombreuses discussions, telles qu’elles avaient évolué depuis la publication, en 1960, de son livre The Etiology of Schizophrenia88. Cet exposé est d’un intérêt tout particulier, non seulement parce qu’il s’agit de la dernière présentation complète et détaillée faite par cet éminent psychiatre moins d’un an avant sa mort prématurée, mais encore parce qu’il utilise le concept de la schizophrénie premièrement pour expliquer de nouveau pourquoi les théories de la personnalité individuelle (et, par implication, les méthodes de traitement individuel) ne peuvent s’appliquer à la pathologie d’un système humain tel que la famille, en second lieu, pour montrer l’interdépendance entre le comportement du patient dit « identifié » et celui de sa famille, et finalement pour introduire le concept de restriction (restrictiveness) comme élément principal de la pathologie des systèmes. Comme Jackson le démontre en se fondant sur sa grande expérience clinique, la restriction semble basée sur une règle familiale qui s’opposerait au changement de règles, ce qui crée en soi-même une situation paradoxale sans issue. Cet exposé corrige aussi une hypothèse générale commune à de nombreuses études familiales (en particulier celles dont l’orientation est sociologique), hypothèse selon laquelle les familles perturbées sont chaotiques et les familles « normales » sont stables. Ici comme ailleurs dans l’observation scientifique, c’est la position de l’observateur qui détermine les résultats qu’il obtient : dans leur contact avec la société, les familles perturbées peuvent en effet sembler chaotiques et imprévisibles ; vues comme des systèmes qui parviennent à éviter la plupart des contacts avec la société, ces familles révèlent une rigidité étouffante et une incapacité de changer.

Première partie

Introduction

Il y a depuis de longues années un mécontentement général envers la nosologie psychiatrique. Notre ancien espoir de classer les individus dans des catégories établies grâce à des diagnostics rigoureux s’est lentement dissipé. Non seulement ce mécontentement s’exprime envers des classifications et des diagnostics précis, mais encore les concepts sur lesquels se fondent ces classifications sont constamment mis en question. Une accumulation de faits visent à prouver que tout effort pour classer un individu dans une catégorie statique telle que la « dépression » ou la « schizophrénie » ignore les réalités de la vie qui imposent les changements qui se produisent de jour en jour chez tout individu (qu’il soit ou non normal), ou encore le fait que chaque année passée dans un hôpital psychiatrique fait augmenter la probabilité que le patient soit un jour classé parmi les « schizophrènes » ; et Grinker, Rosenthal et d’autres ont montré l’impact crucial de cette étiquette sur le patient qui la reçoit.

Ces catégories perpétuent en outre la notion de « maladie ». Les espoirs de trouver une réponse facile par des définitions biochimiques ou neurophysiologiques, grâce à l’électro-encéphalogramme, par exemple, ou à la découverte de la traxéine, ont tous été déçus. Les études sur les vrais jumeaux varient de l’inéluctable 86 % de Kallman à une étude récemment effectuée par Tienari et qui ne révèle aucune concordance chez les jumeaux monozygotes lorsque l’un avait été prononcé « schizophrène ».

Par suite de ces désillusions, un certain nombre de chercheurs se sont détournés du problème de la classification des individus pour se pencher sur le problème de la classification du contexte dans lequel vit l’individu, sa famille par exemple. Alors que les études sur les familles se sont multipliées et que l’intérêt pour les familles est devenu « à la mode », de nombreux chercheurs ont nourri l’espoir que des classifications nouvelles ou plus utiles jailliraient du front de Zeus ou d’un nouveau Freud. Jusqu’à présent, nous avons vu une chose étrange se produire : les chercheurs ont essayé d’utiliser dans leurs classifications familiales les termes et les idées du diagnostic individuel, et ce malgré le fait qu’ils se soient révélés inadéquats par le passé. Nous ne trouvons pas de tentatives de définir des catégories de famille, mais seulement l’affirmation que les individus appartenant à une catégorie nosologique particulière viennent d’un type de famille particulier. D’où nos termes actuels de « famille schizophrène », « parents schizophrènes », « familles délinquantes », etc. Il est bien évident qu’il est tout à fait impropre de caractériser des familles avec des termes conçus pour les individus puisqu’une « famille schizophrène » comporte un certain nombre de membres qui ne sont pas officiellement schizophrènes. Cet usage ne caractérise nullement un type d’interaction familiale, et il ne distingue pas non plus la « famille schizophrène » des « familles non schizophrènes ». Pire encore, toutes les erreurs et les insuffisances de la nosologie individuelle sont reportées sur les études de famille et y sont fermement transplantées. Poursuivre cette tendance nous mettra dans la position du névrosé qui, selon la définition de Freud, aggrave ce qu’il cherche à guérir. L’objet de mon exposé est triple :

  • Dissiper tout espoir qui persisterait encore et qui voudrait que l’étude familiale puisse progresser si l’on applique aux familles des théories sur la personnalité individuelle.
  • Présenter le niveau de descriptions générales à partir duquel il faut, selon moi, procéder si l’on veut rattacher l’individu à la famille, en particulier dans le cas d’un dérèglement complexe comme la schizophrénie.
  • Prendre en considération comment le nouveau cadre de notre étude pourrait en dernière analyse influencer notre perception de l’individu, et en particulier notre perception nosologique de la psychothérapie, y compris de la schizophrénie.
  1. Voici une liste des raisons pour lesquelles le langage de la pathologie individuelle ne peut pas s’appliquer utilement à la famille.

