III. Jouer

Proposition théorique

Dans ce chapitre, je tenterai d’explorer une idée qui m’a été imposée par mon travail et lui a donné une certaine coloration en même temps qu’elle s’est imposée à moi au stade où j’en suis de mon évolution personnelle. Inutile de dire que mon travail consiste, pour une large part, en l’exercice de la psychanalyse mais inclut également la psychothérapie ; je n’ai pas besoin, étant donné ce que je vise ici, d’établir une nette distinction entre l’utilisation de ces deux termes.

Au moment de formuler ma thèse, je découvre, comme c’est si souvent le cas, son extrême simplicité ; pour faire le tour de la question, quelques mots suffiront. La psychothérapie se situe en ce lieu où deux aires de jeu se chevauchent, celle du patient et celle du thérapeute. En psychothérapie, à qui a-t-on affaire ? À deux personnes en train de jouer ensemble. Le corollaire sera donc que là où le jeu n’est pas possible, le travail du thérapeute vise à amener le patient d’un état où il n’est pas capable de jouer à un état où il est capable de le faire.

Je ne passerai pas la littérature en revue, mais je tiens à rendre hommage à Marion Milner39 qui, dans ses travaux, a apporté une contribution remarquable au thème de la formation du symbole. Toutefois, son étude si profonde ne m’empêchera pas d’attirer l’attention sur le sujet du jeu tel que je l’entends. Marion Milner établit une relation entre le jeu de l’enfant et la concentration chez l’adulte :

« Quand j’ai commencé à voir […] que cette utilisation qui était faite de moi pouvait être non seulement une régression défensive mais correspondre à une phase récurrente essentielle d’une relation créative au monde40… »

Marion Milner se référait à une « fusion prélogique du sujet et de l’objet ». J’essaie de faire une distinction entre cette fusion et la fusion ou défusion de l’objet subjectif et de l’objet objectivement perçu41. Ma démarche, me semble-t-il, est déjà présente dans le matériel proposé par Marion Milner, dont je cite une autre proposition :

« Les moments où le poète originel qui est en nous crée, pour lui, le monde extérieur, en découvrant le familier dans le non-familier, la plupart d’entre nous les ont peut-être oubliés ; ou bien ils les gardent en quelque endroit secret de leur mémoire parce qu’ils ressemblaient trop à la visitation des dieux pour être mêlés à la pensée quotidienne42. »

Jeu et masturbation

Il est une idée que je tiens à écarter. Dans les travaux et les discussions psychanalytiques, le sujet du jeu a toujours été trop étroitement lié à celui de la masturbation et de diverses expériences sensuelles. Il est vrai que, lorsque nous sommes confrontés à la masturbation, nous pensons toujours ; quel est le fantasme ? Il est également vrai que lorsque nous sommes témoins de jeux, nous avons tendance à nous demander quelle excitation physique est reliée au type de jeu auquel nous assistons. Mais le jeu doit être étudié en tant que sujet en soi, que ne recouvre pas le concept de la sublimation des pulsions.

Nous avons pu manquer quelque chose en reliant si étroitement dans notre esprit ces deux phénomènes, le jeu et l’activité masturbatrice. Pour moi, lorsqu’un enfant joue, l’élément masturbatoire est totalement absent ; si, en d’autres termes, lorsqu’un enfant est en train de jouer, l’excitation physique résultant de l’implication pulsionnelle devient manifeste, alors le jeu cesse ou, à tout le moins, se détériore43. Kris44 et Spitz45 ont tous deux élargi le concept de l’auto-érotisme pour y englober des données de cette sorte46.

Je m’efforce d’établir une nouvelle formulation du jeu et cela m’intéresse de constater dans la littérature analytique l’absence d’une conception utilisable sur ce thème. L’analyse d’enfant, de n’importe quelle école, est construite autour du jeu de l’enfant ; il serait vraiment étrange que pour trouver une bonne définition du jeu, nous devions nous référer à des auteurs non analystes, comme Lôwenfeld47.

On se tournera naturellement vers Melanie Klein48, mais il me semble que, dans son œuvre, pour autant qu’elle se soit occupée du jeu, elle s’est presque uniquement intéressée à son utilisation. Le thérapeute essaye de saisir la communication de l’enfant et il sait que l’enfant ne possède généralement pas la maîtrise du langage permettant de transmettre les infinies subtilités que peuvent découvrir dans le jeu ceux qui en font l’investigation. Ce n’est pas là une critique de M. Klein ni de ceux qui ont décrit l’utilisation du jeu dans la psychanalyse des enfants. Je voudrais simplement dire que, soucieux de donner une théorie complète de la personnalité, le psychanalyste a été trop occupé à décrire le contenu du jeu pour regarder l’enfant qui joue et pour écrire quelque chose sur le jeu en tant que tel. Il est clair que j’établis ici une distinction marquante entre la signification du substantif « play » (le jeu) et la forme verbale « playing » (l’activité de jeu, jouer).

