4. L’allaitement du bébé (1944)

Depuis le début de ce siècle, de nombreux travaux ont porté sur l’allaitement du nourrisson. Médecins et physiologistes ont écrit de nombreux livres et quantité d’articles scientifiques, chacun d’entre eux augmentant un peu notre savoir. Le résultat de tout ce travail, c’est qu’il est maintenant possible de faire la différence entre deux catégories d’éléments : ceux d’une nature physique, biochimique ou matérielle, dont personne ne pourrait avoir une connaissance intuitive et qui ont besoin d’être étudiés scientifiquement à fond, et ceux d’une nature psychologique, que les gens ont toujours été capables de connaître, à la fois par le sentiment et par la simple observation.

Par exemple, pour aller tout de suite au fond des choses, l’allaitement est affaire de relation entre la mère et le bébé ; c’est la mise en pratique d’une relation d’amour entre deux êtres humains. Il était difficile, cependant, de le reconnaître (bien que les mères aient le sentiment que c’est vrai) avant que de nombreuses difficultés n’aient trouvé leur solution dans l’étude de l’aspect médical du problème. Tout au cours de l’histoire du monde, il doit être venu à l’idée d’une simple mère, menant une vie saine, que l’allaitement du bébé était tout simplement affaire de relation entre elle et lui. Mais il y avait, en même temps, la mère dont le bébé mourait de diarrhée et de maladie ; celle-là ne savait pas qu’un microbe avait tué son enfant et elle devait être persuadée que son lait était mauvais. La maladie d’un bébé et sa mort font perdre aux mères leur confiance en elles-mêmes et cela les pousse à rechercher un avis autorisé. La maladie physique a compliqué le problème tel qu’il est vu par la mère et, en fait, c’est seulement grâce aux grands progrès dans la connaissance de la santé et de la maladie physiques que nous pouvons maintenant revenir à l’élément principal : la situation affective, le lien affectif entre la mère et le bébé. Ce lien affectif doit se développer d’une manière satisfaisante pour que l’allaitement se passe bien.

Aujourd’hui, les médecins du corps en savent assez au sujet du rachitisme pour prévenir son apparition. Ils en savent assez au sujet des dangers de la contagion pour prévenir la cécité qui suivait généralement la contamination du bébé à sa naissance par les gonocoques ; ils connaissent suffisamment les dangers d’un lait provenant de vaches tuberculeuses pour empêcher la méningite tuberculeuse qui était courante et mortelle, et suffisamment le scorbut pour l’éliminer virtuellement. Maintenant, il est soudain devenu urgent pour ceux d’entre nous qui s’intéressent principalement aux sentiments, de définir aussi exactement que possible le problème psychologique qui se pose à toute mère, aussi totale que soit l’absence de maladie ou de trouble physique grâce à la capacité du médecin.

Il n’y a pas de doute que nous ne pouvons pas encore définir exactement le problème psychologique qui se pose à toute mère d’un nouveau-né. Il est néanmoins permis d’essayer et les mères peuvent jouer un rôle en corrigeant ce qui est mal dans ce que je dis et en mentionnant ce qui pourrait être oublié.

Je vais essayer. Si la mère à laquelle nous pensons est normalement bien portante et vit dans un foyer normalement bon, fondé par elle et son mari, si par ailleurs nous supposons que le bébé est arrivé en bonne santé et à terme, on peut émettre alors l’idée remarquablement simple que, dans ces circonstances, l’allaitement du nourrisson n’est qu’un élément, un des éléments les plus importants il est vrai, d’une relation entre deux êtres humains. Ces deux êtres, la mère et le nouveau-né, sont prêts à se lier l’un à l’autre par des liens d’amour extrêmement puissants. Naturellement, ils doivent apprendre à se connaître avant de prendre les grands risques affectifs que cela implique. Une fois qu’ils en sont venus à se comprendre mutuellement – ce qu’ils peuvent faire immédiatement ou seulement après un essai – ils comptent l’un sur l’autre, se comprennent et l’allaitement évolue de lui-même.