    1. Une des causes de l’apparition des travaux sur les familles est l’insatisfaction à l’égard de la perspective monadique. Décrire les familles en fonction des caractéristiques des individus produira donc chez nous la même insatisfaction, plus quelques-unes supplémentaires.
    2. Les anciennes descriptions des individus ignoraient par définition le contexte dans lequel ces individus fonctionnaient, alors que les études familiales doivent se concentrer sur le contexte, comme en témoigne, par exemple, la tendance à procéder aux entrevues chez la famille et à inclure tous les membres apparentés.
    3. Le langage en usage dans l’étude de l’individu traite dans une large mesure de processus qui sont présumés avoir lieu chez l’individu. On ne peut raisonnablement dire des familles qu’elles ont des « instincts », des « attitudes », des « perceptions », des « motivations », etc. Ces termes ne peuvent être interprétés que comme les caractéristiques de certains membres de la famille. Ils ne sauraient représenter la famille en tant que groupe.
    4. Le langage de la pathologie individuelle nous offre une description de la famille qui est en soi-même dénaturée. On ne peut pas dire qu’une famille est « phobique » quand un seul membre est atteint de phobie. Outre que les termes précis se rapportant à l’individu ne peuvent être utilisés, les concepts sur lesquels ils se fondent doivent aussi être mis en question. Le modèle médical de la « maladie mentale » (selon lequel la pathologie est une propriété d’une cellule malade, d’un organe malade ou d’un individu malade) est tout à fait impropre dans l’étude des processus transactionnels qui se déroulent à l’intérieur d’une famille.

    Par contraste avec la description d’individus particuliers, la recherche sur la famille souligne :

    1. Les facteurs contextuels et interpersonnels que la recherche individuelle néglige trop souvent ou cherche même à éliminer en les maintenant constants.
    2. L’étude des réactions réciproques typiques que plusieurs personnes éprouvent les unes envers les autres dans toutes leurs variabilités, et non la réaction de l’individu à un stimulus nouveau et standardisé (par exemple test de Rorschach ou TAT89).
    3. Le présent – non pas comment l’individu est devenu ce qu’il est, mais comment se maintient le système dans lequel il évolue ; non les relations causales linéaires mais les relations circulaires. On a démontré que les données rétrospectives sont étonnamment sujettes à caution.
    4. Le comportement, au sens le plus large, est le sujet de l’étude familiale, alors que l’étude individuelle fournissait, plutôt qu’une description du comportement, une description des processus ayant lieu chez les individus et qui sont à l’origine du comportement. Dans l’étude individuelle, on considérait que le comportement n’était qu’une indication utile au classement intrapsychique. Dans la recherche familiale, on considère que le comportement est l’agent causal continu dans le maintien d’un système donné. Il est donc essentiel d’affronter le problème de la description du comportement.
    5. Même s’il était possible de traduire en termes interpersonnels la théorie individuelle, les objectifs d’une telle tentative seraient d’une valeur discutable. Le résultat serait stérile, n’offrant aucune promesse d’un nouveau savoir. Comme l’a montré l’éminent historien scientifique Kuhn, les découvertes scientifiques importantes ne proviennent nullement d’une progression méthodique, mais plutôt de percées sensationnelles.

    Il semblerait donc que le langage et les concepts dont on se sert pour décrire un individu sont par nature différents de la description familiale dont on a besoin, et que les deux sont inconciliables. Heureusement, cela n’est pas tout à fait vrai. Nous estimons que ceux qui espèrent pouvoir rapprocher l’étude individuelle de l’étude familiale en se servant de concepts empruntés à l’étude de l’individu seront déçus. Ce rapprochement est possible mais la voie semble être à sens unique. Il nous faut d’abord parvenir à une description de la famille qui nous donnera un point de vue nouveau avec lequel affronter le problème de l’individu.

  2. Ce qui est nouveau et différent dans l’approche familiale n’est pas seulement une augmentation numérique dans la grandeur de l’unité à étudier. Examinons les changements qui ont eu lieu malgré nous dans notre manière de penser au cours de notre étude sur la famille, et comment ces changements pourraient en dernière analyse s’appliquer à une classification plus rigoureuse des individus. Une révision s’impose immédiatement dans l’étude familiale en ce qui concerne le genre de données à étudier. On passe d’une description de la nature de quelqu’un à une description des rapports entre quelqu’un et quelqu’un d’autre. Cette dernière approche exige que l’on parte du comportement observable comme source de données, plutôt que des « propriétés » invisibles de l’individu. Les données deviennent une succession d’« actions » observables et qui se répètent entre les membres de la famille, et, avec ce passage à un nouveau type de données, se présente une nouvelle façon possible de conceptualiser le problème.
  3. Organisation et limites : un moyen de classer le comportement par rapport à un autre comportement est la notion fondamentale de la redondance, de la contrainte ou de la limitation dans une sphère donnée.