Tout ce que je dis des enfants qui jouent s’applique, en fait, aussi bien aux adultes ; simplement, les choses sont plus difficiles à décrire quand le matériel apporté par le patient apparaît surtout en termes de communication verbale. Nous ne serons pas surpris que le jeu soit aussi apparent dans les analyses d’adultes que lors du travail que nous accomplissons avec les enfants. Il se manifeste, par exemple, dans le choix des mots, les inflexions de la voix et même dans le sens de l’humour.

Les phénomènes transitionnels

La signification du jeu a pris pour moi une nouvelle coloration depuis que je me suis attaché au thème des phénomènes transitionnels, suivant à la trace la subtilité de leurs développements, depuis la première utilisation d’un objet ou d’une technique transitionnels jusqu’aux stades ultimes de la capacité d’un être humain pour l’expérience culturelle.

Il n’est pas superflu d’attirer ici l’attention sur la bienveillance qu’ont témoignée les cercles psychanalytiques et le monde psychiatrique en général à l’égard de ma description des phénomènes transitionnels. Ce qui m’intéresse, c’est que ce soit au travers du domaine des soins donnés à l’enfant que cette idée ait fait son chemin et, parfois, j’ai le sentiment d’avoir reçu dans ce champ plus que je ne méritais. Ce que j’ai appelé les phénomènes transitionnels est universel ; il s’agissait simplement d’attirer l’attention sur eux et sur les possibilités qui s’y trouvaient pour élaborer une théorie. Wulff avait déjà, comme je m’en suis aperçu plus tard, parlé de l’utilisation des objets fétiches par les bébés ou les enfants49 et je sais que dans la clinique psychothérapique d’Anna Freud, ces mêmes objets ont été observés avec les petits enfants. J’ai entendu Anna Freud parler de l’utilisation du talisman, phénomène très proche50 Chacun sait que A. A. Milne a immortalisé Winnie the Pooh. Et ces mêmes objets auxquels je me suis référé tout particulièrement et auxquels j’ai donné un nom, il en est aussi question dans les bandes dessinées de Schulz et dans une nouvelle d’Arthur Miller51.

L’heureux destin du concept des phénomènes transitionnels m’encourage à penser que ce que je tente de dire maintenant, à propos de l’activité de jeu, peut également être pris en considération. Il y a quelque chose, dans le jeu, qui n’a pas encore trouvé sa place dans la littérature psychanalytique.

Plus loin, à propos de l’expérience culturelle52, je donne une forme concrète à l’idée que je me fais du jeu en affirmant que le jeu a une place et un temps propres. Il n’est pas au dedans, quel que soit le sens du mot (il est malheureusement vrai que le mot « dedans » a des emplois divers dans les discussions psychanalytiques). Il ne se situe pas non plus au dehors, c’est-à-dire qu’il n’est pas une partie répudiée du monde, le non-moi, de ce monde que l’individu a décidé de reconnaître (quelle que soit la difficulté ou même la douleur rencontrée) comme étant véritablement au dehors et échappant au contrôle magique. Pour contrôler ce qui est au dehors, on doit faire des choses, et non simplement penser ou désirer, et faire des choses, cela prend du temps. Jouer, c’est faire.

Le jeu dans le temps et dans l’espace

Pour assigner une place au jeu, j’ai fait l’hypothèse d’un espace potentiel entre le bébé et la mère. Cet espace varie beaucoup selon les expériences de vie du bébé en relation avec la mère ou la figure maternelle. J’oppose cet espace potentiel (a) au monde du dedans (relié à l’association psychosomatique [psychosomatic partnership]) et (b) à la réalité existante ou du dehors (qui a ses propres dimensions et peut être étudiée objectivement et qui, bien qu’elle puisse paraître varier selon l’état de l’individu qui l’observe, reste, en fait, constante).

Je puis maintenant reformuler ce que je tente de rendre sensible. Je voudrais détourner l’attention de la séquence : psychanalyse, psychothérapie, matériel de jeu et jeu pour la présenter dans le sens inverse. En d’autres termes, c’est le jeu qui est universel et qui correspond à la santé : l’activité de jeu facilite la croissance et par là même, la santé. Jouer conduit à établir des relations de groupe ; le jeu peut être une forme de communication en psychothérapie et, en dernier lieu, je dirai que la psychanalyse s’est développée comme une forme très spécialisée du jeu mise au service de la communication avec soi-même et avec les autres.

Ce qui est naturel, c’est de jouer, et le phénomène très sophistiqué du vingtième siècle, c’est la psychanalyse. Il serait bon de rappeler constamment à l’analyste non seulement ce qu’il doit à Freud, mais aussi ce que nous devons à cette chose naturelle et universelle, le jeu.

Il est à peine nécessaire d’illustrer quelque chose d’aussi manifeste que le jeu. Cependant, je me propose d’en donner deux exemples.

