7.

Chère amie. Vous trouvez ma dernière lettre trop sèche. Moi aussi. Mais cessez de critiquer. Vous ne parviendrez pas à me faire dire ce que vous voudriez entendre. Résignez-vous une fois pour touts à ne pas rechercher dans mes lettres les amusements et les plaisirs de votre moi ; lisez-les comme on lit un récit de voyage ou un roman policier. La vie est déjà assez grave sans que l’on s’applique encore à prendre au sérieux les lectures, les études, le travail ou quoi que ce soit.

Vous me grondez de mon manque de clarté. Ni le transfert ni le refoulement ne vous sont apparus avec autant de vie que vous et moi l’aurions désiré. Ils ne sont encore pour vous que des mots vides de sens.

Là, je ne suis plus d’accord avec vous. Puis-je vous remettre en mémoire un passage de votre dernière lettre qui prouve le contraire ? Vous me racontez votre visite chez Gessners, pour la drôlerie de laquelle je vous envie, d’ailleurs, et vous me parlez d’une jeune étudiante qui attira sur elle les foudres du père Gessners et des siens parce qu’elle avait contredit le tout-puissant guide de la classe de première et avait été, dans l’excès de son zèle, jusqu’à oser douter de l’utilité des cours de grec. « Je dois convenir — poursuivez-vous — qu’elle s’est fort mal conduite envers le vieux monsieur ; mais, je ne sais comment cela se fit, tout en elle me plaisait. Peut-être cela tenait-il à ce qu’elle me rappelait ma sœur morte. — Elle pouvait être ainsi, caustique, presque blessante et, quand elle était lancée, mordante. Pour comble, cette jeune personne de chez Gessners avait une cicatrice au-dessus de l’œil, exactement comme ma sœur Suse. » Vous avez là un transfert de la plus belle eau. Parce que quelqu’un offre une ressemblance avec votre sœur, vous la trouvez sympathique, bien que vous sentiez vous-même que ce ne soit guère justifié. Et ce qu’il y a de plus gentil dans cette histoire, c’est que, dans votre lettre et sans le savoir, vous fournissez le matériel indiquant comment le transfert s’est fait. Me trompé-je, ou la bague de topaze, dont vous me narrez quelques lignes auparavant et, contre toutes vos habitudes épistolaires, en détails la perte et la récupération, ne vous venait-elle pas de votre sœur ? Avant même que de voir la jeune fille, vous étiez tout simplement déjà préoccupée de Suse : le transfert était prêt.

Et maintenant, le refoulement : après avoir déclaré par écrit que votre impertinente jeune amie avait une cicatrice au-dessus de l’œil gauche « exactement comme ma sœur Suse », vous ajoutez : « Au fait, je ne sais pas si Suse avait cette cicatrice à droite ou à gauche. » Eh, pourquoi ne le savez-vous pas, alors qu’il s’agit de quelqu’un qui vous a été si proche, que vous avez vu tous les jours pendant vingt ans et qui vous devait cette cicatrice ? N’est-ce point celle qu’enfant, vous lui fîtes « par hasard » avec des ciseaux en jouant ? A mon avis, cela ne s’était point passé uniquement « par hasard ». Souvenez-vous, nous nous sommes déjà entretenus de cela et vous avouâtes qu’il y avait eu là une intention ; une tante avait loué les beaux yeux de Suse et, taquine, avait comparé les vôtres à ceux du chat de la maison. Le fait que vous ignoriez si la cicatrice de Suse se trouvait à droite ou à gauche est dû à l’action du refoulement. Cet attentat aux beaux yeux de votre sœur vous a été désagréable, quand ce ne serait qu’à cause de l’effroi de votre mère et des reproches. Vous avez tenté d’en effacer le souvenir, vous l’avez refoulé et vous n’y avez que partiellement réussi : vous n’avez chassé de votre conscient que le souvenir de l’endroit où se trouvait la cicatrice. Mais je peux vous dire que la cicatrice était réellement à gauche. Comment je le sais ? Parce que vous m’avez confié que depuis la mort de votre sœur, et tout comme elle, vous souffrez de maux de tête situés à gauche et partant de l’œil, qu’en outre, de temps en temps, votre œil gauche — cela vous va bien, mais ce n’en est pas moins vrai — s’écarte un peu de la ligne droite et, comme pour chercher du secours, louche vers l’extérieur. Vous avez, en son temps — par l’invention du mot « hasard » — tenté de mettre le droit de votre côté, déplacé par l’imagination la blessure du vilain, du méchant côté gauche au gentil, au bon côté droit. Mais la Ça ne s’en laisse pas conter : pour vous montrer que vous aviez mal agi, il a affaibli un des nerfs des muscles de l’œil vous avertissant ainsi de ne plus vous éloigner du droit chemin. Et quand votre sœur mourut, vous héritâtes de ces maux de tête du côté gauche qui vous sont si pénibles. A l’époque lointaine de l’incident, vous n’avez pas été punie, probablement parce que, par peur des verges, vous avez tellement tremblé que votre mère a eu pitié ; mais le Ça veut être puni et quand il est frustré du bonheur de souffrir, il se venge un jour ; tôt ou tard, mais il se venge et certaines maladies mystérieuses révèlent leurs secrets quand on interroge le Ça de l’enfance au sujet de fessées évitées.

