Chapitre X. La famille, une approche clinique20

La famille, élément constitutif de la société, a comme tâche essentielle d’accueillir chaque nouvel individu.

La nature de la famille varie selon les sociétés. Il y a d’une part les familles composées d’un père, d’une mère et d’un enfant et d’autre part les familles décrites par les anthropologues, où les parents sont tellement intégrés dans la structure sociale que les tantes, les oncles, les grands-parents, et parfois même les prêtres, semblent jouer un rôle plus important que le père et la mère.

La notion de famille répond au premier besoin du petit enfant, celui d’une société simplifiée qui lui fournit le cadre nécessaire à son développement affectif. Avec le temps, l’enfant devient capable d’utiliser un cercle de vie allant en s’élargissant. On peut définir la maturité comme étant la croissance d’un individu dans sa relation à la société, croissance conforme à l’âge de l’enfant et dont découle sa capacité de s’identifier à la société sans trop sacrifier de sa spontanéité. Bien entendu, la maturité ne suffit pas pour faire de nous des citoyens du monde. Il est vrai qu’il y a parmi nous des hommes exceptionnels, parfois méconnus, comme Gilbert Murray mais en général un individu est mature lorsqu’il est capable de s’identifier (sans perdre son identité) à un sous-groupe : une nation, une race, un parti politique, une idéologie, une religion ou une minorité persécutée.

L’individu n’atteint une telle maturité qu’après l’adolescence, quand il commence à s’imaginer en train de fonder une famille ; pour cela il faut naturellement être deux. Vous qui êtes des adultes, vous êtes redevenus cette année des étudiants et vous faites maintenant partie d’un des groupes les plus passionnants qui soient. Vous pouvez apporter quelque chose à la société, mais j’ai le regret de vous dire que cet état de choses ne durera certainement pas.

Chaque société apporte à sa manière un soutien conscient à la famille en tant qu’unité appropriée pour répondre aux besoins de l’enfant au moment où il sort d’une relation duelle avec sa mère et commence à établir une relation triangulaire (je parlerai plus loin du rôle du père dans la relation mère-nourrisson).

Les parents, je le suppose, connaissent beaucoup mieux les besoins de leurs enfants que la société, puisqu’ils sont directement impliqués. La société, plus éloignée de la famille, doit être sans cesse informée de ses faits et gestes.

Il y a dix ans, notre pays connaissait assez bien le problème des enfants déprivés pour soutenir le Children ’s Act (1948) et pour accepter d’en payer les frais.21

Le rapport gouvernemental concernant les enfants hospitalisés (1959) est également un bon exemple, car il rappelle à la société l’importance de la famille.

À mon sens, plutôt que de démontrer scientifiquement l’importance de la famille il est préférable de favoriser la communication entre (en l’occurrence) les parents qui savent et la société qui a besoin d’être informée.

Les parents aussi ont besoin qu’on leur rappelle qu’ils comptent beaucoup pour leurs enfants et pour la société. C’est ici que vous et moi avons un rôle à jouer sur le plan professionnel. Il ne s’agit pas de faire de la propagande mais de leur dire avec des mots compréhensibles ce qu’ils ressentent, ce qu’ils font et ce qu’ils n’osent pas faire. Nous leur permettons ainsi de mieux connaître leur propre fonction.

Parfois les parents sont malades, psychiquement malades. J’y reviendrai plus tard. Partons du principe que la grande majorité des gens se portent suffisamment bien pour réussir dans le domaine de leur choix et que, dans l’ensemble, les parents sont de bons parents, capables de profiter de notre aide si elle est offerte quand il le faut et comme il le faut.

Un bref aperçu de la dynamique familiale prend nécessairement en compte, chez les parents, les facteurs tendant à former et préserver la structure familiale et ceux qui tendent à la déstabiliser. Nous retrouverons les mêmes éléments positifs et négatifs chez les enfants, ainsi que dans les décisions de la société elle-même.

Nous serons amenés à étudier la naissance de la famille et à traiter de l’âge préscolaire, la période de latence en interaction avec l’école, la prépuberté et la puberté et, enfin, l’adolescence depuis ses débuts jusqu’à son dénouement. La résurgence de la dépendance infantile à chaque stade du développement rendra indispensable l’étude de la relation mère-nourrisson.

Nous verrons également ensemble l’influence sur la famille de la personnalité des parents et, le cas échéant, de leurs maladies.

Enfin, il sera question de l’enfant puisque la compréhension du développement affectif de l’individu est à la base de toutes les branches de la psychologie dynamique y compris la psychologie sociale.

L’étude de l’individu nous ouvrira la voie de l’inconscient, des pulsions et des conflits intrapsychiques.

[Winnicott parle ensuite des difficultés d’un enfant et du rôle joué par ses parents. Malheureusement, il n’a pas laissé de notes.]