Edmond, deux ans et demi

La mère d’Edmond, venue me consulter pour elle-même, avait amené son fils. Edmond resta dans la pièce pendant que je m’entretenais avec sa mère. Je plaçai entre nous une table et une petite chaise qu’il pouvait utiliser s’il en avait envie. Il avait un air sérieux, mais ne paraissait ni effrayé, ni déprimé. Il demanda : « Où sont les jouets ? » Ce furent ses seules paroles pendant l’heure qui s’écoula. On avait dû, de toute évidence, lui raconter qu’il y avait des jouets chez moi ; je lui dis qu’il en trouverait de l’autre côté de la pièce, par terre, sous la bibliothèque.

Il en rapporta tout un tas et joua de manière délibérée pendant tout le temps que dura la consultation entre sa mère et moi. La mère fut capable de me parler de l’âge précis – deux ans et demi – où Edmond avait commencé à bégayer. Par la suite, il avait renoncé à parler « parce que ce bégaiement le terrifiait ». Comme nous nous entretenions à la fois de son problème à elle et de celui d’Edmond, l’enfant mit sur la table les différents éléments d’un petit train qu’il assembla en les accrochant les uns aux autres. Il n’était qu’à cinquante centimètres de sa mère. Bientôt il grimpa sur ses genoux et y fit un petit somme, comme un bébé. Elle y répondit tout naturellement, comme il le fallait. Puis il descendit spontanément et recommença à jouer sur la table. Tout cela se passait alors que sa mère et moi-même étions absorbés dans notre conversation.

Après une vingtaine de minutes, Edmond commença à s’animer ; il traversa la pièce pour aller chercher d’autres jouets. De cet amas, il retira une ficelle tout embrouillée. La mère – sans nul doute affectée par ce choix, mais qui n’était pas consciente du symbolisme – remarqua : « C’est quand il parle le moins qu’Edmond s’accroche le plus à moi, qu’il a besoin d’avoir un contact avec mon sein, mon vrai sein, et mes vrais genoux. » Au moment où le bégaiement était apparu, il commençait à devenir propre mais, avec le bégaiement, l’incontinence était revenue puis il avait cessé de parler. À l’époque de la consultation, il avait recommencé à coopérer. La mère voyait là une amorce de récupération du retard qui s’était instauré dans le développement de son fils.

Tout en observant la manière de jouer d’Edmond, je maintenais la communication avec sa mère.

Pendant qu’il s’amusait avec ses jouets, Edmond commença à faire une bulle avec sa bouche. Il était très absorbé par la ficelle. La mère signala que bébé, il refusait tout, hormis le sein, jusqu’au moment où, devenu plus grand, il commença à se servir d’une tasse. « Il ne supporte aucun substitut », dit-elle, voulant dire par là qu’il ne voulait pas de biberon, et que son refus de tout substitut était devenu une constante de son caractère. Il n’a jamais accepté totalement sa grand-mère maternelle que, pourtant, il aime beaucoup, parce qu’elle n’est pas sa mère réelle. Depuis toujours, c’est sa mère qui le met le soir au lit. La question de l’allaitement au sein posa des problèmes dès sa naissance. Il avait pris l’habitude, dès les premiers jours, de s’agripper au sein avec ses gencives. Peut-être était-ce là un moyen de s’assurer contre la façon que la mère, très sensible, avait de se protéger. À dix mois, il eut sa première dent et, une fois, il la mordit, mais pas jusqu’au sang.

« Il n’était pas un bébé aussi facile que le premier. »

Tout ceci prit un certain temps et s’entremêlait aux autres sujets dont la mère désirait me parler. À ce stade, Edmond parut préoccupé par un bout de ficelle qui sortait du peloton tout embrouillé. De temps en temps, avec l’extrémité de la ficelle, il faisait comme s’il « mettait une prise » électrique dans la cuisse de sa mère. Bien qu’il « ne supportât aucun substitut », il utilisait la ficelle comme un symbole d’union avec sa mère. Il était clair que la ficelle était simultanément un symbole de séparation et d’union au travers de la communication.

La mère me dit qu’Edmond avait eu un objet transitionnel qu’il appelait « ma couverture » – il était prêt à utiliser n’importe laquelle pourvu qu’elle eût une bordure de satin comme la première couverture de sa petite enfance.

À ce moment-là, Edmond laissa tout naturellement les jouets, alla vers le divan, grimpa comme un petit animal sur sa mère et se nicha sur ses genoux. Il y resta trois minutes environ. Elle répondit à ce comportement de manière toute naturelle, sans exagération. Puis, il se « déroula » et retourna vers les jouets. Il mit alors la ficelle – qu’il paraissait trouver à son goût – au fond du coffre, comme un matelas et y déposa les jouets qui avaient maintenant un endroit confortable à eux, comme un berceau ou un petit lit. Après s’être accroché une fois encore à sa mère, il retourna vers les jouets, puis se montra prêt à partir. Sa mère et moi-même en avions terminé.

