Chapitre VIII. La vérité sort de la bouche des adolescents14

Il y a l’adolescence et il y a les adolescents…

Parmi les livres les plus récents sur l’adolescence, j’en conseillerais un qui a pour sujet l’adolescence et le sens moral. Il décrit avec justesse les pensées et les sentiments des garçons et des filles et traduit leur capacité de verbaliser les choses à la manière de Damon Runyan15 : « Quand je fais des bêtises, j’encaisse comme un mec » ; « C’est pas bien de sortir avec quelqu’un avant le mariage » ; « C’est pas bien de coucher avec une fille mais c’est sympa ! »

Les Eppel ont travaillé ensemble, utilisant une méthode qui a permis de recueillir les réactions conscientes de 250 jeunes travailleurs (quinze/dix-huit ans) ayant bénéficié d’un congé pour assister à des cours à Londres. Dans cette enquête, ils demandaient essentiellement aux jeunes de compléter certaines phrases :

Un grand ami…

Mon souhait le plus sincère…

La génération des parents…

Les jeunes…

Ce n’est pas juste…

Les phrases ainsi complétées sont intéressantes à lire, et la simplicité et l’intelligence avec lesquelles les auteurs analysent les réponses aident le lecteur à comprendre les propos des jeunes.

Dans la première partie du livre, ils ont demandé à des magistrats, des membres des comités de probation et des personnes encadrant des jeunes de donner leur opinion au sujet de la moralité, de la différence des générations et des facteurs ayant une forte influence sur la moralité.

Là encore, les auteurs offrent une analyse utile des réponses obtenues.

Les Eppel ont également utilisé d’autres méthodes pour obtenir un tableau plus complet des principes moraux de ces jeunes travailleurs, de leurs idées sur la manière de bien se conduire et de leur conception de la vie en général. L’ensemble des résultats donne un aperçu remarquable des pensées et des sentiments conscients de ces jeunes gens, fort sympathiques pour le lecteur. Cette étude est susceptible de modifier l’attitude de ceux qui dans leur travail doivent faire face aux aspects antisociaux de l’adolescence en leur faisant comprendre que lès jeunes gens et les jeunes filles interrogés sont des personnes à part entière, des individus en train de devenir autonomes avec un sens moral propre à chacun et caractéristique de la fin de l’adolescence et de la phase qui précède l’âge adulte.

On a proposé aux jeunes la phrase suivante : « La personne que j’aimerais être. » Les réponses sont très variées et j’aime particulièrement celle d’un garçon qui écrit : « Je suis tout à fait content d’être moi-même (ou presque) même si j’aimerais faire moins d’erreurs. » Un autre écrit : « J’aimerais rester comme je suis : un homme grand, beau, carré, musclé, une personne décontractée, calme, maître de soi dans les moments les plus durs, ne voyant jamais que le bon côté des choses (c’est ce qu’il me plaît de penser). »

J’ai encore choisi quelques citations et j’avoue que je préfère les réponses comportant une orthographe personnalisée :

« Ce n’est pas bien d’ignorer la loi mais c’est parfois nessersaire [sic], »

« La génération des parents est un mélange de vieilles barbes et d’adultes qui nous comprennent parce qu’ils n’ont pas oublié qu’ils ont été jeunes eux aussi. »

« La génération des parents en a bavé… unconssia-ment [sic] ils pensent que nous, on se la coule douce. » Par ailleurs, il semblerait que la menace atomique décourage les adolescents, renforçant leur sentiment qu’il est sans doute inutile de faire des efforts :

« J’aimerais faire quelque chose pour que la prochaine génération vive dans un monde en paix. »

« Je ferais disparaître la bombe et j’aurais une vie tranquille. »

« Je donnerais n’importe quoi pour être sûr que si nous faisons des enfants, ils mourront d’une mort naturelle et pas à cause d’une bombe atomique. »