En d’autres termes, si la relation entre la mère et le bébé a commencé et se développe naturellement, point n’est alors besoin de techniques d’allaitement, de pesées et de toutes sortes de détails. Tous deux savent, mieux qu’aucun autre observateur, ce qui convient exactement. Dans ce cas, un bébé prendra la quantité exacte de lait à la vitesse exacte et saura quand s’arrêter. La digestion du bébé et les excréments n’auront même pas besoin d’être surveillés par des étrangers. Tout le processus physique marche, simplement parce que la relation affective se développe naturellement. J’irai même jusqu’à dire que dans ces circonstances une mère peut apprendre beaucoup de choses sur les autres bébés grâce au sien, tout comme le bébé apprendra à connaître sa mère grâce à elle.

Des sentiments de plaisir tellement grands dérivent des liens intimes, corporels et spirituels, qui peuvent exister entre un bébé et sa mère, que les mères tombent facilement sous la coupe de personnes dont les avis semblent dire qu’on ne devrait pas se laisser aller à de tels sentiments – et cela constitue un réel ennui. Il est certain que le puritain moderne se retrouve dans le domaine de l’allaitement du bébé ! Quelle drôle d’idée d’éloigner un bébé de sa mère après la naissance, lui faisant ainsi perdre sa seule possibilité (grâce à son odorat) de sentir qu’il la retrouve après l’avoir perdue. Quelle drôle d’idée de mettre une serviette autour d’un bébé qui tète, ce qui l’empêche de toucher les seins ou le biberon, le résultat étant qu’il ne peut jouer un rôle dans ce qui se passe qu’en signifiant « oui » (en tétant) ou « non » (en se détournant ou en dormant).

Quelle drôle d’idée de commencer à nourrir un bébé à des heures régulières avant qu’il ait acquis le sentiment qu’il y a vraiment quelque chose en dehors de lui et de ses désirs.

À l’état naturel (je veux dire : lorsque les deux êtres humains impliqués sont en bonne santé), les techniques, les quantités et les heures peuvent être laissées aux soins de la nature. En pratique, cela signifie que la mère peut permettre au bébé de décider de certaines choses qui relèvent de son pouvoir de décision, parce qu’elle-même est facilement capable de prendre des décisions et de fournir ce qui est impliqué dans sa tâche, qu’il s’agisse de soins ou de lait.

Dire ces choses me fera peut-être taxer d’imprudence. Il existe en effet peu de mères qui soient exemptes de difficultés personnelles et qui n’aient pas tendance à s’inquiéter, ce qui leur fait rechercher un soutien. Il existe aussi, sans aucun doute, des mères qui ne s’occupent pas de leurs bébés ou qui se montrent cruelles envers eux. Malgré tout, je pense que la connaissance de ces faits fondamentaux aidera les mères, même celles qui savent avoir besoin de conseils sur toute la ligne. Si une mère doit jamais apprendre comment réussir son premier contact avec son second ou son troisième bébé, il faut qu’elle se rende compte de ce vers quoi elle tendait au moment de la naissance de son premier bébé, lorsqu’elle avait tellement besoin d’être aidée. Elle tendait à ne pas dépendre de conseils quant à la manière de s’occuper de ses bébés.

Je dirai qu’un allaitement naturel est donné exactement lorsque le bébé le désire et qu’il cesse lorsque le bébé cesse de le désirer. Voilà la base. C’est à partir de cela, et seulement à partir de cela, qu’un nourrisson peut commencer à trouver un compromis avec sa mère, le premier étant l’acceptation d’être nourri d’une manière régulière et équilibrée, disons toutes les trois heures. Cela est commode pour la mère et peut pourtant paraître au nourrisson comme la satisfaction de son propre désir, à condition qu’il puisse s’arranger pour avoir faim régulièrement toutes les trois heures. Si cet intervalle de temps est trop long pour l’enfant, la détresse apparaît ; la méthode la plus rapide pour faire revenir la confiance est que la mère nourrisse à la demande pendant une nouvelle période, revenant à des heures régulières qui lui conviennent lorsque le bébé devient capable de les supporter.