Son jeu avait été, pour une large part, une illustration de ce dont sa mère me parlait (bien qu’elle m’eût aussi parlé d’elle). Il avait communiqué comme un mouvement de flux et de reflux qui l’éloignait d’un état de dépendance et l’y ramenait. Mais ce n’était pas de la psychothérapie, puisque c’était avec la mère que je travaillais. Edmond avait simplement dévoilé les idées qui l’occupaient pendant que sa mère et moi parlions ensemble. Je n’avais pas interprété et je suppose que cet enfant aurait joué comme il l’avait fait, même si personne n’avait été là pour voir ou pour recevoir sa communication avec une certaine partie du soi, le moi observant. Mais il se trouva que j’étais là, réfléchissant en miroir tout ce qui se passait et lui conférant par là la qualité d’une communication53.

Diane, cinq ans.

Dans le second cas, comme dans celui d’Edmond, je dus conduire parallèlement deux consultations, l’une avec la mère qui était très angoissée, l’autre avec sa fille, Diane, en établissant avec celle-ci une relation de jeu. Diane avait un petit frère (à la maison), mentalement déficient, qui avait une malformation cardiaque congénitale. La mère était venue me parler de l’influence que cet enfant exerçait sur elle-même et sur Diane.

Mon entretien avec la mère dura une heure. L’enfant resta tout le temps avec nous. Ma tâche était triple : je devais accorder toute mon attention à la mère en raison de ses besoins personnels, jouer avec l’enfant et, pour pouvoir rédiger ce chapitre, fixer dans ma mémoire la nature de son jeu.

En fait, ce fut Diane qui, dès le début, prit la direction des opérations. Quand j’ouvris la porte pour faire entrer la mère, une petite fille, vibrante et éveillée, se présenta, tenant un petit ours en peluche. Je ne regardai ni la mère, ni l’enfant, mais j’allai droit vers l’ours en disant : « Comment s’appelle-t-il ? » Elle dit : « Teddy. » C’est ainsi qu’une forte relation s’établit rapidement entre Diane et moi, qu’il me fallait maintenir pour pouvoir accomplir la partie la plus importante de mon travail, à savoir aller au-devant des besoins de la mère. Dans le cabinet de consultation, Diane avait, bien entendu, constamment besoin de sentir qu’elle avait toute mon attention, mais il m’était possible d’accorder à la mère l’attention dont elle avait aussi besoin tout en jouant avec Diane.

Je rapporterai ici, comme je l’ai fait pour Edmond, ce qui s’est passé entre Diane et moi, laissant de côté le matériel de la consultation avec la mère.

Nous entrâmes tous trois dans le cabinet de consultation et nous nous installâmes. La mère s’assit sur le divan, Diane sur une chaise d’enfant, près de la petite table. L’enfant prit son petit ours en peluche, le fourra dans la poche supérieure de mon veston et tenta de voir jusqu’où il pourrait descendre. Elle examina la doublure de ma veste, puis manifesta son intérêt pour les diverses poches et constata qu’elles ne communiquaient pas entre elles. Tout ceci se passait pendant que sa mère et moi parlions sérieusement de l’enfant retardé qui avait deux ans et demi. Diane donna une information supplémentaire : « Il a un trou dans le cœur. » Tout en jouant, elle écoutait d’une oreille. Il me sembla qu’elle était capable d’accepter l’incapacité physique de son frère alors que son retard mental lui échappait.

À notre jeu en commun, qui n’avait rien de thérapeutique, je me sentais libre de participer. Les enfants jouent beaucoup plus facilement quand l’autre personne se sent capable et libre de prendre plaisir au jeu. J’approchai soudainement mon oreille du teddy qui était dans ma poche et dis : « Je l’entends qui me dit quelque chose ! », ce qui intéressa vivement la petite fille. Je dis : « Je crois qu’il aimerait quelqu’un pour jouer avec lui. » Je parlai à Diane de l’agneau en laine qu’elle trouverait dans le tas de jouets, sous la bibliothèque, à l’autre bout de la pièce. Peut-être aussi avais-je un autre motif, celui de vouloir sortir l’ours de ma poche. Diane alla chercher l’agneau, qui était nettement plus grand que Tours, Jet reprit mon idée d’une amitié entre Tours en peluche et l’agneau. Pendant un moment, elle les mit ensemble sur le divan, près de sa mère qui y était assise. Bien entendu, je poursuivais mon entretien avec la mère, tout en notant l’intérêt que Diane prenait à ce que nous disions, y participant avec cette partie d’elle-même qui s’identifiait aux adultes et à leurs attitudes.

