Chapitre XXIX. Phénomènes de groupe au sein de l’Association de psychologie et psychiatrie de l’enfant60 61

Cette réunion va nous donner l’occasion d’analyser le fonctionnement interne de notre association. A-t-elle une identité ? Qu’est-ce qui la fait exister et continuer d’exister ? Cette analyse, qui est certainement pertinente et se révélera peut-être encourageante, risque d’être douloureuse.

Si nous examinons le groupe que nous formons, nous devons nous préparer à n’y découvrir aucun facteur d’intégration, et cela en raison de notre histoire. En effet, cette association est née de manière fortuite car il fallait créer en Grande-Bretagne un organisme affilié à I’iacpp 2 et susceptible d’inviter ses membres à se réunir de temps en temps sur notre sol. Afin d’être sur un pied d’égalité avec les représentants des autres nations, nous avons été plus ou moins

obligés de créer notre propre association, bien que cette démarche fût pour nous quelque peu artificielle. (Le succès récent du congrès d’Édimbourg aurait été impossible sans la création de I’acpp, même si nous nous rendons bien compte que le comité en exercice en 1966 s’est peu occupé de l’organisation du congrès, dont la responsabilité a été confiée au président de I’acpp et à la commission qui le seconde.)

Dans ce pays, du fait de notre histoire et de notre lutte séculaire pour la liberté de penser, nous considérons que le fait de se mettre au service de la société correspond à un désir et non à un endoctrinement dicté par l’Église, la religion ou la philosophie. Ainsi, nous sommes libres de nous intéresser à la nature humaine dans son évolution et dans son état actuel. Un grand nombre d’entre nous ont des engagements personnels. Que ce soit le cas ou non, il est nécessaire de pouvoir nous rencontrer, comme nous le faisons actuellement, pour discuter et agir ensemble. Debout à l’une des nombreuses tribunes offertes par notre culture complexe, nous pourrions tous dire haut et fort que chaque enfant grandit à sa façon dans l’environnement existant ou dans l’environnement que nous lui fournissons en fonction de la nature de son cas.

Nous regardons les êtres humains grandir et se développer et nous prenons les choses comme elles viennent. En conséquence (et je n’y peux rien), tous ceux qui ont des idées préconçues en raison de leur engagement personnel, et qui ne peuvent donc observer librement les enfants, ne sont pas à leur place dans cette association. La science veut que l’on soit libre de tout engagement lorsqu’on effectue des observations et qu’on construit des théories pour coordonner ces observations. Celui qui connaît d’avance les réponses, celui qui a pour ainsi dire reçu une révélation, n’est pas un scientifique et n’a rien à faire parmi des scientifiques.

En d’autres termes, la science ne consiste pas à prouver ceci ou cela par des statistiques et, contrairement aux poètes, les scientifiques ne savent rien de l’avenir. Vous et moi avons peut-être besoin de prendre des engagements dans notre vie privée, mais cela n’a rien à voir ni avec l’observation ni avec la science. Nombreux sont ceux qui ont été brûlés vifs pour défendre ce principe.

Je présume que nous tous ici présents sommes des scientifiques, même si le degré de notre implication dans la recherche scientifique est variable.

Dans un souci d’économie verbale, l’intitulé de notre association ne mentionne que la psychiatrie et la psychologie.

Participent à notre groupe : l’éducation, la pédiatrie, la psychiatrie, la psychologie, la psychanalyse, la psychothérapie, le travail social.

En sont absents : la religion, la philosophie, la poésie et l’alchimie, qui court deux lièvres à la fois.

En ce qui concerne notre programme annuel, nous devons tenir compte des interactions entre toutes ces disciplines, car il pourrait arriver que les centres d’intérêt des uns et des autres ne se recoupent que rarement, ou même jamais. Cela risque de se produire, et d’ailleurs cela s’est déjà produit.

Il est évident que n’importe quelle discussion peut intéresser chacun d’entre nous ; cependant la vie ne dure qu’un temps et il est fréquent que plusieurs réunions tombent le même jour. De nombreuses sociétés se réunissant régulièrement à Londres ou dans d’autres grandes villes, seule une organisation précise permettra à votre commission de faire en sorte que chaque réunion soit attirante pour tous. Et me voilà en train de vous parler des problèmes d’organisation pratique rencontrés par votre commission, dont j’observe le travail depuis quelques années. C’est pourquoi il est vital d’analyser périodiquement les raisons de notre existence en tant que groupe.

Examinons d’abord les éventuels antagonismes internes de I’acpp. J’ai rarement l’occasion d’observer les divergences entre les divers éléments de cette association, je vais donc tenter de vous dire maintenant pourquoi je pense que ce groupe n’est pas un groupe. Nous disposons de trois mots : la non-intégration, qui désigne un état primaire antérieur à l’intégration, la désintégration, terme que nous utilisons pour désigner la violence des conséquences d’une attaque venue de l’intérieur à l’encontre de l’intégration, et la dé-intégration, mot forgé par Michael Fordham pour décrire l’idée que l’intégration se défait en une sorte de clivage défensif. Nous pouvons jouer avec ces trois termes dans la mesure où ils nous aident.