À nouveau, cela peut paraître osé. Une mère, à qui l’on enseigne que son bébé doit apprendre à avoir des habitudes régulières, éprouve vraiment le sentiment d’être une mauvaise mère si on lui dit de nourrir son bébé comme une gitane. Comme je l’ai dit, elle a facilement peur du grand plaisir impliqué et elle éprouve le sentiment que sa famille et les voisins la blâmeront s’il en résulte des difficultés. L’ennui principal, c’est que les gens sont facilement écrasés par la seule responsabilité d’avoir un bébé et ils n’accueillent que trop facilement les règles et les préceptes qui font que la vie est moins risquée, même si elle devient un peu ennuyeuse. Dans une certaine mesure, cependant, médecins et infirmières sont à blâmer et nous devons vivement retirer ce que nous avons pu mettre entre la mère et son bébé. Même l’idée d’une alimentation naturelle serait dangereuse si c’était une chose vers laquelle tendre consciemment parce que les autorités diraient qu’elle est bonne.

Quant à la théorie qui veut que l’apprentissage de la propreté commence aussitôt que possible, la vérité est que cet apprentissage ne doit pas entrer en ligne de compte tant que le bébé n’a pas accepté le monde en dehors de lui et n’est pas parvenu à s’en accommoder. Et le fondement de cette acceptation de la réalité extérieure est la première et brève période au cours de laquelle une mère suit naturellement les désirs de son bébé.

Vous voyez que je ne dis pas que nous pouvons laisser tomber les centres maternels et laisser les mères se tirer d’affaire avec leur bébé quant aux problèmes posés par le régime de base, les vitamines, les vaccinations et la bonne manière de laver les couches. Ce que je dis, c’est que les médecins et les infirmières devraient tendre à diriger cet aspect médical sans que rien ne vienne troubler le mécanisme délicat de la relation mère-nourrisson en train de se développer.

Naturellement, si je parlais à des infirmières qui s’occupent de bébés qui ne sont pas à elles, j’aurais beaucoup de choses à dire sur leurs difficultés et leurs déceptions. Dans un ouvrage remarquable, The nursing couple2, mon regretté ami, le docteur Merell Middle-more, écrivait :

« Il n’est pas surprenant qu’un manque de douceur chez l’infirmière apparaisse quelquefois à la suite d’énervement. De tétée en tétée, elle observe les réussites et les échecs de l’enfant et de la mère et, dans une certaine mesure, leurs intérêts sont les siens. Elle peut trouver difficile d’observer les efforts maladroits de la mère pour nourrir l’enfant et, en fin de compte, elle se sent poussée à intervenir parce qu’elle pense pouvoir redresser la situation. Son propre instinct maternel est pour ainsi dire réveillé pour concurrencer celui de la mère, au lieu de le renforcer. »

Les mères qui me liront ne devront pas trop s’inquiéter de ne pas avoir réussi leur premier contact avec l’un de leurs enfants. Tant de raisons existent pour lesquelles des échecs ne peuvent manquer de se produire. Par ailleurs, on peut faire beaucoup par la suite pour réparer ce qui est allé mal ou remplacer ce qui a fait défaut. Toutefois, si je veux essayer d’aider les mères qui peuvent réussir, et qui réussissent cela – la plus importante de toutes les tâches d’une mère – il me faut prendre le risque d’en inquiéter certaines. Il me faut du moins, si je veux essayer de faire comprendre mon point de vue (qu’une mère qui réussit une relation à elle avec son bébé fait ce qu’il y a de mieux pour l’enfant, pour elle et pour la société en général), prendre le risque de blesser celles qui ont des problèmes.

