Note de l’édition anglaise

La théorie élaborée par Winnicott sur le développement affectif de l’enfant fournit un lien entre les différents thèmes des articles réunis dans ce livre, qui vont de la petite enfance à l’adolescence. Winnicott s’en tenait aux faits. Il écrivait comme il parlait, utilisant un langage très simple et un style narratif. C’est pourquoi ces articles sont à la portée des parents et du grand public, aussi bien que des personnes qui travaillent auprès d’enfants. Certains de ces articles sont publiés pour la première fois ici ; les autres, parus dans des revues ou des livres aujourd’hui épuisés, sont pratiquement introuvables.

Winnicott a travaillé pendant une cinquantaine d’années dans le domaine de la pédiatrie, la psychologie de l’enfant, la pédopsychiatrie et la psychanalyse. Il a été président de la section de pédiatrie de la Société royale de médecine et il a reçu une médaille d’or en 1968 (the James Spence Gold Métal for Pediatrics). Il a présidé la section médicale de la Société britannique de psychologie et a été deux fois président de la Société britannique de psychanalyse. On a ainsi rendu honneur à sa pensée originale, fondée sur le bon sens et la compréhension des enfants et de leur famille à un moment précis de leur développement. L’extraordinaire capacité d’observation et de description de Winnicott a donné à ses écrits une dimension familière, le lecteur ayant l’impression d’avoir toujours su ce qu’il est en train de lire.

D’après Winnicott, c’est par sa spontanéité que le bébé exprime son potentiel inné de maturation (il tenait compte également du mal qu’on peut causer à ce potentiel inné ou même des limites de ce potentiel chez le bébé). Si la mère répond de façon appropriée à la spontanéité de son bébé, la qualité de cette adaptation va être au cœur de son expérience de la vie. L’enfant se sentira entier, fort et confiant. C’est ce sentiment que Winnicott appelle le « vrai self ». À mesure que le « vrai self » se renforce, le bébé tolère de mieux en mieux la frustration et une défaillance maternelle relative, sans pour autant perdre sa vitalité. Si la mère ne répond pas de manière appropriée à la spontanéité de son bébé, celui-ci doit s’adapter et se conformer aux « empiétements » de sa mère, c’est-à-dire à ses initiatives et à ses exigences. La spontanéité du bébé disparaît progressivement. Winnicott appelle « faux self » ce processus défensif. Plus l’inadéquation entre la mère et le bébé est importante, plus la personnalité du bébé se trouve déformée et entravée dans sa croissance.

Lorsque Winnicott décrit chez le bébé les phases de transition entre la subjectivité initiale et une objectivité croissante, liées au développement du self, de la symbolisation et de l’expérience culturelle, il dit que la phase décisive de son développement est le moment où s’instaure un self unitaire capable d’objectivité et d’activité créatrice.

Nous avons présenté quelques aspects essentiels de l’apport de Winnicott à la théorie du développement de l’enfant. Ses théories lui ont permis de répondre aux préoccupations diverses de tous ceux qui cherchent à aider les enfants et leur famille. Winnicott a accordé un rôle primordial aux influences innées et internes, aussi bien qu’aux influences extérieures s’exerçant sur le développement de l’enfant. Il a insisté sur l’importance des expériences traumatiques et de la déprivation, ainsi que des conflits intrapsychiques dans l’étiologie de la psychopathologie. Il attribue la santé psychique et la créativité à la qualité des soins maternels précoces, la mère étant secondée par le père. Cela donne une raison d’espérer, car la désintégration régressive de la personnalité, causée soit par la maladie soit par une crise, ne paraît plus irréparable. Selon les théories de Winnicott, non seulement le développement de l’enfant peut reprendre son cours, mais de nouvelles possibilités de croissance vont s’offrir à lui.

Nous avons procédé de la même manière que pour les ouvrages précédents : nous avons apporté peu de modifications aux écrits laissés par Winnicott afin de préserver les caractéristiques de son style, qui traduit souvent le mouvement de sa pensée en train de se développer ou en train de naître. Un grand nombre d’articles inclus dans ce recueil étaient à l’origine des causeries ou des conférences. Nous avons choisi de les présenter tels quels plutôt que de les transcrire dans un style plus formel.

Nous souhaitons attirer l’attention des lecteurs sur un certain nombre d’articles regroupés parce qu’ils traitent du même sujet :

— les chapitres III et IV sont la transcription de deux conférences sur les stades précoces du développement. Ces textes datent de 1948, époque à laquelle Winnicott a présenté avec une grande clarté sa théorie des débuts de la vie du bébé ;

— les chapitres XVI et XVII évoquent un sujet bien souvent négligé, l’adoption et toutes ses ramifications dans l’intérêt de l’enfant, des parents naturels et des parents adoptifs, avec ses conséquences sur le développement précoce et ses répercussions tardives lorsque les enfants adoptés partent à la recherche de leurs parents naturels ;

— deux articles sur la schizophrénie infantile (dont l’un est plus particulièrement consacré à son étiologie) écrits en 1966 et 1967 (chapitres XXV et XXVI) contiennent les réflexions et les conclusions de Winnicott à ce sujet (ils sont présentés de manière détaillée dans l’introduction) ;

— le chapitre XII et les chapitres XXIX à XXXI, datant de 1967-1970, ont pour thème le rôle des professions chargées de prendre en charge les enfants et montrent la complémentarité et l’intrication de leurs champs d’activité. Ces textes sont le fruit de la longue collaboration entre Winnicott et ses collègues des professions associées, ainsi que de ses responsabilités au sein de l’ACCP (Association of Child Psychology and Psychiatry).