    1. Définition :
    • Organisation implique limitation, étant donné que le terme « organisation » peut se définir au niveau du comportement comme un type précis de modèle de répétition et d’exclusion.
    • La famille possède son organisation. Aucune famille qui reste unie ne peut fonder le comportement de ses membres sur le hasard, c’est-à-dire leur permettre d’entrer en collision les uns avec les autres et de rebondir comme des atomes dans une chambre d’ionisation.
    • Si l’on considère un assortiment de comportements possibles et également plausibles en théorie, une entité organisée aura recours à certains de ces comportements plus qu’à d’autres. Par exemple, des possibilités a à f, elle n’utilisera peut-être que a ou b, ou peut-être encore d ne se produira jamais.
  1. L’hypothèse sous-jacente à tout travail sur la famille est que la famille, en tant qu’unité, se comporte et continuera de se comporter avec une certaine cohérence, et non au hasard. On peut considérer que la recherche familiale est une tentative d’exploitation de cette cohérence, en même temps qu’un effort pour vérifier son existence. Nos descriptions des interactions familiales sont des représentations exactes de l’organisation que nous observons, en ce qu’elles indiquent la répétition ou l’exclusion de comportements possibles.
  2. Il devrait être établi ici que cette théorie n’est nullement compatible avec la notion plus ancienne et empruntée à la sociologie selon laquelle les familles « perturbées » (comme, par exemple, les familles schizophrènes) ne sont pas organisées et que cela a une importance étiologique. Bien au contraire, tout concourt à prouver pour le moment que la famille « perturbée » est encore plus organisée que la famille normale, étant donné que ce type de famille n’utilise qu’un nombre relativement limité des possibilités qui s’offrent à elle. (Cf. la section sur les familles « restreintes ».)

    • On a certainement l’impression que les familles « perturbées » (et leurs membres) se comportent de manière étrange, inadaptée, et souvent avec un grand nombre d’interruptions verbales, et qu’il leur arrive souvent de ne pas terminer ce qu’elles ont entrepris, ce qui déconcerte l’observateur et peut-être aussi la famille elle-même.
    • Mais si l’on n’observe ce comportement que par rapport à tous les comportements possibles, on peut facilement démontrer que le répertoire du comportement est extrêmement limité. Pour illustrer le niveau auquel nous avons l’intention d’appliquer le terme « limitation », imaginons le comportement d’une famille qui n’obéirait qu’à une seule règle : la règle établissant qu’aucune autre règle ne devrait être respectée. On peut facilement imaginer le chaos qui régnerait apparemment dans une telle organisation familiale, mais il devrait aussi être évident que la limitation imposée par cette règle unique serait extrême et exigerait une très grande organisation pour ne jamais suivre aucune règle. L’individu, comme la famille, doit payer un prix élevé, l’un devant s’adapter aux exigences de la famille, l’autre à la société, mais la famille pathologique est en elle-même très organisée. J’ai décrit il y a plusieurs années comment une apparente amélioration chez un individu (si l’on aide par exemple un schizophrène et qu’il va mieux) peut avoir des conséquences désastreuses sur d’autres membres de la famille. J’ajoute maintenant que cette opération est un effort pour laisser le hasard jouer un plus grand rôle dans un système rigide.
  3. On peut aussi considérer que la psychopathologie individuelle est une limitation extrême des types de comportement que l’individu peut adopter. La richesse, la variété et la souplesse de ses réponses et de son comportement sont certainement limitées si on les compare à l’éventail normal du comportement.
    1. Exemples :
      • Un malade atteint de phobie ne peut pas pénétrer dans un ascenseur, monter au sommet de bâtiments élevés ou sortir au grand air, au contraire des individus normaux.
      • Le délinquant doit voler, alors que les gens normaux peuvent ou non voler, selon leur choix – en particulier aux alentours du 15 avril90.
      • Il est possible que le schizophrène parle avec Dieu, aptitude douteuse que nous ne possédons pas pour la plupart, mais il ne lui est pas possible de ne pas parler à Dieu, et il lui arrive fréquemment de ne pouvoir parler qu’à Dieu et non aux mortels, ce qui est une restriction sociale d’importance pour la vie terrestre !
    1. Une application pratique d’un système nosologique fondé sur la limitation du comportement serait la redéfinition de la névrose et de la psychose dans cet ordre d’idées : certaines restrictions dans le comportement limitent à tel point l’individu qu’il est entravé, « restreint », dans son développement social, et ce type de restriction donne lieu à d’autres restrictions. L’évolution de la pathologie, déclare l’observateur, dépendra de la façon dont les restrictions de l’individu seront liées au contexte actuel.

