Réserves et nuances

Cette interprétation des institutions totalitaires repose sur une structure de base unique : l’articulation reclus-personnel. On est donc en droit de se demander quelles sont les limites de cette perspective, ce qui lui échappe et ce qu’elle déforme.

La différenciation des rôles au sein du personnel

Dans une étude plus complète des institutions totalitaires il serait important de prêter attention au phénomène de différenciation des rôles qui se produit à l’intérieur de chacun des principaux groupes216 et de s’interroger sur la fonction institutionnelle de ces positions spécialisées. Certains de ces rôles particuliers ont été évoqués à propos de tâches spécifiques : tel membre du personnel devra représenter officiellement l’institution dans les conseils qui siègent à l’extérieur et devra pour réussir faire étalage d’un vernis qui ne doit rien à l’institution ; tel autre devra s’occuper des visiteurs et des autres relations des reclus ; tel spécialiste aura une tâche technique à exécuter ; tel autre devra passer la quasi-totalité de son temps dans la compagnie des reclus. Il en est même à qui revient la charge de proposer aux reclus un symbole personnalisé de l’institution sur lequel ils peuvent projeter toutes sortes d’émotions217. Une étude approfondie des institutions totalitaires devrait porter une attention systématique à ces différences intra-catégorielles.

L’une des caractéristiques particulières des catégories inférieures du personnel est la stabilité des employés qui sont de ce fait les défenseurs de la tradition, alors que le personnel supérieur, et même les reclus, connaissent en principe un rythme de rotation plus rapide218. En outre, ce sont les membres de ce groupe qui doivent transmettre personnellement aux reclus les exigences de l’institution. Il peut arriver dans ces conditions que ce personnel détourne la haine du reclus de la personne des hauts responsables, ce qui permet à ceux-ci, lorsqu’un reclus parvient à les atteindre, de faire montre de gentillesse protectrice, voire de distribuer des faveurs219. Pareilles bontés ne sont possibles que parce qu’il n’entre pas directement dans les attributions du haut personnel – pas plus que dans celles des oncles au niveau familial – d’assurer la discipline et ils sont si rarement en contact avec les reclus qu’une telle bienveillance ne risque pas de mettre en cause la discipline générale. Il semble que les reclus tirent très souvent un sentiment de sécurité de l’impression, illusoire ou non, que, même si le personnel est dans sa grande majorité mauvais, l’homme qui se trouve à la tête de l’établissement est réellement bon, et qu’il se laisse sans doute simplement abuser par ses subordonnés. Les histoires populaires et les films policiers reflètent souvent ce sentiment : au bas de l’échelle, les sadiques, les corrompus, les individus douteux, mais à la tête de l’organisation, le « type bien ». C’est un bel exemple de ce que Everett Hugues appelle « la division morale du travail » : la différence des tâches accomplies par les individus entraîne une différence dans les caractères moraux prêtés à chacun d’eux.

Les signes de déférence

Second aspect de la différenciation des rôles chez le personnel : les signes de déférence. Dans la vie ordinaire les rites qui président aux rapports entre les individus, lorsqu’ils sont mis en présence les uns des autres, ont pour caractéristique essentielle une spontanéité en fait très concertée. Il faut donner à ces hommages rituels une allure spontanée, immédiate, non réfléchie, si l’on veut qu’ils expriment convenablement le cas que l’on fait de l’interlocuteur et qu’ils manifestent des sentiments personnels. Pareille conduite suppose une initiation si précoce au code de la politesse que l’accomplissement de ces rites est parfaitement « naturel ». Puisque les signes de déférence sont censés être spontanés il semble difficile de les imposer : on peut faire agir quelqu’un contre son gré, mais une démonstration forcée de sentiment n’est plus qu’une comédie. Si un individu se sent vexé pour n’avoir pas reçu un témoignage de politesse suffisant il peut toujours entreprendre une action contre son offenseur, mais en général il lui faut en cacher la véritable raison. Seuls, sans doute, les enfants peuvent être ouvertement sanctionnés pour manque de politesse et c’est bien la preuve que nous ne tenons pas les enfants pour des personnes accomplies.