Au cours du jeu, Diane décida que ces deux animaux étaient ses enfants. Elle les mit sous sa robe, se rendant ainsi enceinte. Après une période de grossesse, elle annonça leur future naissance, mais dit que « ce ne serait pas des jumeaux ». Elle montra très clairement que l’agneau devait naître le premier, puis ce serait le tour de Teddy. Après leur naissance, elle mit les deux nouveau-nés ensemble, sur le lit qu’elle improvisa par terre et les recouvrit. D’abord elle les mit aux deux extrémités du lit, disant que s’ils étaient ensemble, ils se battraient. Ils pourraient « se rencontrer au milieu du lit, sous les vêtements et se battre ». Puis elle les coucha ensemble et ils dormirent paisiblement en haut du lit improvisé. Elle alla alors chercher plusieurs jouets dans le coffre et diverses boîtes. Elle les disposa autour de la tête du lit, par terre, et se mit à jouer. Son jeu était méthodique et divers thèmes se développèrent, chacun séparément. Une nouvelle idée me vint. Je lui dis : « Oh ! Regarde, tu mets par terre autour de la tête de ces bébés les rêves qu’ils font quand ils sont endormis. » Cette idée l’intrigua, elle s’en empara et développa les thèmes variés, comme si elle rêvait leurs rêves pour les bébés. Ainsi occupée, elle nous donnait, à sa mère et moi, le temps dont nous avions un si pressant besoin pour le travail que nous faisions ensemble. À ce moment précis, la mère pleurait et était très perturbée. Diane leva la tête, déjà prête à se montrer anxieuse. Je lui dis : « Maman pleure parce qu’elle pense à ton frère qui est malade. » Ces paroles rassurèrent Diane, parce qu’elles étaient directes et traduisaient un état de fait. Elle dit « trou dans le cœur » et continua à rêver les rêves des bébés, à leur place.

Diane n’était pas venue pour une consultation dont elle n’avait pas particulièrement besoin. Elle jouait avec moi et toute seule et, en même temps, elle se laissait gagner par l’état de sa mère. Je constatai que la mère avait éprouvé le besoin d’amener Diane parce qu’elle était trop anxieuse pour supporter une confrontation directe avec moi. Avoir un fils malade la perturbait trop profondément. Par la suite, la mère revint me voir seule ; elle n’avait plus besoin du dérivatif qu’offrait la présence de sa fille.

Quand la mère revint me voir, il nous fut possible de récapituler ce qui s’était passé quand je l’avais vue avec Diane. Elle fut capable d’ajouter un détail important : le père exploitait la précocité de l’enfant, la préférant quand elle se comportait en petite adulte. On peut alors discerner dans le matériel rapporté l’action d’une force qui pousse à un développement prématuré du moi, une identification à la mère et une participation aux problèmes de celle-ci, qui vient de ce que le frère est effectivement malade et anormal.

En repensant à ce qui s’est passé, je crois pouvoir dire que Diane s’était préparée avant de venir me voir, bien que cet entretien ne lui fût pas destiné. Tenant compte de ce que la mère m’avait dit, je constatai que Diane s’était préparée à entrer en contact avec moi, comme si elle avait su qu’elle allait chez un psychothérapeute. Avant de se mettre en route, elle avait cherché le premier de ses ours en peluche ainsi que son objet transitionnel qui était au rebut, mais qu’elle n’avait finalement pas apporté. Elle était arrivée chez moi, comme prête à organiser quelque expérience régressive au cours de ses activités de jeu. En même temps, la mère et moi avions été témoins de la faculté qu’elle avait de s’identifier à sa mère en ce qui concernait non seulement la grossesse mais aussi la responsabilité à assumer à l’égard de son frère.

Dans ce cas, comme dans celui d’Edmond, le jeu avait été auto-curatif. Le résultat obtenu était comparable à celui d’une séance thérapeutique où l’histoire eût été ponctuée par les interprétations du thérapeute. Un psychothérapeute se serait peut-être abstenu de jouer activement avec Diane, comme je l’avais fait quand je lui avais dit que je croyais avoir entendu Teddy dire quelque chose et aussi quand je lui avais parlé de ses enfants et de leurs rêves étalés par terre, autour d’eux. Mais cette autodiscipline eût probablement éliminé certains aspects créatifs du jeu de Diane.

Si j’ai choisi ces deux exemples, c’est tout simplement parce que j’ai vu ces deux cas successivement, le matin même où j’avais commencé à rédiger l’article qui est à la base de ce chapitre.

Théorie du jeu

On peut décrire une séquence de relations en rapport avec le processus de développement et tenter de déterminer où se situe l’activité de jeu.

A. Le bébé et l’objet sont confondus l’un avec l’autre. La vision que le bébé a de l’objet est subjective et la mère s’applique à présenter effectivement au bébé ce qu’il est prêt à trouver.

B. L’objet est répudié, ré-accepté et objectivement perçu. Ce processus complexe dépend largement du fait qu’une mère ou une figure maternelle est là, prête à participer et à redonner ce qui lui est remis.

Cela signifie que la mère, ou une partie de la mère, est impliquée dans un mouvement de va-et-vient entre être ce que le bébé a la capacité de trouver et, alternativement, attendre d’être trouvée.