Tout ce qui va à l’encontre de la cohésion me préoccupe. Que ce groupe puisse se dire un groupe tiendrait selon moi du miracle. Et si ses membres se méfient les uns des autres, je veux analyser cette méfiance. Nous devons prendre le risque d’observer notre manière de fonctionner, quitte à nous désintégrer. Si nous ne prenons pas ce risque, nous nous trouverons réunis par crainte de nous désunir, ce qui va dans le sens de la négation.

L’autosélection

Afin de franchir une étape supplémentaire dans ma réflexion, je vais me pencher sur la question de l’autosélection dans les divers groupes. Cette notion d’autosélection me semble être la clé du problème, et je pense qu’elle nous sera plus utile que la notion de formation.

De ce point de vue, nous nous divisons naturellement en plusieurs catégories. Même si je sais que personne n’a un seul centre d’intérêt dans la vie, je n’hésiterai pas à me référer à des exemples extrêmes pour faire avancer cette discussion. J’appelle un enseignant un enseignant, et un chat un chat. Il est peu probable que l’un de vous connaisse quelqu’un, homme ou femme, qui serait poussé par un penchant interne à être indifféremment enseignant, pédiatre, psychiatre, psychothérapeute, psychologue appartenant au courant dit « académique » de la psychologie ou travailleur social. Bien entendu, on pourrait faire la même remarque au sujet des sous-groupes qui composent chacune de ces catégories.

Je vais maintenant passer en revue ces divers groupes sous l’angle de l’autosélection.

L’enseignement. Il est essentiellement fondé (n’est-ce pas ?) sur une acceptation : l’enseignant sait quelque chose et son travail consiste à transmettre ce savoir à quelqu’un d’autre, qu’il s’agisse d’une technique, d’un ensemble de connaissances ou d’une manière de se comporter. Il est vrai qu’un enseignement peut être bon ou mauvais, et qu’il existe un mode de transmission du savoir qui respecte la répulsion des élèves pour toute forme d’endoctrinement ou de propagande. Néanmoins, lorsqu’on compare le travail des enseignants à celui des autres membres des groupes composant cette association, il faut être brutal et – je l’ai déjà dit – prendre en compte les extrêmes. Quelque chose que sait l’enseignant atteint l’élève : tel est le résultat de l’enseignement. Sur un certain point, l’enseignement ressemble à l’alimentation, puisque l’alimentation de l’enfant repose sur l’axiome suivant : manger est important mais ne pas manger est encore plus important. Partant du principe que l’enfant a quitté le domaine du paradoxe, où il avait été amené par des parents paradoxaux, l’enseignant espère pouvoir tirer parti de la soumission, quelle qu’elle soit.

On pourrait ajouter, surtout si on ne tient compte ni de l’école maternelle ni des premières années de l’école primaire, que les enseignants sont distants de leurs élèves. Toute relation excessive doit être évitée. Le maître et l’élève établissent parfois une relation intense, quoique limitée, mais une forte implication affective de la part de l’enseignant est une entrave et l’empêche d’enseigner. Ainsi, certaines difficultés surgissent lorsqu’un enseignant a effectivement besoin que son fils ou sa fille soit dans sa classe. Je pense aussi à certaines enseignantes, pour qui le mariage et la maternité sont un grand choc, et qui se trouvent moins bien armées qu’elles ne le croyaient pour être mères. En réalité, le passage du rôle d’enseignante à celui de mère d’un bébé nécessite un énorme effort d’adaptation et on ne peut pas s’attendre à voir ces femmes passer si facilement de l’un à l’autre. Inversement, quand une femme a été mère et souhaite redevenir enseignante, la transition est tout aussi difficile. De nombreux facteurs entrent sans doute en ligne de compte, mais il faut reconnaître la réalité des faits. C’est l’autosélection qui détermine la place prépondérante des femmes parmi les enseignants.

L’enseignant ou l’enseignante qui a choisi lui-même ce métier n’embrasse-t-il pas une profession où il puise un soutien et ne compte-t-il pas s’élever progressivement dans la hiérarchie jusqu’à la fonction de directeur ? La hiérarchie est généralement bien acceptée et la société donne aux enseignants une place déterminée. Les enseignants savent tout cela grâce à leur longue expérience professionnelle.

Tous les enseignants ne sont pas aptes à devenir conseillers d’orientation, c’est-à-dire à abandonner l’enseignement pour le travail social. C’est pourtant là que deux de nos groupes se rencontrent. Pour pouvoir accomplir sa tâche, l’enseignant doit considérer comme acquis le développement de la personnalité et du caractère de l’enfant, et partir du principe que les parents ont assez bien fait leur travail. Parce qu’il doit s’acquitter de certaines fonctions parentales, sa responsabilité dans la formation du caractère des enfants est au centre d’un débat permanent.

