1. Théorie

Ce premier chapitre contient des articles portant sur la théorie de la famille, la dynamique de l’interaction et la communication en général. Ils ont pour dénominateur commun la perspective indiquée dans l’introduction, c’est-à-dire l’étude des systèmes humains plutôt que celle des individus artificiellement isolés. D’une manière ou d’une autre, ils placent tous l’accent sur ce que les philosophes des sciences ont appelé le caractère incommensurable de l’évolution scientifique. Pour paraphraser Thomas S. Kuhn5, un nouveau paradigme scientifique n’est pas simplement la négation du précédent, ni son extensionl’ancien continuant d’exister au sein du nouveau comme un « cas particulier » –, mais il y a une incompatibilité logique entre eux. Il serait absurde de prétendre que notre travail s’est orienté d’emblée conformément à des principes épistémologiques aussi avancés. Disons plutôt que nous avons été conduits dans cette directionpour des raisons méthodologiques que nous pouvons invoquer a posteriori – par des considérations tout à fait pratiques, le plus souvent cliniques, dont nous n’avons d’abord formé aucun concept. Leur élaboration conceptuelle ne devint possible que lorsque Gregory Bateson et son équipe de recherche au Veterans Administration Hospital de Menlo Park eurent commencé d’appliquer des principes non plus psychiatriques mais anthropologiques et cybernétiques à l’étude des familles qui comportent un membre souffrant de troubles émotifs.

Les articles contenus dans ce chapitre ont été choisis en vue d’illustrer des étapes importantes de ce cheminement, depuis les premières formulations, très pragmatiques, jusqu’aux derniers essais de présentation scientifique, plus formels (et par conséquent d’application plus générale).

« L’étude de la famille », de Don D. Jackson, est le premier exposé d’ensemble des principes de la théorie de la famille et de la thérapie familiale, développés au MRI sous sa direction. Cet article traite brièvement de la différence entre le point de vue individuel et le point de vue interactionnel et entre les conceptions de la causalité qui les sous-tendent, avant d’introduire le concept de règles familiales. Dix ans après, il est déjà devenu difficile d’apprécier rétrospectivement à quel point ce concept de règles déterminant le comportement fit innovation à l’époque (par rapport aux concepts de besoins, de pulsions, de traits personnels, etc.).