Autrement dit, le seul fondement véritable de la relation d’un enfant avec son père et sa mère, avec les autres enfants et, en fin de compte, avec la société, est la première relation réussie entre la mère et le bébé, entre deux personnes, sans que des régies concernant un allaitement à heures fixes interviennent, pas même la règle que le bébé doit être nourri au sein. Dans les affaires humaines, le plus complexe ne peut se développer qu’à partir du plus simple.

5. Où va la nourriture ? (1949)

Lorsque les bébés sont sur le point d’avoir faim, quelque chose commence à vivre en eux, quelque chose s’apprête à prendre possession d’eux. Certains des bruits que vous faites ont trait à la préparation du repas et le bébé les connaît. Ils signifient que le moment approche où il pourra, en toute sécurité, laisser mûrir son appétit en un besoin gigantesque. Vous le voyez saliver. Les.petits bébés, en effet, n’avalent pas leur salive. En bavant, ils montrent au monde qu’ils s’intéressent aux choses dont ils peuvent prendre possession avec leur bouche. Cela revient à dire que votre bébé entre dans une phase d’excitation, excitation particulièrement sensible dans la bouche. Les mains jouent également un rôle dans la recherche de la satisfaction. Donc, lorsque vous nourrissez votre bébé, ce que vous faites correspond chez lui à un désir extrême de nourriture. La bouche est préparée. À ce moment-là, les bourrelets des lèvres sont très sensibles et ils interviennent dans l’appréciation de sensations buccales agréables, à un degré que le bébé ne retrouvera jamais plus tard.

Une mère s’adapte activement aux besoins de son bébé et elle aime cela. Dans ce qu’elle fait, son amour la rend experte à accomplir des adaptations délicates. D’autres personnes penseraient que cela n’en vaut pas la peine et seraient incapables d’y penser. Que vous nourrissiez au sein ou au biberon, la bouche du bébé devient très active et le lait passe de votre sein ou du biberon dans sa bouche.

On admet généralement qu’il y a une différence entre un bébé au sein et un bébé au biberon. Celui qui est nourri au sein va au-delà rie la racine (lu mamelon et mâche avec les gencives, ce qui peut être très douloureux pour la mère, mais la pression exercée à cet endroit pousse le lait qui se trouve dans le mamelon jusque dans la bouche. Le lait est alors avalé. Le bébé nourri au biberon doit utiliser une technique différente. Dans ce cas, la succion, qui peut s’avérer un point mineur dans l’expérience du sein, est plus accentuée.

Certains bébés au biberon ont besoin d’un trou assez large dans la tétine parce qu’ils veulent obtenir le lait sans tirer, jusqu’à ce qu’ils aient appris à le faire. D’autres tirent tout de suite et s’inondent si le trou est trop grand.

Si vous utilisez un biberon, il faut vous préparer à effectuer certaines petites adaptations d’une manière plus consciente que si vous nourrissiez au sein. La mère qui nourrit au sein se détend, elle sent le sang qui monte dans sa poitrine et le lait qui vient naturellement. Si elle nourrit au biberon, il faut qu’elle soit davantage sur ses gardes. Fréquemment, elle retire le biberon de la bouche du bébé, sinon le vide dans la bouteille deviendrait trop important et le bébé ne pourrait plus tirer le lait. Elle laisse le lait refroidir jusqu’à la bonne température et elle vérifie en mettant le biberon contre son bras. Elle a, également, à côté d’elle, une casserole d’eau chaude pour y mettre le biberon pour le cas où le bébé serait lent et le lait trop froid.

Ce qui nous intéresse maintenant, c’est ce qui arrive au lait. Nous pourrions dire que le bébé connaît beaucoup de choses sur le lait jusqu’à ce qu’il soit avalé. Le voilà qui passe dans sa bouche, lui faisant éprouver une sensation définie avec un goût défini. Il n’y a pas de doute que cela est très satisfaisant. Puis, le lait est avalé. Du point de vue du bébé, cela signifie qu’il est presque perdu. À cet égard, les poings et les doigts sont mieux car ils restent là où ils sont, ils restent disponibles. Tant qu’elle demeure dans l’estomac, la nourriture avalée n’est toutefois pas complètement perdue. Elle peut encore être restituée. Les bébés paraissent être capables d’avoir une idée de leur estomac.

