Libertin

Politique ou sensuel ? C’est toute la question que pose le libertin. L’ambiguïté de cette liberté est au cœur du propos, chacun se cachant derrière l’autre. Historiquement, la réponse est nettement politique : le premier (Claude Le Petit, auteur du Bordel des muses) à avoir utilisé le mot au XVIIe siècle fut brûlé pour hérésie en place de Grève (1662). La référence aux mœurs sexuelles s’ajouta dans un deuxième temps, afin de disqualifier le libre penseur.

Le libertinage s’apparente à une « position sexuelle philosophique », un discours avant d’être une pratique, auquel le marquis de Sade donne ses lettres de noblesse (ou d’infamie). Avec lui, le sexe devient un programme politique (Français ! Encore un effort pour être républicains), le moyen de s’affranchir du pouvoir monarchique et religieux, mais aussi une critique de la timidité révolutionnaire.

Au nom de la Nature, tout est permis : « Pourquoi serait-il interdit d’aimer le plus, ce que nous devons aimer le mieux », écrit Sade afin de promouvoir l’inceste*. « Il est interdit d’interdire », la limite est toujours vécue comme persécutrice et liberticide.

Le libertinage varie d’un érotisme plein d’humour, à l’image de Diderot faisant parler le sexe des femmes dans Les Bijoux indiscrets (1748), à la cruauté*, l’emprise et la manipulation de Valmont et de Mme de Merteuil dans Les Liaisons dangereuses, quand jouir rime avec détruire. Mais, toujours, il vise à transformer la violence du sexuel en le plus extrême des raffinements.

« Je suis libertine, je suis une catin », chante Mylène Farmer : le libertin est aujourd’hui une figure du nouveau conformisme sexuel. Nous sommes bien loin de la subversion du marquis.