Puis-je vous donner tout de suite encore un exemple de refoulement tiré de votre lettre ? C’est particulièrement hardi et, si vous voulez, un peu tiré par les cheveux, mais je le crois juste. Dans ma dernière missive, je vous ai parlé de trois choses : le transfert, le refoulement et le symbole. Dans votre réponse, vous citez le transfert et le refoulement, mais vous ne soufflez pas mot du symbole. Et ce symbole était une bague. Ne voilà-t-il pas qu’au lieu de mentionner le symbole dans votre lettre,voue le perdez sous la forme d’une bague de topaze ? N’est-ce pas amusant ? D’après mes calculs — et votre réponse semble les confirmer — vous avez dû recevoir ma lettre au sujet du plaisant jeu de l’anneau le jour même où vous avez perdu la bague de votre sœur. Pour une fois, soyez bonne fille et montrez-vous sincère. Suse — si je ne m’abuse, elle était très près de vous par l’âge et je suis presque sûr que vous avez dû recevoir toutes les deux en même temps cette révélation sexuelle, des commencements de laquelle on ne sait rien ou ne veut rien savoir — Suse, donc, n’était-elle pas en une relation quelconque avec le jeu de l’anneau de la femme, avec l’apprentissage de l’auto-satisfaction ? L’idée m’en vient à cause de la sévérité et de la brièveté avec laquelle vous avez répondu à mon exposé sur l’onanisme. Je crois que vous êtes injuste pour ce plaisir inoffensif des humains parce que vous avez conscience d’être coupable. Mais réfléchissez donc que la nature donne à l’enfant des frères, des sœurs et des compagnons de jeux pour qu’il apprenne la sexualité à leur contact.

Puis-je revenir en arrière, là où je me suis interrompu l’autre jour, à cette curieuse expérience humaine, l’accouchement ? J’ai été frappé de ce que vous ayez accepté sans répliquer mon affirmation concernant l’accroissement de la volupté par la douleur. Je me souviens d’une vive discussion que j’ai eue avec vous au sujet du plaisir que prennent les êtres humains à faire souffrir et subir la souffrance. C’était dans la Leipziger Strasse, à Berlin ; un cheval de fiacre était tombé et il s’était formé un rassemblement : hommes, femmes, enfants, des gens bien habillés, d’autres en vêtements de travail ; tous, ils suivaient avec une complaisance plus ou moins bruyante les vains efforts de la bête pour se relever. A cette époque, vous m’avez accusé de manquer de sensibilité parce que je disais que ce genre d’accidents était souhaitable et que j’allais même jusqu’à trouver explicable et naturel l’intérêt des dames pour les procès criminels et la Cour d’assises, les catastrophes dans les mines, les naufrages de « Titanic » et autres.

Si vous voulez bien, nous pourrions rouvrir les hostilités ; peut-être aboutirons-nous cette fois à un résultat.