Si on pense qu’enseigner consiste à transmettre un savoir, il faut mettre dans une catégorie à part les enseignants qui prennent en charge des enfants difficiles, c’est-à-dire des enfants que leurs familles ou leurs parents n’ont pas réussi à rendre aptes à recevoir un enseignement. Les écoles destinées aux enfants difficiles ont par définition d’autres objectifs que l’enseignement, qui vient au second rang après la prise en charge des enfants. Ainsi, nous nous sommes éloignés de l’éducation pour parler du travail social et de la psychothérapie. Assez curieusement, ces écoles dépendent du ministère de l’Éducation. Pendant la guerre, ce rôle incombait au ministère de la Santé, et il pourrait revenir au ministère de l’Intérieur en raison de son implication dans les établissements recevant de jeunes délinquants.

On peut dire que l’enseignement consiste à transmettre un savoir à des enfants aptes à le recevoir et qui, dans l’ensemble, ont envie de savoir. D’où le caractère universel de la profession d’enseignant.

Les enfants insolents et désobéissants rendent difficile la tâche des.enseignants. Ces derniers risquent d’ailleurs de surestimer les enfants obéissants du fait de leur aptitude à apprendre. Certains excellents élèves ont en réalité des problèmes psychiatriques ou de fausses personnalités, et ces jeunes gens et ces jeunes filles ne sauront que faire de leur réussite universitaire.

Les enseignants n’ont pas à s’occuper des troubles psychiatriques. Imaginez un référendum posant la question suivante : « Faut-il abolir l’enseignement ou la psychothérapie ? » Les enseignants l’emporteraient à coup sûr, car la plupart des enfants sont normaux et ont le désir d’apprendre. Quant aux parents, ils veulent presque tous que leurs enfants soient instruits, certains souhaitent même que leurs enfants soient éduqués et aient le sentiment de l’être, c’est-à-dire qu’ils soient mis en contact avec la matrice culturelle de la vie sociale.

La psychologie. Les psychologues devraient se rendre compte que les psychothérapeutes, et ceux qui se réclament de la psychanalyse, ont du mal à définir les limites de leurs champs d’activité respectifs. Les psychologues sont tout à fait à leur place dans la recherche, ce sont eux qui rempliraient le mieux les conditions requises pour être chercheur dans d’autres domaines (la physique, par exemple).

Il n’est donc pas étonnant que les relations soient difficiles entre les psychologues académiques et toutes les personnes travaillant avec des individus. Quand il s’agit de psychothérapie et de travail social, on n’arrive à rien si on ne s’implique pas personnellement. J’ajouterai que, à mon avis, les psychologues « académiques » sont les plus critiques à l’égard du travail des psychothérapeutes et des travailleurs sociaux.

Je voudrais souligner un autre point : chez les psychologues, l’autosélection se fonde sur des prouesses universitaires plutôt que sur la structure de la personnalité ou la capacité à entrer en contact avec les enfants. En revanche, les enseignants ont besoin de cette capacité à entrer en contact et les psychothérapeutes doivent absolument pouvoir, soit se mettre profondément en rapport \ soit prendre leurs distances en fonction des besoins de leurs jeunes patients et non en fonction de leurs propres besoins.

De manière assez provocatrice, je déclarerais que les psychologues nous démontrent constamment qu’ils ont conscience d’intervenir dans le domaine de l’intellect, lequel n’est pas la psyché de l’association psychosomatique. Un clivage de tout ce qui est purement intellectuel risque d’entraîner une grande incompréhension mutuelle. C’est ce que j’ai essayé d’expliquer dans un article sur la psychosomatique paru dans The International Journal of Psychoana-lysis62 63. Il est en effet facile d’aborder ce sujet d’un point de vue intellectuel clivé. Les choses sont beaucoup plus difficiles pour le clinicien qui se trouve désespérément confronté à la dissociation illogique d’un patient. De manière positive, les psychologues peuvent jouer un rôle important en aidant les thérapeutes et les travailleurs sociaux à évaluer les résultats des traitements individuels ; ils ne doivent cependant pas espérer obtenir un matériel qu’ils pourront faire entrer dans leur ordinateur.

À mon avis, psychologues et travailleurs sociaux ont du mal à débattre ensemble aussi bien de théorie que des problèmes des enfants. Les psychologues et les psychanalystes emploient parfois le même langage, mais l’usage qu’ils font des mots se situe à deux niveaux distincts. La plupart des psychologues ne s’intéressent pas aux motivations inconscientes alors que, pour les travailleurs sociaux, c’est justement là que se trouvent les problèmes. De même, les enseignants sont chargés d’enseigner et non de s’occuper des difficultés de leurs élèves (et pourquoi pas, puisqu’ils pensent que la plupart des enfants sont normaux ?).

La pédiatrie. Les pédiatres sont dans une position semblable sur un point à celle des psychologues. Un pédiatre peut faire une brillante carrière professionnelle sans pour autant être capable de prendre en compte le psychisme de l’enfant ou la personnalité des parents (comment éviter cela ?).

Les médecins pédiatres occupent une place très particulière dans la profession médicale. Ils sont les seuls à s’intéresser à l’individu dans sa totalité. Bien entendu, ils se spécialisent parfois mais, même dans ce cas, ils ont une approche globale de l’individu, ce qui leur permet de resituer l’enfant dans son cadre familial et social et d’être tout à la fois le médecin du corps et celui du psychisme. Ce sont sans doute des privilégiés parmi nous. Savent-ils toujours faire bon usage de ce privilège ?