      • Darwin se débrouilla très bien avec sa phobie cardiaque. Un sauteur à la perche n’aurait pas pu le faire.
      • Réduire sa conversation au « non-sens » schizophrène limitera en soi-même le type de vie que l’on peut mener.
    2. L’aptitude qu’a un individu de se lancer dans un certain pourcentage des démarches qui s’offrent à lui pourrait s’appeler sa faculté d’adaptation.

      • Si le nombre de ces possibilités (comparé aux possibilités théoriques que lui offre la culture) n’est limité que par des facteurs socio-économiques, nous dirons qu’un individu est « normal » par rapport à sa situation écologique particulière. Si ses possibilités éventuelles sont encore plus sérieusement restreintes, nous dirons qu’il est « anormal » ou « restreint » : le fait que le viol ne figure pas dans le répertoire des actes sociaux d’un homme n’est pas un signe pathologique ; mais une limitation de l’activité sexuelle socialement permise en est un.
      • Cette approche de la psychopathologie est prometteuse en ce qu’elle se prête facilement à l’analyse interactionnelle. Par exemple, la complémentarité chez un couple marié impose souvent aux partenaires des restrictions complémentaires dans un cadre de dépendance mutuelle. Cela conduit à un cercle vicieux, où, par exemple, la femme harcèle son mari qui se renferme sur lui-même, et où tous deux se servent l’un de l’autre pour stimuler leur propre comportement.
      • Ce type de base nosologique peut présenter plusieurs avantages :
        • il peut être observé ;
        • il peut être prédit ;
        • il possède une cohérence théorique ;
        • il est assez vaste pour inclure de nombreuses théories précises sur la psychopathologie ;
        • il embrasse et l’étude individuelle et l’étude familiale.
  1. Un autre point de rencontre possible du travail familial et du travail individuel réside dans le type de comportement auquel appartient le symptôme :
    1. Nous sommes souvent déconcertés par les parents de délinquants de familles moyennes qui ne volent ni ne saccagent ; et pourtant, si l’on passe à un plus haut niveau de généralité et si l’on considère que la délinquance est avant tout le fait de « désobéir aux lois et de mentir ensuite à ce sujet », alors :
      • le comportement de celui que l’on juge malade appartient à cette catégorie ;
      • l’hypocrisie de ses parents et d’autres comportements spécifiques qui leur sont propres tombent aussi dans la catégorie de « désobéir aux lois et de mentir ensuite à ce sujet » ;
      • on n’observera pas les restrictions imposées dans le comportement à celui que l’on juge malade chez certaines autres familles ; et dans ce contexte, la restriction veut aussi dire que l’on n’a pas le droit d’être honnête (nous avons à ce sujet des exemples réels qui proviennent des recherches sur la délinquance effectuées par le Dr Jerome Rose au Mental Research Institute).
    1. Le comportement symptomatique du schizophrène est essentiellement décrit comme une « confusion des niveaux logiques ».

      • Métaphores non étiquetées, exclusion, reniement de la communication joint au reniement de ce reniement.
      • On a aussi noté que la famille du schizophrène, bien que non psychotique au sens nosologique actuel, est notoire pour sa confusion des niveaux logiques : cf. double contrainte, fragmentation, mystification, exclusion, comme l’ont montré le groupe de Palo Alto, Lidz, Singer et Wynne, Laing et les autres.
    2. La méthode d’analyse convient à un autre aspect encore intuitif du travail familial : le fait que le comportement symptomatique est quelque peu approprié, et non « malade », lorsqu’on examine le système familial en particulier. Par exemple, quand on observe le schizophrène dans son contexte familial, on fait la pénible découverte que son comportement est approprié au contexte particulier dans lequel il évolue. En fait, on se surprend à admirer le talent avec lequel un schizophrène parvient à fonctionner dans une situation familiale remarquablement complexe, et à la perpétuer. Au lieu de voir dans le schizophrène un individu « diminué » sur le plan du fonctionnement, il commence à être possible de voir qu’il doit être en fait plus fin et perspicace que la norme, pour savoir se comporter au milieu des règles contradictoires du système dans lequel il évolue. Son comportement peut paraître bizarre et hors de propos lorsqu’il pénètre dans un système différent, mais qui de nous est aussi capable que le schizophrène de traiter avec la famille remarquablement complexe où il a mûri et avec le système hospitalier dans lequel il habite plus tard ?

Deuxième partie

Introduction

Le comportement de l’homme est prescrit et limité par le simple fait qu’à la différence de l’animal, il ne peut pas obtenir de ses instincts les informations nécessaires. Au lieu de cela, il doit dépendre de ses semblables. Pour rester un animal social, il doit voir et entendre des données qui doivent être transformées en information quelle qu’elle soit.