Les deux événements importants de la vie féminine et, d’une manière plus générale, de la vie de tout être humain, puisque sans ces événements personne n’existerait, sont liés à des souffrances : le premier acte sexuel et l’enfantement. La concordance sur ce point est si frappante que je ne peux m’empêcher d’y voir une raison. En ce qui concerne la volupté des douleurs de l’enfantement, il y a, à cause des cris, matière à discussion, mais au sujet du caractère de jouissance de la nuit nuptiale, il n’existe pas de divergence dans les opinions. C’est ce dont rêvent éveillées ou endormies les jeunes filles ; ce que l’adolescent et l’homme se représentent par mille images. Il y a des filles qui prétendent avoir peur de cette douleur ; cherchez bien, vous trouverez d’autres motifs à cette peur, des motifs dus à des troubles de conscience, composés de complexes de masturbation refoulés, de phatasmes enfantins concernant la lutte des parents, les actes de brutalité du père, les plaies saignantes de la mère. Il est des femmes qui ne songent qu’avec horreur à leur première nuit avec leur époux : interrogez-les, vous vous heurterez à la déception née du fait que tout était resté très en deçà des espérances que l’on avait nourries et, dans les tréfonds, enfouies dans les ténèbres, vous retrouverez la prohibition maternelle de la jouissance sexuelle ainsi que la terreur d’être blessée par l’homme. Il y eut des époques — et des époques de haute civilisation — où l’homme évitait pudiquement de déflorer son épouse et confiait ce soin à des esclaves ; mais tout cela laisse intact le désir — profondément excitant pour l’être humain — du premier acte d’amour. Procurez à la jeune fille apeurée un amant adroit, qui sache lui faire oublier son sentiment de culpabilité et la plonger dans le délire de l’extase, et elle jouira de la douleur en poussant des cris de joie ; donnez à la femme déçue un compagnon de jeu qui, malgré l’hymen déjà déchiré, réveille son imagination au point qu’elle croira revivre encore une fois le premier acte, elle supportera avec des transports de bonheur la douleur de laquelle elle a été frustrée ; elle ira jusqu’à susciter l’hémorragie pour se tromper elle-même. L’amour est un art mystérieux qui ne peut être appris que partiellement et si tant est qu’il soit régi par quelque chose, c’est par le Ça. Jetez un regard sur les épisodes secrets d’une union conjugale et vous serez surprise de voir avec quelle fréquence il arrive que des époux, même mariés depuis longtemps, éprouvent à nouveau les sentiments qui présidèrent à leur nuit nuptiale, et pas seulement par l’esprit, mais avec tout ce que cela peut comporter de joie et de crainte. Et l’homme qui ne songe qu’avec effroi à la douleur qu’il va infliger à sa bien-aimée, le fera avec bonheur s’il a rencontré la compagne, l’épouse qui saura l’y inciter.

En d’autres termes, la souffrance fait partie de ce suprême instant du plaisir. Et tout, sans aucune exception tout ce qui semble s’opposer à cette loi est motivé par la crainte, par le sentiment de culpabilité qu’éprouve l’être humain et qui se cache au tréfonds de son âme ; déguisés en peur de la souffrance, et au moment de l’accomplissement des désirs, ils surgiront d’autant plus violemment qu’ils auront été plus forts. A la vérité, c’est la crainte d’une punition méritée depuis longtemps.

Il n’est donc pas vrai que la souffrance soit un obstacle au plaisir ; mais, en revanche, il est exact qu’elle en est une des conditions. Il n’est donc pas vrai que le désir de faire souffrir soit contre nature, pervers. Ce que vous avez lu et appris à propos du sadisme et du masochisme est également faux. Flétrir du nom de perversions ces deux indispensables tendances, qui existent dans toute la race humaine sans exception et font partie de l’être au même titre que ses cheveux ou sa peau, a été la colossale stupidité d’un savant. Il est compréhensible qu’elle se soit retransmise. Pendant des millénaires, l’homme a été élevé dans l’hypocrisie : elle est devenue pour lui une seconde nature. Nous sommes tous sadiques. Nous sommes tous masochistes ; il n’est personne qui, par nature, ne désire souffrir et faire souffrir : l’Eros nous y oblige.

