Phénomène fonctionnel

= D. : funktionales Phänomen. – En. : functional phenomenon. – Es. : fenô-meno funcional. – I. : fenomeno funzionale. – P. : fenômeno funcional.

● Phénomène découvert par Herbert Silberer (1909) sur les états hypnagogiques et retrouvé par lui dans le rêve : c’est la transposition en images non du contenu de la pensée du sujet mais du mode de fonctionnement actuel de celle-ci.

◼ La pensée de Silberer a évolué sur le sujet du phénomène fonctionnel. Il part de l’observation des états hypnagogiques où il voit une expérience privilégiée permettant d’observer la naissance des symboles (ou phénomène « auto-symbolique »). Il distingue trois sortes de phénomènes : matériel, est symbolisé ce que la pensée vise, son objet ; fonctionnel, ce qui est représenté, c’est le fonctionnement actuel de la pensée, sa rapidité ou sa lenteur, sa réussite ou son échec, etc. ; somatique, symbolisation des impressions corporelles (1).

Silberer pense que cette distinction est valable pour toute manifestation où l’on retrouve des symboles, en particulier pour le rêve. Ne laissant au « phénomène matériel » que la symbolisation des objets de la pensée et de la représentation, il classe en définitive dans le phénomène fonctionnel tout ce qui symbolise « l’état, l’activité, la structure de la Psyché » (2 a). Les affects, tendances, intentions, complexes, « parties de l’âme » (en particulier la censure) sont traduits par des symboles, souvent personnifiés. La « dramatisation » du rêve résume cet aspect fonctionnel. On voit que Silberer généralise ici à l’extrême l’idée d’une représentation symbolique de l’état hic et nunc de la conscience imageante.

Enfin Silberer estime qu’il existe dans le symbolisme, singulièrement dans le rêve, une tendance à passer du matériel au fonctionnel, tendance à la généralisation où l’on se tourne « … de n’importe quel thème particulier donné vers l’ensemble de tous les thèmes semblables par leur affect, ou, comme on peut encore dire, vers le type psychique de l’événement vécu en question » (2 b). Ainsi un objet allongé qui symbolise dans un premier temps un phallus pourra finir (après une série d’étapes intermédiaires de plus en plus abstraites) par signifier le sentiment de puissance en général.

Le phénomène symbolique serait donc spontanément orienté dans une direction que l’interprétation anagogique* viendra renforcer.

Freud a reconnu dans le phénomène fonctionnel « … l’un des rares additifs à la doctrine des rêves dont la valeur soit incontestable. Il [Silberer] a prouvé la participation de l’auto-observation – au sens du délire paranoïaque – à la formation du rêve » (3). Freud a été convaincu par le caractère expérimental de la découverte de Silberer, mais il a limité la portée du phénomène fonctionnel aux états situés entre la veille et le sommeil ou, dans le rêve, à « l’autoperception du sommeil ou de l’éveil » qui peut parfois se produire et qu’il attribue au censeur du rêve, au surmoi.

Il critique l’extension qu’a prise la notion : « … on en arrive à parler de phénomène fonctionnel chaque fois que des activités intellectuelles ou des processus affectifs apparaissent dans le contenu des pensées du rêve, bien que ce matériel n’ait ni plus ni moins le droit que tout autre reste diurne à pénétrer dans le rêve » (4). Le fonctionnel, à part des cas exceptionnels, se ramène donc, au même titre que les stimuli corporels, au matériel ; la démarche freudienne est l’inverse de celle de Silberer.

On se reportera utilement, pour la critique de la conception élargie de Silberer à l’étude de Jones, La théorie du symbolisme (The Theory of Symbotism, 1916) (5).

(1) Cf. Silberer (H.). Berichtübereine Methode, gewisse symbolische Halluzinations-erscheinungen hervorzurufen und zu beobachten, in Jahrbuch der Psychoanalyse, 1909.

(2) Silberer (H.). Zur Symbolbildung, in Jahrbuch der Psychoanalyse, 1909. – a) IV, 610. – b) IV, 615

(3) Freud (S.). Zur Einführung des Narzissmus, 1914. G.W., X, 164-5 ; S.E., XIV, 97.

(4) Freud (S.). Die Traumdeutung, 1900. G.W., III-IV, 509 ; S.E., V, 505 ; Fr., 376.

(5) Cf. Jones (E.). The Theory of Symbolism, in Papers on Psucho-Analysis, Baillière, Londres, 5' éd., 1948, 116-37.