C’est – semble-t-il, le propre de toute organisation et particulièrement de toute institution totalitaire de présenter un code spécifique de déférence auquel les reclus sont astreints et qui joue au bénéfice du personnel. La condition nécessaire en est que les personnes à qui doivent s’adresser ces marques spontanées de respect soient celles-là mêmes qui en enseignent les formes et en imposent l’exécution. Il en résulte – différence essentielle avec la vie civile – que dans les institutions totalitaires la déférence se trouve placée sur un plan institutionnel et s’accompagne d’exigences spécifiques et de punitions spécifiques en cas d’infraction. On ne demande pas seulement des actes, on exige aussi la manifestation extérieure de sentiments intimes et l’on sanctionne ouvertement certaines attitudes, telles que l’insolence.

Le personnel a recours à des expédients classiques pour se protéger contre les manquements à la déférence. Tout d’abord, du fait que les reclus ne sont pas, par définition, des adultes accomplis, le personnel n’a pas à rougir de se prévaloir de l’autorité qu’il tire de ses fonctions pour imposer le respect. Ensuite on trouve répandue, surtout dans l’armée, l’idée que c’est l’uniforme et non l’homme que l’on salue : l’homme ne demande pas le respect pour lui-même et, corrélativement, « peu importe ce que vous pensez dès lors que vous ne le montrez pas ». Enfin, ce sont les catégories les plus humbles du personnel qui conduisent cet apprentissage, ce qui permet aux personnages les plus haut placés de recevoir des marques de déférence sans avoir à les exiger, ainsi que le suggère Gregory Bateson :

« La fonction essentielle de la catégorie moyenne est d’apprendre à la catégorie inférieure quel doit être son comportement en présence de gens de la catégorie supérieure et de la préparer à cette rencontre ; la gouvernante apprend à l’enfant comment il doit se conduire envers ses parents, tout comme le sous-officier apprend au simple soldat comment il doit se comporter devant les officiers »220.

Tendance à l’homogénéisation et variables institutionnelles

Les deux groupes en présence étant aussi peu homogènes l’un que l’autre, le clivage simple entre d’une part le personnel et de l’autre les reclus peut masquer parfois des caractéristiques spécifiques importantes. Dans certains établissements, les fonctions et les prérogatives de reclus occupant certains postes d’hommes de confiance ou d’auxiliaires ne sont pas tellement éloignées de celles des gardiens qui font partie du personnel subalterne. En fait il arrive parfois que l’homme le plus haut placé de la catégorie la plus basse dispose d’un pouvoir plus étendu et d’une autorité plus grande que celui qui se trouve au plus bas niveau de la catégorie supérieure221. De surcroît, certains établissements obligent tous leurs membres à subir certaines privations fondamentales, sortes d’ascèse collective et rituelle, dont les effets peuvent se comparer à ceux de la fête de Noël et des autres cérémonies institutionnelles. Les récits de la vie conventuelle mettent cette coutume en évidence :

« Toute la communauté, y compris la supérieure, vivait là, sans considération d’âge, de rang ou de fonction. Les sœurs choristes et toutes les autres, qu’elles fussent artistes, docteurs en médecine ou en lettres, cuisinières, blanchisseuses ou cordonnières, les sœurs jardinières qui cultivaient le potager, toutes vivaient dans ces cellules carrées, identiques les unes aux autres dans leur forme et leur mobilier, dans la disposition du lit, de la table, des chaises et des couvertures, pliées trois fois et placées sur chaque chaise »222

« Sainte Claire a écrit dans sa règle que l’abbesse et son adjointe doivent se plier, dans tous les domaines, à la vie commune. À plus forte raison les autres nonnes ! L’opinion de sainte Claire sur les prérogatives de l’abbesse était absolument nouvelle pour son siècle. « Aucun personnel, aucune suite ne sont attachés à la Mère Supérieure chez les Pauvres Clarisses. Point de Croix pectorale mais à son doigt, la même petite alliance à deux dollars et demi tout juste qu’au doigt de ses filles.