Le fait de dépendre ainsi de ses semblables expose l’homme à des restrictions de comportement évidentes, et aussi à une soumission mentale (mindbending). S’il accepte les informations requises, il doit aussi accepter des messages à son sujet qui peuvent être antithétiques à l’information requise qu’il cherche ou incompatibles avec elle. Il peut recevoir aussi une information paradoxale et présentant des difficultés logiques monumentales. Un jeune homme peut, par exemple, être élevé par une mère qui insiste sur l’importance du mariage en le protégeant des filles « ordinaires », de telle façon qu’il finit par rester célibataire. Une manière de « justifier » cette situation est de croire que la mère le protège de la « vérité », et il peut décider que cette vérité est « qu’il n’est pas fait pour le mariage », ce qui peut l’amener à penser « ergo je suis homosexuel », mais cela est pourtant paradoxal parce qu’il n’a pas eu de contact sexuel avec quelqu’un de son sexe, et qu’est-ce que cela implique au sujet du père, de la mère, etc. ?

Tout donne à penser que la soumission mentale existe dans les rapports entre la famille nucléaire et l’enfant déclaré « schizophrène ». Mes collègues de la « théorie de la double contrainte » et moi-même avons postulé qu’une variable médiatrice nécessaire entre la soumission mentale et le comportement schizophrène est l’incapacité de fuir l’environnement.

L’individu est pris au piège et ne peut pas échapper à la nature du message qui provient du contexte de sa famille. On peut le dire autrement, en avançant cette hypothèse : « Les individus qui vivent avec leurs familles nucléaires et qui, plus tard, se comportent de façon à être déclarés “schizophrènes” par un agent approprié de leur culture offriront des preuves historiques (génétiques) et interactionnelles que certains aspects de leur comportement ont été limités, de telle façon que de nombreuses possibilités ouvertes aux individus du même milieu socio-économique leur ont été fermées. »

La description exacte de ce qui constitue la « restriction » (ou l’acte de limiter le comportement d’un autre) dépend des catégories de comportement que l’on utilise. Elles peuvent être aussi évidentes que le fait de remarquer qu’un enfant qui n’a pas le droit de parler est limité dans son comportement verbal, ou aussi ésotériques qu’une observation du type : « L’hostilité inconsciente de la mère produit chez le fils la peur de la castration. »

Dans la deuxième partie de cet exposé, je me propose de présenter des catégories de « restriction » et de « comportement restreint91 » qui me semblent prometteuses pour la formulation des définitions opérationnelles de la schizophrénie et de quelques autres dérèglements sérieux.

On peut définir le comportement restreint comme incapacité de s’engager dans – ou même de choisir – les possibilités qui s’offrent à l’individu. Cette incapacité peut être évaluée par le sujet lui-même, habituellement un malade mental (qui parle de son passé), ou par un observateur. Les domaines dans lesquels l’individu est restreint doivent être énumérés mais peuvent inclure toutes formes d’entreprises et d’activités humaines. On assume que les individus restreints viennent de familles restreintes et que certaines de ces familles pratiquent la « restriction » sur leurs membres, ce qui signifie que ces membres, non contents d’être limités par la maladie, la position socio-économique, etc., limitent aussi de façon active le comportement des autres membres de leur famille.

I. L’individu

  1. Se plaint de se restreindre.
  2. Se plaint d’être restreint par les autres.
  3. Se plaint d’être restreint par la situation (santé physique, par exemple, ou travail, problèmes culturels ou juridiques tels que l’armée, la conformité, les lois, etc.).
  4. Se plaint qu’il restreint quelqu’un d’autre : par exemple, un homme ou une femme se plaindra de son propre comportement à l’égard de son conjoint, mais reconnaîtra rarement qu’il est difficile de dire qui restreint qui.

II. La dyade ou le groupe plus important (familles, groupes sociaux, etc.)

  1. Le patient identifié comme tel, ou un autre individu choisi, est accusé de restreindre le groupe (par exemple : « Ma femme détruit notre mariage », « Ma mère ne me laissera pas devenir médecin », etc.).
  2. Un groupe indépendant (un organisme social, par exemple) restreint le groupe (types de grief de la folie à deux92, plaintes d’injustice, de mauvais traitement par la police, etc.).
  3. Le rapport de groupe est jugé restrictif par les membres du groupe lui-même. Ainsi, un couple prenant la décision de divorcer peut déclarer que les deux conjoints ne peuvent pas s’entendre. Parents et enfants peuvent parfois décider qu’ils se font du tort et ne devraient pas vivre ensemble.
  4. La culture restreint le groupe (par exemple, les familles qui se plaignent de devoir veiller à ne pas se laisser distancer par les Dupont ; les familles qui se plaignent de la conformité ; les couples qui veulent se livrer à l’amour libre mais sentent que la société ne le leur permettra pas, etc.).
  5. Le groupe est restreint par des événements sur lesquels il n’a aucun contrôle (comme la pauvreté, le chômage, la police, la maladie physique, etc.).