Les motivations qui poussent les pédiatres à choisir cette profession sont généralement liées à un intérêt pour le corps et ses fonctions. Généralement, ils « s’entendent bien avec les enfants », mais ce n’est pas indispensable, et on n’empêche pas un médecin de devenir pédiatre en raison de sa personnalité ou de son caractère. Nous devons prendre les pédiatres tels qu’ils sont. Ils ont tant à faire sur le plan somatique qu’on peut comprendre qu’ils n’aient ni le temps ni les ressources affectives nécessaires pour étudier la personne de l’enfant plutôt que sa physiologie ou son anatomie.

Je voudrais souligner l’importance de certains cas à la frontière entre les deux, c’est-à-dire les cas où une malformation physique, un déficit ou une maladie affecte le psychisme, la personnalité ou le caractère de l’enfant. Je pense ici à un déficit intellectuel, une encéphalite, une coarctation de l’aorte, un rhumatisme articulaire chronique nécessitant une longue hospitalisation, etc. Il est alors essentiel que le pédiatre, l’enseignant, le travailleur social et le psychothérapeute coopèrent.

L’importance du rôle du pédiatre vient du seul fait qu’il est médecin, et cela nous pose un problème. Il est responsable de la vie, il peut commettre des erreurs susceptibles de tuer. La situation se complique quand il commence à être pénétré de son importance et à utiliser cette position artificielle pour exercer son autorité en dehors de sa spécialité.

Prenez un pédiatre qui a sauvé la vie d’un enfant et qui ensuite donne tranquillement des conseils sur la manière de s’occuper de lui : « Vous devriez mettre votre enfant en pension », dit-il. Les parents ont tendance à penser que le médecin qui a sauvé la vie de leur enfant sait ce qu’il convient de faire dans d’autres domaines et à suivre ses conseils. Or ce n’est pas ainsi qu’il faut aborder les problèmes des parents. Pour répondre aux questions que posent les parents et qui conduisent parfois le médecin à donner des conseils, il faut faire un travail d’investigation, parfois en équipe, puis confier le cas à un travailleur social. Le médecin devrait savoir rester à l’écart des secteurs qui ne sont pas de son ressort. En réalité, il ne fait pas plus autorité que celui qui pose les questions. On ne réussira pas à faire changer les médecins, mais on peut espérer éduquer le public, lui apprendre comment se servir des médecins et faire en sorte que leurs compétences soient utilisées dans les domaines où ils sont compétents.

Si nous pardonnons au pédiatre, c’est parce qu’il prend une importance capitale lorsque nos propres enfants sont malades et qu’il devient notre médecin. Cette situation étant ponctuelle, elle ne doit pas avoir d’incidence sur notre travail commun avec les pédiatres quand ils ne sont pas en train de soigner nos enfants.

La psychiatrie. Nous avons besoin des psychiatres, comme des pédiatres et des médecins généralistes : ils sont médicalement responsables des patients, surtout si ces derniers sont suicidaires.

Nous devons nous demander jusqu’à quel point un psychiatre est capable de désapprendre ce que son expérience professionnelle auprès des adultes lui a appris. En effet, les adultes n’ont pas les mêmes maladies que les enfants, ils présentent parfois des troubles liés au vieillissement ou à des processus dégénératifs tels que l’artériosclérose, qui affecte l’irrigation sanguine du cerveau.

L’emprise de la psychiatrie de l’adulte sur la psychiatrie de l’enfant me désespère, et je suis convaincu que la psychiatrie de l’enfant aura toujours beaucoup plus à offrir à la psychiatrie de l’adulte qu’inversement. Les pédopsychiatres abordent les troubles mentaux sous l’angle du développement affectif de l’enfant dans sa famille et dans son environnement social.

Le problème ne se pose que dans la mesure où la formation à la psychiatrie de l’enfant vient obligatoirement se greffer sur la formation à la psychiatrie de l’adulte. C’est à chaque psychiatre de voir comment il va pouvoir caser tout cela dans sa courte vie. Quoi qu’il en soit, il faut qu’il ait exercé la médecine et la pédiatrie et fait une psychothérapie d’inspiration analytique.

La psychiatrie doit nous aider à mieux comprendre certains domaines voisins de la neurologie, à savoir la déficience mentale, l’épilepsie, les lésions cérébrales, les séquelles de l’encéphalite, les commotions cérébrales et les quelques rares maladies du cerveau, y compris les tumeurs.

Le travail social. Je vais maintenant vous parler des travailleurs sociaux. En pédopsychiatrie, les travailleurs sociaux portent le poids du travail clinique. Leurs motivations répondent à un désir d’être directement impliqués dans la dynamique des individus et des groupes. Ils veulent contribuer à défaire les nœuds qui entravent la croissance des êtres humains et les rapports qu’ils ont les uns avec les autres. Peut-être sont-ils, plus que les autres, les descendants des travailleurs bénévoles de l’époque qui a précédé la création des services sociaux ? Ils sont plus ou moins rigoureusement sélectionnés en fonction de leur personnalité, de leur caractère et d’une relative liberté par rapport à certains traits qui risqueraient de les gêner dans leur travail (par exemple le besoin de prendre en charge, de soigner ou de faire passer un engagement personnel dans un souci de prosélytisme). L’« acceptation du patient » est une expression employée par les travailleurs sociaux qui, de toute évidence, ne s’applique pas aux membres des autres groupes. « Relever le défi lancé par le Cas » est une bonne définition du travail social et de la pédopsychiatrie.