Si la mère est capable de jouer ce rôle pendant un certain temps sans, pour ainsi dire, admettre d’entraves, le bébé vit alors une expérience de contrôle magique, à savoir une expérience de ce que l’on nomme « omnipotence », quand on décrit les processus intrapsychiques54.

Dans l’état de confiance qui s’instaure progressivement quand la mère peut s’acquitter de cette tâche difficile, et non quand elle s’en révèle incapable, le bébé commence à goûter des expériences reposant sur le « mariage » de l’omnipotence des processus intrapsychiques et le contrôle du réel. La confiance dans la mère suscite un terrain de jeu intermédiaire où l’idée de magie prend sa source dans la mesure où le bébé fait bien là l’expérience de l’omnipotence. Ce sont là des vues très proches de celles qu’Erikson a avancées sur la formation de l’identité55. Je parle ici de terrain de jeu, car c’est là que le jeu commence. Ce terrain est un espace potentiel qui se situe entre la mère et le bébé ou qui les unit l’un à l’autre.

Le jeu est extraordinairement excitant, mais il faut bien comprendre que s’il est excitant, ce n’est pas essentiellement parce que les instincts y sont à l’œuvre. Ce dont il s’agit, c’est toujours de la précarité du jeu réciproque entre la réalité psychique personnelle et l’expérience de contrôle des objets réels. C’est de la précarité de la magie elle-même dont il est question, de la magie qui naît de l’intimité au sein d’une relation dont on doit s’assurer qu’elle est fiable. Pour être fiable, la relation est nécessairement motivée par l’amour de la mère, ou par son amour-haine, ou encore par son mode de relation à l’objet, mais non par des formations réactionnelles. Quand un patient n’est pas capable de jouer, le thérapeute doit se préoccuper de ce symptôme majeur avant d’interpréter des fragments du comportement.

C. Le stade suivant, c’est être seul en présence de quelqu’un. L’enfant joue maintenant avec la certitude que la personne qui aime et en qui, par conséquent, on peut avoir confiance, est disponible et le demeure quand, après l’avoir oubliée, on s’en souvient. Cette personne est ressentie comme réfléchissant ce qui se passe dans le jeu56.

D. L’enfant est maintenant prêt pour le stade suivant : permettre le chevauchement de deux aires de jeu et y prendre plaisir. Dans un premier temps, c’est, à coup sûr, la mère qui joue avec le bébé, mais elle se montre plutôt soucieuse de s’adapter aux activités de jeu de son enfant. Tôt ou tard, cependant, elle introduit sa propre activité de jeu et découvre que les bébés diffèrent quant à leur capacité d’aimer ou non l’introduction d’idées qui ne sont pas les leurs.

Ainsi la voie est-elle toute tracée pour qu’un jeu en commun s’instaure au sein d’une relation.

Quand je pense aux divers articles qui marquent l’évolution de ma propre pensée, je constate que mon intérêt actuel pour le jeu envisagé au sens d’une relation de confiance capable de se développer entre le bébé et la mère a été une caractéristique constante de ma technique de consultation ainsi que l’atteste l’exemple extrait de mon premier livre57. Je devais reprendre ce même exemple, dix ans plus tard, dans « l’Observation des jeunes enfants dans une situation établie »58.

Illustration

Cette petite fille avait six mois quand elle fut hospitalisée pour une gastro-entérite infectieuse relativement bénigne. Elle était le premier enfant de cette famille et avait été nourrie au sein. Jusqu’à l’âge de six mois, elle manifesta une certaine tendance à la constipation qui disparut par la suite.

À sept mois, on la ramena à l’hôpital car, quand elle était au lit, elle restait éveillée et pleurait. Après avoir mangé, elle vomissait et, l’allaitement au sein ne lui profitant plus, on avait été obligé de lui donner des repas supplémentaires ; au bout de quelques semaines on la sevra.

À neuf mois, elle fit une crise de convulsions, ce qui se reproduisit de temps à autre par la suite, généralement vers cinq heures du matin, un quart d’heure environ après son réveil. Les convulsions généralisées la prenaient et duraient cinq minutes.

À onze mois, les crises se firent plus fréquentes. La mère découvrit qu’elle arrivait à les arrêter en détournant l’attention de l’enfant, ce qu’elle était obligée de faire quatre fois par jour. L’enfant était devenue nerveuse, elle sursautait au moindre bruit. Elle avait des crises pendant son sommeil. Parfois, au cours de ces accès, elle se mordait la langue, elle avait des incontinences.