Notre abbesse a en permanence un superbe rapiéçage sur le devant de son habit ; elle l’a fait de ses propres mains, de ces mêmes mains avec lesquelles elle coupe les pommes en quartiers et en enlève les vers avec toute l’habileté dont elles sont capables, ces mêmes mains qui manient le torchon à vaisselle comme le feraient des professionnelles »223.

Dans le cas de certains couvents donc, le clivage entre le personnel et les reclus n’est pas pertinent. On y trouve plutôt, semble-t-il, un groupe collégial unique dont l’unité n’est pas entamée par une stratification interne très finement graduée. De plus, il arrive que l’on juge utile dans certaines institutions comme les pensionnats d’intercaler entre professeurs et élèves une troisième catégorie, celle des agents de service.

Le degré de différenciation des rôles observable à l’intérieur des groupes de personnel ou de reclus varie considérablement selon le type de l’institution, de même que varie la rigueur de la ligne de partage entre les deux catégories.

Il en est de même de l’état d’esprit des reclus, lorsqu’ils arrivent à l’institution. À un extrême on rencontre l’entrée absolument involontaire de ceux qui ont été condamnés à la prison ou placés d’office dans un hôpital psychiatrique, ou encore enrôlés de force dans l’équipage d’un navire ; c’est sans doute à eux que la version du reclus idéal telle que la définit le personnel a le moins de chance de s’appliquer. À l’autre extrême les institutions religieuses n’ont affaire qu’à des recrues qui se sont senties « appelées » et elles n’admettent finalement parmi ces volontaires que ceux qui ont le plus de dispositions et semblent nourrir les intentions les plus sérieuses (c’est probablement aussi le cas de certaines écoles d’officiers et d’écoles de formation politique). La conversion semble alors déjà faite et il reste seulement à enseigner au néophyte les moyens qui lui permettront la meilleure discipline. À mi-chemin entre ces deux types extrêmes se placent des institutions comme l’armée considérée du point de vue des conscrits, où l’on demande aux recrues de servir, mais en leur donnant mainte occasion de se rendre compte qu’il s’agit d’un service justifié qu’on leur recommande dans leur propre intérêt. De toute évidence, les institutions totalitaires présentent des différences importantes selon qu’elles recrutent des volontaires, des semi-volontaires ou des personnes qui y viennent contre leur gré.

En même temps que le mode de recrutement, l’importance des changements que les responsables visent explicitement à provoquer chez le reclus pour le mettre en mesure d’assurer son propre contrôle, varie de façon tout aussi significative. Dans les institutions qui ont pour fonction de surveiller et de faire travailler le reclus, celui-ci doit seulement plier son comportement à des normes uniformes ; l’esprit dans lequel il s’acquitte de sa tâche, ses sentiments personnels ne sont pas du ressort de l’établissement. Dans les camps de lavage de cerveau, dans les établissements religieux, dans les institutions où se pratique une psychothérapie intensive, les sentiments intimes du reclus comptent au contraire beaucoup. La simple soumission aux règles du travail paraît insuffisante et l’intériorisation des normes du personnel constitue tout autant une fin qu’une conséquence incidente du traitement.

La perméabilité de l’institution

On peut voir un autre facteur de différenciation dans ce que l’on pourrait appeler le coefficient de perméabilité, c’est-à-dire la facilité selon laquelle les normes propres à l’institution et les normes du milieu environnant sont susceptibles d’interférer pour réduire le cas échéant l’opposition entre les deux milieux. Par ce biais nous abordons quelques-unes des relations dynamiques qui existent entre l’institution totalitaire et la société environnante qui l’encourage ou la tolère.

Lorsqu’on examine les différentes formalités de l’admission dans les institutions totalitaires, on est d’emblée frappé par l’imperméabilité de ces établissements, puisque les opérations de dépouillement et de nivellement mises en œuvre amputent brutalement le nouvel arrivant de ses diverses particularités sociologiques.