Le travailleur social refuse d’apporter une autre solution que celle qui émerge de son travail avec le patient. Lorsqu’un cas est confié à un travailleur social, ce dernier instaure un cadre pour les diverses personnes concernées et, avec le temps, l’enfant, un membre de la famille, un de ses enseignants commence à reprendre confiance. Si le cas est suivi de manière satisfaisante, une solution est généralement trouvée grâce à la résolution interne des conflits personnels et interpersonnels et grâce à une réorganisation des défenses.

Se fondant sur ce nouvel équilibre, le travailleur social fait appel à n’importe lequel d’entre nous pour renforcer une tendance naissante, ce qui nous permet d’être efficaces. Au bout d’un certain temps, le patient n’a plus besoin de ce soutien et les diverses personnes en cause oublient peu à peu le travailleur social et l’établissement qui les a accueillies.

La tâche d’un enseignant se termine avec la fin de la scolarité ou l’obtention d’un diplôme. Un travailleur social peut suivre un cas pendant dix minutes ou pendant dix ans, selon les besoins. Et il serait possible de comparer ces deux types de travail de bien d’autres façons.

Dans la mesure où ils sont chargés du travail clinique, les travailleurs sociaux prennent rarement une part active dans les commissions et les discussions. Ils ne parviennent pas toujours à se détacher suffisamment du cas qu’ils suivent pour aborder les principes théoriques sous-tendant notre travail et ils sont semblables sur ce point aux psychothérapeutes. (Nous devons accepter cela et en même temps les convaincre de participer au travail de notre association.)

Les différentes catégories de travailleurs sociaux. Les travailleurs sociaux forment un groupe très important, dont on peut saisir toute la complexité à la lumière du mouvement qui se dessine en faveur d’une formation générique des travailleurs sociaux (« générique » s’opposant à « spécifique »). Nous allons considérer chaque catégorie sous l’angle de l’autosélection. Notre objectif est de voir à quel point nous différons les uns des autres.

Une conception générique de la formation des travailleurs sociaux esquive la question de l’autosé-lection. Or les travailleurs sociaux souhaiteraient-ils être formés à toutes les formes de travail social si c’était possible ? En réalité, la situation est plus complexe, dans la mesure où les stages jouent un rôle important dans leur formation. Je ne suis pas persuadé qu’une personne travaillant dans le secteur de l’aide sociale à l’enfance ait envie de se retrouver en gériatrie, même pendant trois mois, ou qu’un étudiant se préparant à attribuer des allocations aux familles défavorisées ait très envie de se retrouver avec des enfants. Il ne faut jamais oublier que les institutions où se déroulent les stages doivent, d’une part soutenir les stagiaires, d’autre part veiller à ce que leur présence n’entrave pas la bonne marche de l’institution. La diversité de ces stages devrait certes faire tomber les barrières, mais en même temps il faut que les motivations de chacun donnent un sens à ces barrières et poussent le futur travailleur social à choisir un domaine bien précis.

Nous voulons que soient représentées dans cette association toutes les formes de travail social. Nous voulons comprendre ce qui les différencie et comment elles sont liées au tempérament et aux pulsions inconscientes des travailleurs sociaux.

L’éducation surveillée. On a tendance à penser que les éducateurs de jeunes délinquants (hommes ou femmes) sont dans une position « masculine » par rapport aux enfants. La majorité d’entre eux sont des hommes, ce qui une fois encore renvoie à leurs motivations.

Ces éducateurs s’occupent d’enfants qui se sont trouvés confrontés au principe de réalité par le biais du tribunal. Leur travail est donc fondé sur une capacité à être plus proches des enfants que les magistrats ou les représentants de la justice. Ils donnent un peu d’humanité au caractère mécanique des décisions de justice. La justice oblige la plupart des enfants inscrits sur leurs listes à se présenter à eux. Au début, la

présence de l’enfant ne correspond pas à un désir d’être aidé mais, si ce désir existe, il faut en tirer parti.

Un grand nombre de ces enfants sont essentiellement des « enfants déprivés », même si des bénéfices secondaires ont fini par masquer le lien entre la délinquance actuelle et le moment où la déprivation passée a eu lieu. Les éducateurs, dont le travail consiste à prendre en charge la délinquance, ne savent pas toujours que l’enfant antisocial n’occupe qu’une toute petite place dans l’ensemble de la psychiatrie de l’enfant.