À un an, elle avait quatre ou cinq crises par jour. On constata que parfois, elle s’asseyait après avoir mangé, se pliait en deux et perdait connaissance. On lui donnait un jus d’orange, elle perdait connaissance. On l’asseyait par terre, une crise se déclenchait. Un matin, elle s’éveilla, eut immédiatement une crise puis s’endormit ; peu après, elle se réveilla et eut une autre crise. À cette époque, aux crises commença à succéder le désir de dormir, mais, même durant cette période difficile, la mère pouvait souvent arrêter une crise à ses débuts en détournant l’attention de l’enfant. J’avais alors noté :

« Prise sur mes genoux, elle pleure sans arrêt, mais ne montre pas d’hostilité. Sans faire attention, tout en pleurant, elle tire sur ma cravate. Redonnée à sa mère, elle est indifférente à ce changement et continue de pleurer de plus en plus désespérément, pendant qu’on l’habille et ceci, jusqu’au moment où on l’emmène. »

Pendant cette période, j’ai assisté à une de ces crises marquées par des stades toniques et cloniques, suivis d’endormissement. L’enfant avait quatre ou cinq accès par jour, elle pleurait continuellement, mais la nuit elle dormait.

Des examens minutieux ne révélèrent aucun signe de maladie physique. On lui donnait du bromure pendant la journée, si besoin était.

Lors d’une consultation, j’observais l’enfant assise sur mes genoux. Elle essaya furtivement de me mordre les doigts. Trois jours plus tard, elle était de nouveau sur mes genoux, j’attendais de voir ce qu’elle allait faire. Elle me mordit si fort qu’elle m’arracha presque la peau. Elle joua ensuite pendant un quart d’heure, sans arrêt, à jeter des spatules par terre. Tout le temps, elle pleura comme si elle était vraiment malheureuse. Deux jours après, je la pris sur mes genoux pendant une demi-heure. Elle avait eu quatre crises les deux jours précédents. D’abord, elle pleura, comme d’habitude. Elle me mordit de nouveau très fort les doigts, cette fois-ci sans paraître se sentir coupable, puis recommença le jeu consistant à mordre et à jeter les spatules par terre. Alors qu’elle était sur mes genoux, elle devint capable de prendre du plaisir à jouer. Au bout d’un moment, elle commença à tripoter ses doigts de pied, je lui enlevai donc ses souliers et ses chaussettes ; s’ensuivit une période d’expérimentation qui l’absorba totalement. C’était comme si elle découvrait et se prouvait sans cesse, pour sa plus grande satisfaction, que si l’on peut mettre les spatules à sa bouche, les jeter par terre et les perdre, les doigts de pied, eux, on ne peut pas les arracher.

Quatre jours après, la mère arriva en disant que, depuis la dernière consultation, le bébé était devenu un « autre enfant ». Non seulement elle n’avait pas eu de crises, mais elle avait bien dormi la nuit – elle avait été joyeuse toute la journée et on ne lui avait pas donné de bromure. Onze jours plus tard, l’amélioration avait persisté, sans médicament. Il n’y avait pas eu de crises pendant quinze jours, la mère demanda donc à ne pas revenir.

Une année s’était écoulée quand je revis l’enfant. Je constatai que, depuis la dernière consultation, il n’y avait pas eu de symptômes. Je vis une enfant toute différente, intelligente, en bonne santé, contente, sympathique, qui adorait jouer et n’était plus angoissée.

Psychothérapie

Ici, dans cette aire où se chevauchent le jeu de l’enfant et celui de l’autre personne en cause, des enrichissements pourront intervenir. Celui qui enseigne vise à enrichir. À l’opposé, le thérapeute, lui, s’attache spécifiquement au processus de croissance de l’enfant et cherche à éliminer tout ce qui se révèle entraver ce développement. C’est la théorie psychanalytique qui a permis de comprendre ces blocages. Mais ce serait, en même temps, avoir la vue courte que de prétendre que la psychanalyse est l’unique moyen permettant de faire un usage thérapeutique du jeu de l’enfant.

Il ne faut jamais oublier que jouer est une thérapie en soi. Faire le nécessaire pour que les enfants soient capables de jouer, c’est une psychothérapie qui a une application immédiate et universelle ; elle comporte l’établissement d’une attitude sociale positive envers le jeu. Mais il faut admettre que le jeu est toujours à même de se muer en quelque chose d’effrayant. Et l’on peut tenir les jeux (games), avec ce qu’ils comportent d’organisé, comme une tentative de tenir à distance l’aspect effrayant du jeu (playing). Des personnes responsables doivent être disponibles quand les enfants jouent, mais cela ne signifie pas qu’il leur faut entrer dans le jeu des enfants. Quand un organisateur est amené à diriger le jeu, cela implique que l’enfant ou les enfants sont incapables de jouer au sens créatif où je l’entends ici.

Ce qui m’importe avant tout, c’est de montrer que jouer, c’est une expérience : toujours une expérience créative, une expérience qui se situe dans le continuum espace-temps, une forme fondamentale de la vie.

La précarité du jeu lui vient de ce qu’il se situe toujours sur une ligne théorique entre le subjectif et l’objectivement perçu.