Parlons maintenant du second événement : il n’est pas vrai que l’un des êtres veuille faire souffrir et que l’autre accepte la souffrance, que l’un soit sadique, l’autre masochiste. Tout humain est à la fois sadique et masochiste. En voulez-vous une preuve ?

Il est trop facile de faire des commentaires sur la brutalité de l’homme et la délicatesse de la femme. Les vieilles perruques et les Tartuffes des deux sexes, hautement soutenus par leurs sympathisants — au nombre desquels par mille heures d’hypocrisie nous sommes bien forcés de nous compter — ne s’en privent guère. Mais mettez une femme en état de frénésie dionysiaque — non, ce n’est même pas nécessaire ; au reste, venant de vous, une femme, ce ne serait pas convenable… Du moins, on le dit ! Non, donnez-lui seulement la liberté, le courage de se laisser aller à aimer vraiment, sincèrement, de montrer son âme à nu : elle mordra, elle griffera comme une bête ; elle fera mal et en éprouvera une étrange volupté.

Vous souvient-il encore de l’aspect de votre enfant à sa naissance ? Gonflé, meurtri, on eût dit un vermisseau malmené. Vous êtes-vous jamais dit : c’est moi qui ai fait cela ? Oh ! non, toutes les mères et celles qui veulent le devenir se contentent de faire parade de leurs souffrances ; mais que pendant des heures, elles contraignent un pauvre petit être fragile et sans défense à s’engager, tête la première, dans un étroit corridor, l’y pressent, l’y écrasent comme s’il était complètement dépourvu de sensibilité, c’est une idée qui ne leur vient pas à l’esprit. Elles ont même le front de prétendre que l’enfant ne ressent aucune douleur. Mais le père ou qui que ce soit s’avise de toucher le nouveau-né, aussitôt elles s’écrient : « Tu vas lui faire mal ! » ou « Quel balourd ! » et quand le pauvre petit être vient au monde sans respirer, la sage-femme lui administre de bonnes tapes, jusqu’à ce qu’il hurle, témoignant ainsi de sa capacité de souffrance. Il n’est pas vrai que la femme ait une sensibilité aiguë, qu’elle méprise et hait la rudesse. Elle ne la déteste que chez les autres. Elle décore sa propre rudesse du beau nom d’amour maternel. Ou croyez-vous vraiment qu’un Caligula ou quelque autre sadique aurait sans plus osé inventer ce supplice raffiné : faire passer quelqu’un, crâne devant, dans un conduit étroit ? J’ai vu un jour un enfant qui avait introduit sa tête entre les barreaux d’une grille et qui ne pouvait ni reculer ni avancer. Je n’oublierai pas ses cris de sitôt.

La cruauté, le sadisme, si vous préférez ce nom, n’est absolument pas étranger à la femme ; point n’est besoin d’être une marâtre pour torturer des enfants. Il n’y a pas si longtemps que vous m’avez raconté le plaisir que prenait une de vos amies à la vue du petit visage étonné et indigné de son bébé quand elle retirait tout à coup à la petite bouche le sein auquel elle s’abreuvait. Un jeu, soit, compréhensible et pratiqué par chacun de nous, sous cette forme ou sous une autre, une simple taquinerie. Mais c’est jouer en tourmentant et… Mais il faut d’abord que je vous dise ce que cela représente, encore que vous devriez être capable de le découvrir par vous-même, pour peu que les symboles soient présents à votre mémoire. Pendant la tétée, la mère est l’homme qui donne ; l’enfant, la femme qui reçoit. Ou, pour m’exprimer plus clairement, la bouche qui suce est la partie sexuelle féminine qui reçoit en elle le mamelon en guise de membre masculin. Il existe un rapport symbolique, une parenté très étroite entre l’acte de téter et l’œuvre de chair, un symbolisme qui vient fortifier les liens entre la mère et l’enfant. Le jeu de votre amie est — je pense qu’elle en était inconsciente — teinté d’érotisme.