Il y a des concepts et des observations qui accompagnent l’idée de restriction et le type de classification présenté ci-dessus. On pourrait, par exemple, définir le sentiment de l’euphorie ou du bien-être comme une condition fondée sur le mythe (ou la réalité, ou une combinaison des deux) selon lequel des possibilités nouvelles s’offrent à l’individu et que ces possibilités nouvelles peuvent être exploitées. Ainsi, l’euphorie évidente du commandant White quand il fit sa célèbre promenade dans l’espace fut perçue même des téléspectateurs. Une autre approche de la réalité montre pourtant qu’il n’avait en fait que très peu de place pour manœuvrer, étant au bout d’une courroie de sept mètres et demi. Cependant, l’immensité de l’espace et l’apesanteur du commandant White créèrent une ambiance qui peut expliquer son euphorie.

D’autre part, des concepts tels que le devoir, le patriotisme, etc., impliquent un sacrifice : l’individu résiste volontairement à la tentation de chercher de nouvelles possibilités pendant un certain temps. Ainsi l’employé loyal, à qui on fait honneur au bout de trente ans en lui offrant une montre en or, est celui qui fait toujours le même travail, indéfiniment et sans se plaindre de l’ennui.

Peut-être n’y a-t-il que la rébellion limitée dans le temps qui soit saine (c’est-à-dire serve à la maturation personnelle), étant donné que la rébellion chronique implique au fond que l’objectif n’est pas d’utiliser de nouvelles possibilités mais de poursuivre les mêmes rapports : le couple qui, par exemple, se dispute de façon chronique, mais ne se sépare pas, se livre constamment au même modèle de comportement. La famille la plus restreinte que l’on puisse imaginer ne s’adonnerait qu’à un seul comportement qui ne serait fondé que sur une seule règle, qui serait que ses membres n’obéiraient à aucune règle !

Le concept de nouveauté trouve aussi sa place dans cet exposé, parce qu’il est mythique que les gens aiment l’uniformité (voir la douce scène pastorale où le fermier et ses moutons font la même chose, jour après jour), même si tel individu semble aimer l’uniformité (l’ermite, par exemple). Les gens vieillissent et, à cause de cela, un jour ne peut être comme un autre, ne serait-ce que parce qu’il reste un jour de moins. Il est probable que ces concepts d’uniformité et de paix, ou de tranquillité, n’existent que parce que nous ne considérons pas un laps de temps assez long. La plupart des individus attendent avec impatience les week-ends, les vacances, ou, en tout cas, le paradis, pendant des laps de temps fort longs.

Il est clair que notre culture insiste trop sur ce que les parents devraient faire pour les enfants, au lieu de prendre conscience de la façon dont les modèles familiaux prescrivent et proscrivent le comportement chez l’enfant, y compris les modèles de restriction. La chose est évidente pour l’enfant gâté ou pleurnichard, ou l’enfant peureux, lorsque les attitudes parentales, déclarées ou dissimulées, encouragent des réactions qui limitent l’aptitude de l’enfant à participer à des situations originales ou nouvelles, ou, en d’autres termes, à profiter des possibilités qui s’offrent à lui. Il se peut cependant que soient à l’œuvre des forces familiales beaucoup plus subtiles, et la recherche familiale en cours indique qu’il est possible d’observer et de mesurer certaines de ces forces. Dans une entrevue préalablement structurée mise au point au Mental Research Institute, les parents peuvent demander à l’enfant quel est le sens du proverbe : « Pierre qui roule n’amasse pas mousse », au lieu de le lui enseigner selon les instructions qu’ils ont reçues. Leur manière de demander à l’enfant ce que veut dire le proverbe peut être truffée de directives sur la manière de répondre. Ils peuvent dire à l’enfant de s’en tenir au sens littéral ou de ne pas donner de réponses originales ou créatrices. Un père peut dire, par exemple : « Tu sais ce qu’est la mousse, cette substance verte qui pousse sur les arbres, et bien en fait c’est du lichen. » Un enfant de sept ou huit ans devra naturellement demander ce qu’est le lichen, et ainsi la réponse que les parents déclarent ouvertement demander n’est plus la partie principale de la communication ; le père dit aussi : « Ne sois pas plus savant que moi. »

Si un individu, en particulier un enfant, ne réagit pas aux possibilités qui s’offrent à lui, et s’il semble que les raisons pour lesquelles il ne le fait pas sont toutes personnelles (plutôt que d’évidentes raisons physiques ou culturelles), il est vraisemblable qu’il a appris des interdits, et il faudrait examiner ces interdits, du moins lorsque des transgressions appellent leur réaffirmation. C’est là une question d’extrême importance qui est négligée lorsqu’on considère que l’individu est un être potentiellement entier qui a besoin de voir le nouveau-né caché en lui grandir enfin (un homunculus qui sommeille et qui est parvenu à rester en contact avec le monde mais ne laisse pas l’ego le savoir).

Dans ce type d’observation, il y a trois points vraisemblables à considérer :

  1. L’individu se comporte de façon à inviter la sanction des autres et répond à leur réaction en retour comme à un ordre. Un exemple :

    le mari (avec hésitation) : Je vais peut-être sortir seul ce soir, aller voir un film.

    la femme : Oh, n’y va pas, tu seras trop fatigué demain.

    le mari (d’un ton résigné) : D’accord.