Les travailleurs sociaux en milieu hospitalier. Les travailleurs sociaux en milieu médical aiment travailler avec les médecins et, on le sait, cette association s’avère souvent fructueuse. Toutefois les médecins utilisent très diversement les travailleurs sociaux. Ces derniers, quand ils travaillent à l’hôpital, risquent de devoir collaborer avec un médecin qui ne s’intéresse pas à ses patients et qui cherche simplement quelqu’un capable de faire appliquer les édits médicaux. Trouvez à ce garçon une colonie de vacances ! Veillez à ce qu’on mette une attelle à cette jeune fille ou à ce que celle-là vienne plus régulièrement à ses séances d’orthoptie ! Empêchez cette mère de parler autant, dites-lui que son enfant ne sera hospitalisée que trois jours pour son amygdalectomie et qu’il serait préférable qu’elle ne voie pas sa mère pendant ce laps de temps !

Avec un peu de chance, les travailleurs sociaux en milieu hospitalier pourraient utiliser leurs connaissances pour exercer une influence subtile mais durable sur le corps médical et prendre plaisir à ce travail.

Le travail social au sein d’une association d’aide aux familles. Les travailleurs sociaux travaillant pour

cette association d’aide aux familles appartiennent à une organisation bénévole. Les personnes dont ils s’occupent s’adressent à l’association pour obtenir une aide. Cette démarche est le résultat d’une décision personnelle, comme celle des travailleurs sociaux, hommes et femmes, qui choisissent de travailler pour cet organisme. Leur travail consiste à suivre des cas, exactement comme les autres travailleurs sociaux, à cela près que l’organisme qui les emploie est bénévole. Beaucoup se retrouvent là par hasard, et pourtant n’est-il pas dans l’ordre des choses d’être salarié dans un organisme bénévole ?

L’aide sociale à l’enfance. Les travailleurs sociaux de l’aide sociale à l’enfance prennent en charge des cas, comme leurs collègues, mais leur statut leur impose certaines obligations qu’ils doivent faire concorder avec les besoins de l’enfant. On ne peut pas dire : « Nous avons trop de travail pour prendre en charge ce cas », car ce cas est déjà pris en charge du fait même de son existence, et on peut considérer qu’un certain travail a déjà été accompli. On dit pour plaisanter que ceux qui choisissent de travailler dans le domaine de l’aide sociale à l’enfance le font parce qu’ils ne savent pas ce qui les attend. Autrement dit, on les a entendus déclarer que le poids de leurs responsabilités est si lourd qu’ils n’auraient pas choisi ce travail s’ils avaient su quelles responsabilités ils devraient assumer. Et pourtant, ce secteur continue d’attirer les travailleurs sociaux.

Certaines caractéristiques du travail avec les enfants ont une incidence sur l’autosélection. Il ne faut pas oublier que les enfants ne seront pas suivis par un médecin sauf si, comme tous les enfants, ils attrapent la rougeole ou une autre maladie. Le travailleur social a l’entière responsabilité du cas, même s’il doit en rendre compte à son supérieur, lequel relève d’une commission dont le président est lui-même responsable auprès des autorités locales. De ce fait, le travail du travailleur social est plus gratifiant et, quand il est couronné de succès, le mérite en revient au travailleur social. C’est ainsi qu’il est amené à donner le meilleur de lui-même, quitte à se tuer au travail.

Qu’en est-il des sous-groupes ? Penchons-nous sur un service d’aide sociale à l’enfance. Allons-nous y trouver une certaine unité ? Je dirais que non. Les travailleurs sociaux chargés des adoptions n’ont pas les mêmes orientations que ceux qui s’occupent des placements en famille d’accueil. Et ceux qui s’occupent des placements en foyers ont des responsabilités encore différentes, ainsi que ceux qui travaillent avec des handicapés physiques. Tel autre travailleur social va se trouver complètement absorbé par son travail auprès des tribunaux. Ouvrez les portes de ce même service et vous y trouverez encore d’autres travailleurs sociaux, tous ceux qui se retrouvent à onze heures devant la machine à café. Par ces remarques je veux attirer votre attention sur le fait que nous sommes tous, par nature, différents les uns des autres, que nous aurions davantage de raisons de nous éviter que de nous rencontrer, et que cette rencontre ne se produira que de manière artificielle.

Le placement en institution. Il convient de parler maintenant des placements en institution. Dans ce domaine, les travailleurs sociaux font le sale boulot. Ils sont responsables vingt-quatre heures sur vingt-quatre. S’ils ne s’impliquent pas personnellement, rien ne se passe, et ce qui se passe quand ils travaillent bien est souvent déplaisant, et même infernal par moments.

Il est compréhensible que les équipes travaillant en institution voient d’un mauvais œil tous ceux qui ne font que passer et qui pourtant se croient responsables des cas. Ce problème n’est pas sans évoquer celui des cols blancs et des employés qui portaient une pochette rouge à pois blancs.

Malheureusement, les personnes les plus impliquées dans leur travail ont besoin d’intermédiaires entre les services sociaux et elles, intermédiaires qui sont moins impliqués et qui ont le temps de penser.

Satisfaire les souhaits des travailleurs sociaux, et en même temps les inciter à travailler en institution, nous pose un réel problème. Pour le résoudre, il faudrait pouvoir offrir une meilleure formation, une formation plus générale, aux travailleurs sociaux qui se destinent à cette forme de travail social. Certains d’entre eux choisiraient peut-être, après leurs études, un autre secteur d’activité, où ils n’auraient pas à faire la lessive ou la cuisine, ou à se sentir coupable quand un enfant fugue.