Si la femme, dont le lot est, dit-on, de souffrir, n’en sait pas moins prodiguer à son tour de voluptueuses souffrances, l’homme, plus rude, les recherches sous d’autres formes. Il trouve son plaisir dans la peine qu’il se donne, le tourment de la tâche à accomplir, l’attrait du danger, la lutte, et, si vous voulez, la guerre. La guerre dans le sens d’Héraclite, avec les gens, les choses, les idées et, enfin, avec son adversaire le plus acharné, le devoir, sous lequel il succombe presque ; voilà ce qu’il aime. Mais plus que tout cela, il aime la Femme, qui lui fait mille blessures. Ne soyez pas surprise de voir un homme courir après une coquette sans cœur ; réservez plutôt votre stupéfaction pour celui qui ne le fait pas. Et quand vous rencontrerez un homme profondément épris, concluez sans hésiter que sa maîtresse a le cœur cruel, qu’elle est cruelle jusqu’au tréfonds d’elle-même, de cette espèce de cruauté qui prend le masque de la bonté et meurtrit comme par jeu.

Tout cela, me direz-vous, n’est que paradoxe, une de ces bonnes plaisanteries auxquelles se complaît Troll. Mais tandis que vous cherchez à réfuter ces assertions, il vous est déjà venu à l’esprit dix faits qui confirment mes propos. L’homme est conçu dans la douleur — car la véritable conception remonte à la première nuit — et il naît dans la douleur. Il y a encore ceci : il est conçu et mis au monde dans le sang. Cela n’aurait-il donc aucun sens ?

Réfléchissez, vous êtes assez intelligente pour cela. D’abord, faites-vous à l’idée que l’homme nouveau-né éprouve des sensations, voire même avec plus d’intensité que l’adulte. Une fois que vous aurez assimilé cette notion, remémorez-vous encore une fois ce qui se passe au moment de la naissance. L’enfant voit le jour, et ce jour, l’être humain l’aime, le recherche et se le procure dans les ténèbres de la nuit. Il sort d’une étroite prison pour accéder à la liberté, et cette liberté, l’être humain la chérit plus que tout. C’est la première fois qu’il respire, qu’il goûte à la jouissance d’aspirer l’aire de la vie ; tout au long de sa vie, respirer librement sera pour lui ce qu’il y a de plus beau. La peur, l’angoisse de l’étouffement le font souffrir pendant la naissance et cette angoisse restera tous les jours de sa vie la compagne de ses plus grandes joies, ces joies qui font battre son cœur. Il ressent des souffrances dans sa poussée vers la liberté ; il crée des souffrances à sa mère avec son gros crâne et il recherche éternellement les deux sensations par leur répétition. Et la première impression qu’éprouvent ses sens, c’est l’odeur du sang mélangée aux effluves excitants du giron de la femme. Vous êtes instruite et vous savez qu’il existe dans le nez un point qui se trouve en relation étroite avec les zones sexuelles. Le nouveau-né possède ce point comme l’adulte, et vous ne sauriez croire combien la nature exploite la capacité d’odorat de l’enfant. Mais ce sang, que l’homme oublie dès la naissance, dont il aspire l’essence avec son premier souffle, en sorte qu’il devient inoubliable pour lui, c’est le sang de la mère. Comment ne pas aimer cette mère ? Comment ne lui serait-il pas allié par le sang, mais dans un autre sens que celui généralement donné à cette expression ? Et profondément enfoui derrière tout cela, perce encore quelque chose qui attache cet enfant à sa mère avec des mains d’une force divine, la faute et la mort. Car le sang appelle le sang !

Hélas, chère amie, le langage humain et la pensée humaine sont des instruments bien faibles quand vous voulez donner connaissance de l’inconscient. Mais on devient pensif quand on songe aux mots mère et enfant. La mère est le berceau et la tombe, elle donne la vie pour qu’on meure.

Et si je ne l’interromps pas abruptement, je ne finirai jamais cette lettre.

Patrick Troll.