« Dans le monastère, l’Abbé ne fera aucune distinction de personnes. Il n’y aura pas de préférences affectives, sauf à l’égard de ceux qui excelleront par leur piété ou leur soumission. On tiendra l’ancien noble au même rang que l’ancien esclave, sauf si quelque autre cause justifie qu’il soit placé à un rang supérieur »224.

Comme nous l’avons rapporté précédemment, l’élève-officier découvre que les conversations « sur les antécédents familiaux ou financiers sont tabous » et que « malgré la modicité de sa solde, le cadet n’a pas le droit de recevoir d’argent de chez lui »225. Même la hiérarchie de l’âge qui joue dans la société peut cesser de s’appliquer une fois la porte franchie comme on le voit dans le cas-limite de certaines institutions religieuses :

« Gabrielle se dirigea vers la place qui serait toujours la sienne, la troisième parmi les quarante postulantes. Si elle était la troisième dans le groupe, par ordre d’ancienneté, c’est qu’elle avait été la troisième à s’inscrire le jour où, moins de trois semaines auparavant, l’Ordre avait ouvert ses portes à de nouvelles arrivantes. À partir de ce moment-là, l’âge que lui reconnaissait l’état-civil avait disparu et un autre âge avait commencé pour elle, le seul qu’elle eût désormais, son âge en religion »226.

On trouve des exemples du même type, mais en moins rigoureux, dans l’armée de l’air ou dans les facultés de sciences où, en période de crise nationale, de très jeunes hommes peuvent occuper de très hautes places. Et, de même que l’on supprime les dates de naissance dans certaines institutions particulièrement strictes, on peut modifier le nom des gens lors de leur entrée pour mieux symboliser sans doute la rupture avec le passé et l’intégration à la vie de l’établissement.

Il semble qu’une certaine imperméabilité au monde soit nécessaire si l’on veut maintenir l’équilibre et le moral des membres d’un établissement. C’est en abolissant les principes de différenciation sociale du monde extérieur qu’une institution totalitaire peut se donner progressivement une orientation conforme à sa propre conception de l’honneur. Ainsi le fait qu’un hôpital psychiatrique d’État compte une poignée de malades à statut socio-économique élevé donne à tout un chacun l’assurance qu’il existe un rôle spécifique du malade mental, que l’établissement n’est pas seulement une voie de garage pour les déchets des basses classes et que le sort réservé au reclus n’est pas seulement dû à son origine sociale ; on peut dire la même chose des « pékins » dans les prisons britanniques ou des religieuses de naissance noble dans les couvents français. En outre, si l’institution a une mission militante (c’est le cas de certains établissements religieux, militaires ou politiques), le renversement partiel des statuts extérieurs peut constituer un rappel constant de la différence et de l’antagonisme qui séparent l’institution et le monde. Il faut noter qu’en abolissant ainsi les différences reconnues à l’extérieur, les plus rigoureuses des institutions totalitaires se révèlent les plus démocratiques. En effet, la certitude de ne pas être plus mal traité que n’importe lequel de ses compagnons peut procurer un sentiment de réconfort autant que de dépossession227. L’imperméabilité aux valeurs extérieures rencontre cependant dans les institutions totalitaires des limites.

Si les membres haut placés de l’administration dont on a décrit les tâches de représentation, doivent se mouvoir dans le monde avec grâce et efficacité, il peut être avantageux de les recruter dans le même petit cercle social que les dirigeants des autres établissements. Bien plus, si les cadres sont uniformément recrutés dans des catégories sociales nettement plus élevées que celles dont proviennent les reclus et si leur supériorité est admise par tous, le clivage social ainsi pré-opéré contribue à soutenir et à affermir l’autorité du personnel : ainsi, dans l’armée britannique, jusqu’à la première guerre mondiale, tous les hommes de troupe parlaient avec l’accent du peuple tandis que tous les officiers avaient l’accent des public schools, signe de ce que l’on nommait une « bonne éducation ». En outre, comme on a souvent recours dans l’institution aux compétences manuelles, techniques et professionnelles des reclus, on comprend que le personnel les autorise et parfois même les encourage à exercer dans certaines limites ces compétences228.