Une chose est importante : si l’enfant venant d’une famille désunie a besoin du travailleur social qui s’occupe de lui dans l’institution, il a également besoin d’un autre travailleur social, moins proche de lui mais plus à même de représenter les services sociaux. Il n’est pas nécessaire que ces deux personnes se comprennent ou même s’apprécient. Une collaboration artificielle suffit parfois.

Les êtres humains sont naturellement divisés au plus profond de leur existence psychosomatique. Leur coopération devient effective lorsque les processus de pensée enjeu créent une situation artificielle permettant aux gens de se rencontrer lors de la pause-café et de communiquer en évoquant des centres d’intérêt communs.

Plus un travailleur social est proche des enfants, plus il lui est difficile de parler de théorie sans être submergé par un sentiment d’irréalité. La théorie semble futile à quelqu’un qui veut savoir comment régler maintenant tel ou tel problème concernant la vie de l’enfant. J’observe le même phénomène dans ma pratique privée chaque fois que je me rends compte qu’une mère venue me consulter a besoin que je voie son enfant ou ses enfants, que je voie le résultat de son travail. La théorie du nourrisson et des soins infantiles la laisse froide, et j’en suis ravi.

Les travailleurs sociaux en psychiatrie. Les travailleurs sociaux en psychiatrie sont, comme tous les autres travailleurs sociaux, sélectionnés en fonction de critères précis. Ils se distinguent de leurs collègues en ce sens que leurs études comprennent une initiation à la théorie du développement affectif de l’enfant, en tant qu’individu et dans son environnement familial et social. Les travailleurs sociaux en psychiatrie se sont toujours intéressés à la psychologie des êtres humains.

Dans ce pays, c’est depuis le milieu des années 1930 (et même avant aux États-Unis) que les travailleurs sociaux en psychiatrie prennent en charge sur le plan clinique les enfants et les adultes suivis par les psychiatres, dans les centres de guidance infantile par exemple. Ils ont largement contribué à la lente évolution qui a permis à notre pays de reconnaître que les malades mentaux sont faits de la même étoffe que les individus supposés mentalement sains.

On pourrait penser que le travailleur social en psychiatrie choisit cette branche parce qu’il considère la maladie mentale comme une distorsion du développement ou comme la conséquence d’un environnement défaillant ou persécuteur (le médecin aimerait pouvoir en dire autant de la maladie somatique). Le travailleur social en psychiatrie est censé s’identifier aux malades mentaux et se mettre à leur place sans perdre son équilibre psychique. Ce travail nécessite une certaine maturité, il implique une absence d’attitudes tendancieuses et d’engagement personnel.

Je citerai également les travailleurs sociaux en gériatrie, ceux qui s’occupent des repas livrés à domicile, ceux qui aident les patients sourds à utiliser leurs appareils auditifs, ceux qui attribuent les pensions aux personnes âgées ou les allocations aux personnes démunies. On pourrait ajouter les conseillers d’orientation scolaires, les conseillères conjugales, ceux qui organisent des activités de groupe pour les enfants, ceux qui travaillent pour les Agoraphobes ou les Alcooliques anonymes ou à SOS suicide. Cette liste, si elle était complète, constituerait une histoire des temps modernes.

La psychothérapie. J’ai gardé pour la fin la catégorie à laquelle j’appartiens, la psychothérapie. Je suis psychanalyste, formé à l’école de Freud, mais tout ce que je vais dire s’applique à l’ensemble des psychothérapeutes. Dans cette branche, l’autosélec-tion n’est qu’un premier pas. La sélection est excessivement difficile parce que chacun doit faire une analyse personnelle pendant sa formation. Le processus autosélectif se poursuivant pendant les années de formation, nombreux sont ceux qui changent d’avis, reviennent à la psychiatrie ou à l’enseignement, ou se tournent vers le jardinage.

Les psychothérapeutes doivent pouvoir s’appuyer sur une théorie, et cette théorie découle de l’œuvre considérable de Freud et des travaux de ses successeurs, qu’ils l’aient suivi ou qu’ils aient réfuté certains aspects de sa pensée. Il faut mentionner Jung, dans la mesure où Jung est Jung, et qu’il ne se situe ni dans le prolongement de Freud ni en réaction à Freud.

Une partie du travail de l’analyste consiste à comprendre les motivations inconscientes et donc – du moins on peut le penser – à tolérer les conflits non résolus dans les relations interpersonnelles.

Quelqu’un a dit : « La guerre du Viêt-nam durera cent ans. » Cette personne était, me semble-t-il, très psychologue. Elle aurait pu être travailleur social ou psychothérapeute.

Mais les gens se lassent, et la guerre se déplace d’une région du globe à une autre. Quelqu’un d’autre a dit : « Seule la victoire nous satisfera », faisant preuve de bien peu de psychologie. Cette phrase signifie que le conflit existant n’est pas toléré et que (dans l’inconscient) une victoire est en réalité une défaite.