Vous savez probablement que l’estomac est un petit organe d’une forme assez semblable à celle d’un biberon couché en travers, de gauche à droite sous les côtes. C’est un muscle, plutôt compliqué, avec une capacité merveilleuse de faire exactement ce que les mères font pour leurs bébés, c’est-à-dire de s’adapter à des conditions nouvelles. Il fait cela automatiquement, à moins qu’il ne soit dérangé par une excitation, une peur ou une angoisse, tout comme les mères sont naturellement de bonnes mères, sauf si elles sont tendues et angoissées. Il se comporte assez comme une bonne mère en miniature à l’intérieur. Lorsqu’un bébé se sent bien (ou détendu, comme nous le dirions en parlant de grandes personnes), ce récipient musculaire, que nous appelons l’estomac, se comporte bien. Cela veut dire qu’il conserve une certaine tension, tout en gardant sa forme et sa position.

Le lait est donc dans l’estomac, qui le retient. Une série de mécanismes commence maintenant, que nous appelons la digestion. Il y a toujours, dans l’estomac, des liquides, des sucs digestifs et, à son extrémité supérieure, de l’air. Cet air a un intérêt particulier pour les mères et les bébés. Lorsque le bébé avale le lait, la quantité de liquide s’accroît dans l’estomac. Si la mère et le bébé sont suffisamment calmes, la pression de la paroi stomacale s’adapte et se relâche un peu. L’estomac devient plus important. Habituellement, toutefois, le bébé est légèrement excité, l’estomac met donc un peu de temps à s’adapter et la pression temporairement accrue dans l’estomac procure un sentiment d’inconfort. Pour le bébé, un moyen rapide de se tirer de cet ennui est de faire un petit renvoi. Pour cette raison, après avoir nourri votre bébé, et même au milieu d’une tétée, vous pouvez trouver bon qu’il fasse un renvoi. Si le bébé est en position verticale pour renvoyer, il est très vraisemblable qu’il ne renverra que de l’air au lieu de renvoyer également un peu de lait. C’est pourquoi vous pouvez voir des mères qui mettent leur bébé contre leur épaule et qui lui tapotent légèrement le dos parce que ce tapotement stimule l’estomac et facilite le renvoi.

Naturellement, il arrive très souvent que l’estomac du bébé s’adapte si rapidement à la nourriture et accepte si facilement le lait qu’un renvoi n’est pas nécessaire. Mais, si la mère du bébé est elle-même crispée (et cela peut arriver quelquefois) le bébé se crispe également et, dans ce cas, l’estomac mettra plus longtemps à s’adapter à l’augmentation de nourriture à l’intérieur. Si vous comprenez ce qui se passe, vous serez capable de venir très facilement à bout de cette histoire de renvoi et cela ne vous surprendra pas qu’une tétée soit tout à fait différente d’une autre, ou qu’un bébé diffère d’un autre à cet égard.

Si vous ne savez pas ce qui se passe, il est certain que vous serez désemparée. Une voisine vous dira : « Assurez-vous que le bébé a un renvoi après sa tétée ! » et, si vous êtes dans l’ignorance, vous ne pourrez pas lui répondre. Aussi, mettrez-vous le bébé contre votre épaule et lui tapoterez-vous le dos avec vigueur pour essayer d’obtenir ce renvoi dont vous avez le sentiment qu’il doit être produit. Cela peut devenir une sorte de rite. De cette manière, vous imposez vos propres idées (ou celles de votre voisine) à votre bébé et vous contrecarrez la manière naturelle qui, après tout, est la seule bonne manière qui soit.