    Les individus tels que le mari de notre exemple pourraient être appelés passifs, masochistes, etc., selon la théorie de la personnalité individuelle. Mais d’ordinaire ces appellations ignorent implicitement (ou, dans certaines théories sur la personnalité, explicitement), les preuves offertes par l’approbation active réelle qui ne provient pas de l’individu lui-même mais de son épouse (ou son époux), de sa famille, de la loi, des docteurs, du clergé, etc.

  2. L’individu peut exercer des techniques de restriction sur d’autres personnes importantes, et, ce faisant, il limite ses propres possibilités, de deux manières :
    • La relation avec la personne dont il limite les possibilités le restreint à son tour, comme c’est souvent le cas chez le mari d’une femme phobique.
    • Il encourage les autres à adopter avec lui son modèle de restriction, comme c’est le cas dans la folie à deux, les phobies partagées, les cas de deux individus asociaux unis contre le monde, etc.
  1. L’observateur peut ne pas observer un contexte qui appelle la « restriction ». Il faut en tenir compte dans l’élaboration d’un entretien structuré.

    Dans le comportement restrictif, une entrave est mise à la liberté qu’a un individu de se livrer aux possibilités qui s’offrent à lui. La restriction imposée par une famille, qui est si frappante et évidente chez les familles ayant un membre atteint de colite ulcéreuse, consiste en des comportements dont on peut dire qu’ils limitent les réactions spontanées, les comportements nouveaux, les comportements inhabituels tels que l’humour, l’originalité, les réponses créatrices, etc. Cela nous offre des possibilités d’examen et de recherches supplémentaires : on peut par exemple donner à des enfants l’occasion de se trouver dans des situations nouvelles, et évaluer leur aptitude à réagir à ces situations ainsi que la manière dont ils réagissent. On peut ensuite comparer les résultats à l’interaction familiale. Le type de réponse le plus simple (« Je ne veux pas », ou « Ça ne m’intéresse pas ») peut être envisagé de deux manières du point de vue de l’interaction familiale : a) La famille entrave le comportement réactif de l’enfant, b) La famille, en tant que groupe, est sa propre entrave, ce qui, chez les familles dont un membre est atteint de colite ulcéreuse, est plus fréquent.

III. Modèles de restriction

Modèles généraux et s’étendant à des domaines multiples

(Par exemple, le type général de restriction et de limite qu’on rencontre chez les familles ayant un membre atteint de colite ulcéreuse.) La règle est d’éviter tout comportement qui pourrait être perçu comme un commentaire sur la famille ou un commentaire sur les rapports interfamiliaux, même entre enfants d’une même famille. Si un individu se livre à des activités en dehors de la famille, à l’exception des activités prescrites par la loi et la coutume, comme le fait d’aller à l’école, à l’église, etc., son comportement pourra être interprété comme : a) le souci d’éviter sa famille ; b) la croyance qu’il est supérieur à un autre membre de sa famille ; c) un commentaire sur le fait que la famille ne se suffit pas à elle-même.

Absence de restriction générale touchant un domaine

Ces familles s’adonnent à un grand nombre d’activités, tant qu’il n’y a pas d’interférences physiques nuisibles et évidentes telles que le danger, le manque de nutrition, de sommeil, etc., et que ces activités n’ont pas lieu au détriment d’autres membres de la famille. Si elles sont accomplies au détriment de membres de la famille, on suppose qu’ils seront dédommagés d’une façon ou d’une autre, par exemple par un système de roulement. Ce type de non-restriction peut être évident au cours d’une entrevue où l’on remarque un vaste registre d’échanges de comportements. Ils sont de deux sortes :