Cette perméabilité peut avoir des conséquences variables sur le fonctionnement interne et la cohésion d’une institution. Ce fait est bien illustré par la position précaire des membres les plus humbles du personnel. Si l’institution est largement ouverte aux influences extérieures, il se peut que le personnel ait la même origine – voire une origine plus basse – que les reclus. Partageant alors la culture du reclus, ils peuvent servir de médiateurs naturels entre eux et les membres de la haute administration (plus souvent qu’entre l’administration et les reclus). Mais, dans le même temps, il leur est difficile de maintenir les distances que leur impose leur charge. Une récente étude sur les prisons a montré que cet état de fait pouvait singulièrement compliquer le rôle du gardien, en l’exposant au mépris du reclus qui espère en outre trouver en lui une personne compréhensive et vénale229.

Que cette imperméabilité soit utile ou non, et quel que soit le caractère militant et d’avant-garde de l’institution totalitaire, ses aspirations novatrices rencontrent toujours des limites et elle fait elle-même un certain usage des distinctions sociales prévalentes dans la société environnante, ne serait-ce que pour régler les affaires indispensables qui la lient à cette société et pour s’en faire accepter. Il ne semble pas y avoir dans notre société d’institution totalitaire où les préoccupations socio-culturelles soient totalement absentes ; et celles qui, comme les couvents, semblent totalement étrangères aux stratifications socio-économiques, ont malgré tout tendance à assigner les fonctions de domestiques aux recrues d’origine paysanne, de même que ceux de nos hôpitaux psychiatriques qui pratiquent l’intégration ont des équipes de nettoyage à peu près exclusivement constituées de Noirs230. On voit aussi, dans certains pensionnats britanniques les garçons de souche noble se permettre de commettre de multiples infractions au règlement intérieur231.

Parmi les différences que l’on rencontre entre les institutions totalitaires, l’une des plus intéressantes doit être cherchée dans l’avenir social des reclus qui en sortent. Ordinairement, ils se dispersent dans toutes les directions et la différence réside dans la force des liens structuraux qui subsistent malgré l’éloignement. L’un des cas-limites est constitué par les pensionnaires qui quittent chaque année les abbayes bénédictines et qui ne se contentent pas de garder des relations amicales avec la communauté, mais s’aperçoivent que leurs occupations et même leur lieu d’installation ont été déterminés par leur ancienne appartenance. Il en est de même pour les anciens forçats que leur séjour au pénitencier oriente vers les bas-fonds où ils demeureront leur vie durant. À l’autre limite se situent les gens qui, bien qu’ayant fait tout leur service militaire dans une même caserne, se fondent dans la vie civile dès leur démobilisation et refusent même de participer aux réunions des amicales de régiment. De même il est d’anciens malades mentaux qui évitent soigneusement toute personne et tout événement susceptibles d’établir un lien quelconque entre eux et l’hôpital. À mi-chemin entre ces extrêmes, se placent les libres associations d’« anciens » des écoles privées ou des universités qui ont pour but d’aider à la réussite sociale des titulaires de mêmes diplômes.

En les cataloguant, nous avons donné une définition dénotative des institutions totalitaires et nous avons essayé de dégager certaines de leurs caractéristiques communes. Nous disposons désormais sur ces établissements d’une documentation assez abondante pour nous permettre de remplacer ce qui n’était que simples suppositions par une somme d’observations solides sur la morphologie et le comportement de cette espèce d’être social. En effet, des similitudes si éclatantes et si persistantes se manifestent que nous sommes en droit de penser qu’il y a des raisons profondes et fonctionnelles à leur existence et qu’une méthode fonctionnaliste doit nous permettre de regrouper ces traits et d’en saisir le sens. Lorsque nous aurons accompli ce travail, nous serons sans doute beaucoup moins prompts à louer ou à blâmer tel économe, commandant, gardien ou abbé, et plus enclins à comprendre les problèmes des institutions totalitaires et les conflits sociaux qui s’y manifestent par référence au schéma structural sous-jacent qui leur est commun.