Un psychothérapeute ne peut se passer de l’armature théorique édifiée au cours des soixante-dix dernières années. L’analyste a pour mission de transmettre la théorie et de la faire évoluer en fonction de ce que ses patients ne cessent d’essayer de lui apprendre. D’où l’importance du travail avec les enfants sous ses formes les plus variées.

Le rôle de I’ACPP

L’ACPP forme un groupe essentiellement hétérogène ou, en d’autres termes, un équipage mal assorti.

« Que faites-vous dans cette galère64 ? » murmure un éducateur de jeunes délinquants à l’oreille d’un collègue pendant qu’un professeur est en train d’expliquer comment est organisé l’enseignement secondaire.

Je ne pense pas que notre unification doive se faire dans l’urgence. Une fois analysé et disséqué, ce courant œcuménique révélera peut-être une peur de la confusion, la disharmonie, la désunion, la désintégration. Ce qui se fonde sur la peur ne peut nous satisfaire.

Une union reposant sur l’évitement de la désunion contient en elle-même la graine de sa propre dissolution. Je ne crois pas que nous pourrons parler d’unité avant d’avoir pleinement étudié les antagonismes et la méfiance entre les membres des diverses catégories composant I’acpp. J’ai pris la peine de débusquer ces problèmes et d’en signaler d’autres qui sont à l’état latent, je pense donc être en droit de tenter de trouver ce qui justifie notre existence.

Dans cette optique, j’en reviens au fait que les enfants, qu’ils soient en bonne santé ou malades, déficients mentaux ou intelligents, bien soignés ou négligés, encore infantiles ou presque matures, ont sans doute besoin de nous pour exister. Pour répondre à ce besoin, nous devons nous autoriser à nous éloigner de notre propre spécialité, qui donne à chacun de nous le sentiment d’être réel, pour fonctionner de manière plus artificielle et accepter cette situation.

Nous allons essayer d’établir un lien entre chacune de vos activités et un point particulier du développement de l’individu dans son environnement.

Les enseignants – je l’ai déjà laissé entendre – agissent en tant que substituts des parents qui ont jeté les fondations avant que l’enfant soit en âge d’aller à l’école.

Les travailleurs sociaux sont concernés par les enfants dont l’environnement n’a pas été suffisamment bon, si bien que le développement affectif a été interrompu ou que l’organisation défensive a entraîné une distorsion de la personnalité ou du caractère. Leur rôle consiste à porter secours aux enfants au nom de la société.

Le travail des éducateurs de jeunes délinquants a à voir avec la manière dont le père est ou n’est pas intervenu dans la relation mère-nourrisson pour jouer son rôle d’homme. Un élément punitif est généralement nécessaire, tout du moins sous la forme d’une éventuelle mesure judiciaire.

Les psychothérapeutes sont stimulés par leur capacité d’identification aux individus dont la personnalité a subi une distorsion ou qui ont simplement du mal à gérer leur condition humaine. Leur travail est lié à la détresse des enfants.

Les travailleurs sociaux en institution sont en relation avec les défaillances précoces et tardives de l’environnement familial.

Les psychologues ne peuvent être définis selon ces mêmes critères, car les enfants ne font pas naturellement appel à eux. Le besoin de psychologie65 est créé par les psychologues qui, par définition, ne sont pas d’un très grand secours.

Un enfant normal cherche à avoir à ses côtés ses propres parents, sa famille proche, sa famille élargie et, en décrivant des cercles de plus en plus grands, il finit par atteindre l’État providence.

Suis-je le seul à ressentir le caractère artificiel de cette situation ? Étant donné notre diversité, je pense qu’il nous faut reconnaître que nous pouvons nous entraider et faire appel aux psychologues, eux qui semblent capables d’œuvrer dans un monde où l’intellect est clivé, où les sentiments sont mis à l’écart, où l’existence psychosomatique est provisoirement ignorée. Votre nouveau président est un psychologue, de même que votre secrétaire. Vous voilà donc entre de bonnes mains.

Imaginez un zoo où tous les animaux feraient une brillante carrière professionnelle, les lions, les girafes, les hippopotames, les chauves-souris, les aigles pêcheurs, les souris et les vulcains. Ils se connaissent à peine et il n’y a aucune raison pour qu’ils se retrouvent ensemble dans un zoo. Mais les enfants doivent pouvoir s’y rendre le dimanche après-midi avec leur père et leur mère, regarder ces beaux spécimens, puis rentrer à la maison et lire des livres à leur sujet. Le fait que les enfants aient besoin de ce zoo suffit peut-être à justifier notre existence. Faut-il chercher plus loin ? Chacun de nous est différent de son voisin et nos choix personnels et nos motivations inconscientes nous amènent à nous consacrer à un travail particulier.

Nous avons tous été nous-mêmes des enfants, c’est sans doute la seule chose qui nous réunit. Cela devrait permettre à notre commission d’élaborer un programme annuel qui réponde à tous les besoins des enfants. J’aimerais que ces enfants puissent inventer et utiliser notre association et s’amuser à observer nos querelles. Il est vrai, je vous l’assure, que nous avons passé notre temps à nous quereller. Et nous allons […]' 66