Donc, ce petit récipient musculaire garde le lait pendant un certain temps, jusqu’à ce que le premier stade de la digestion s’achève. L’une des premières choses qui se passe, c’est que le lait se caille. C’est le premier stade du processus naturel de la digestion. En fait, faire du fromage blanc, c’est imiter ce qui se passe dans l’estomac. Ne vous inquiétez donc pas si le bébé renvoie un peu de lait caillé. Il ne peut qu’en être ainsi. Il arrive aussi, assez souvent, que les bébés vomissent un peu.

Pendant le temps où des choses se passent dans l’estomac, il est très bon que le bébé soit au calme. Que vous arrangiez cela au mieux en mettant le bébé dans son berceau après la tétée ou en le promenant un petit peu, tout doucement, je vous laisse le soin d’en décider, car deux mères et deux bébés ne se ressemblent pas. Un bébé qui se trouve bien reste étendu et semble contempler l’intérieur. Parce que le sang se porte sur la partie active de son corps, communiquant à son ventre une bonne sensation de chaleur, il éprouve à ce moment-là le sentiment d’être bien. Si, pendant cette première partie des processus digestifs, le bébé est dérangé, distrait ou excité, cela peut provoquer des pleurs de mécontentement ou même des vomissements, ou encore un passage trop rapide de la nourriture avant qu’elle n’ait réellement subi tous les changements qu’elle devrait subir dans l’estomac. Je pense que vous savez combien il importe de tenir les gens à l’écart lorsque vous nourrissez votre enfant. Le moment du repas se continue jusqu’au moment où la nourriture quitte l’estomac et cela ressemble assez à l’instant important d’une fête solennelle qui paraît gâté si un avion vient à passer au-dessus de vous. Oui, cette période solennelle se continue jusqu’à inclure la période qui suit la tétée, lorsque la nourriture n’est pas encore tout à fait acceptée.

Si tout va bien, cette période particulièrement sensible prend fin et vous commencez à entendre des petits rires et des gargouillis. Cela veut dire que la partie de la digestion du lait dans l’estomac se termine. D’une façon tout à fait automatique, l’estomac envoie maintenant, à travers une valve, de plus en plus de lait partiellement digéré dans ce que nous pouvons en gros appeler les intestins. La suite de la digestion du lait est un processus très complet. Peu à peu, le lait digéré commence à être absorbé dans le sang et il est porté à toutes les parties du corps. Il est intéressant de savoir que de la bile est ajoutée au lait peu de temps après qu’il a quitté l’estomac. Elle est sécrétée par le foie au moment approprié et c’est elle qui donne ail couteau des intestins leur couleur particulière. Il se peut que vous ayez eu vous-même une jaunisse et vous savez donc combien on se sent mal lorsque la bile ne peut pas passer du foie dans les intestins, dans ce cas à cause du gonflement inflammatoire du petit conduit qui la transporte. La bile (en cas de jaunisse) va dans votre sang au lieu de passer dans vos intestins et vous rend toute jaune. Par contre, lorsque la bile prend le bon chemin et qu’elle passe au bon moment du foie aux intestins, le bébé se sent bien.

Maintenant, si vous consultez un livre de physiologie, vous pourrez découvrir tout ce qui se passe lorsque le lait continue à être digéré, mais, en tant que mère, ces détails n’ont pas d’importance. Ce qui importe, c’est que les gargouillis indiquent que le moment où l’enfant est sensible a pris fin et que la nourriture est maintenant réellement à l’intérieur. Du point de vue du nourrisson, ce nouveau stade ne peut être qu’un mystère car la physiologie dépasse son esprit. Nous savons cependant que la nourriture est absorbée à partir des intestins de différentes manières et qu’elle est finalement distribuée à tout le corps. Le sang l’amène à chaque parcelle des tissus qui ne cessent de croître. Chez un bébé, ces tissus croissent à un rythme extraordinaire et ils ont besoin d’être approvisionnés de façon répétée.