Mon but est simplement de rappeler que le jeu des enfants contient tout en lui, bien que le psychothérapeute travaille sur le matériel, sur le contenu du jeu. Bien entendu, au cours d’une séance, dans une situation établie, une constellation plus précise est proposée que lorsque l’enfant joue par terre, chez lui, dans une situation qui ne comporte pas de limite de temps59. Mais nous comprenons mieux notre travail si nous savons que, ce qui est à la base de ce que nous faisons, c’est le jeu du patient, une expérience créative qui s’inscrit dans le temps et l’espace et qui est intensément réelle pour le patient.

Une telle observation nous permet aussi de comprendre qu’une psychothérapie en profondeur puisse être conduite sans travail interprétatif. Virginia Mae Axline nous en apporte un exemple convaincant60. Ses travaux sur la psychothérapie comptent beaucoup pour nous. J’y suis d’autant plus sensible qu’ils rejoignent l’observation que j’ai faite au cours de ce que j’appelle les « consultations thérapeutiques », à savoir que le moment clé est celui où l’enfant se surprend lui-même, et non celui où je fais une brillante interprétation61.

L’interprétation donnée quand le matériel n’est pas mûr, c’est de l’endoctrinement qui engendre la soumission62. Le corollaire est que la résistance naît de l’interprétation donnée en dehors de l’aire où analyste et patient jouent ensemble. Quand le patient n’a pas la capacité de jouer, l’interprétation donnée est simplement inutile, ou suscite la confusion. Quand il y a mutualité dans le jeu, alors, selon les principes analytiques admis, l’interprétation peut faire avancer le travail thérapeutique. Jouer doit être un acte spontané, et non l’expression d’une soumission ou d’un acquiescement, s’il doit y avoir psychothérapie.

Résumé

a) Pour bien saisir ce que c’est que jouer, il ne faut pas oublier que c’est la préoccupation qui marque essentiellement le jeu d’un enfant. Ce n’est pas tant le contenu qui compte, mais cet état proche du retrait qu’on retrouve dans la concentration des enfants plus grands et des adultes. L’enfant qui joue habite une aire qu’il ne quitte qu’avec difficulté, où il n’admet pas facilement les intrusions.

b) Cette aire où l’on joue n’est pas la réalité psychique interne. Elle est en dehors de l’individu, mais elle n’appartient pas non plus au monde extérieur.

c) Dans cette aire, l’enfant rassemble des objets ou des phénomènes appartenant à la réalité extérieure et les utilise en les mettant au service de ce qu’il a pu prélever de la réalité interne ou personnelle. Sans halluciner, l’enfant extériorise un échantillon de rêve potentiel et il vit, avec cet échantillon, dans un assemblage de fragments empruntés à la réalité extérieure.

d) En jouant, l’enfant manipule les phénomènes extérieurs, il les met au service du rêve et il investit les phénomènes extérieurs choisis en leur conférant la signification et le sentiment du rêve.

e) Il existe un développement direct qui va des phénomènes transitionnels au jeu, du jeu au jeu partagé et, de là, aux expériences culturelles.

f) « Jouer » implique la confiance et appartient à l’espace potentiel qui se situe entre ce qui était d’abord le bébé et la figure maternelle, le bébé étant dans un état de dépendance presque absolue et la fonction adaptative de la figure maternelle étant tenue pour acquise par le bébé.

g) Le jeu implique le corps :

1) en raison de la manipulation des objets ;

2) parce que certains types d’intérêt très vif sont associés à certains aspects de l’excitation corporelle.

h) L’excitation corporelle dans les zones érogènes ne cesse de menacer le jeu et du même coup menace le sentiment qu’a l’enfant d’exister en tant que personne. Les pulsions constituent la plus grande menace pour le jeu et pour le moi. Dans la séduction, un agent extérieur quelconque exploite les pulsions de l’enfant, favorise chez lui l’annihilation du sentiment qu’il a d’exister en tant qu’unité autonome et par là rend le jeu impossible63.

i) Le jeu est essentiellement satisfaisant, ce qui se vérifie même s’il conduit à un degré élevé d’angoisse. Il y a un degré d’angoisse insupportable qui, lui, détruit le jeu.

j) L’élément agréable que comporte le jeu implique que l’éveil pulsionnel n’est pas excessif ; l’éveil pulsionnel qui va au-delà d’un certain seuil conduira :

1) à une acmé ;

2) à une acmé ratée et à un sentiment de confusion mentale, à un malaise physique auquel seul le temps pourra remédier ;

3) à l’alternance d’acmé (dans le cas où une réaction parentale ou sociale est provoquée, la colère, etc.).

On peut dire que le jeu atteint son propre point de saturation qui dépend de la capacité de contenir l’expérience.

k) Le jeu est en lui-même excitant et précaire. Cette caractéristique vient non de l’éveil pulsionnel, mais de la précarité propre au jeu réciproque qui se fait dans l’esprit de l’enfant entre le subjectif (proche de l’hallucination) et l’objectivement perçu (la réalité effective ou partagée).