  1. Règles démocratiques énoncées et respectées : la famille déclare que ses membres sont des individus et sont libres de se comporter comme tels. Le comportement observé dans un grand nombre de situations démontre que la famille semble respecter ces règles.
  2. Comportement spontané, rire, commentaires, critiques, sarcasme, etc., ayant lieu de façon non régularisée, ce qui permet à l’observateur de voir que l’interaction familiale est vive et spontanée et que les membres de la famille s’apprécient les uns les autres. Des tests comme celui de Haley (« qui parle après qui ? ») révèlent après un nouvel examen qu’il n’y a aucune régularité.
Restriction spécifique
  1. Valeurs : par exemple, la famille catholique s’abstient de manger de la viande les vendredis ; tout le monde dans la famille a un compte à la Caisse d’épargne, etc.
  2. Normes : l’échange de comportements est parfois proscrit dans certains domaines par des règles cachées, alors que cela n’est pas vrai dans la majorité des domaines de fonctionnement. Une famille peut par exemple établir une règle selon laquelle personne n’a le droit d’être pessimiste. Cela restreint la liberté de l’individu étant donné que : a) Il ne peut pas partager les expériences de certaines personnes différentes et ne peut ni fonctionner avec elles, ni fonctionner dans certaines circonstances, comme participer à une discussion pessimiste, b) Il n’a pas l’expérience de la tristesse, du désespoir, etc., même lorsque ces sentiments sont, aux yeux des autres, appropriés à la situation, a) et b) font que ce domaine de sa personnalité ne se développe pas, et la règle ci-dessus mentionnée oblige aux choix de certaines possibilités et au refus des autres. Un enfant peut non seulement ne pas avoir le droit d’être pessimiste, mais aussi choisir « de lui-même » de ne regarder que des films heureux, ce qui renforcera le manque d’expérience qu’il trouve chez lui. (Je dois ajouter en passant que la thérapie et d’autres types d’efforts pour influencer les individus appartenant à cette catégorie de restriction isolée peuvent réussir, étant donné que ces individus ont appris à communiquer avec les autres et que, si le thérapeute leur dit : « Vous avez le droit d’être triste, en fait vous devriez l’être », ils peuvent obéir au thérapeute. Naturellement, si l’individu habite toujours chez sa famille, il peut voir qu’on s’oppose à son changement par une certaine résistance, mais il peut parvenir à un compromis pragmatique, selon lequel il pourra exercer au-dehors son nouveau talent mais continuera de se comporter comme le reste de la famille lorsqu’il sera chez lui.)

Le concept de l’évaluation du degré de restriction d’une famille permet une certaine typologie que nous présentons ici brièvement et partiellement.

Restriction sévère

Une restriction sévère inclurait une règle interdisant de changer de règles ; désormais, toute possibilité nouvelle sera traitée comme une éternelle nouveauté. Comme l’homme qui n’a pas eu quinze ans d’expérience dans l’emploi qu’il occupe, mais un an d’expérience quinze fois. Il y aurait un continuum de deux cas extrêmes de la famille pratiquant une restriction sévère : la « famille chaotique » et la « famille tranquille ». La famille chaotique obéit à une règle qui lui interdit d’obéir à des règles et est limitée par le fait qu’elle doit s’opposer à tout. La famille tranquille est celle qui ne peut échanger que des comportements très limités, pour ne pas courir le risque qu’un quelconque de ses comportements soit interprété comme un message portant sur la relation.

Restriction modérée

Dans cette catégorie de familles, seuls certains types de règles et normes ne peuvent pas être modifiés. Ainsi, le père et la mère doivent être parfaits et toujours respectés, mais ce qui constitue un comportement acceptable de reconnaissance de l’infaillibilité parentale peut varier. Exemple :

le fils : Je viens de trouver du travail.

le père : Cela fait longtemps que je pensais que tu aurais dû

travailler.

le fils : Tu as raison.

C’est là une façon de ne pas tenir compte de la règle et de la respecter en même temps. Lorsqu’on s’acquitte à la perfection de ce type de comportement, cela s’appelle la diplomatie.

Restriction légère

Elle se rencontre dans le type de famille qui suppose que les règles qui servent les intérêts de toute la famille seront respectées, mais qui permet à l’individu de se livrer à un vaste registre de comportements. Il y a au moins deux types de familles qui appartiennent à cette catégorie : a) la famille démocratique ; b) la famille collaboratrice. Les membres de la famille démocratique peuvent ne pas être très unis, mais ils protègent leur individualité et celle des autres membres. La famille collaboratrice a un haut degré d’interaction et se plaît à échanger des comportements parce que les échanges ajoutent quelque chose. Ses membres ont presque invariablement de l’humour, des discussions, du sarcasme et des expressions spontanées d’enthousiasme.

Récapitulatif

Celui qui souhaite définir le comportement humain de manière à organiser une nosologie diagnostique doit déchiffrer les énigmes comparables à la succession des peaux d’un oignon, plus ou moins résistantes selon les contextes.

Cet exposé suggère que les étiquettes monadiques sont passées de mode et qu’elles nuisent même aux efforts et à la compréhension thérapeutiques, et que les modèles d’interaction humains offrent un plus riche domaine d’exploration diagnostique parce qu’ils tiennent compte du contexte.

L’un des aspects de l’interaction est le processus de la restriction – et le comportement qui en résulte chez celui qui réagit à cette restriction. Cela est évident dans certaines familles, en particulier entre les parents qui ont formé une coalition dans le but d’user de la restriction contre certains des comportements de l’un de leurs enfants. Deux des familles chez lesquelles cela est très clair sont la famille du schizophrène et la famille de l’enfant atteint de colite ulcéreuse. Nous offrons une première classification de ces concepts, liée, mais de façon lâche, aux termes nosologiques individuels actuellement en vogue93.

Il est suggéré que l’individu peut être restreint de nombreuses façons, mais plus particulièrement par l’usage de messages portant sur la relation incluse dans des messages délivrant apparemment un contenu d’information, et par la désapprobation, le retrait et d’autres comportements de non-affiliation. La famille schizophrène correspond plutôt à la première catégorie alors que la famille du patient atteint de colite ulcéreuse utilise la deuxième technique.