Avant-propos à l’édition française

Le premier volume des travaux de D. W. Winnicott, publié en français sous le titre De la pédiatrie à la psychanalyse, présentait un panorama des aspects essentiels de son œuvre et de sa personnalité de médecin, de psychanalyste, de thérapeute.

Le sous-titre du présent recueil, Développement affectif et environnement, délimite le but que se propose l’auteur au fil des articles où il nous rapporte ses observations sur le développement de l’enfant et fait ressortir le rôle capital que joue l’environnement dans son évolution. L’apport original de D. W. Winnicott réside sans aucun doute dans sa conception de cet environnement qui facilite les processus de maturation, mais qui peut avoir une importance étiologique primordiale s’il se montre défaillant ou traumatisant.

Cette relation entre processus de maturation et environnement est étudiée à tous les stades de la dépendance, depuis ce que l’auteur appelle la « double dépendance » au sein de couple mère-nourrisson, jusqu’à la tendance à l’indépendance en passant par la dépendance relative.

C’est au stade de la double dépendance, lorsque l’adaptation de la mère n’est « pas suffisamment bonne », que se situe dans les cas-limite l’origine du « faux self » ; en se montrant soumis aux exigences de l’environnement, il dissimule, protège, sauvegarde le vrai self », le noyau authentique qui peut seul devenir une réalité vivante. L’évolution du moi s’en trouve perturbée, bien que l’individu puisse faire illusion en présentant une façade de succès.

L’auteur considère aussi que les mécanismes de défense très archaïques que l’on décèle dans la psychose sont étroitement liés aux distorsions et aux carences essentielles de l’environnement à un stade de dépendance extrême, tandis que c’est d’un stade de dépendance relative, ultérieur à l’instauration d’une certaine autonomie du moi, que relève la tendance antisociale. Elle apparaît en réaction à une privation (en anglais deprivation), à une suppression, à la perte de quelque chose qui a existé, que l’on a connu et que l’environnement a cessé de fournir. La défaillance de l’environnement est la cause essentielle de cette revendication à l’égard de la société.

Après avoir développé ce thème de la dépendance du point de vue clinique, théorique et technique, le Docteur Winnicott en applique les conséquences sur le plan de la nosographie psychiatrique, dans le cadre du travail thérapeutique : il considère le rôle, bénéfique ou maléfique, de l’environnement dans le développement, la maturation et l’intégration du « self », et ses fonctions variables en intensité et en qualité suivant l’évolution de l’individu.

Tout en se situant par rapport au cadre de références des concepts freudiens les plus classiques et à l’enseignement qu’il a tiré de l’œuvre de Mélanie Klein, D. W. Winnicott nous fait suivre le cheminement de son travail en livrant à nos réflexions une pensée originale où l’élaboration théorique découle de la compréhension des besoins du patient et de la réponse du psychanalyste praticien.

Jeannine Kalmanovitch.